Pascal, Pensées, Misère de l’homme sans Dieu

 

« 172. Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.

Que chacun examine ses pensées, il les trouvera occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

Pascal

© Fulvio Roiter, Madeira, 1964.

« (…) If you want to learn an art worth knowing, you must set out to be unknown, and to count for nothing.

4. There is no lesson so profound or so useful as this lesson of self-knowledge and of self-contempt. Claim nothing for yourself, think of others kindly and with admiration; that is the height of wisdom, and its masterpiece. Never think of yourself better than the next man, however glaring his faults, however grievous his offences; you are in good dispositions now, but how long will they last? Tell yourself, « We are frail, all of us, but none so frail as I ». »

La Gerap+

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© Ricardo Cavolo

Je suis admiratif des analyses de la neurologue Sonia Lupien. Un exemple avec ses observations sur le stress, que j’essaye de reformuler ici :

Le stress,

  • Activé et exprimé par notre cerveau lorsqu’une menace est détectée,
  • Chercher à l’inhiber est dommageable, puisque le cerveau indique précisément de concentrer ses efforts à la lutte contre la menace détectée,
  • En ce sens, c’est l’expression d’un fonctionnement efficace face au danger,
  • Pousser un individu stressé à se relaxer est la chose la plus méconnue, inefficace et inadaptée, vectrice elle-même d’une surcharge de pression. Une personne ayant détecté une menace, ne peut justement pas « se relaxer » face au danger. Une personne ayant identifié un risque imminent ne pourra aller faire un « sauna » pour se détendre. Cela ne va ni la détendre, ni l’aider à lutter contre un danger d’après la neurologue, puisque à son retour, le danger n’aura pas disparu.

Pour Sonia Lupien :

  • Le comportement à adopter dans un état de stress est la résilience par la décomposition pour identification de l’origine du stress, donc de la menace. Une fois l’origine identifiée, le problème pourra être isolé pour permettre à l’individu de trouver une réponse à ce danger ; un plan B. Pour Sonia Lupien, face à un danger, la constitution d’un plan B est la preuve que l’origine du stress a été identifiée, isolée, réfléchie et potentiellement solutionnée. C’est cela uniquement qui va avoir un effet apaisant sur le corps et le cerveau. 95% des personnes ne feront jamais usage du « plan B », mais son existence, même virtuelle aura des bienfaits sur l’organisme.

Le méfait du stress, c’est lorsqu’un individu développe de manière chronique du stress, sans jamais en identifier l’origine. Activé continuellement, épuisant, il aura un effet dommageable sur le corps et l’esprit.

Elie Khoury, La Gerap+

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© Ricardo Cavolo

1973 – Konrad Lorenz : « Pour son malheur, l’humanité a appris à dominer toutes les forces du monde extérieur, mais elle sait si peu de choses sur elle-même qu’elle est livrée sans défense aux conséquences fatales de la sélection intra-spécifique.  (…) L’homme, comme facteur unique de sélection, déterminant le développement de sa propre espèce, est, hélas, loin d’être aussi inoffensif qu’un carnassier, même des plus dangereux.

(…) Sous la pression de cette concurrence entre hommes, ce qui est bon pour l’humanité entière, et même ce qui utile et bon pour chaque personne, a été complètement perdu de vue. L’écrasante majorité de nos contemporains n’accorde plus d’importance qu’à la réussite, à ce qui permet de vaincre les autres dans une contrainte impitoyable du dépassement.

(…) Il faut se demander ce qui porte le plus gravement atteinte à l’âme des hommes d’aujourd’hui : leur passion aveuglante de l’argent ou leur hâte fébrile ? (…) Mais il me semble très vraisemblable qu’en dehors de la passion de posséder et du désir d’avancement, l’angoisse y joue un rôle prépondérant. Angoisse d’être dépassé dans la course, angoisse de manquer d’argent, angoisse de se tromper dans une décision et de ne pas être à la hauteur d’une situation épuisante. L’angoisse, sous toutes ses formes, contribue essentiellement à miner la santé de l’homme moderne et à provoquer l’hypertension, l’atrophie des reins, l’infarctus précoce et autres choses du même genre. L’homme, perpétuellement pressé, n’est certainement pas animé par la seule convoitise. Les plus puissantes forces de séduction ne suffiraient pas à l’inciter à cette autodestruction. Il y est poussé et ce ne peut être que par l’angoisse.

La précipitation angoissée, l’angoisse qui précipite la vie contribue à priver l’homme de ses qualités les plus profondément humaines. L’une d’entre elles étant la réflexion.  (…) Un être, qui cesse de réfléchir, est en danger de perdre toutes ces facultés et ces qualités spécifiquement humaines. L’une des pires conséquences de l’agitation, nourrie par l’angoisse, est l’incapacité manifeste des hommes modernes à rester seuls en face d’eux-mêmes, ne serait-ce qu’un moment.

Ils évitent, avec une application anxieuses, toutes les occasions de recueillement et de retour sur eux, comme s’ils craignaient  de voir apparaître, durant leur réflexion, leur effrayant autoportrait, semblable à celui qu’a décrit Oscar Wilde, dans son horrible roman : « Le portrait de Dorian Gray ». Il n’existe pas d’autre explication à ce besoin de bruit, vraiment paradoxal, étant donné la neurasthénie de l’homme d’aujourd’hui. Quelque chose doit être étouffé à tout prix. Au cours d’une promenade en forêt, ma femme et moi avons entendu, soudain, le piaillement lancinant d’un transistor, qu’un garçon de seize ans transportait sur le porte-bagages de sa bicyclette. Et ma femme de remarquer : « En voilà un qui a peur d’entendre les oiseaux chanter ! » Je crois qu’il avait seulement peur de risquer de se retrouver, un instant, seul avec lui-même. Comment expliquer autrement que des personnes, ayant par ailleurs de fortes exigences intellectuelles, préfèrent passer leur temps à suivre les émissions publicitaires abrutissantes de la télévision, plutôt que de se retrouver seules ? Sinon, pour la simple raison que cela les aide à ne pas penser.

Les hommes souffrent donc de la tension nerveuse et psychique que leur impose la concurrence avec leurs semblables. Bien qu’ils soient dressés, depuis leur tendre enfance, à voir le progrès dans l’aberration démente de la compétition, l’angoisse qui les oppresse, se lit dans leurs yeux. Surtout dans le regard de ceux qui veulent être « dans le vent », qui sont les plus actifs et les premiers à mourir d’un infarctus.

