A gauche, Mme Rita Ghosn en 2006 alors l’épouse de M. Carlos Ghosn. A droite, Mme Rita Kordahi divorcée de M. Carlos Ghosn, interviewée après l’arrestation de son ex-mari.

En 2006 Mme Rita Ghosn parle de M. Carlos Ghosn comme d’un homme « trop clair, trop tansparent, incapable de faire des concessions » au point qu’elle ne le verrait pas en « homme politique ». En 2018, alors divorcée de M. Ghosn elle dira de lui après son arrestation qu’il « a toujours cherché à dissimuler sa fortune et n’a jamais fait preuve d’équité ».

Vous pouvez retrouver ces deux articles dans leur intégralité :

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© J’invoque en tant qu’architecte, mes droits à l’erreur et à l’anonymat

Que voyez-vous sur cette photo ? Des maisons dans un lotissement, comme il en existe des millions dans le monde n’est-ce pas ?

Pour l’éthologue Konrad Lorenz : « Ces bâtisses sont indignes de porter le nom de maison, car elles consistent en des rangées de stalles pour bêtes de somme humaines.

Faire l’élevage de poules pondeuses, dans des séries de cages minuscules, est considéré à juste titre comme une torture pour ces volatiles et comme indigne d’un pays civilisé. Par contre, on trouve parfaitement licite d’attendre de l’homme qu’il accepte un pareil traitement, alors qu’il est justement le moins préparé à supporter cette action à proprement parler inhumaine.

Il n’est pas fait, comme le termite ou la fourmi, pour pouvoir supporter d’être réduit à un élément anonyme et parfaitement interchangeable, parmi des millions d’individus rigoureusement identiques.

Celui qui habite une cage à bon marché, dans un bloc d’habitat pour bêtes de somme humaines, n’a plus qu’un moyen de préserver son amour-propre, c’est d’ignorer délibérément l’existence de ses multiples compagnons de misère et de s’isoler totalement de son prochain.

Dans les grands ensembles, on trouve très souvent des parois de séparation entre les balcons, pour rendre le prochain invisible.

On ne peut pas, on ne veut pas entrer en contact avec l’autre « par-dessus la clôture », de crainte de voir se refléter en lui l’image de son propre désespoir.

Des maisons identiques, dessinées sans beaucoup de réflexion, par des architectes dépourvus de culture véritable, à l’occasion d’un concours hâtif ; des centaines de milliers de logements en série, que leur numéro seul permet de distinguer.

Le sens esthétique et le sens moral sont manifestement étroitement liés. Il est évident que des hommes contraints de vivre dans les conditions que nous venons de parler, souffrent d’une atrophie de l’un et de l’autre.

La beauté de la nature et la beauté de l’environnement culturel, créé par l’homme, sont chacune nécessaire à la santé morale et spirituelle de l’être humain. Cet aveuglement total de l’âme pour tout ce qui est beau, que l’on voit se propager partout de nos jours, avec une telle rapidité, est une maladie mentale qu’il faut prendre au sérieux, ne serait-ce que parce qu’elle va de pair avec l’insensibilité envers ce qui est le plus répréhensible moralement. »

Elie Khoury, La Gerap+

Nous aimons Konrad Lorenz, en 2012, un article sur le mécanisme d’agression chez le rat.

© Delcampe. « Titanic Boarding Pass » – Titanic construction financée par l’IMM, trust du milliardaire J. P. Morgan

 

Fait n°I – Le Titanic possédait 14 canots de 65 places, 2 canots de 40 places et 4 radeaux pliables de 47 places, le tout pouvant embarquer en cas de catastrophe 1 178 personnes. C’était plus que ce qu’exigeait la réglementation, mais moins que le montant total des occupants, 2 223 passagers. En cas d’avarie, 1 045 personnes risquaient de ne pas pouvoir embarquer sur les canots de sauvetage soit 52% des passagers.

Fait n°II – Dans la nuit du 3 au 4 avril 1912, juste après que le paquebot ait obtenu le certificat de navigabilité du « Bord of Trade » et alors en transit vers Southampton, une ville portuaire de la côte Sud du Royaume-Uni un feu s’est déclaré spontanément dans la soute à charbon.

Fait n°III – Le chef mécanicien Joseph Bell a prévenu le commandant Smith de l’incident. A savoir, pour éteindre le feu, il faut vider la soute jusqu’à atteindre le charbon en combustion. En attendant, il faut envoyer des jets de vapeur à l’intérieur et des jets d’eau froide sur les parois extérieures. Malgré les précautions prises par le chef mécanicien, lorsque le paquebot est arrivé à Southampton, le feu lui n’était toujours pas éteint.

A Southampton et durant l’escale, la soute ne sera pas vidée pour atteindre le charbon en combustion. Le commandant Smith prévenu, décide de garder le silence sur l’incident pour ne pas retarder le voyage inaugural.

Fait n°IV – Le chef mécanicien lui a un autre problème, le Royaume-Uni sortait d’une grève très dure durant laquelle le charbon n’a pas été livré aux compagnies maritimes. On ne trouvera que 4 427 tonnes de charbon. Le paquebot ne pourra naviguer que sept jours et demi à 22 nœuds. Assez pour atteindre New York, mais avec une marge de manoeuvre réduite au minimum.

Fait n° V – Le 9 avril des changements en cascade ont lieu dans l’état-major du bateau pour des raisons internes et un des cadres quitte le bateau en oubliant de prévenir son remplaçant qu’il avait caché les jumelles des vigies dans sa cabine pour ne pas qu’on ne les lui vole. Une première paire avait été perdue et personne ne voulait se risquer à perdre les secondes.

Fait n°VI – Le 11 avril à 13 h 30 le Titanic quitte Queenstown en direction de New York et pour satisfaire les exigences des services américains de l’immigration, chaque classe est séparée des autres par des portes et grilles cadenassées.

Fait n°VII – Le 11 avril à 23 heures, l’émetteur du Titanic tombe en panne. On passe une bonne partie de la nuit à le réparer et il fonctionne de nouveau un peu avant 5 heures du matin le 13 avril. Entre-temps plusieurs avis de glaces envoyés à d’autres navires ont été captés. Le Titanic s’apprête alors à traverser une zone dangereuse.

Fait n°VIII – En fin d’après-midi, le 13 avril le feu dans la soute à charbon est enfin éteint, mais la cloison étanche a été portée au rouge, imposant de changer les cloisons à l’arrivée à New York. Mais le chef mécanicien avec le commandant décident de tromper l’inspection en passant une couche d’huile sur la cloison pour lui donner l’aspect du neuf et éviter de devoir rester à New York.

Fait n°IX – Le 14 avril à 9 heures, le Caronia, paquebot de la Cunard adresse un avis de glaces au Titanic, mais le commandant décide de maintenir la vitesse de 22.5 nœuds et de ne pas doubler la veille.

Fait n°X – D’autres messages d’alerte sont reçus, notamment à 21 h 30 du paquebot Mesaba. Il a aperçu des icebergs et en signale les coordonnées. Mais le chef opérateur radio du Titanic croule sous les messages commerciaux qu’il doit transmettre aux différents voyageurs et oublie de remettre le message du Mesaba à la passerelle.

Fait n°XI – Vers 22 heures 30, le Titanic croise le cargo Rappahannock qui par signaux lumineux l’averti d’un épais champ de glace et plusieurs icebergs. Il lui indique qu’il a été endommagé. Le Titanic accuse réception du message, mais continue sa route en maintenant sa vitesse.

Fait n°XII – A 23 heures, le Californian appelle le Titanic pour signaler qu’il a été pris dans les glaces. L’assistant du chef opérateur déjà en communication « rabroue vertement l’importun ».

Fait n°XIII – A 23 h 39, le matelot-vigie aperçoit une masse sombre que sans jumelles il n’arrive pas à identifier. En plissant les paupières il reconnaît un iceberg qui grossit de seconde en seconde. A 0 h 05 on fait préparer les canots de sauvetage, mais personne ne s’y bouscule car le Titanic leur paraît plus solide que jamais. Les premiers canots partent avec très peu d’occupants. Ils ne seront remplis qu’à 1 h 30 lorsque chacun réalisera la gravité de la situation.

A 2 h 20 du matin du 15 avril, 1 500 personnes se débattent dans l’eau glacée.

 

Rédigé sur la base exclusive des éléments du livre de Gérard Piouffre, « Les femmes et les enfants d’abord ! Les grands naufrages de l’histoire », Editions First, 2016, 311 pages.

 

Elie Khoury, La Gerap+

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© Ask Zelda – NSA

Les ragots, les rumeurs et les potins sont bien souvent inévitables dans toute organisation humaine, mais inacceptables lorsqu’ils portent préjudice à la réputation, l’honneur ou aux sentiments d’une personne.

Mais ces derniers ont également des bienfaits, car ils sont souvent d’excellents tuyaux sur des organisations et des hommes parfois complexes, secrets et/ou rigides, ils peuvent ainsi aussi révéler des changements rampants de grande envergure à venir, d’où les analyses qui en sont faites (RUMINT – Rumor Intelligence)… mais ils peuvent aussi trahir des problèmes sur votre propre organisation :

  • Est-ce qu’il n’y a pas assez de travail et/ou les gens ne travaillent pas assez et s’occupent ainsi ?
  • Est-ce que votre organisation est stricte, vous ne communiquez pas ou ne communiquez pas correctement ; cela donnant corps et raison à des ragots et rumeurs au sein de votre organisation ?
  • Existe-t-il des problèmes entre les employés qui n’auraient pas été réglés par les dirigeants ?

Des bienfaits des potins, mais intolérables lorsqu’ils sont excessifs et malveillants. Ils recèlent parfois et toutefois de précieuses informations pour les analystes, à charge de savoir les obtenir et les analyser.

 

Ce texte a été traduit, interprété et enrichi sur la base de publications originales et déclassifiées de la NSA, issues de la rubrique inspirante « Ask Zelda ».

Elie Khoury, La Gerap+

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© Mustafah Abdulaziz

Lorsque l’on recherche un bénéficiaire ultime – personne détentrice d’une société ou activité – et sans lien avec la complexité qui pourrait être celle du schéma appliqué, on doit trouver un ou plusieurs individus.

Identifier le bénéficiaire ultime d’une entreprise, n’est réellement d’intérêt que si cela permet également d’expliquer la nature du pouvoir exercé et ses finalités. Mener à bien une telle démarche investigatrice est difficile.

Mais existe-t-il des bénéficiaires ultimes d’un autre ordre et encore plus difficiles à détecter ?

Nous avons récemment appris d’un investisseur chinois, qu’il faisait depuis son baptême religieux affaire avec Dieu ; que ce dernier était son partenaire et l’actionnaire à 51 % de toutes ses affaires et activités.

Conclure à de la folie, ranger cela dans l’inexplicable ou le démesuré, moquer cette information ou espérer en trouver trace dans un document légal est la tentation première.

Sur une planète terre qui réunit plus de sept milliards d’habitants et peut-être tout autant de religions et de croyances, il existe bien des présences invisibles et des voix inaudibles ; des décisionnaires et bénéficiaires indétectables à l’œil nu, à l’oreille inattentive et régissant plus souvent qu’on ne le croit, des activités de première importance.

Elie Khoury, La Gerap+

©Lens
© Lens

What service did you attend today?”… To what church do you belong?” quand ces questions permettent d’évaluer votre solvabilité et pour motif, dans l’ouvrage de Max Weber, “L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme”, l’auteur lors d’un voyage aux Etats-Unis se fit résumer la chose de la façon suivante :

« Monsieur, je pense pour ma part que chacun peut croire ou ne pas croire ce que bon lui semble ; mais quand je vois un fermier ou un marchand qui n’appartient à aucune église, je ne lui donnerai pas 50 cents : – Qu’est-ce qui peut le convaincre de me payer s’il ne croit à rien ? »

L’explication fut encore plus enrichie quand on lui expliqua – après qu’il ait assisté à un baptême baptiste – ce qui avait été mis en place avant que l’individu puisse se présenter au baptême : « Je demandais encore pourquoi et comment, et il ne me répondit que l’admission dans la communauté baptiste locale, encore strictement attachée aux traditions religieuses, n’était possible qu’au terme d’une « mise à l’épreuve » minutieuse et d’une enquête extrêmement tatillonne sur la « transformation » du fidèle depuis sa plus tendre enfance : fréquentation de tavernes ? Danse ? Théâtre ? Cartes ? Retards de paiements ? Autres marques de légèreté ? ».