(…) Les formes de vie luxueuses qui résultent du cercle vicieux : augmentation de la production – besoins accrus -, sont appelés tôt ou tard à porter gravement préjudice aux pays occidentaux, surtout aux Etats-Unis. Leur population ne pourra plus entrer en compétition avec les habitants des pays de l’Est, moins choyés mais plus sains. C’est une politique à courte vue des dirigeants capitalistes, que de maintenir des méthodes consistant à récompenser le consommateur par un niveau de vie plus élevé et à le « conditionner  » de telle manière qu’il poursuive sa compétition effrénée avec son prochain, au prix d’un épuisement nerveux et d’une hypertension croissants. »

Dans Konrad Lorenz, Les huit péchés capitaux de notre civilisation

Elie Khoury, La Gerap+

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© J’invoque en tant qu’architecte, mes droits à l’erreur et à l’anonymat

Que voyez-vous sur cette photo ? Des maisons dans un lotissement, comme il en existe des millions dans le monde n’est-ce pas ?

Pour l’éthologue Konrad Lorenz : « Ces bâtisses sont indignes de porter le nom de maison, car elles consistent en des rangées de stalles pour bêtes de somme humaines.

Faire l’élevage de poules pondeuses, dans des séries de cages minuscules, est considéré à juste titre comme une torture pour ces volatiles et comme indigne d’un pays civilisé. Par contre, on trouve parfaitement licite d’attendre de l’homme qu’il accepte un pareil traitement, alors qu’il est justement le moins préparé à supporter cette action à proprement parler inhumaine.

Il n’est pas fait, comme le termite ou la fourmi, pour pouvoir supporter d’être réduit à un élément anonyme et parfaitement interchangeable, parmi des millions d’individus rigoureusement identiques.

Celui qui habite une cage à bon marché, dans un bloc d’habitat pour bêtes de somme humaines, n’a plus qu’un moyen de préserver son amour-propre, c’est d’ignorer délibérément l’existence de ses multiples compagnons de misère et de s’isoler totalement de son prochain.

Dans les grands ensembles, on trouve très souvent des parois de séparation entre les balcons, pour rendre le prochain invisible.

On ne peut pas, on ne veut pas entrer en contact avec l’autre « par-dessus la clôture », de crainte de voir se refléter en lui l’image de son propre désespoir.

Des maisons identiques, dessinées sans beaucoup de réflexion, par des architectes dépourvus de culture véritable, à l’occasion d’un concours hâtif ; des centaines de milliers de logements en série, que leur numéro seul permet de distinguer.

Le sens esthétique et le sens moral sont manifestement étroitement liés. Il est évident que des hommes contraints de vivre dans les conditions que nous venons de parler, souffrent d’une atrophie de l’un et de l’autre.

La beauté de la nature et la beauté de l’environnement culturel, créé par l’homme, sont chacune nécessaire à la santé morale et spirituelle de l’être humain. Cet aveuglement total de l’âme pour tout ce qui est beau, que l’on voit se propager partout de nos jours, avec une telle rapidité, est une maladie mentale qu’il faut prendre au sérieux, ne serait-ce que parce qu’elle va de pair avec l’insensibilité envers ce qui est le plus répréhensible moralement. »

Elie Khoury, La Gerap+

Nous aimons Konrad Lorenz, en 2012, un article sur le mécanisme d’agression chez le rat.

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© Avvo Stories

Le prêtre peut consommer, mais cette consommation doit « prendre des formes qui ne contribuent pas à son propre confort ou à l’épanouissement de sa vie.

D’ordinaire il n’est pas convenable que le prêtre ait l’air bien nourri, ou fasse des éclats de rire : ce serait contraire au bon genre ». Certains vont jusqu’à refréner « toute gaieté et tout appétit déclaré : jouir des bonnes choses de ce monde est contraire au véritable décorum ecclésiastique ».

Que cela soit dans la façon de se vêtir, de se déplacer… « tout ce qui peut laisser supposer que ces serviteurs d’un maître invisible vivent une vie non pas consacrée à sa gloire, mais empressée à leurs propres fins, tout cela froisse rudement nos sensibilités ».

Tiré de l’ouvrage « Théorie de la classe de loisir » de Thorstein Veblen

Dans un autre registre, quelques enquêtes retentissantes aux États-Unis sur le train de vie de plusieurs pasteurs :

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©Yaba Left

Le télé-évangéliste Benny Hinn fait l’objet d’une enquête pour fraude et évasion fiscale par le Sénat des Etats-Unis et l’IRS (agence du gouvernement qui collecte l’impôt). Son église collecterait jusqu’à $200 millions dollars USD / an et lui reverserait en salaire $500 000 dollars USD / an. Il serait le propriétaire d’un jet privé et d’une maison estimée à $10 millions dollars USD.

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©STLT Today

La pasteure Joyce Meyer déclarait en 2003, $900 000 dollars USD / salaire annuel. A plusieurs reprises elle a fait l’objet de différentes enquêtes notamment pour violation des lois concernant les organisations à but non-lucratif. Son église déclarait en 2016 un chiffre d’affaires de $107 318 320 millions de dollars USD et un conseil d’administration où son mari et ses deux fils siégeaient en bonne place. A notre connaissance toutefois, elle n’a jamais été reconnue coupable par les autorités américaines.

©The Christian Post

La pasteure est néanmoins connue pour avoir eu un garde du corps, Christopher Coleman, condamné en 2015 à la prison à vie pour avoir étranglé sa femme et ses deux fils dans le but de démarrer une nouvelle vie avec sa maîtresse.

En 2011, il avait indiqué qu’il avait eu peur de perdre son emploi pour lequel il était rémunéré $100 000 dollars USD / an si sa relation extra-conjugale venait à être rendue publique.

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©Patheos

Kenneth Copeland en photo avec son nouveau jet à $36 millions dollars USD… un avion sur un mini aéroport lui appartenant également.

Le pasteur Copeland a fait l’objet en 2007 d’une enquête de l’IRS qui a duré plus de quatre ans sur notamment l’utilisation personnelle d’avions, maisons de luxe et cartes de crédit appartenant à l’église… sans pouvoir en 2011 le faire condamner.

Dans ce mélimélo il est d’intérêt de s’interroger sur notre relation à l’argent et notre sensibilité à l’égard de ceux qui peuvent « beaucoup en gagner » ou exprimer un quelconque train de vie, surtout lorsqu’ils occupent des fonctions que nous considérons nécessairement éloignées de tout gain / jouissance. Quelques éléments pour une réflexion qui ne peut « avoir la gâchette facile » sur les évangélistes américains, qui pour certains rappelons-le ont au moins le mérite de déclarer publiquement leurs gains. Ce qui est loin d’être le cas de beaucoup d’entre nous.

Elie Khoury, La Gerap+

Bibliographie :

  • JOYCE MEYER MINISTRIES, « 2016 Annual Repor »t, http://annualreport.joycemeyer.org/downloads/Joyce_Meyer_Annual_Report_2016.pdf, dernière consultation le 27 février 2018.
  • MENZIE N., « Joyce Meyer, Former Focus and Senate Probe, Was Paid $250K While Ministry Earned $110.5 Million in 2014 », The Christian Post, le 24 juillet 2015, https://www.christianpost.com/news/joyce-meyer-former-focus-of-senate-probe-was-paid-250k-while-ministry-earned-110-5-million-in-2014-141544/, dernière consultation le 7 février 2018.
  • CHRISTIE J., « Court upholds life sentence for televangelist’s bodyguard who strangled his family to death while they slept after starting an affair with his wife’s childhoold friend », Daily Mail, le 3 janvier 2015, http://www.dailymail.co.uk/news/article-2895728/Court-upholds-life-sentence-televangelist-s-bodyguard-strangled-family-death-slept-starting-affair-wife-s-childhood-friend.html, dernière consultation le 27 février 2018.
  • ZOLL R., « Televangelists escape penalty in Senate inquiry », NBC News, le 1er juillet 2011, http://www.nbcnews.com/id/40960871/ns/politics-capitol_hill/t/televangelists-escape-penalty-senate-inquiry/#.WpUuNYUTiTU, dernière consultation le 27 février 2018.
  • AVVO, « 6 Outrageously Wealthy Preachers Under Federal Investigation », Avvo, le 4 juin 2010, http://stories.avvo.com/nakedlaw/bizarre/6-outrageously-wealthy-preachers-under-federal-investigation.html, dernière consultation le 27 février 2018.

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© Ask Zelda – NSA

Les ragots, les rumeurs et les potins sont bien souvent inévitables dans toute organisation humaine, mais inacceptables lorsqu’ils portent préjudice à la réputation, l’honneur ou aux sentiments d’une personne.

Mais ces derniers ont également des bienfaits, car ils sont souvent d’excellents tuyaux sur des organisations et des hommes parfois complexes, secrets et/ou rigides, ils peuvent ainsi aussi révéler des changements rampants de grande envergure à venir, d’où les analyses qui en sont faites (RUMINT – Rumor Intelligence)… mais ils peuvent aussi trahir des problèmes sur votre propre organisation :

  • Est-ce qu’il n’y a pas assez de travail et/ou les gens ne travaillent pas assez et s’occupent ainsi ?
  • Est-ce que votre organisation est stricte, vous ne communiquez pas ou ne communiquez pas correctement ; cela donnant corps et raison à des ragots et rumeurs au sein de votre organisation ?
  • Existe-t-il des problèmes entre les employés qui n’auraient pas été réglés par les dirigeants ?

Des bienfaits des potins, mais intolérables lorsqu’ils sont excessifs et malveillants. Ils recèlent parfois et toutefois de précieuses informations pour les analystes, à charge de savoir les obtenir et les analyser.

 

Ce texte a été traduit, interprété et enrichi sur la base de publications originales et déclassifiées de la NSA, issues de la rubrique inspirante « Ask Zelda ».

Elie Khoury, La Gerap+

© Hein Heckroth

« Un stratège doit penser en termes de paralysie, et non de meurtre. Et même au niveau moins élevé de l’art de la guerre, un homme tué n’est qu’un homme en moins, tandis qu’un homme démoralisé véhicule les germes de la peur et est capable de répandre une épidémie de panique.

Au niveau le plus élevé de l’art de la guerre, les impressions ressenties par l’esprit du chef adverse peuvent annuler la capacité de combat de ses troupes. Et, sur un plan plus élevé encore, les pressions psychologiques effectuées sur le gouvernement d’un pays peuvent suffire à tarir tous les moyens de guerre à leur source, de même qu’une épée tombe naturellement d’une main paralysée. »

Basil H. Liddell Hart, Stratégie

Elie Khoury, La Gerap+

© Whooli Chen
© Whooli Chen

« Dans les premières phases du conflit (guerre civile libanaise), Amal s’allie avec le Mouvement national, qui fédère les partis de la gauche musulmane sous la direction de Kamal Joumblatt. Mais Moussa al-Sadr en vient vite à contester les orientation du chef druze auquel il reproche d’utiliser les chiites comme chair à canon ou, selon ses mots, d’être prêt à « combattre les chrétiens jusqu’au dernier chiite ». »

Dans, Eugene Ronan, Histoire des Arabes de 1500 à nos jours, New-York, Perrin, 2013, 722 p.

Lens
© Lens

Morceaux choisis de la préface de Jean-Paul Sartre du livre « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon.

« Bref, le tiers monde se découvre et se parle par cette voix.

On sait qu’il n’est pas homogène et qu’on y trouve encore des peuples asservis, d’autres qui ont acquis une fausse indépendance, d’autres qui se battent pour reconquérir la souveraineté, d’autres enfin qui ont gagné la liberté plénière mais qui vivent sous la menace constante d’une agression impérialiste. Ces différences sont nées de l’histoire coloniale, cela veut dire de l’oppression. Ici la Métropole s’est contentée de payer quelques féodaux : là, divisant pour régner, elle a fabriqué de toutes pièces une bourgeoisie de colonisés ; ailleurs elle a fait coup double : la colonie est à la fois d’exploitation et de peuplement. Ainsi l’Europe a-t-elle multiplié les divisions, les oppositions, forgé des classes et parfois des racismes, tenté toutes les expédients de provoquer et d’accroître la stratification des sociétés colonisées.

(…)

Nos procédés sont périmés : ils peuvent retarder parfois l’émancipation, ils ne l’arrêteront pas. Et n’imaginons pas que nous pourrons rajuster nos méthodes : le néo-colonialisme, ce rêve paresseux des Métropoles, c’est du vent ; les « troisièmes forces » n’existent pas ou bien ce sont les bourgeoisies bidon que le colonialisme a déjà mises au pouvoir. Notre machiavélisme a peu de prises sur ce monde fort éveillé qui a dépisté l’un après l’autre nos mensonges. Le colon n’a qu’un recours : la force, quand il lui en reste ; l’indigène n’a qu’un choix : la servitude ou la souveraineté.

(…)

Mais, direz-vous encore, nous vivons dans la Métropole et nous réprouvons les excès. Il est vrai : vous n’êtes pas des colons, mais vous ne valez pas mieux. Ce sont vos pionniers, vous les avez envoyés, outre-mer, ils vous ont enrichis ; vous les aviez prévenus : s’ils faisaient couler trop de sang, vous les désavoueriez du bout des lèvres ; de la même manière un Etat – quel qu’il soit – entretient à l’étranger une tourbe d’agitateurs, de provocateurs et d’espions qu’il désavoue quand on les prend. Vous, si libéraux, si humains, qui poussez l’amour de la culture jusqu’à la préciosité, vous faites semblant d’oubliez que vous avez des colonies et qu’on y massacre en votre nom.