Ce n’est qu’une fois parfaitement étudié et évalué, que le baptisé jouissait de garanties absolues, le processus permettait aux yeux de tous d’affirmer que ladite personne possédait les qualités éthiques d’un gentleman, et surtout bénéficiait, de mérites commerciaux. Max Weber indique que ce dernier était désormais : « certain de recevoir les dépôts de toute la région et de bénéficier d’un crédit illimité, sans craindre la moindre concurrence ».

Mais alors pourquoi fait-on une distinction entre les églises et les sectes ? Car, alors que nous serions acceptés de naissance et de fait dans une église, la maison du Seigneur étant ouverte à tous et la grâce étant donnée « aux justes comme aux injustes », la secte elle choisit ses membres, gratifiant ses fidèles d’un certificat de qualification éthique et commerciale.

Et pour conclure : « Quelle que fût sa position, celui qui voulait être vraiment respecté dans cette démocratie devait cependant non seulement s’adapter aux conventions de la society bourgeoise, y compris à une mode masculine très stricte, mais il devait aussi, en règle générale, pouvoir manifester ostensiblement qu’il était parvenu à entrer, au terme d’un vote positif, dans l’une des sectes, clubs ou sociétés de tous ordres dont la légitimité était suffisamment reconnue, et à s’y imposer en confirmant sa qualité de gentleman. Ceux qui n’y parvenaient pas n’étaient pas des gentlemen, ceux qui dédaignaient ces associations – c’était souvent le cas des Allemands, par exemple – avaient des difficultés à faire leur chemin, surtout en affaires ».

*Toutes les citations sont tirées de l’ouvrage de Max Weber : Weber, Max, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Flammarion, « Champs classiques », 3e édition, 2002, 394 pages.

Elie Khoury, La Gerap+

© Lens
© Lens

Liban, décembre 1984, dans un village chrétien à la frontière nord-est avec la Syrie. Vous avez deux ans lorsque votre père se fait kidnapper par l’armée syrienne de Hafez Al-Assad. Mécanicien de formation, il a été dénoncé aux autorités syriennes et traité de collaborateur par des cousins qui ne supportaient plus de le voir s’enrichir à quelques pas de chez eux.

Vous avez recherché votre père pendant plus de trente ans, allant de prison en prison, courant les rumeurs indiquant qu’il serait détenu et torturé près d’Alep ou d’autres le signalant à Homs. Rien n’y fait, c’est le coeur criblé que vous commencez désormais à vous faire à l’idée qu’il serait depuis m…

Votre mère, qui a depuis perdu ses repères et quelque peu la raison, entend des voix dans la maison… l’autre jour elle le voyait téléphonant dans la cuisine et vous jure encore entendre le bruit de ses pas à l’étage ; un autre jour elle a pensé l’avoir poursuivi dans le marché, elle en pleure, car elle en est sûre, oui c’était lui achetant des tomates ! Mais le pire vient de se produire, ce matin, elle vient de le voir dans un rêve et c’est forcément prémonitoire… puisqu’il tapait à la fenêtre du salon, s’écriant de l’extérieur être enfin rentré !

– Peux-être finies les fausses joies, la souffrance et l’attente car vous êtes désormais en 2016 et il va falloir prendre une ultime décision –

Vous venez d’apprendre ce jour d’octobre, que votre père serait vivant, détenu dans une prison passée sous le contrôle de l’État islamique et une question :

Elie Khoury

La Gerap+

© Lens – Île St.-Louis

Dans « Les liaisons dangereuses de Pierre Bérégovoy – Enquête sur la mort d’un Premier ministre » écrit par Charles Villeneuve, au cours des premiers mois de l’année 1993  :

Pierre Bérégovoy, alors Premier ministre de François Mitterrand est en dépression, au bord du suicide… il ne fait aucun doute pour tous ceux qui l’entourent qu’il a sombré dans une noire spirale. Et quelques semaines avant sa mort, au sein de son entourage et celui du président, François Mitterrand – que tous surnomment « dieu » -, est appelé à l’aide, il doit parler à son Premier ministre ; il faut qu’il lui vienne en urgence au secours, le rassure et le protège. Mais jusqu’au moment fatal, François Mitterrand, rechignera à le considérer et ne lui parlera qu’à contre-coeur.

Comment ont-il fait pour croire en un dieu, qui ne sauvait pas son peuple ?

Elie Khoury, La Gerap+

© Lens
© Lens

 

Elie Khoury, La Gerap+

© Lens L'Île Saint Louis, 1999.
© Lens
L’Île Saint Louis, 1999.

Notre société ne repose aujourd’hui sur aucun pilier sérieux qui puisse la faire avancer sans heurt violent. Plus aucun processus n’existe, qui pourrait jouer le rôle d’agglomérateur de toutes les particules diverses et variées qui la composent. Comment des jeunes, vivant chacun dans des mondes différents, expérimentant chaque jour des vécus différents, et créant fatalement des représentations différentes, se sentiraient-ils solidaires au sein d’un même espace de vie et d’expression qu’est censée incarner la République ? L’égalitarisme abstrait a vécu et son manteau ne couvre plus les épaules trop larges d’une jeunesse aujourd’hui livrée à elle-même.

Les diverses étapes de la vie sont marqués par des rites institutionnalisés et bien définis. À l’étape scolaire succède celle de l’adolescence et du choix de l’orientation professionnelle qui marquera l’orientation de la vie qu’on se fabrique. Quand ce moment vient, la plupart d’entre nous ne se rend pas compte de l’importance qu’il revêt. Choisir une orientation est quelque chose qui s’impose au jeune après une période plus ou moins longue d’insouciance. Pour certains, la question de l’orientation ne se pose pas puisque des proches ont déjà pu y penser pour eux et de manière plus avisée. Pour ceux-là, le problème n’en est pas un, et la route est plutôt bien tracée. Pour d’autres, au contraire, choisir que faire, question existentielle qui les brutalise tout d’un coup, est une autre prise de tête. N’y ayant jamais vraiment réfléchi, ils suivent la voie que trace pour eux la vie. À savoir une voie par défaut dans laquelle ils ne satisferont pas leurs réelles aspirations. Certains suivront ainsi un ami dans telle voie technologique, d’autres iront polir les bancs de la fac sans réelle inclination pour le cursus qui leur est proposé. Cette gabegie vocationnelle est courante dans notre pays, faute d’avoir réfléchi à une réelle politique d’orientation des jeunes.

Néanmoins, le cœur de notre propos est ce qui précède cette étape fondamentale où nous sommes forcés de faire un choix qui déterminera le reste de notre vie. C’est la formation des éléments qui nous pousseront à choisir telle voie plutôt que telle autre. Ceci se joue dans les instances de l’école publique ou encore dans le temps extra-scolaire qui est proposé aux futurs citoyens. Les activités aujourd’hui proposées sont des loisirs, des sorties dites culturelles, des projections cinématographiques. Certes l’intérêt pour ce genre de sorties n’est pas inexistant, un jeune adulte ou adolescent ayant besoin de loisirs constructifs pour se créer une personnalité et des références nécessaires. Cependant, ces loisirs sont trop souvent opérés au détriment des fondamentaux que doivent être des pratiques plus professionnalisantes telles que la mécanique, l’apprentissage des basiques de l’électricité ou de la plomberie, entre autres. Acquérir des savoirs pratiques et utiles est un ainsi un préalable primordial à la formation de l’esprit. Cela permet de se reconnecter avec les choses simples et fondamentales de notre monde dans lequel on a perdu pied depuis quelques temps, au profit des écrans d’ordinateurs ou de télévisions bien souvent.

L’éducation populaire, trop longtemps laissée en jachère de la réflexion intellectuelle est à repenser de fond en comble car là se joue peut-être un acte essentiel de notre démocratie et de l’avenir qu’on lui prépare. Il faut réinvestir ce champ et permettre à des millions de jeunes venant de milieux populaires et défavorisés pour beaucoup d’entre eux, de se reconnecter à des savoirs pratiques et concrets qui amorceront probablement en eux un début  d’intérêt pour autre chose. Il faut faire connaître au plus grand nombre les principes du scoutisme, et les reconnecter aux bienfaits d’une vie en communauté avec la nature et ce qu’elle a à nous offrir si on sait l’exploiter intelligemment.

L’enjeu est de réinsérer des millions de jeunes dans le circuit réel et concret de la vraie vie professionnelle et sociale. De réinsuffler en eux ce qu’outre-Atlantique on nomme l’esprit pionnier, ce qui a conduit des millions d’aventuriers à prendre pelle et pioche pour aller construire une vie meilleure ailleurs, dans des contrées hostiles au départ. Leur permettre de redevenir des acteurs capables de prendre leur vie en main, avant de pouvoir changer quoi que ce soit dans la société. C’est aussi leur permettre de leur redonner confiance en eux, et de poser les jalons d’un nouveau parcours plus incarné par le jeune lui-même, car se sentant plus aux commandes.

Axer le travail sur des activités concrètes et qui ont déjà fait leur preuves par le passé, voilà qui constitue le balisage de toute nouvelle route à paver pour sortir des tombereaux de jeunes de l’ornière de la déconvenue où ils se retrouvent aujourd’hui jetés, avec le désespoir qui pointe et la résignation qui guette. Ce travail doit être la pierre angulaire de la nouvelle éducation populaire que nous devrions recréer pour nos jeunes. Ces derniers y ont droit, ils en ont l’espoir secret, et l’envie tenace, même s’ils ne savent pas toujours l’exprimer correctement. Dispenser des cours de « concret », de « réel », au travers de savoirs pratiques indispensables pour être autonomes dans l’arène concurrentielle où ils seront jetés. Bien sûr, cela ne sera pas pour eux un passeport immédiat pour la richesse, ni même pour l’emploi. Mais leur permettre d’apprendre à faire quelque chose de leurs mains, de travailler la matière et de la transformer, d’acquérir un savoir technique qu’ils pourront réutiliser dans des situations concrètes de la vie quotidienne, avec leurs amis ou leurs familles, est le début d’un nouveau processus de revalorisation de soi-même par l’action. Par une nouvelle capacité qu’on se trouve à changer le défectueux pour le remettre sur les rails, et partant d’une nouvelle étincelle qui les amènera à approfondir. Voilà qui tracerait une première piste d’orientation, et d’avenir.

Au lieu de leur permettre de gâcher leur motivation et leur énergie dans une passivité subie, permettons-leur de devenir acteur d’un chemin de vie qui, en leur conférant des savoirs pratiques fondamentaux, leur permettra de tisser un lien entre un passé qui leur manque parfois et un avenir auquel ils ne croient plus pour beaucoup. C’est en leur apprenant des petits gestes simples et pratiques, que nous établirons les conditions d’une sortie par le haut pour des jeunes qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’une éducation soutenue au sein de leur cercle familial. Ceci ne coûterait dons pas beaucoup financièrement, mais représenterait un bénéfice immense pour notre pays et pour sa jeunesse.

Ainsi, si cela ne résoudrait certainement pas tous les problèmes auxquels notre pays est confronté, il contribuerait de manière évidente à résorber un mal-être perceptible chez beaucoup, et, doucement, à faire avancer les choses.