(…)

Nos soldats, outre-mer, repoussant l’universalisme métropolitain, appliquent au genre humain le numerus clausus : puisque nul ne peut sans crime dépouiller son semblable, l’asservir ou le tuer, ils posent en principe que le colonisé n’est pas le semblable de l’homme. Notre force de frappe a reçu mission de changer cette abstraite certitude en réalité : ordre est donné de ravaler les habitants du territoire annexé au niveau du singe supérieur pour justifier le colon de les traiter en bêtes de somme. La violence coloniale ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser.

Rien ne sera ménagé pour liquider leurs traditions, pour substituer nos langues aux leurs, pour détruire leur culture sans leur donner la nôtre ; on les abrutira de fatigue. Dénourris, malades, s’ils résistent encore la peur terminera le job : on braque sur le paysan des fusils ; viennent des civils qui s’installent sur sa terre et le contraignent par la cravache à la cultiver pour eux. S’il résiste, les soldats tirent, c’est un homme mort ; s’il cède, il se dégrade, ce n’est plus un homme ; la honte et la crainte vont fissurer son caractère, désintégrer sa personne. L’affaire est menée tambour battant, par des experts : ce n’est pas d’aujourd’hui que datent les « services psychologiques ». Ni le lavage de cerveau. Et pourtant, malgré tant d’efforts, le but n’est atteint nulle part : au Congo, où l’on coupait les mains des nègres, pas plus qu’en Angola où, tout récemment, on trouait les lèvres des mécontents pour les fermer par des cadenas. Et je ne prétends pas qu’il soit impossible de changer un homme en bête : je dis qu’on n’y parvient pas sans l’affaiblir considérablement ; les coups ne suffisent jamais, il faut forcer sur la dénutrition. C’est l’ennui, avec la servitude : quand on domestique un membre de notre espèce, on diminue son rendement et, si peu qu’on lui donne, un homme de basse-cour finit par coûter plus qu’il ne rapporte. Par cette raison les colons sont obligés d’arrêter le dressage à la mi-temps : le résultat, ni homme ni bête, c’est l’indigène. Battu, sous-alimenté, malade, apeuré, mais jusqu’à un certain point seulement, il a, jaune, noir ou blanc, toujours les mêmes traits de caractère : c’est un paresseux, sournois et voleur, qui vit de rien et ne connait que la force.

            Pauvre colon : voilà sa contradiction mise à nu. Il devrait, comme fait, dit-on, le génie, tuer ceux qu’il pille. Or cela n’est pas possible : ne faut-il pas aussi qu’il les exploite ? Faute de pousser le massacre jusqu’au génocide, et la servitude jusqu’à l’abêtissement, il perd les pédales, l’opération se renverse, une implacable logique la mènera jusqu’à la décolonisation.

            Pas tout de suite. D’abord l’Européen règne : il a déjà perdu mais ne s’en aperçoit pas ; il ne sait pas encore que les indigènes sont de faux indigènes : il leur fait du mal, à l’entendre, pour détruire ou pour refouler le mal qu’ils ont en eux ; au bout de trois générations, leurs pernicieux instincts ne renaîtront plus. Quels instincts ? Ceux qui poussent les esclaves à massacrer le maître ? Comment n’y reconnaît-il pas sa propre cruauté retournée contre lui ? La sauvagerie de ces paysans opprimés, comment n’y retrouve-t-il pas sa sauvagerie de colon qu’ils ont absorbée par tous les pores et dont ils ne se guérissent pas ? La raison est simple : ce personnage impérieux, affolé par sa toute-puissance et par la peur de la perdre, ne se rappelle plus très bien qu’il a été un homme : il se prend pour une cravache ou pour un fusil ; il en est venu à croire que la domestication des « races inférieures » s’obtient par le conditionnement de leurs réflexes. Il néglige la mémoire humaine, les souvenirs ineffaçables ; et puis, surtout, il y a ceci qu’il n’a peut-être jamais su : nous ne devenons ce que nous sommes que par la négation intime et radicale de ce qu’on a fait de nous. Trois générations ? Dès la seconde, à peine ouvraient-ils les yeux, les fils ont vu battre leurs pères. En termes de psychiatrie, les voilà « traumatisés. Pour la vie. Mais ces agressions sans cesse renouvelées, loin de les porter à se soumettre, les jettent dans une contradiction insupportable dont l’Européen, tôt ou tard, fera les frais. Après cela, qu’on les dresse tour à tour, qu’on leur apprenne la honte, la douleur et la faim : on ne suscitera dans leurs corps qu’une rage volcanique dont la puissance est égale à celle de la pression qui s’exerce sur eux. Ils ne connaissent, disiez-vous, que la force ? Bien sûr ; d’abord ce ne sera que celle du colon et, bientôt, que la leur, cela veut dire : la même rejaillissant sur nous comme notre reflet vient du fond d’un miroir à notre rencontre. 

(…)

Les « libéraux » restent hébétés : ils ne reconnaissent que nous n’étions pas assez polis avec les indigènes, qu’il eût été plus juste et plus prudent de leur accorder certains droits dans la mesure du possible ; ils ne demandaient pas mieux que de les admettre par fournées et sans parrain dans ce club si fermé, notre espèce : et voici que ce déchaînement barbare et fou ne les épargne pas plus que les mauvais colons. La gauche métropolitaine est gênée : elle connaît le véritable sort des indigènes, l’oppression sans merci dont ils font l’objet, elle ne condamne pas leur révolte, sachant que nous avons tout fait pour la provoquer. Mais tout de même, pense-t-elle, il y a des limites : ces guérilleros devraient tenir à cœur de se montrer chevaleresques ; ce serait le meilleur moyen de prouver qu’ils sont des hommes. Parfois elle les gourmande : « Vous allez trop fort, nous ne vous soutiendrons plus. » Ils s’en foutent : pour ce que ça vaut le soutien qu’elle leur accorde, elle peut tout aussi bien se le mettre au cul. Dès que la guerre a commencé, ils ont aperçu cette vérité vigoureuse : nous nous valons tous tant que nous sommes, nous avons tous profité d’eux, ils n’ont rien à prouver, ils ne feront de traitement de faveur à personne. 

(…)

Nous avons été les semeurs de vent ; la tempête, c’est eux*.