Franck Beqiraj, La Gerap+

© Lens - New York Times, "French Muslims, Never Fully at Home"
© Lens – New York Times, « French Muslims, Never Fully at Home »

« Le port d’une chape ou d’un surplis ne peut pas plus mettre en danger ou menacer la paix de l’État que le port d’un manteau ou d’un habit sur la place du marché ; le baptême des adultes ne détermine pas plus de tempête dans l’État ou sur la rivière que le simple fait que je prenne un bain. (…)

Prier Dieu dans telle ou telle attitude ne rend en effet pas les hommes factieux ou ennemis les uns des autres ; il ne faut donc pas traiter cela d’une autre manière que le port d’un chapeau ou d’un turban ; et pourtant, dans un cas comme dans l’autre, il peut s’agir d’un signe de ralliement susceptible de donner aux hommes l’occasion de se compter, de connaître leurs forces, de s’encourager les uns les autres et de s’unir promptement en toute circonstance. En sorte que, si on exerce sur eux une contrainte, ce n’est pas parce qu’ils ont elle ou telle opinion sur la manière dont il convient de pratiquer le culte divin, mais parce qu’il est dangereux qu’un grand nombre d’hommes manifestent ainsi leur singularité, quelle que soit par ailleurs leur opinion. Il en irait de même pour toute mode vestimentaire par laquelle on tenterait de se distinguer du magistrat et de ceux qui le soutiennent ; lorsqu’elle se répand et qu’elle devient un signe de ralliement pour un grand nombre de gens qui, par là, nouent d’étroites relations de correspondance et d’amitié les uns avec les autres, le magistrat ne pourrait-il pas en prendre ombrage, et ne pourrait-il pas user de punitions pour interdire cette mode, non parce qu’elle serait illégitime, mais à raison des dangers dont elle pourrait être la cause ? Ainsi un habit laïc peut avoir le même effet qu’un capuchon de moine ou que toute autre pratique religieuse. »

John Locke,

Essai sur la tolérance (1667);

trad J. Le Clerc, Éd. Flammarion, coll. « GF », 1992, pp. 110 et 121-122

Observation

Cet essai a été écrit en 1667, il y a plus de trois siècles. Passage d’intérêt, puisqu’il contribue à mettre en lumière, sous une autre perspective, les vifs échanges qui ont animé les Français sur la question du voile notamment, mais pas seulement.

Là où les débats ont été rapidement emprisonnés dans un face à face avec l’Islam et le religieux ; nous sommes rappelés à d’autres considérations sous-jacentes, incontournables et urgentes, que sont le pouvoir et le politique. À l’aune de ce passage de John Locke, le voile dérangerait, non pas, parce qu’il serait le fruit d’une pratique intolérable, mais bien, parce qu’il serait avant tout un attribut distinctif. Symbole extérieur identifiable, il permettrait à des individus de se reconnaître, de se compter et de prendre conscience de leur nombre, de leur force et peut-être, inévitablement par l’union, d’être tentés de se déployer au sein d’une communauté. En d’autres termes, c’est la prise de conscience concrète du nombre et ses représentations, qu’on chercherait à éviter. Car une fois cette image figée, cette prise de conscience opérée, qu’est-ce qui retiendrait l’un et l’autre de s’allier, de se défendre, voire d’attaquer et in fine, représenter un contre-poids à un modèle établi ? Le processus est certes, bien plus long et complexe, mais il n’en reste pas moins une provocation de fait, mettant en alerte les autorités.

L’État Français a choisi de s’exprimer par une représentation laïque, diffusant ses propres codes, qu’ils soient vestimentaires ou autres et qui ne sont, ni plus ni moins, des expressions de sa puissance et de son pouvoir d’attraction sur ses citoyens. Des attributs comme le voile pourraient renfermer l’expression, voire l’enracinement d’une communauté qui se voudrait distincte. Ce n’est pas tant le religieux et ses pratiques qui intéressent, mais ses expressions qui ne peuvent être là aussi, ni plus ni moins, que des représentations de sa puissance et de son pouvoir d’attraction sur ses fidèles.

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », ce n’est pas la liberté de chaque homme, mais bien d’une communauté, d’un nombre dominant face à un autre acceptant cette domination ou du moins ce rapport de puissance. L’État Français est laïc et repose sur une population, majoritaire, acceptant les formes d’expression de sa puissance. Toute communauté venant à s’exprimer de façon à menacer son modèle, laisse croire, qu’elle sera inévitablement prise pour cible. L’État omnipotent n’a que faire des différentes croyances de chacun, tant qu’elles restent minoritaires, confinées à la sphère privée et ramenées à hauteur de l’individu seul. Là où se pose un problème, c’est lors de la diffusion, contagion et manifestation d’une croyance autre, que celle du pouvoir établi.

Elie Khoury, La Gerap+

* Attention : pour lecteur averti ; les idées exprimées dans cette vidéo et cet article peuvent choquer la sensibilité des personnes, néanmoins, elles participent à la compréhension des enjeux politiques et sécuritaires actuels. Nous ne soutenons aucun propos pouvant être perçu comme insultant ou diffamatoire. Toute réclamation peut être faite à : contact@lagerap.com

Échange entre Sami Zeidan et Abu Hafs al-Mauritani considéré comme l’ancien mufti d’Al-Qaïda. Voici résumés et traduits quelques paassages :

  • Pourquoi de jeunes musulmans lancent des attaques massives qui tuent de nombreux civils, innocents, dans des pays musulmans et non-musulmans ?

Moi et de nombreux musulmans, nous ne sommes pas d’accord avec toute justification religieuse ou politique de ces attaques (13 novembre à Paris). Selon moi, les lois islamiques rejettent de telles opérations. Je pense qu’elles portent un grand préjudice au monde Musulman. Néanmoins, nous devons chercher à comprendre ce qui s’est passé. Il faudrait ainsi parler du contexte dans lequel ces opérations se sont produites et pourquoi elles se sont produites dans tels pays et pas dans d’autres par exemple.

Les groupes tels qu’Al Qaeda ou ISIS, pensent que les Occidentaux sont particulièrement impliqués dans les crises qui touchent le monde Musulman. Les Occidentaux sont ainsi ceux qui ont installé, armé et soutenu Israël au milieu du monde Musulman. Et les Occidentaux ferment les yeux sur les crimes qui sont commis contre les Palestiniens. Bien que je ne sois pas d’accord avec ce qui s’est passé (les attentats) et que je souffre pour toute personne innocente tuée qu’elle soit en France, aux États-Unis ou ailleurs, il semble que les autres ne ressentent pas la même douleur quand cela concerne nos morts (musulmans). Les Français ont vécu une seule nuit de peur et de meurtres, mais les Musulmans au Moyen-Orient et dans d’autres pays comme au Myanmar vivent avec cette même peur et ces morts tous les jours, et cela depuis des années.

  • Pourquoi ISIS ouAl-Qaïda n’ont-ils pas attaqué Israël (voir réponse question précédente) ?

Cette question doit leur être posée, mais pour Al-Qaïda, dont j’ai été membre et pour Oussama Ben Laden, je peux dire que les États-Unis sont considérés comme la racine du mal. Les États-Unis, l’arbre du mal et Israël juste un fruit ou une branche. Il était ainsi considéré que tout effort de combat contre un régime affilié aux États-Unis était un gaspillage. Il disait qu’il fallait se concentrer sur le déracinement de l’arbre et que si l’arbre chutait, le mal chuterait automatiquement. Al-Qaïda a lancé quelques attaques contre Israël, très limitées et certaines infructueuses. Je ne suis pas (plus) un membre d’Al-Qaïda et j’ai plusieurs désaccords avec eux, je ne peux pas dire pourquoi ils ont fait ou n’ont pas fait quelque chose. La question est plutôt : pourquoi ont-ils frappé la France et non pas la Chine par exemple ?

Les Occidentaux veulent trop simplifier les choses et disent que les attaques qui ont frappé la France et les États-Unis étaient des attaques terroristes aveugles menées au hasard. C’est faux, ces groupes pensent qu’ils agissent pour une vraie raison. Pourquoi n’ont-ils pas attaqué la Chine ?

Ce n’est donc pas une histoire de mécréants contre croyants, ou d’infidèles contre Musulmans. Pour les Musulmans, les Chinois sont davantage des mécréants que les Juifs ou les Chrétiens, qui eux sont considérés comme les disciples des livres saints. Pourquoi n’ont-ils donc pas frappé le Vatican au lieu de la France ? Le Vatican représente pourtant le Christianisme occidental. Pourquoi n’ont-ils pas attaqué une église en France ? Nous faisons une grave erreur lorsque nous essayons d’expliquer ces attaques (que nous n’autorisons pas) en les simplifiant à l’extrême et en disant que les personnes qui les ont conduites ne comprenaient rien à ce qu’elles faisaient. Je voudrais citer un ancien Premier ministre français, qui a été aussi ministre des Affaires étrangères et ministre de l’Intérieur sous François Mitterrand. Il expliquait pourquoi la France a été attaquée et disait que ce que ces groupes faisaient, qu’ils soient d’ISIS ou d’autres, étaient en réaction aux crimes commis par les Occidentaux contre le monde Musulman. Il a évoqué ce que la France a fait en Libye, au Nigeria, au Tchad, mais aussi au nord Mali. Ces groupes réagissent aujourd’hui à ces crimes commis par les Occidentaux.

  • Est-ce la bonne réaction de tuer des innocents ? Est-ce qu’il y a des prêches musulmanes qui poussent à agir de la sorte ?

Bien sûr qu’il y a des religieux qui poussent à agir de la sorte, et je n’en fait pas partie, mais oui il y a des religieux qui ont l’opinion suivante : « Que toute personne doit être traitée de la même manière qu’elle traite les autres » et que Dieu a dit : « Nous avons ordonné contre eux, esprit pour esprit, oeil pour oeil, nez pour nez, dent pour dent et châtiment pour blessure ». Je ne suis pas d’accord avec une telle interprétation, mais ils interprètent ces principes pour signifier aux Occidentaux qu’ils ne doivent pas espérer vivre en paix tant que les flammes et les explosions retentiront dans nos pays. Ils disent : « Si vous tuez nos enfants, nous tuerons les vôtres, si vous tuez nos femmes, nous tuerons les vôtres, si vous détruisez nos villages mais également ce qui est clairement des cibles civiles et fermerez les yeux sur les crimes commis par des régimes tyranniques qui nous gouvernent ainsi que sur les crimes perpétrés par Israël. Si vous lancez des guerres contre nos pays et nos peuples et tuez des personnes innocentes, nous vous traiterons alors également de la même manière ».

  • Pourtant il y a des passages très clairs dans l’Islam, partagés d’ailleurs par bon nombre de musulmans, qui interdisent de tuer des innocents, comment un religieux pourrait-il alors justifier de tels agissements ?

Oui, mais nous avons aussi chez nous des personnes qui ont mal compris notre religion, comme il existe des Occidentaux qui ont mal compris le Christianisme. Lorsque l’ancien Président américain Georges Bush, a dit qu’il avait envahi l’Irak parce qu’il avait reçu des instructions de Dieu et qu’il avait vu Jésus (que la paix soit avec Lui) lui ordonner de le faire ; quand Bush parle d’inspirations et de révélations venant de Dieu, même si nous ne sommes pas Chrétiens, nous savons que Jésus et la religion de Jésus n’ont rien à voir là-dedans. Lorsque l’église orientale orthodoxe en Russie bénit l’invasion et l’intervention militaire russe en Syrie et dit que c’est une mission sainte chrétienne et quand les prêtres et le Pape supportent ça, nous savons que leur religion est utilisée pour faire la guerre et que cela n’a rien à voir avec Jésus. De même, chez nous, nous avons aussi des gens qui ont mal compris l’Islam.

  • Pourquoi vous a-t-il fallu au moins trois ans entre les attaques contre les ambassades américaines et août 2001, pour présenter votre démission (à Al-Qaïda) ?

J’ai dit que j’étais contre ces opération et j’ai expliqué que je n’ai pas été consulté en avance pour ces attaques. Je n’ai pas présenté tout de suite ma démission car lorsque vous êtes avec des gens et un groupe qui est d’accord avec vous sur de nombreuses choses, puis qui commettent des erreurs sur lesquelles vous attirez leur attention et que vous espérez qu’ils vont arrêter de commettre ces erreurs, vous ne vous retirez pas à la première erreur. Vous donnez une chance à ces personnes pour se corriger.

  • Mais c’est beaucoup plus qu’une simple erreur, presque 200 personnes ont été tuées…

Je n’ai pas fermé les yeux et j’ai condamné ces attaques, mais je n’étais pas responsable de ces attaques. La question devrait être posée à de nombreuses autres personnes. D’autres personnes devraient être interrogées sur ce qu’elles ont fait lorsque leurs pays et leurs régimes ont commis des crimes de guerre contre des Musulmans et des non-Musulmans. Lorsque les Américains ont frappé les Japonais avec les bombes nucléaires ou lorsque les Français ont tué 1.5 million d’Algériens et ont refusé de le reconnaître ou encore lorsque les Américains ont tué 1 million d’Irakiens, de nombreux politiciens ont désapprouvé, mais aucun d’entre eux n’a démissionné.

  • Est-ce que vous condamnez ce que fait aujourd’hui ISIS ou Al-Qaïda, en termes d’attaques contre des civils ?

Je dis que ce que fait ISIS ou Al-Qaïda en termes d’attaques contre des innocents civils est condamné par les lois islamiques, mais aussi moralement et même politiquement eu égard aux impacts sur notre cause. De la même façon, nous condamnons tout le mal commis par les pays occidentaux contre les Musulmans, en supportant Israël par exemple et en fermant les yeux sur ses crimes, mais aussi pour le meurtre de civils et d’innocents par les Occidentaux en Syrie, en Irak, mais aussi dans tout pays, nous condamnons aussi le soutien apporté par les Occidentaux à tout régime corrompu, mais aussi pour le soutien occidental à de contre-révolutions lors du printemps arabe et sur ce qu’ils ont fait tout au long de leur longue histoire remplie d’hostilité et de conspiration contre le monde Musulman. C’est cette politique qui a conduit au vendredi noir à Paris et au 9/11. Où est cette démocratie dont parlent et se vantent les Occidentaux tout en soutenant les pires régimes au monde ?

  • Que dites-vous aux jeunes qui voudraient rejoindre de tels groupes, en tant qu’ancien membre d’Al-Qaïda ?

Je dirais qu’il y a une différence claire entre le jihad légitime et tuer des personnes innocentes. Ce qui a incité ces jeunes à rejoindre ISIS ou Al-Qaïda c’est qu’ils ont voulu entreprendre un jihad légitime. Or, le jihad légitime c’est lorsque vous vous défendez contre une occupation, ou lorsque vous libérez une place sacrée, ou lorsque vous protégez la sainteté des gens ou lorsque vous arrêtez une effusion de sang ou encore empêchez une agression. Le Jihad a des règles morales, des lois et des valeurs. Si vous protégez des places sacrées ou la sainteté et dignité des gens alors c’est un Jihad légitime. Mais si vous utilisez le jihad pour tuer des civils et des innocents, alors il est inacceptable et n’a rien à voir avec le vrai jihad.

  • Qu’est-ce qui doit être fait aujourd’hui pour affronter ISIS ?

Les États doivent en rechercher la cause et la détruire. Les pays occidentaux doivent corriger leur politique étrangère à l’égard du monde Musulman. J’appelle à la logique et à la sagesse pour guider nos réflexions et à ne pas tomber dans les mains de ceux qui ont organisé le vendredi noir à Paris. Ils veulent inciter les pays occidentaux à prendre de nouvelles mesures qui ne vont que donner à ces groupes plus de crédibilité dans le monde Musulman et prouver qu’ils sont les victimes d’une croisade occidentale. Cela va leur apporter, plus de recrues et d’argent et convaincre des citoyens musulmans dans les pays européens que leurs États les discriminent sur une base religieuse. Cela a déjà pu être observé dans les déclarations du Président français. Les Français ont discuté la possibilité de retirer la nationalité française à certains imams, d’empêcher le retour de certains d’entre eux (revenant de l’étranger), mais aussi de changer la Constitution. La Constitution française est considérée comme une des plus grandes réussites de la Révolution française ! Ils veulent maintenant changer les parties qui parlent de liberté, d’égalité et de fraternité ! Ceux qui ont organisé ces attaques ne venaient pas des déserts d’Al Anbar en Irak ou de Deir Al Zour en Syrie, ceux-là sont des Français qui sont nés et ont grandi en France. Ils ont la nationalité française. La France a échoué dans leur éducation et intégration, faisant d’eux des ennemis. Les Français devraient être interrogés sur ce qui s’est passé ; comment des Français ont-ils pu commettre de tels crimes sur le territoire Français ?

  • Et qu’en est-il de la communauté Musulmane ? A-t-elle une responsabilité ?

Les Musulmans ont également une grande responsabilité. Les religieux doivent être clairs sur ce que les lois islamiques disent de ces groupes. Mais les religieux doivent également prendre leur distance avec les régimes politiques en place, sans quoi les jeunes les considéreront comme les marionnettes des Occidentaux. Si les religieux musulmans veulent être crédibles, ils doivent être indépendants. S’ils sont associés à des dirigeants, ils vont perdre de leur crédibilité auprès des jeunes. Après avoir dit cela, éduquer ces jeunes n’est pas suffisant. Il y a des injustices commises par les pays occidentaux et des injustices commises par les régimes au sein du monde Musulman tout aussi importantes que l’ignorance des jeunes. Plusieurs facteurs ont conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Les chercheurs, penseurs et religieux qui veulent que nous vivions tous en paix doivent résoudre ensemble ces problèmes rationnellement. Pour ce faire, il faut prendre en considération les causes de ce problème et trouver la meilleure manière de sortir tout le monde de l’oppression. Tant qu’il y aura de l’oppression, des guerres et des effusions de sang dans le coeur du monde Musulman, alors les étincelles du feu qui brule dans le coeur du monde Musulman, s’envoleront jusqu’en Europe et d’autres endroits. C’est pour cela que je dis que c’est une erreur de régler les fautes commises par ISIS par plus de guerres dans la région.

  • Pensez-vous que les bombardements vont défaire ISIS ?

Pas du tout, ils vont renforcer le groupe, le répandre et participer à le crédibiliser davantage. Dominique De Villepin dit que tout guerre dans laquelle nous nous embarquerons aujourd’hui contre ISIS, va indubitablement nous entrainer dans une autre guerre demain, contre un ou plusieurs groupes qui auront pour origine la guerre précédente (un cercle sans fin). C’est de la responsabilité des gens sages et rationnels, de savants de la nation Musulmane, et d’autres sages et personnes rationnelles d’autres nations d’éteindre ces flammes avant qu’elles ne finissent par brûler tout le monde. Mais j’ai peur que toute nouvelle journée soit consacrée à prendre de nouvelles mesures conduisant à une guerre entre civilisations, une guerre entre Islam et Christianisme, une guerre entre Sunnites et Chiites et une guerre entre Arabes et les autres nationalités. Ce dont j’ai le plus peur, c’est que les gens rationnels ne réalisent pas cela et que nous manquions une chance de tout stopper et que nous nous retrouvions dans une guerre insensée dans laquelle nous nous entretuerons sans même savoir pourquoi.

Elie Khoury, La Gerap+

Crash Test, Renault 5
Crash Test, Renault 5

Effet miroir : la Syrie en France

Le ton du gouvernement français à l’égard du régime de Bachar Al Assad a – tout au long de la crise – qui perdure, été menaçant. La condamnation de la situation locale par les gouvernements occidentaux, la France en tête, a de longs mois durant laissé place à la perspective d’une intervention armée directe. À ce jour pourtant, cette possibilité n’a pas été pleinement et directement déployée. Cette mise en arrêt s’expliquerait, aux dires de différents observateurs, par la crainte de voir la France engagée seule dans un face à face avec la Russie et ses partenaires régionaux, lâchée elle-même par quelques-uns de ses soutiens, l’américain en premier lieu.

Seulement – et tout en reconnaissant l’intérêt d’une telle piste de réflexion – il serait judicieux de reconsidérer l’aspect interne, incontournable à toute manoeuvre politique de cette envergure, car le gouvernement consulte ses différents services, dont les renseignements, sur les réactions qui pourraient découler d’une telle décision.

Ce qui est recherché c’est de : savoir si le gouvernement sera soutenu par sa population sur un tel engagement et s’il pourra en escompter des gains politiques et économiques. Durant cette même analyse, le gouvernement cherchera aussi à identifier les barrières qu’il pourrait rencontrer dans les sphères politiques, médiatiques, religieuses… En d’autres termes, qui s’opposera à lui ?

Et, il n’est pas toujours aisé d’identifier, encore moins d’avoir une lecture (précise et à jour) des réactions (positionnements) des populations sur ces problématiques. Dans sa ligne de mire, les personnalités qui bénéficient d’un écho, d’une capacité d’entraînement et de soutiens en France et à l’étranger.

Diplomates en exercice ou à la retraite, dignitaires religieux, hommes d’affaires, journalistes nationaux, responsables politiques ou de clubs, on cherchera alors à prendre le pouls de ces personnes et de la population en général. En somme, qui sont les personnes capables de toucher la population, celles pouvant représenter un contre-pouvoir ?

Nous croyons principalement en deux choses :

  • Les différentes annonces du gouvernement, mené sur ces questions internationales par les Affaires étrangères et son ministre, ont permis de créer une base de données détaillée et actuelle des soutiens et barrières existants actuellement en France au pouvoir en place sur la question d’une intervention militaire directe et officielle en Syrie. Et, il n’est pas impossible que ces annonces aient parfois servi à cela avant tout. Plus le gouvernement a été moqué, plus il a pu être en mesure d’identifier ceux qui se moquaient de lui.
  • Les réseaux et soutiens qui existent actuellement en France, défavorables à une intervention militaire française en Syrie sont suffisamment forts pour enrayer une telle possibilité. Plusieurs communautés orientales, religieuses, ainsi que des diplomates et hommes d’affaires déterminants et travaillant aux intérêts français sont opposés à une guerre en Syrie et sont dans la capacité de poser un problème au gouvernement actuel, voire de l’engager sur une crise intérieure.

La possibilité d’une intervention militaire française en Syrie avant d’avoir été mise à mal où que ce soit, l’a été en France par plusieurs communautés défavorables à un tel engagement. Cependant, ces revirements parfois de forme du gouvernement lui ont également permis de mettre à nu le positionnement de plusieurs opposants jusque là, inconnus ou silencieux.

Elie Khoury
La Gerap+

KFC

Il a été observé en France et plus largement en Europe un commerce aussi complexe qu’appellatif, traduisant à la fois retombées/perspectives financières extraordinaires et respectabilité. Le « halal » étant ce qui est permis, autorisé et plus largement « propre » dans l’Islam ; il conditionne d’entrée les prenants part à une posture de respect des valeurs et des symboles partagés par la communauté musulmane.

Dès lors, tous les entrepreneurs ne peuvent prétendre à devenir des acteurs reconnus sur ce marché sans en respecter les conditions auxquelles les consommateurs musulmans sont sensibles. Il apparaît ainsi difficile de prétendre vendre des produits « halal » tout en exerçant des activités interdites. Dans ce qui est considéré comme interdit pour les sociétés et hommes d’affaires qui se veulent « sharia compliant », c’est notamment une présence sur les « business » du sexe, de l’alcool et par truchement de la cigarette. Toutes les règles ayant leurs exceptions il est vrai, elles restent néanmoins de prime abord incontournables. Ainsi, est-il autorisé de vendre ou consommer des médicaments contenant de l’alcool ? Et bien voyez-vous, que sous certaines conditions.

Mais revenons aux professionnels de la distribution alimentaire en France, pour eux apparaît donc un marché fabuleux, à condition nous le disions, de pouvoir gagner cette quête de légitimité, ou du moins une partie suffisamment grande pour se prévaloir d’une assise.

La quête d’une légitimité commence par pouvoir garantir aux consommateurs vendre un produit certifié. Lorsque les sociétés agissent à un niveau local, elles peuvent rassurer leurs clients oralement et par le bouche à oreille d’un respect des règles et des traditions. Sur un périmètre limité, cela reste donc à la portée des boucheries et des supérettes de quartier.

Dans une perspective de développement régional maintenant, voire national, la difficulté est infranchissable, puisque les mastodontes français et européens de la certification agissent, bataillant à celui qui sera le plus légitime et ce, à renfort de journaux en ligne véhiculant « la bonne posture et la bonne parole ». Impossible de gagner en crédibilité sans avoir choisi son camp.

A ce stade pour résumer, nous pouvons observer deux écoles, celle portée par la Mosquée de Paris, que nous pouvons décrire plus largement comme celle de l’Islam de France. Posture dirons-nous adaptée à un environnement extérieur et une autre, largement déployée depuis la Belgique ou le Royaume-Uni qui se veut plus dure, dénigrant systématiquement « l’Islam de France ».

A l’intérieur de ce marché se confrontent premièrement les commerçants musulmans, auxquels se superpose la bataille entre commerçants musulmans et commerçants non-musulmans voulant vendre du « halal ».

Ces commerçants non-musulmans voulant vendre du « halal » utilisent principalement deux voies :

La première est indirecte, ils commercialisent et nouent des partenariats avec des acteurs musulmans pour écouler leurs marchandises. Les gains sont moindres au regard du nombre d’intermédiaires, mais la légitimité bien que cachée, reste préservée.