(…)

Vous savez bien que nous sommes des exploiteurs. Vous savez bien que nous avons pris l’or et les métaux puis le pétrole des « continents neufs » et que nous les avons ramenés dans les vieilles métropoles. Non sans d’excellents résultats : des palais, des cathédrales, des capitales industrielles ; et puis quand la crise menaçait, les marchés coloniaux étaient là pour l’amortir ou la détourner. L’Europe, gavée de richesses, accorda de jure l’humanité à tous ses habitants : un homme, chez nous, ça veut dire un complice puisque nous avons tous profité de l’exploitation coloniale. Ce continent gras et blême finit par donner dans ce que Fanon nomme justement le « narcissisme ». Cocteau s’agaçait de Paris, « cette ville qui parle toute le temps d’elle-même ». Et l’Europe, que fait-elle d’autre ? Et ce monstre sureuropéen, l’Amérique du Nord ? Quel bavardage : liberté, égalité, fraternité, amour, honneur, patrie, que sais-je ? Cela ne nous empêchait pas de tenir en même temps des discours racistes, sale nègre, sale juif, sale raton. De bons esprits, libéraux et tendres – des néo-colonialistes, en somme – se prétendaient choqués par cette inconséquences ; erreur ou mauvaise foi : rien de plus conséquent, chez nous, qu’un humanisme raciste puisque l’Européen n’a pu se faire homme qu’en fabriquant des esclaves et des monstres. »

Elie Khoury, La Gerap+

©Lens - Kobané, Syrie
© Lens – Kobané, Syrie

Choukri Al Kouatli, président de la Syrie entre 1946/1949 et entre 1955/1958 mettait en garde le président égyptien Nasser : « La Syrie est un pays difficile à gouverner. La moitié des Syriens se considèrent comme des dirigeants d’envergure nationale, 25 % estiment être des prophètes et 10 % imaginent qu’ils sont des dieux ».

Dans, Eugene Ronan, Histoire des Arabes de 1500 à nos jours, New-York, Perrin, 2013, 722 p.

©Fulvio Roiter, Madeira, 1964.
©Fulvio Roiter, Madeira, 1964.

The Imitation of Christ – Thomas À Kempis

“Direct the fire of your anger against yourself; do not let pride, that monstrous growth, draw nourishment from you any more; but shew yourself so submissive, so unimportant, that everyone may walk over you, trample you like mud in the streets. And if they do, what reason have you to complain, you worthless man? Filthy sinner that you are, what answer can you make to those who reproach you, you who have so often offended God, so many a time deserved hell? And yet my pity spared you, because your soul was precious in my sight; I wanted you to come to the knowledge of my love, to be ever grateful for my kindness towards you; to give yourself unceasingly to true submission and humility, and to bear with patience the scorn of others.”

The Imitation of Christ – Thomas À Kempis

Book III, Chapter XIII « On Humble Obedience, After The Example of Jesus Christ »

La Gerap+


You can also read: Bk I, Ch II « On Taking A Low View Of Oneself »

HBR
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Pope Francis has made no secret of his intention to radically reform the administrative structures of the Catholic church, which he regards as insular, imperious, and bureaucratic. He understands that in a hyper-kinetic world, inward-looking and self-obsessed leaders are a liability.

Last year, just before Christmas, the Pope addressed the leaders of the Roman Curia — the Cardinals and other officials who are charged with running the church’s byzantine network of administrative bodies. The Pope’s message to his colleagues was blunt. Leaders are susceptible to an array of debilitating maladies, including arrogance, intolerance, myopia, and pettiness. When those diseases go untreated, the organization itself is enfeebled. To have a healthy church, we need healthy leaders.

Through the years, I’ve heard dozens of management experts enumerate the qualities of great leaders. Seldom, though, do they speak plainly about the “diseases” of leadership. The Pope is more forthright. He understands that as human beings we have certain proclivities — not all of them noble. Nevertheless, leaders should be held to a high standard, since their scope of influence makes their ailments particularly infectious… (…)

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Elie Khoury, La Gerap+

c. Jad Chaaban
c. Jad Chaaban

Le Professeur Jad Chaaban assisté de M. Antoine Dib ont réalisé un travail de cartographie notable. Ils ont analysé le secteur bancaire libanais, connectant les principales banques à leurs bénéficiaires ultimes.

L’étude est en téléchargement ici : Mapping the Control of Lebanese Politicians over the Banking Sector – Jad Chaaban, Associate Professor of Economics, AUB

Elie Khoury

La Gerap+

Globale Diplomatie.com

Russian Foreign Minister Sergei Lavrov

Impassible, intransigeant, inflexible, sévère, ferme, grave, austère, redoutable, les qualificatifs ne manquent pas pour caractériser l’un des piliers de la Russie depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Serguei Lavrov, né en 1950, d’origine arménienne par son père, est à la tête de la diplomatie russe depuis 2004, où il impose son néo-réalisme du haut de cet impressionnant immeuble style stalinien, place Smolenskaia. Réputé pour être un redoutable négociateur, Lavrov a fait ses armes d’abord  à l’ambassade de l’URSS au Sri Lanka, puis à l’ONU en tant qu’ambassadeur de la Russie, avant de devenir ministre des Affaires étrangères. Portrait d’un acteur majeur de la scène internationale.

Comme le double corps du Roi en France, Lavrov participe au double corps de la diplomatie russe. Les régimes passent, les diplomates se suivent, mais la diplomatie russe garde ses grandes lignes, où les intérêts nationaux l’emportent sur les idéologies. Lavrov fait donc partie…

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©Historica auteur inconnu, HEC économie et développement, "L'industrie de guerre".
©Historica auteur inconnu, HEC économie et développement, « L’industrie de guerre ».

« Les choses ne sont pas si simples : l’éloge libéral de la vertu pacificatrice de l’économie comporte une ambiguïté lourde de sens. Le très libéral Benjamin Constant, dans un texte de 1819, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, fait l’éloge du commerce dans des termes audacieux : « La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’atteindre le même but, celui de posséder ce que l’on désire. Le commerce n’est qu’un hommage rendu à la force du possesseur par l’aspirant à la possession. C’est ne tentative pour obtenir de gré à gré ce qu’on n’espère plus conquérir par la violence. » L’économie ne doit pas être interprétée à partir de la convergence d’intérêts dont elle peut donner le spectacle, elle est d’abord déterminée par le désir de l’emporter sur l’autre. Loin de voir dans l’économie ce par quoi la guerre est surmontée, il faut y avoir le prolongement de la guerre par d’autres moyens. »

Frédéric Lauples, « Le prolongement de la guerre par d’autres moyens », Conflits, Revue Conflits, Hors-série n°1, 2014, p. 11

©Gary, "Everybody needs good neighbours: Property developers are trying to help people reach out to those living around them", sur Daily Mail.
©Gary, « Everybody needs good neighbours: Property developers are trying to help people reach out to those living around them », dans Daily Mail (UK).

« C’est la limite des libéraux. Ils imaginent le monde comme un village sympathique : tant qu’à avoir un voisin, mieux vaut qu’il soit riche, pensent-ils : on pourra lui emprunter ses outils de jardin et s’inviter à l’heure de l’apéritif ! Ils font semblant d’ignorer qu’il existe des voisins acariâtres et agressifs, et parfois même voleurs. Qui n’en connaît pas ? »

Pascal Gauchon, « Nous sommes en guerre économique », Conflits, Revue Conflits, Hors-série n°1, 2014, p. 11

La Gerap+

©Arthur Wellington (Arthur Wellesley, duc de Wellington), par Francisco de Goya, 1812.
©Arthur Wellington (Arthur Wellesley, duc de Wellington), par Francisco de Goya, 1812.

« Arthur Wellesley, duc de Wellington, servit aux Indes où son frère aîné était vice-roi, de 1792 à 1805. Il joua un rôle éminent dans la péninsule Ibérique à la tête du corps expéditionnaire britannique contre les troupes napoléoniennes. Il défendit Lisbonne contre Massena, tint Soult en échec en Espagne et remporta une victoire sur Jourdan à Vitoria. À la fin de 1813, il pénétra en France et y resta jusqu’à la restauration des Bourbons. Il aide à mettre en place la seconde restauration de Louis XVIII et négocia avec le gouvernement provisoire de Fouché. Il fut chef de l’armée d’occupation de 1815 à 1818. Ce conservateur, tant du point de vue politique que militaire, joua un rôle de tout premier plan à Waterloo. »

« Je dois cependant faire savoir à Votre Seigneurie que notre succès dépend comme tout de notre modération et de notre justice ainsi que de la bonne conduite et de la discipline de nos troupes. Jusqu’à ce jour, elles se sont bien conduites, et chez les officiers apparaît un nouvel état d’esprit, qui, je l’espère, va se maintenir, en vue de tenir les troupes en bon ordre. Mais je désespère des Espagnols. Ils sont dans un état si misérable qu’il n’est guère équitable d’espérer qu’ils se garderont de piller un beau pays dans lequel ils entreront en conquérants, surtout si l’on songe aux misères que les envahisseurs ont infligées à leur propre pays. Je ne peux donc me hasarder à les ramener en France, à moins de pouvoir les nourrir et les solder ; et la lettre officielle que cette poste portera à Votre Seigneurie nous montrera l’état de nos finances et de nos perspectives. Si je pouvais maintenant faire avancer 20 000 bons Espagnols nourris et soldés, Bayonne serait à moi. Si je pouvais disposer de 40 000, je ne sais où je m’arrêterais. J’ai aujourd’hui à mes ordres, sur cette frontière, et les 20 000 et les 40 000, mais je ne puis me hasarder à n’en porter aucun en avant par manque de moyens pour les solder et assurer leur subsistance. Sans argent et sans vivres, ils pilleront, et s’ils pillent, ils nous ruineront tous. »

Lettre adressée de France en 1813 au comte Bathurst

Saint-Jean-de-Luz, le 21 novembre 1813

Dans

Challiand, Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie, Paris, Éditions Robert Laffont, 1990, 1498 p., page 784.

©Fulvio Roiter, Madeira, 1964.

The imitation of Christ – Thomas À Kempis

« As for knowledge, it comes natural to all of us to want it; but what can knowledge do for us, without the fear of God? Give me a plain, unpretentious farm-hand, content to serve God; there is more to be made of him than of some conceited University professor who forgets that he has a soul to save, because he is so busy watching the stars. To know yourself—that means feeling your own worthlessness, losing all taste for human praise. If my knowledge embraced the whole of creation, what good would it do me in God’s sight? It is by my actions that he will judge me.

  1. Why not take a rest from this exaggerated craving for mere knowledge which only has the effect of distracting and deluding us? People are so fond of passing for learned men, and being congratulated on their wisdom—yes, but what a lot of knowledge there is that contributes nothing to our souls’ welfare! And there can be no wisdom in spending yourself on pursuits which are not going to promote your chances of salvation. All the talk in the world won’t satisfy the soul’s needs; nothing but holiness of life will set your mind at rest, nothing but a good conscience will help you to face God unashamed.
  2. The wider, the more exact your learning, the more severe will be your judgement, if it has not taught you to live holily. No art, no science should make a man proud of possessing it; such gifts are a terrifying responsability. Meanwhile, however well satisfied you are with your own skill or intelligence, never forget how much there is that remains unknown for you. Let us have no airs of learning, own up to your ignorance; what is the use of crowing over some rival, when you can point to any number of Doctors and Masters who can beat you at your own game? If you want to learn an art worth knowing, you must set out to be unknown, and to count for nothing.
  3. There is no lesson so profound or so useful as this lesson of self-knowledge and self-contempt. Claim nothing for yourself, think of others kindly and with admiration; that is the height of wisdom, and its masterpiece. Never think yourself better than the next man, however glaring his faults, however grievous his offences, you are in good dispositions now, but how long will they last? Tell yourself, « We are frail, all of us, but none so frail as I ».

The imitation of Christ – Thomas À Kempis

Book I – Chapter II « On Taking A Low View Of Oneself »

La Gerap+

©Arte, les 900 jours de siège de Leningrad
©Arte, les 900 jours de siège de Léningrad

« – Je ne quittais pas mon lit de la journée, il faisait extrêmement froid. Un jour, maman est sortie et a fait une chute, quand on l’a ramenée à la maison, on l’a installée avec moi dans mon lit, je faisais office de chauffage.

Un jour, quand la petite lampe à huile s’est éteinte, ma soeur est montée sur une chaise et s’est penchée en avant pour chercher des allumettes, à tâtons dans l’obscurité. C’est là qu’elle a perdu l’équilibre et est tombée. Et voilà, nous n’avions rien remarqué et nous l’appelions : Lialenka, Lialenka ! Au début elle répondait et puis plus rien.

Quand Lialenka est partie, maman a dit : je n’ai plus aucune raison de vivre. Elles avaient toujours été très liées alors que moi je passais mon temps à me faire remarquer. J’étais si mal élevée à l’époque, dans mes rêves, je me voyais trouver un biscuit ou quelque chose au milieu de mes jouets. La nourriture hantait mon esprit… c’était une obsession et c’est toujours le cas. Il paraîtrait que je suis un peu simple d’esprit. Et puis… j’ai perdu le fil.

– Qu’est devenue votre mère ?

– Lorsqu’elle a dit ne plus avoir de raisons de vivre, je lui ai répondu : et moi alors ? Et elle m’a dit sans réfléchir : tu n’as qu’à aller vivre avec le voisin ou dans un orphelinat, peu importe.

Elle est morte quelques jours plus tard, le 1er février. J’ai alors imité sa signature et j’ai pu récupérer ses tickets de rationnement du mois pour le pain. Aujourd’hui encore j’utilise la signature de maman.