La deuxième est directe, ils commercialisant sous leurs noms de marque des produits « halal » avec pour principale faiblesse de nouveau cette légitimité pouvant facilement être remise en cause. Ce sont des enseignes qui sont souvent les victimes d’attaques informationnelles les suspectant de vendre des produits contenant des traces de porc ou une affiliation à Israël.

 Elie Khoury

La Gerap+

© Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) - Obesity and overweight increasing worldwide 2013.
© Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) – Obesity and overweight increasing worldwide 2013.

Pensez-vous qu’il existe un lien entre PIB/Habitant et risque d’obésité ? La question sous-jacente vise à savoir si plus on est riche, plus on a de chances de devenir gros.

Elie Khoury

La Gerap+

Nous avons analysé la charte de 1988 du Hamas, organisation créée en 1987. L’organisation est considérée par les uns terroriste, par les autres héroïque, et encore par d’autres à moitié terroriste (la branche armée) à moitié neutre (la branche politique). Situation quasi-identique à celle du Hezbollah libanais créé en 1982 autour là encore d’un même et nécessaire soutien plus tranché (armé) en faveur de la communauté palestinienne.

Nous avons fait l’expérience suivante, aller à la rencontre du Hamas par ses textes et avons étudié les différents articles de la Charte de 1988 qui ont été ensuite classés : positifs (entendre favorables à la paix, au respect de l’autre), négatifs (belliqueux) et neutres +/-.

–  « Vous êtes la meilleure communauté suscitée par les hommes ». Neutre / Introduction

– « Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’Islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé ». Négatif / Introduction

– « Le monde islamique est en feu ; il est du devoir de chacun d’entre nous d’y verser de l’eau, et pas qu’un peu, pour éteindre ce qu’il est possible d’éteindre, sans attendre un autre ». Positif – Neutre / Introduction

– « Louange à Dieu à Dieu à qui nous demandons aide, pardon, indications sur la voie juste et en qui nous plaçons notre confiance ! » Positif / Introduction

– « Au beau milieu des soucis et de la mer des souffrances, du tréfonds des coeurs palpitants des croyants et par les bras purifiés par les ablutions, par la conscience du devoir et l’acquiescement à l’ordre de Dieu, la mission [al-da’wa] a été réalisée de même que la convergence et le rassemblement, l’éducation basée sur la règle de Dieu, la volonté déterminée de tenir son rôle dans la vie, de franchir tous les obstacles et de surmonter les difficultés du chemin, l’entraînement continuel, la disposition à faire don de soi et de tout ce qui est précieux sur le chemin de Dieu. C’est alors que le noyau se forma et se mit à se frayer son chemin dans cette mer démontée d’espérances et d’espoirs, de désirs et de voeux, de dangers et d’obstacles, de souffrances et de défis, à l’intérieur comme à l’extérieur. » Positif / Introduction

– « Notre combat avec les Juifs est une entreprise grande et dangereuse qui requiert tous les efforts sincères et constitue une étape qui, sans nul doute, sera suivie d’autres étapes; c’est une phalange qui, sans nul doute, sera soutenue par d’autres qui, phalanges après phalanges, viendront de cet immense monde arabe et islamique jusqu’à l’écrasement des ennemis et la victoire de Dieu. » Négatif / Introduction

– « Je n’ai créé les Djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent » [Coran, 51, 56] ; connaissant leur devoir envers eux-mêmes, leur famille et leur patrie, ils vivent en tous ces domaines dans la crainte de Dieu et ont levé l’étendard du jihad contre les Rebelles afin de purifier le pays et les humains de leurs souillures, de leurs turpitudes et de leurs iniquités. » Négatif / Article 3

– « À l’ombre de l’islam, les fidèles de toutes les religions peuvent coexister en toute confiance et sécurité pour leur vie, leurs biens et leurs droits; en l’absence de l’islam, les luttes apparaissent, l’injustice se développe, la corruption se répand, les conflits et les guerres surviennent. » Neutre – /Article 6

– « L’injustice du prochain est plus difficile à supporter que le coup de la redoutable épée d’acier indien. » Positif / Article 7

– « Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour, à tous, se fera vers Dieu. » Positif / Article 7

– « Le Mouvement Le Mouvement de la Résistance Islamique est l’un des épisodes du jihad mené contre l’invasion sioniste. Il est étroitement lié au soulèvement du martyr « Izz al-Dîn al-Qassâm et de ses frères combattants du jihad des Frères musulmans en 1936 C.; il est aussi étroitement lié à un autre épisode, celui du jihad des Palestiniens, des efforts et du jihad des Frères musulmans dans la guerre de 1948 de même que des opérations de jihad menées par les Frères musulmans en 1968 C. et plus tard. Ainsi, bien que les épisodes soient séparés les uns des autres, la continuité du jihad se trouvant brisée par les obstacles placés par ceux qui relèvent de la constellation du sionisme, le Mouvement de la Résistance Islamique aspire à l’accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L’Apôtre de Dieu -que Dieu lui donne bénédiction et paix- a dit : « L’Heure ne viendra pas avant que les musulmans n’aient combattu les Juifs (c’est à dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Un seul arbre aura fait exception, le gharqad [Sorte d’épineux] qui est un arbre des Juifs » (hadîth rapporté par al-Bukhârî et par Muslim). Négatif / Article 7

– « Le Mouvement de la Résistance Islamique considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [de main-morte] pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. Il est illicite d’y renoncer en tout ou en partie, de s’en séparer en tout ou en partie : aucun Etat arabe n’en a le droit, ni même tous les Etats arabes réunis; aucun roi ni président n’en a le droit, ni même tous les rois et présidents réunis; aucune organisation n’en a le droit, ni même toutes les organisations réunies, qu’elles soient palestiniennes ou arabes. La Palestine, en effet, est une terre islamique waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection et qui donc pourrait prétendre jouir de la pleine délégation de pouvoir de toutes les générations islamiques jusqu’au jour de la résurrection ? [12] Tel est son statut selon la Loi islamique, statut identique à celui de toute terre conquise par les musulmans de vive force. A l’époque des conquêtes, en effet, les musulmans ont constitué ces terres en biens waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. Il en fut ainsi : les commandants-en-chef des armées islamiques, ayant achevé la conquête du Châm et de l’Iraq, dépêchèrent des envoyés auprès du calife des musulmans « Umar Ibn al-Khattâb pour lui demander conseil sur les terres conquises : devait-on les partager entre les soldats, les laisser à leurs propriétaires, ou faire autre chose ? Après consultations et échanges entre le calife des musulmans, « Umar Ibn al-Khattâb et les Compagnons de l’Apôtre -que Dieu lui donne bénédiction et paix-, décision fut prise de laisser la terre entre les mains de leurs propriétaires qui la faisaient fructifier et produire; le contrôle de la terre, quant à lui, et la terre elle-même furent constitués en biens waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection, la jouissance [de ces terres] par leurs propriétaires n’étant plus qu’une jouissance de l’usufruit. Cette constitution en biens waqf demeurera tant que demeureront les cieux et la terre. Pour ce qui concerne la Palestine, toute pratique contraire à la Loi de l’islam est ainsi frappée de nullité tout en étant imputée à son auteur. » Ceci est la Vérité absolue ! Glorifie le Nom de ton Seigneur, le Très-Grand ! » (56,95). » Neutre – / Article 11

– « Le patriotisme [al-wataniyya], du point de vue du Mouvement de la Résistance Islamique, est un article de la profession de foi [‘aqîda] religieuse. Il n’y a rien de plus fort et de plus profond dans le patriotisme que le jihad qui, lorsque l’ennemi foule du pied la terre des musulmans, incombe à tout musulman et musulmane en tant qu’obligation religieuse individuelle [fard ‘ayn]; la femme alors n’a pas besoin de la permission de son mari pour aller le combattre ni l’esclave celle de son maître. » Négatif / Article 12

– « Les initiatives, les prétendues solutions de paix et les conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l’encontre de la profession de foi du Mouvement de la Résistance Islamique. Renoncer à quelque partie de la Palestine que ce soit, c’est renoncer à une partie de la religion. Ainsi, le patriotisme du Mouvement de la Résistance Islamique fait-il partie de sa religion. C’est sur cette base que ses membres ont été éduqués et c’est pour déployer l’étendard de Dieu sur leur patrie qu’ils mènent le jihad, « Dieu est souverain en son commandement mais la plupart des hommes ne savent rien » [Coran, 12, 21]. De temps à autres, l’invitation de tenir une conférence internationale est lancée pour examiner une éventuelle solution de la question. Certains l’acceptent, d’autres la refusent pour telle ou telle raison, mettant une ou plusieurs conditions à l’acceptation de la tenue d’une telle conférence ainsi qu’à leur participation. Connaissant les parties constitutives d’une telle conférence et leur attitude passée et présente prise face aux causes des musulmans, le Mouvement de la Résistance Islamique ne considère pas que de telles conférences puissent répondre aux revendications, restituer les droits et rendre justice aux opprimés. Que sont donc de telles conférences sinon l’une des formes de l’arbitrage des infidèles sur la terre des musulmans ? Or les infidèles ont-ils jamais rendu justice aux croyants? « Les Juifs et les Chrétiens ne seront pas contents de toi tant que tu ne suivras pas leur religion. Dis : ‘La Direction de Dieu est vraiment la Direction’. Si tu te conformes à leurs désirs après ce qui t’est parvenu en fait de Science, tu ne trouveras ni maître, ni défenseur susceptible de s’opposer à Dieu » (2,120). Il n’y aura de solution à la cause palestinienne que par le jihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles. Le peuple [15] palestinien a trop d’honneur pour dilapider son avenir, son droit et son destin en activités futiles. » Négatif / Article 13

– « Dans la bataille de libération, la femme musulmane a un rôle qui n’est pas inférieur à celui de l’homme : être l’usine à hommes. Elle joue un grand rôle dans l’orientation et l’éducation des jeunes générations. Les ennemis l’ont bien compris et considèrent que s’ils parviennent à la conseiller et à lui faire prendre le chemin de leur désir loin de l’islam, alors ils remporteront le combat. C’est pour cela que tu les trouves sans cesse sur la brèche dans le domaine des médias et des films, de même que dans celui des programmes d’enseignement. [Ils agissent] par l’intermédiaire de leurs créatures membres de ces organisations sionistes aux noms et formes multiples, comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary, les sections d’espionnage, etc., qui toutes sont des nids de subversion et de sabotage. Ces organisations sionistes disposent de ressources matérielles considérables qui leur permettent de jouer leur rôle au coeur des sociétés visant à atteindre les objectifs sionistes et à enraciner profondément les concepts qui servent l’ennemi. Pour agir, ces organisations profitent de l’absence de l’islam de la scène publique et de son étrangeté pour les gens. Il revient aux islamistes de tenir leur rôle dans la confrontation avec les menées de ces saboteurs. Le jour où l’islam aura pris le contrôle de l’orientation de la vie, il anéantira ces organisations hostiles à l’humanité et à l’islam. » Négatif / Article 17

– « Oui, ceux qui sont soumis à Dieu et celles qui lui sont soumises, les croyants et les croyantes, les hommes pieux et les femmes pieuses, les hommes sincères et les femmes sincères, les hommes patients et les femmes patientes, les hommes et les femmes qui redoutent Dieu, les hommes et les femmes qui font l’aumône, les hommes et les femmes qui jeûnent, les hommes chastes et les femmes chastes, les hommes et les femmes qui invoquent souvent le nom de Dieu : voilà ceux pour lesquels Dieu a préparé un pardon et une récompense sans limites » (33, 35). » Positif / Article 18

– « Face à de telles pratiques, la solidarité sociale entre les gens doit prévaloir; c’est comme un seul corps qu’il faut affronter l’ennemi : si l’un des membres se plaint, le reste du corps lui répond par la vigilance et la protection. » Neutre + / Article 20

– « Pratiquer la solidarité sociale signifie apporter de l’aide à tout demandeur, que ce soit une aide matérielle ou morale, que ce soit même la participation à l’exécution de certains actes. Les éléments du Mouvement de la Résistance Islamique doivent considérer les intérêts des masses comme ils considèrent leurs propres intérêts. Il ne leur faut épargner aucun effort dans la réalisation comme dans la préservation de ces intérêts. Il leur faut détourner tous les mauvais coups qui pourraient influer sur l’avenir des générations ou causer du mal à leur société. Les masses font partie [du MRI] et il est fait pour elles; sa force est à leur service et son avenir est le leur. Il faut que les éléments du Mouvement de la Résistance Islamique participent, aux côtés des gens, à leur joies et à leurs peines, qu’ils adoptent les revendications des masses de même que tout ce qui permettrait de réaliser les intérêts du Mouvement et ceux de ces masses. Le jour où règnera cet esprit, la concorde se sera approfondie, la coopération et l’attention réciproque auront prévalu, l’unité se sera raffermie et les rangs de la confrontation avec les ennemis se seront renforcés. » Neutre – / Article 21

– « A partir de là, malgré toute notre estime pour l’Organisation de Libération de la Palestine -et pour tout ce qui pourrait s’y développer-, et sans vouloir minimiser son rôle dans le conflit arabo-israélien, il nous est impossible de troquer l’islamité actuelle et future de la Palestine pour l’adoption de l’idée laïque. L’islamité de la Palestine fait, en effet, partie de notre religion; or quiconque néglige une part de sa religion perd à tout coup. « Qui donc éprouve de l’aversion pour la Religion d’Abraham, sinon celui qui est insensé ? » (2,130). Le jour où l’Organisation de Libération de la Palestine adoptera l’islam pour règle de vie, ce jour-là nous en serons les soldats et le combustible de son feu qui embrasera les ennemis. Jusqu’à ce que cela arrive -et nous demandons à Dieu que ce jour soit proche-, la position du Mouvement de la Résistance Islamique envers l’Organisation de Libération de la Palestine est celle du fils envers son père, du frère envers son frère, du proche envers son proche. Il souffre de ses souffrances dans tout ce qui l’atteint. [Le MRI] met sa puissance à sa disposition pour affronter l’ennemi et lui souhaite bonne orientation et juste direction. » Neutre – / Article 27

– « Israël, par sa judéité et ses Juifs, constitue un défi pour l’islam et les musulmans : « que les lâches jamais ne ferment l’oeil ». » Négatif / Article 29

– « Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement humaniste [insâniyya]. Il veille au respect des droits de l’homme et se conforme à la tolérance de l’islam en ce qui concerne les disciples des autres religions : il ne s’oppose à aucun d’entre eux sinon à ceux qui lui sont ouvertement hostiles ou qui se mettent au travers de son chemin pour gêner ses mouvements ou anéantir ses efforts. A l’ombre de l’islam, les disciples des trois religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dans la sécurité et la confiance. Ce n’est qu’à l’ombre de l’islam que la sécurité et la confiance peuvent se trouver, l’histoire récente et ancienne en constituant un bon témoin. Il est du devoir des disciples des autres religions de s’abstenir de concurrencer l’islam dans sa souveraineté sur cette région car le jour de leur propre souveraineté serait celui des massacres, de la torture et de l’exode. En effet, ils en viennent aux mains entre eux, sans parler de leurs combats avec les disciples des autres religions. Le passé et le présent sont remplis d’exemples qui prouvent cela. « Tous ne vous combattront que retranchés dans des cités fortifiées ou derrière des murailles. Leur vaillance est grande quand ils sont entre eux ! Vous les croyez unis, mais leurs coeurs sont divisés. Il en est ainsi, par ce que ce sont des gens qui ne raisonnent pas » (59,14). L’islam accorde à quiconque le droit auquel il peut prétendre et empêche d’attenter aux droits des autres. Les pratiques sionistes nazies à l’encontre de notre peuple ne parviendront pas à prolonger leur invasion, « l’Etat de l’injustice ne dure qu’un temps, l’Etat du droit demeure jusqu’à la consommation des temps ». [35] « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi et qui ne vous ont pas expulsés de vos maisons -Dieu aime ceux qui sont équitables- » (60,8). » Négatif / Article 31

– « Le sionisme mondial et les forces colonialistes, par un mouvement subtil et une planification étudiée, essaient de faire sortir les uns après les autres les Etats arabes du cercle du conflit avec le sionisme pour qu’en fin de parcours le peuple palestinien se retrouve tout seul. Ils ont déjà réussi, en grande part, à faire sortir l’Egypte du cercle du conflit par les traîtres accords de « Camp David » et ils essaient d’entraîner d’autres Etats encore vers de semblables accords pour les sortir du cercle du conflit. » Neutre / Article 32

– « Tout en se frayant son chemin, le Mouvement de la Résistance Islamique assure encore et encore tous les fils de notre peuple, les peuples arabes et islamiques, qu’il ne cherche ni un prestige personnel, ni un gain matériel, ni une position sociale. Il n’est contre aucun des fils de notre peuple, ne cherchant à entrer en concurrence avec aucun ni à prendre la place d’aucun, et cela de façon absolue. Il ne sera contre aucun des fils des musulmans ou de ceux qui sont en paix avec lui parmi les non-musulmans, ici ou ailleurs; il ne sera qu’appui offert à tous les rassemblements et organisations oeuvrent contre l’ennemi sioniste et contre ceux qui relèvent de sa sphère. » Neutre – / Conclusion

Nous avons également classé dans les catégories ennemis, amis et neutres les personnes, institutions ou valeurs qui apparaissent tout au long de la charte, avec une insistance sur ceux qui apparaissent plusieurs fois :

Les amis, les ennemis et les autres

Vous pouvez télécharger la version en qualité supérieure ci-dessous.

HAMAS / La Gerap+

Il ressort de notre étude une fraternité et communion avec la souffrance du peuple palestinien pour lequel s’impose incontournablement une lutte armée qui désigne les Juifs en ennemis. Les Juifs, Israël et par là même toutes les organisations et communautés considérées affiliées à l’ennemi : les instances internationales (ONU, son Conseil de sécurité), les clubs (Rotary, Lions Clubs), la franc-maçonnerie et les organisations juives (B’nai B’rith). Cette lutte doit être claire et structurée.

Claire, lorsqu’il ne doit faire aucun doute que ce sont les terres de l’Islam qui sont foulées, les autres communautés ne peuvent y vivre pacifiquement qu’à condition de se mettre sous l’ombre de la religion musulmane et montrer une soumission à l’autorité du Hamas. Cet enveloppement de la société dans son entièreté rappelle inévitablement la correspondance aux Frères Musulmans dont on retrouve la marque.

Structurée lorsque le Hamas fait appel à toutes les forces en présence pour mener le Jihad, jeunes, scientifiques, intellectuels, communicants, mais également les femmes qui retrouvent une place de premier ordre à condition et cela et valable pour tous de démontrer une soumission totale à la religion. La laïcité se retrouve alors sur le banc des accusés, principal reproche sur le plan des idées fait à l’OLP.

Elie Khoury

La Gerap+

C-Le Point
C-Le Point

Bonjour,

nous allons vous proposer un jeu, une forme d’estimation la plus régulière possible, convaincus que l’élection présidentielle se joue dans les urnes mais avant tout par l’image et la symbolique. C’est ainsi que pour la dernière élection en date, celle de 2012, alors que DSK était en état de grâce nous étions persuadés qu’un événement le ferait chuter et que François Hollande alors l’oublié de tous, outsider de l’extrême et contre toutes les attentes serait président. Comment ?

À nos yeux, la majorité des personnes dont nous faisons partie, n’a qu’une lecture limitée des programmes et des personnalités, la raison au manque de temps libre pour s’y consacrer principalement, voire… le manque d’intérêt et d’attention. Également parce que, la majeure partie de la population ne dispose pas de moyens développés de comparaison entre un tel et un tel et ne juge que par la symbolique que le candidat(e) représente à un moment T, décisif dans l’esprit de tous.

Le moment T est précisément le plus dur à estimer, sujet des plus fortes convoitises, c’est à la fois le moment idéal où le candidat se lance officiellement en lice, mais également celui à partir duquel il marque définitivement les esprits. L’instant où les points commencent alors, à ses chaque faits et gestes, à s’accumuler en sa faveur, comme en sa défaveur.

Mais ce moment T n’est pas celui de tous, il n’est ainsi pas le même pour le président sortant que pour le chef de l’opposition ou pour les possibles autres candidats.

À l’image de cette majorité de la population dont les positionnements ne laissent aucun doute, nos analyses seront brèves et nos estimations claires et concises. Prenons alors ce pari de trouver le plus tôt possible le futur président de la France.

Ainsi, pour l’élection de 2012, nous avions une prémonition. DSK étant à nos yeux trop tôt exposé et adoubé, de longs mois avant l’élection, un pressentiment (donc rien de scientifique), nous disait qu’on le poussait malgré lui à se lancer bien trop tôt dans la course et qu’étant trop tôt le sujet des conversations de tous, un événement malheureux allait le frapper. Un accident qui se nourrirait de sa part d’ombre toutefois, riche en sujets de déstabilisation.

À ce même moment, nous étions également certains d’une seconde chose, la droite devait passer son tour, la tendance était définitivement à gauche. Seul un super Sarkozy aurait pu renverser la tendance, super il ne l’a pas été, mais convolait à un niveau élevé équivalent à 2007… sans la tendance dans le dos.

Enfin à gauche, Aubry s’enracinait dans une posture connue de tous, Royal apparaissait sous un visage revanchard, prête à tout, qui ne plaît pas et les autres possibles candidats, inactifs, englués dans des négociations sans fin.

Hollande a lui réussi (ses soutiens et ses équipes) le tour suivant… il a laissé la gauche s’entretuer, rester de marbre face à Royal et arriver au moment T… à partir duquel il a su se montrer discret, ne pas intervenir dans tous les débats et garder la tête haute lors des confrontations.

L’homme dans l’ombre de tous est devenu l’homme que tous voulait.

Attention : Notre analyse n’a rien de scientifique, n’est pas exhaustive et n’a aucune prétention, seul le pari de trouver… le futur président.

À ce jour, le vendredi 26 septembre 2014, voici les estimations :

1. Hollande 31%, la politique extérieure semble être la seule sphère où son ton autoritaire résonne et ça marche… (moment T pour lui).

2. Sarkozy 27% embourbé dans un faux-départ, sentiment mitigé.

3. Le Pen 25%, force stagnante.

4. Valls 7%, en dégringolade, son récent positionnement en sein du gouvernement lui fait perdre de sa superbe.

5. Juppé 7%, sa stature paisible est sa force, mais donne un sentiment de « déjà vu » inadapté à un environnement mouvant.

4. Copé / Fillon 3%, dans le lutte trop tôt, lutte se transformant en chamaillerie interne ; de facto, évincés. Fillon pourrait néanmoins revenir et surprendre.

Nous n’avons aujourd’hui aucune conviction définitive en cette liste, il est pour nous encore… trop tôt.

Néanmoins, la tendance est à un retour de la droite ou… à l’apparition d’une gauche autoritaire, reste que la droite à ce jour se cherche et ne convainc pas. À l’heure actuelle Hollande garde son costume de présidentiable, mais le gagnant a de fortes chances de ne pas figurer parmi cette liste ou de ne pas s’être pleinement déployé, ce qui fait précisément sa force et son intelligence.. affaire à suivre, mais avant

à vous de jouer !

Elie Khoury

La Gerap+

Mohamed Badie en mai 2014 ; source : Arabnews

Sur le champ égyptien de la bataille politique pour la fonction suprême[1], les intimidations verbales se traduisent par des agressions physiques. Face à de tels bouleversements, l’État tremble sur ses bases et le peuple chancelle, car l’essence d’un contrat social n’a jamais été autre, que l’ombre de lui-même.

L’arrivée au pouvoir[2] de l’enfant armé par l’institution militaire, le maréchal Al Sissi, se conjugue par un redéploiement du bras judiciaire qui déferle sur les Frères musulmans avec pour sentence, la condamnation à mort[3].

Difficile alors d’apaiser l’Égypte, lorsque sur sa scène politique à résonance régionale, ses deux plus grandes figures, l’incontestable raïs et le Frère musulman s’entrecroisent, s’unissent, pour se déchirer, tous les deux prisonniers volontaires de la loi du talion.

Gamal Abdel Nasser était ainsi un Frère musulman, s’agitant dans sa branche militaire clandestine jusqu’à sa prise du pouvoir. Malgré l’aura dégagée un temps par la symbolique de son engagement, son revirement a fragilisé la vision d’un guide, car il a entrainé dans son sillage le destin d’une population, la déchirant. Le peuple alors sommé de choisir sur une même terre, un camp.