Lorsqu’elle est morte, je suis encore restée six jours à ses côtés dans le lit… Voilà comme tout ça s’est terminé. »

©Arte, les 900 jours de siège de Léningrad

Elie Khoury

La Gerap+

Giovanni Battista Piranesi (1720-1778)
Giovanni Battista Piranesi (1720-1778) « The Flavian Amphitheater called the Colosseum in Rome ».

Essai général de tactique

Discours préliminaire

« J’admire donc la politique des Romains dans leurs beaux jours, lorsque je la vois fondée sur un plan fixe ; lorsque ce plan a pour base le patriotisme et la vertu ; lorsque je vois Rome naissante, colonie faible et sans appui, devenir rapidement une ville, s’agrandir sans cesse, vaincre tous ses voisins qui étaient ses ennemis, s’en faire des citoyens ou des alliés, se fortifier ainsi en s’étendant, comme un fleuve se grossit par les eaux qu’il reçoit dans son cours. J’admire cette politique, quand je vois Rome n’avoir jamais qu’une guerre à la fois ; ne jamais poser les armes que l’honneur du nom Romain ne soit satisfait ; ne pas s’aveugler par ses succès ; ne pas se laisser abattre par les revers ; devenir la proie des Gaulois et des flammes, et renaître de ses cendres. J’admire Rome enfin, quand j’examine sa constitution militaire, liée à sa constitution politique ; les lois de sa milice ; l’éducation de sa jeunesse ; ses grands hommes passant indifféremment par toutes les charges de l’État, parce qu’ils étaient propres à les remplir toutes ; ses citoyens fiers du nom de leur patrie et se croyant supérieurs aux rois qu’ils étaient accoutumés à vaincre. Je dis que peut-être il y a eu, dans quelque coin de l’univers, une nation obscure et paisible, dont les membres ont été plus heureux ; mais que certainement jamais peuple n’a eu autant de grandeur, autant de gloire, et n’en a autant mérité par son courage et ses vertus.

Maintenant quel tableau offre, en opposition, l’Europe politique, au philosophe qui la contemple ? Des administrations tyranniques, ignorantes, ou faibles ; les forces des nations étouffées sous leurs vices ; les intérêts particuliers prévalant sur le bien public ; les moeurs, ce supplément des lois souvent plus efficace qu’elles ; négligées ou corrompues ; l’oppression des peuples réduite en système ; les dépenses des administrations plus fortes que leurs recettes ; les impôts au-dessus des facultés des contribuables ; la population éparse et clairsemée ; les arts des premiers besoins négligées pour les arts frivoles ; le luxe minant sourdement tous les États ; les gouvernements enfin indifférents au sort des peuples, et les peuples, par représailles, indifférents aux succès des gouvernements.

Fatigué de tant de maux, si le philosophe trouve à reposer sa vue sur des objets plus consolants, c’est sur quelques petits États qui ne sont que des points dans l’Europe, c’est sur quelques vérités morales et politiques qui, filtrant lentement à travers les erreurs, se développeront peu à peu, parviendront peut-être un jour aux hommes principaux des nations, s’assiéront sur les trônes, et rendront la postérité plus heureuse.

Tel est particulièrement l’état de malaise et d’anxiété des peuples, sous la plupart des gouvernements qu’ils y vivent avec dégoût et machinalement, et que, s’ils avaient la force de briser les liens qui les attachent, ils se donneraient d’autres lois et d’autres administrateurs. On verrait alors la moitié de l’Allemagne chasser les petits princes sous lesquels elle gémit ; la Castille, l’Aragon, l’Irlande rappeler ses rois ; la Toscane, ses ducs ; la Flandre, ses comtes ; tant d’autres États, leurs anciens souverains qui vivaient au milieu d’eux sans luxe, et du revenu de leurs domaines. On verrait presque toutes les provinces se séparer de leur métropole ; presque tous les gouvernements se dissoudre, ou changer de forme. Mais que dis-je ? Telle est en même temps la faiblesse des peuples, que, mécontents, ils murmurent et restent dans la même situation. Ils y sont enchaînés par l’habitude et les vices.

Cette fermentation impuissante est une des plus grandes preuves de la mauvaise constitution de nos gouvernements. Car, d’une part, les peuples souffrent et se plaignent, de l’autre ils ont perdu toute espèce de ressort. Chacun vit pour soi, cherchant à se mettre à couvert des maux publics, à en profiter, ou à s’étourdir sur eux. Au milieu de cette faiblesse générale, les gouvernements, faibles eux-mêmes, mais par là féconds en petits moyens, étendent leur autorité, et l’appesantissent. Ils semblent être en guerre secrète avec leurs sujets. Ils en corrompent une partie, pour dominer l’autre. Ils craignent que les lumières ne s’étendent, parce qu’ils savent qu’elles éclairent les peuples sur leurs droits et sur les fautes de ceux qui les gouvernent. (…)

Le philosophe sera-t-il plus satisfait, quand il jettera les yeux sur l’Europe militaire ? Il y verra toutes les constitutions servilement calquées les unes sur les autres ; les peuples du Midi ayant la même discipline que ceux du Nord ; le génie des nations en contradiction avec les lois de leur milice ; la profession de soldat abandonnée à la classe la plus vile et la plus misérable des citoyens ; le soldat, sous ses drapeaux continuant d’être malheureux et méprisé ; les armées plus nombreuses à proportion que les nations qui les entretiennent ; onéreuses à ces nations pendant la paix ; ne suffisant pas pour les rassurer à la guerre, parce que le reste du peuple n’est qu’une multitude timide et amollie. (…)

Que peut-il résulter aujourd’hui de nos guerres ? Les États n’ont ni trésor, ni excédent de population. Leurs dépenses de paix sont déjà au-dessus de leurs recettes. Cependant, on se déclare la guerre. On entre en compagne avec des armées qu’on ne peut ni recruter, ni payer. Vainqueur ou vaincu, on s’épuise à peu près également. La masse des dettes nationales s’accroît. Le crédit baisse. L’argent manque. Les flottes ne trouvent plus de matelots, ni les armées de soldats. Les ministres, de part et d’autre, sentent qu’il est temps de négocier. La paix se fait. Quelques colonies ou provinces changent de maître. Souvent la source des querelles n’est pas fermée, et chacun reste assis sur ses débris, occuper à payer ses dettes, et à aiguiser ses armes. (…)

Entre ces peuples, dont la faiblesse éternise les querelles, il se peut cependant qu’un jour il y ait des guerres plus décisives, et qui ébranlent les empires. La corruption, répandue sur la surface de l’Europe, ne fait pas partout des progrès égaux. Les différences, qui existent entre les gouvernements font que, chez les uns, elle se développe plus lentement et chez les autres, avec plus de rapidité. Le mal devient ensuite plus ou moins dangereux, en raison des qualités des hommes qui gouvernent. Ici, de bonnes institutions, un souverain éclairé, un ministre vigoureux, servent de digue contre la corruption, remontent les ressorts du gouvernement, et font rétrograder l’État vers le haut de la roue. Là, gouvernement, souverain, ministres, tout est faible et corrompu ; par conséquent, tout se relâche, se détend, et l’État, entraîné avec une vitesse que sa masse multiplie, descend rapidement vers sa ruine. »

Jacques de Guibert

« Face à l’horreur, musulmans et chrétiens irakiens restent solidaires. Les musulmans se sont joints aux chrétiens pour manifester en brandissant des pancartes portant l’inscription « Je suis chrétien, je suis Irakien » et pour une même prière qui les a rassemblés dans les églises. »

Suite de l’article ici

Elie Khoury

La Gerap+

« Who’s Killing Who?