Les Frères musulmans quant à eux, n’avaient conçu l’unité nationale que de façon paradoxale, parfois indélicate, meurtrière et uniquement projetée par-delà leur porte, un cheminement islamique englobant toutes les échelles de la société, mais excluant celles et ceux qui n’embrassaient le projet politique sociétal, leur projet politique sociétal.

L’Égyptien connaît son histoire et sait qu’elle se répète, l’institution militaire est devenue un État, figure diffuse et organisée et les Frères musulmans, éternels idéalistes à l’utilité certaine. Ainsi, lorsque le gouvernement des États-Unis d’Amérique pressait l’Égypte de réformes économiques, particulièrement sous Moubarak, l’organisation frériste à été adroitement agitée[4] aux yeux des occidentaux comme un risque terroriste qu’il leur fallait contrôler et remettre au lendemain les refontes politique, sociale ou économique, demandées par le peuple Égyptien.

Aujourd’hui, le chemin pris par l’administration du Caire n’est pas celui de l’apaisement et laisse craindre la réapparition d’attitudes extrêmes, faisant place à des expressions jusqu’au-boutistes renouvelées. Sous Anouar Al Sadate, une partie des membres des Frères musulmans s’était ainsi radicalisée lorsque la perspective d’une course politique équitable, s’était envolée. Convaincus alors qu’ils ne seraient tolérés qu’à une seule condition, ne jamais remettre en question un « Establishment » armé, installé aux premiers rangs.

Avec la chute d’Hosni Moubarak, les principes vertueux d’une démocratisation de la société disparurent, emportant avec eux de nombreux espoirs. Car lorsque l’autoritaire régnait, les confrontations les plus condamnables s’en trouvaient justifiées. Mais comment expliquer que c’est par le souffle de la révolte arabe, présentée chargée de l’égalité pour tous, que les Frères musulmans s’en trouvèrent le plus durement traités ?

La destitution de l’ancien chef du gouvernement égyptien Mohamed Morsi et la condamnation à mort de Mohamed Badie marquent les coeurs et les esprits.

De Naguib à Moubarak, les militaires ont été critiqués et ce très sévèrement durant plus d’un demi-siècle, mais jamais par la force humiliés. Mohamed Morsi a lui incarné les Frères musulmans et la plus haute autorité politique du pays durant un an seulement, puis balayé.

C’est précisément la différence de traitement, au cours d’un processus de démocratisation qui fait peser sur la nation égyptienne et les États occidentaux un risque inégalé ; tout cela, alors que le peuple Égyptien demandait et ce plus que tout, la justice.

Elie Khoury

La Gerap+

[1] Trois présidents se sont succédé à la tête de l’État égyptien entre 2011 et 2014.

[2] Le président Al Sissi a prêté serment le 17 juin dernier.

[3] SALEH Yasmine, EVANS Dominic, « Egyptian court confirms death sentence for Muslim Brotherhood leader, 182 supporters », in Haaretz, le 21 juin 2014, http://www.haaretz.com/news/middle-east/1.600180, dernière consultation le 22 juin 2014.

[4] Les attentats du 9/11 ont également été exploités politiquement aux mêmes fins par l’ancien président Hosni Moubarak comme le décrit Sophie Pommier dans son ouvrage « Égypte, l’envers du décor », publié aux éditions « La découverte » en 2008. Elle y décrit un président sous pression occidentale exploitant les risques sécuritaires pour asseoir son pouvoir.

Entretien avec M. Aït Amara, directeur du journal
Entretien avec M. Aït Amara, directeur du journal « Algérie Patriotique »

Elie Khoury : Le 17 mars 2014 a été réélu pour un quatrième mandat, le président sortant, son Excellence, Abdelaziz Bouteflika, comment comprenez-vous cette écrasante longévité ?

M. Aït Amara : Cette écrasante longévité, comme vous la qualifiez si bien, était programmée depuis l’accession de Bouteflika au pouvoir en 1999. En somme, le chef de l’Etat actuel était venu pour ne plus repartir. Sollicité déjà en 1994, il avait changé d’avis in extremis – pour des raisons qu’on ignore –, pour accepter de nouveau l’offre qui allait lui être faite cinq années plus tard. Sans douter du patriotisme de l’actuel Président, je n’en suis pas moins convaincu qu’il se met dans la peau d’un roi ou d’un émir, se comportant comme l’homme providentiel sans la «clairvoyance» et «l’intelligence» duquel le pays sombrerait dans les abîmes. D’ailleurs, ses représentants lors de la dernière campagne électorales, dont l’adulation de leur candidat frisait l’idolâtrie par moments, ont été jusqu’à suggérer de le faire roi, martelant que, même malade, son cerveau fonctionnerait mieux que tous les Algériens réunis (sic !). La longévité de Bouteflika tient à la nature du système lui-même, où le Président n’est qu’une pièce détachée d’une machine abstraite qui emprisonne les individus qu’elle aspire et qui croient faussement la maîtriser. Cette longévité est la preuve que le système est en panne.

Peux-t-on parler de clans au pouvoir, des grandes familles réunies autour d’intérêts ? Dans l’affirmative, quel est le rôle incarné par la famille Bouteflika dont on connaît l’unicité ?

Oui, il s’agit de clans. Mais la notion de grandes familles ne sied pas au système algérien. Par «grandes familles» vous entendez sans doute «mafia» au sens italien du terme. Comme je l’ai expliqué auparavant, le système algérien réunit un tout-venant de citoyens et, ne soyez pas étonné, a même le «mérite» d’offrir une chance à des individus que rien ne prédisposait à devenir ministre ou même président de la République. S’agissant de «la famille Bouteflika», comme vous dites, personnellement, je crois que la mythologie sociopolitique prête au frère du Président plus de pouvoir qu’il n’en a réellement. Certes, c’est la personne la plus proche du chef de l’Etat, mais cela ne lui confère pas plus d’autorité qu’il n’est censé en avoir. Le système algérien est fait de telle sorte que le pouvoir ne peut ni ne doit (jamais) tomber entre les mains d’une seule personne ou d’un seul clan. C’est une tradition héritée de la Guerre de Libération où toutes les régions du pays avaient pris les armes contre la puissance coloniale et où, donc, toutes avaient droit au chapitre. Quand les Algériens accusaient les habitants de l’Est d’avoir mis la main sur le pouvoir dès l’indépendance et les gens de Tlemcen de l’avoir spolié depuis l’avènement de Bouteflika, cela est, en réalité, faux, même si en apparence, le nombre de responsables politiques nommés à des postes clés originaires de cette région peut, en effet, paraître élevé. En réalité, si on y regarde de plus près, on constatera que toutes les régions du pays son représentées à travers les différents centres de décision, visibles et invisibles. Cela n’absout en rien, bien-sûr, la tendance régionaliste prononcée de Bouteflika et du système politique algérien en général. En somme, et pour revenir à la seconde partie de votre question, la famille Bouteflika n’incarne aucun rôle, sinon celui de «caser» un ministre par-ci, un sénateur par-là…

On compare l’Algérie à la Russie de M. Vladimir Poutine, en raison de l’abondance des hydrocarbures et d’un appareil militaire dirigeant le pays d’une main de fer ; est-ce que les associations sont de forme et s’arrêtent là ou est-ce qu’avec la Russie, c’est tout un modèle de société qui est repensé en Afrique ?

L’idée de l’appareil militaire qui dirige le pays d’une main de fer est une idée reçue. C’est un argument que Bouteflika, qui a vécu deux putschs en juin 1965 et en décembre 1967, utilise pour, croit-il, neutraliser toute tentative de renversement dont il eût fait l’objet. Il faut savoir – et cela se voit dans sa façon de diriger le pays – que Bouteflika réfléchit encore avec la mentalité des années 60/70 : jeu d’équilibres, loyauté voire allégeance au chef suprême qu’il est, etc. Bref, il a la pensée unique chevillée au corps, même s’il se dit «viscéralement attaché à la liberté d’expression». Durant sa campagne électorale pour la présidentielle de 1999, Bouteflika avait fait de la guerre contre la «casquette», comprendre les généraux, son leitmotiv. Une fois «élu», il s’est pourtant retourné vers ces mêmes généraux pour poursuivre la lutte contre le terrorisme et entamer, en parallèle, la réconciliation nationale. Des sources disent qu’il se serait même plaint – une habitude –, au départ, à des chefs d’Etat étrangers du «pouvoir excessif» de la hiérarchie militaire, mais il a dû mettre de l’eau dans son vin lorsqu’il a constaté que l’armée algérienne était, en réalité, professionnelle, légaliste et disciplinée et qu’il ne «risquait rien» de ce côté-là. Sa longévité, pour revenir à votre première question, en est la preuve concrète. Quant à la comparaison avec la Russie, je pense qu’il n’y a aucune commune mesure entre l’Algérie et ce géant lointain que seuls des intérêts politiques et économiques lient. Certes, la Russie est le premier fournisseur d’armes à l’armée algérienne, mais cette dernière paie ses achats rubis sur l’ongle. La Russie est donc un partenaire et un pays ami, Alger et Moscou partageant la même vision sur à peu près toutes les questions liées à la géostratégie et aux relations internationales. Mais sans plus.

D’après-vous les relations franco-algériennes sont sur une phase ascendante ou descendante et pourquoi ? Si elles sont dans une phase descendante, au profit de quel autre pays le sont-elles ?

Les relations algéro-françaises sont au point mort. Ni elles se sont améliorées ni elles se sont détériorées. De part et d’autre de la Méditerranée, on entretient une sorte d’hypocrisie, de flatterie, en faisant croire que les rapports entre les deux pays, liés par une Histoire longue et tragique, devraient être différents de ceux qui lient normalement deux pays souverains. La France fait semblant de vouloir toujours faire plus pour son ancienne colonie pour s’absoudre de ses péchés du passé, et l’Algérie fait mine de considérer la France comme LE pays ami par excellence. Mais, en vérité, ces deux Etats adoptent le principe de «je t’aime moi non plus». Ni la France veut une liberté de circulation en faveur des Algériens ni l’Algérie veut se maintenir dans sa situation de dépendance économique vis-à-vis de la France. Si relations fortes il y a, elles sont dictées et imposées par l’Histoire et ne sont pas, loin s’en faut, un choix délibéré. Cette situation durera encore deux ou trois générations, le temps que les séquelles de la «Guerre d’Algérie» (pour les Français) et la «Guerre de libération nationale» (pour les Algériens) disparaissent d’elles-mêmes et laissent place à un nouveau type de coopération débarrassé de l’affect et des souvenirs douloureux.

M. Aït Amara, les jeunes Algériens sont ouverts à la culture occidentale et apparaissent admiratifs de ce qui se produit en France ou aux États-Unis, pensez-vous que la culture russe permet moins cette assimilation culturelle ; en somme, comment percevez-vous ces influences, quelle est la plus populaire et pourquoi ?

Comment voulez-vous que les jeunes Algériens assimilent la culture russe alors que ce pays est géographiquement et culturellement très éloigné et linguistiquement absent ? Les deux facteurs qui introduisent une culture étrangère dans un pays tiers sont réunis chez les Français et les Américains : les premiers par la langue de Molière, héritage de 132 années de colonisation, et la proximité géographique ; les seconds par leur culture hégémonique via l’industrie cinématographique notamment et l’idée de suprématie, de liberté et de réussite facile. Mais force est de constater que ces deux cultures ont quelque peu perdu du terrain ces dernières années, à la faveur de l’arabisation de l’école qui a commencé dans les années 70 et dont les effets commencent à se faire sentir depuis la fin des années 80. A cette arabisation est venu se greffer l’extrémisme religieux importé d’Afghanistan, du Pakistan, d’Arabie Saoudite et d’Egypte, entre autres. Comme vous voyez, donc, dans ce magma, la Russie est complètement absente.

Dans un dernier point, si vous aviez l’occasion d’échanger avec les Français une pensée qui caractérise les Algériens, que leur diriez-vous ?