This generic « cave man » represents the first human settlers in Israel/Canaan/the Levant. Whoever they were.

Canaanite
What did ancient Canaanites look like? I don’t know, so this is based on ancient Sumerian art.

Egyptian
Canaan was located between two huge empires. Egypt controlled it sometimes, and…

Assyrian
….Assyria controlled it other times.

Israelite
The « Children of Israel » conquered the shit out of the region, according to bloody and violent Old Testament accounts.

Babylonian
Then the Baylonians destroyed their temple and took the Hebrews into exile.

Macedonian/Greek
Here comes Alexander the Great, conquering everything!

Greek/Macedonian
No sooner did Alexander conquer everything, than his generals divided it up and fought with each other.

Ptolemaic
Greek descendants of Ptolemy, another of Alexander’s competing generals, ruled Egypt dressed like Egyptian god-kings. (The famous Cleopatra of western mythology and Hollywood was a Ptolemy.)

Seleucid
More Greek-Macedonian legacies of Alexander.

Hebrew Priest
This guy didn’t fight, he just ran the Second Temple re-established by Hebrews in Jerusalem after the Babylonian Exile.

Maccabee
Led by Judah « The Hammer » Maccabee, who fought the Seleucids, saved the Temple, and invented Channukah. Until…

Roman
….the Romans destroyed the Second Temple and absorbed the region into the Roman Empire…

Byzantine
….which split into Eastern and Western Empires. The eastern part was called the Byzantine Empire. I don’t know if « Romans » ever fought « Byzantines » (Eastern Romans) but this is a cartoon.

Arab Caliph
Speaking of cartoon, what did an Arab Caliph look like? This was my best guess.

Crusader
After Crusaders went a-killin’ in the name of Jesus Christ, they established Crusader states, most notably the Kingdom of Jerusalem.

Mamluk of Egypt
Wikipedia sez, « Over time, mamluks became a powerful military caste in various Muslim societies…In places such as Egypt from the Ayyubid dynasty to the time of Muhammad Ali of Egypt, mamluks were considered to be « true lords », with social status above freeborn Muslims.[7] » And apparently they controlled Palestine for a while.

Ottoman Turk
Did I mention this is a cartoon? Probably no one went to battle looking like this. But big turbans, rich clothing and jewelry seemed to be in vogue among Ottoman Turkish elites, according to paintings I found on the Internet.

Arab
A gross generalization of a generic 19-century « Arab ».

British
The British formed alliances with Arabs, then occupied Palestine. This cartoon is an oversimplification, and uses this British caricature as a stand-in for Europeans in general.

Palestinian
The British occupied this guy’s land, only to leave it to a vast influx of….

European Jew/Zionist
Desperate and traumatized survivors of European pogroms and death camps, Jewish Zionist settlers were ready to fight to the death for a place to call home, but…

PLO/Hamas/Hezbollah
….so were the people that lived there. Various militarized resistance movements arose in response to Israel: The Palestinian Liberation Organization, Hamas, and Hezbollah.

Guerrilla/Freedom Fighter/TerroristState of Israel
Backed by « the West, » especially the US, they got lots of weapons and the only sanctioned nukes in the region.

Guerrilla/Freedom Fighter/Terrorist
Sometimes people fight in military uniforms, sometimes they don’t. Creeping up alongside are illicit nukes possibly from Iran or elsewhere in the region. Who’s Next?

and finally…

The Angel of Death

The real hero of the Old Testament, and right now too. »

Elie Khoury

La Gerap+

Euronews
Euronews

M. Corm s’est entretenu avec Mme Sixtine de Thé à Beyrouth sur la réorganisation du Moyen-Orient, les implications étrangères dans la crise syrienne, le risque d’embrasement du Liban ainsi que du rôle de l’administration Obama, continuité stratégique en non rupture conduite par les Etats-Unis d’Amérique dans la région ; entretien complet que vous pouvez retrouver sur le site « Les clés du Moyen-Orient » ici

*Publié avec l’autorisation de la fondatrice et directrice du site « Les clés du Moyen-Orient ».

Elie Khoury

La Gerap+

Ahmed Mater
Ahmed Mater

Le saoudien et chirurgien Ahmed Mater, religieux et artiste décrit l’évolution de l’homme comme n’étant pas toujours l’histoire de la survie du plus fort, mais comme celle de sa mort.

Une disparition qui permet à l’Arabie Saoudite dans les années 1938 de découvrir une terre riche en ressources naturelles, reposant sur la combinaison de cadavres entremêlés à des plantes multicellulaires transformés année après année en ce liquide noir, argument de puissance. Ce regard critique de la société saoudienne est soutenu par le roi Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud qui promeut l’artiste Ahmed Mater par des échanges dans la région mais aussi outre-Atlantique. Un Royaume qui semble se regarder dans le miroir, intégrant activement à ses réflexions un recul sur sa montée en puissance, et peut-être son déclin.

Les Saoudiens, défenseurs du wahhabisme, réfléchissent leur avenir, c’est d’ailleurs dans une relation de va et vient avec Israël que la discussion semble la plus colorée et la plus intimiste ; on reconnaît de part et d’autre des fragilités et des excès.

Revenir à l’ennemi du moi et non du toi, heure heureuse qui rappelle combien l’homme est fort lorsqu’il se retrouve avec lui-même ; transformant l’avenir au point de positionner parmi les plus solides défenseurs du Juif, le Musulman. Douce mélodie du « Aime ton prochain comme toi-même ».

A presto+

Elie Khoury

La Gerap+

Pour contrebalancer une certaine idée des États-Unis d’Amérique dans un contexte de forte hostilité à son encontre, par celui qui avait eu pourtant des idées radicales sur la population noire américaine, il dira de ses positions à leur encontre que cela fut une extraordinaire idiotie. Voici un passage du discours du défunt sénateur américain démocrate, Robert Carlyle Byrd en 2003 sur la guerre en Irak.

Un article (En) du New York Times retrace son parcours ici

Un article (Fr) du Monde retrace son parcours ici

Elie Khoury

La Gerap+