Les Algériens ont la sensibilité à fleur de peau et un cœur gros comme ça. Un jour, un ami palestinien, réfugié en Algérie, me disait ceci : «Vous, les Algériens, vous êtes extrémistes dans tout : vous détestez avec violence et aimez avec violence». Cette définition peut paraître hyperbolique, mais c’est ce tempérament qui fait que les Algériens sont un peuple «à part» et qu’il est difficile à comprendre. Avant la colonisation, les autorités politiques françaises avaient commandé une pléthore d’études sociologiques et ethnologiques sur les habitants qui peuplent l’Algérie. Plus tard, cette même France coloniale a essayé par tous les moyens de «berner» ce peuple «indigène» qu’elle était venu «civiliser», mais, au lieu de cela, elle s’est vu opposer une série de soulèvements armés sporadiques mais incessants depuis le premier jour, en juin 1830, jusqu’au cessez-le-feu, en mars 1962. Aux Français, je dis ceci : apprenez à mieux connaître les Algériens et ne les «mesurez» pas à l’aune de votre idiosyncrasie. Défaites-vous de toutes ces étiquettes que le complexe politico-médiatique de votre pays nous colle, libérez-vous de leur diktat et regardez le monde autrement qu’à travers leur prisme déformant ! C’est le seul moyen de tourner définitivement la page du passé.

Propos recueillis par Elie Khoury

La Gerap+

Plus de deux années aujourd’hui que l’État syrien subit déchirement et violence. Une situation à double tranchant puisque l’on somme désormais, les armes à la main plus de deux millions de Chrétiens de prendre part et se définir, soit du côté des pro-Assad, soit des rebelles. Sous le hurlement des bombes et au fur et à mesure que le conflit se durcit, il devient intolérable pour une personne, sinon le Pape de se faire entendre en invoquant la seule paix. C’est d’ailleurs ce qui a été reproché au sursaut de la triade américano-franco-anglaise bardée de « bonnes intentions », occidentaux pour lesquels la nécessité d’agir tombait en désuétude face aux interrogations froides : « Comment expliquez-vous ce désir devenu si urgent d’agir en Syrie, deux ans après ? Vouloir la réconciliation en s’installant autour de la table du Conseil de sécurité, peut-il se faire les armes encore chargées ? »

Les Chrétiens qui sont alors observés aux côtés du Président Al Assad se prononcent en faveur du rétablissement de l’ordre et ceux retrouvés parmi les manifestants, pour l’arrêt des hostilités. Présence historique dans des zones considérées névralgiques, les Chrétiens ont été pris de facto entre deux feux, installés de part et d’autre des démarcations, mais campant sur un seul et même message. Cela, malgré les incitations au durcissement. Du côté des uns on appelle les Chrétiens à prendre les armes, du côté des autres, à se convertir. Dans les deux cas, le message est malheureusement quasi identique, en appelant le Chrétien à tuer, il encourt de se donner la mort lui-même. Les groupes armés en faveur du gouvernement d’Al Assad utilisent la militarisation de l’environnement pour les pousser à s’engager dans la bataille. Les groupes islamistes d’opposition eux, l’harcèlement, l’intimidation, le kidnapping et la menace pour une intégration dans les forces rebelles.

L’activiste Abdulmeish BarAbraham dira même des Chrétiens « Ils sont les plus vulnérables dans le conflit syrien, ils ne sont pas armés et militairement désorganisés ; ils refusent même les armes offertes car elles contredisent les valeurs chrétiennes qui demandent qu’il ne soit fait aucune violence ou usage de la force contre qui que ce soit. »

Alors les Chrétiens se réunissent en « comités populaires » pour protéger leur terre, se déplacent à l’intérieur du pays ou quittent le territoire (500 000 personnes en 2012-2013) pour affluer au Liban, en Arménie ou en Turquie. Face aux risques encourus par les hommes d’être enrôlés de force et aux femmes d’être bafouées, en catastrophe ils se diffusent, mais ailleurs le statut d’étranger est aussi pénible à porter. Des familles diront vouloir préférer rester unies sur place dans le conflit, que prendre le risque de quitter le pays avec le souvenir d’y avoir abandonné un être cher.

Alors, sur place, les mariages continuent d’être célébrés, les familles de se réunir et se retrouver aux messes le dimanche. On vit différemment, mais on continue à vivre en s’accordant encore une fois tous, d’une seule et même voix : une intervention militaire internationale en Syrie serait catastrophique. Nul ne défend le Président actuel, mais à voir ce qui s’est passé dans les régions voisines, les changements survenus l’ont tous été en défaveur des populations. De plus, vouloir déplacer le curseur sur le conflit religieux est inexact, Chrétiens et Musulmans peuvent vivre dans la bonne entente, et ils le prouvent à de nombreuses occasions, rappelant combien personne ne doit croire ou espérer sortir gagnant d’une guerre, car dès lors qu’elle est évoquée, tout le monde est déjà perdant.

La Gerap+

Elie Khoury

2006 in Doha. Photo by Christof Koepsel
2006 à Doha
Photo de Christof Koepsel

En juin 1995, le Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani martèle d’un coup d’État les fondations d’une maison inhabitée, son père Khalifa qui est alors observé en Suisse, puis en France se retrouve brutalement tiré de son sommeil.

Dans la foulée des orientations suggérées par les conseillers politiques, les observateurs prennent position et cloutent « pacifique », la manœuvre du fils.

Au travers d’un regard ensanglanté par la réalité syrienne, on comprend alors que lorsqu’il n’y a qu’une dizaine de morts jonchant l’accès au pouvoir, nombreux puissent être tentés de brandir les indications « tranquille » et « serein », voire de parler de « transmission pacifique » pour décrire l’éclat d’Ibn Al Thani. Car au retour de ses intermédiaires outre-Atlantique, c’était un Cheikh assuré de l’appui de Washington qui articulait la pénétration en force, de portes laissées pourtant avant son arrivée, grandes ouvertes.

Un jeu d’acteur qui préfigurait l’entrée en scène d’Al Jazeera.

L’Arabie Saoudite temporisait et malgré quelques émancipations vengeresses auxquelles elle clignait des yeux, rappelait toujours aux originaires de la région du Nedj, leur distance à portée de sabre.

La base militaire d’Al Oudeid, où se trouve l’US CENTCOM n’est d’ailleurs pas l’aveu par l’administration américaine d’un bouleversement de partenariat au profit du Qatar, mais résulte davantage d’une négociation, voire d’une suggestion par Riyadh. L’Arabie Saoudite qui ne peut de ses vœux se prononcer pour une présence aussi numéraire et directe de l’armée américaine sur des terres foulées par le prophète en lieux de La Mecque et Médine – posture qui par ailleurs contribue à sacraliser ses frontières – se complait par contre de l’installation au sud de Doha de drapeaux étoilés.

–        D’un côté, les Américains continuent d’assurer stratégiquement leur contrôle des différentes zones      névralgiques – retour aux théories des écoles anglo-américaines avec le Heartland et les orientations          du stratège naval américain A. M. Mahan –.

–        Les Saoudiens eux, se retrouvent dotés matériellement d’un backup utile en cas de débordement.

–        Les Qataris enfin, jouent le joker de la modernité débridée, greffée d’un caractère religieux.

Toutefois, au jeu des grands écarts, le risque de rupture est catastrophique tant la symbolique des positionnements est schizophrène. Sur des terres où la succession des dominations fut partagée par tous les peuples arabes, de l’Empire Ottoman aux desseins franco-anglais, des relations froides entre les deux grands à l’avènement de la domination des États-Unis d’Amérique, l’ennemi de l’homme, reste l’homme lui-même.

Ainsi, dans l’histoire moderne des Arabes qui se dessine depuis le 16e siècle, c’est la « Sublime Porte » qui insuffla la première, la cadence à suivre ; pas seulement, un passé peut en cacher un autre, au jeu politique libanais du 21e siècle, utile de se remémorer la division qui sévissait en 1633, où sous le règne du sultan Murat IV un conglomérat sunnite, druze et maronite, régalait déjà.

Sun Tzu aidant, on gagnait toujours la guerre, sans la faire.

À Doha, au 20e siècle, la perspective d’une manne énergétique extraordinaire à disposition alimenta la famille régnante et ses compagnons d’une confiance décontenancée, les défauts des amis d’hier, étaient devenus intolérables. Fini les excursions en famille à Damas et les virées entre amis dans le désert d’Arabie, c’était désormais à voix haute qu’on parlait à ceux qu’on craignait jadis.

La folie d’une telle posture étant animée par la crainte de voir les morts ressusciter, poussait à s’y reprendre à plusieurs fois et de manières différentes, lorsqu’il fallait se faire respecter.

Cela n’a pourtant pas suffi à faire silence au défunt Colonel Mouammar Kadhafi, qui quelques jours avant son assassinat, prononçait en direction du Qatar, des mots qui résonnent :

Il demandait à ces derniers les raisons d’un tel acharnement en Libye, questionnait sur les mérites d’une telle implication, avertissait sur la façon dont on devait considérer un frère, s’alarmait sur la dureté de cœur qu’on lui réservait, mais oui, il savait, se connaissait et reconnaissait coupable, mais avait désormais peur.

Seulement, si la loi du Talion devait être la règle et non la justice, la vengeance et non le pardon il ne resterait plus personne sur cette terre ; défiant quiconque de s’écrier, « moi l’Innocent. »

Table rase sur hard et soft power imbriqués : « ceux qui vivent dans des maisons de verre ne devraient pas jeter de pierres » criait-il enfin.

Tamim est alors désigné le Huitième, sur le chemin de la rédemption, le père rectifie un temps soit peu, quelques imprudences. La réalité syrienne affectant les perceptions, car Damas et Alep n’ont jamais été des villes à prendre, de tout le Moyen-Orient on ne trouve pareils jusqu’aux boutistes, finit par sonner la fin de la première partie.

Le repli politique de la scène internationale

Il est désormais inconcevable de laisser les rumeurs enfler au sujet des participations à ce qu’on appelle communément « les révolutions arabes ». Le romantisme des premiers instants, ne se déploie plus, on ne va plus à la rencontre de son prochain une fleur de jasmin à la main, qui par ailleurs devant la cruauté réservée à Mohamed Brahmi, se fane instantanément au souvenir des souffrances de sa fille.

Ces ressentiments particulièrement vifs, sont exprimés contre le Qatar accusé d’être à l’articulation d’aspirations manipulées. Cet Émirat floué sur ses grandes ambitions, qui avait été invité à s’asseoir sur les sièges les plus exposés, pour le meilleur, comme pour le pire, n’est en rien aujourd’hui assuré, que le pire est derrière lui.

Des personnalités comme le religieux Youssef Al Qardawi, qui bénéficiaient jusqu’à encore récemment d’une couverture médiatique scandaleuse, sont depuis et par la force, muselées. Vouloir agir pour la paix au Moyen-Orient tout en agitant ce nom, c’est comme donner un serpent à qui demande du pain ; les révoltes de la faim !

Hosni Moubarak justifiait déjà à ses partenaires occidentaux ses postures à retournement comme de nécessaires cadeaux à faire à ses audiences radicales, afin sur la durée, d’être en mesure d’influer sur elles. En résumé, à chaque fois qu’on avançait d’un pas sur le chemin de la paix, tout le monde concédait qu’il fallait reculer de deux. On trouvait toujours un diplomate qui arrivait à persuader la communauté, qu’on pouvait changer de chaussure en cours de route et en prendre une plus grande pour rattraper le retard, peu importe si de l’intérieur on n’en maîtrisait pas toutes les frontières, encore plus si on n’en comblait pas tous les espaces ; l’art de la diplomatie du vide.

Business Jihad et Sharia-Friendly

Désormais communément acquis de combiner la technicité des institutions financières mondiales et les mécanismes d’investissements occidentaux à la dorsale wahhabite. Ce qui était encore il y a quelques années impensable, revêt aujourd’hui un nouveau caractère puisque dans ce système capitalistique mondial en métamorphose continuel, les dignitaires islamiques voient un outil formidable débridé qui peut, une fois purifié, être mis au service du Djihad. Pas seulement, plusieurs institutions occidentales, travaillent également avec acharnement, dans un contexte économique pressurisant à exploiter toutes les mannes financières jusqu’alors réservées.

L’Emir Tamim et ses proches sont des businessmen, qui renforcés dans leur démarche vont se concentrer sur le retour sur investissement et rendre encore plus offensives leurs participations, avec à la différence des Gamal Boys une intéressante liberté d’action et des repères doublement légitimés. Seulement, à la simple prononciation du Djihad, un miroir aux alouettes, avec pour risque de se méprendre et mépriser que « le pirate des uns est l’amiral des autres », la modernité aidant et transformant, « le terroriste des uns en un héros pour les autres. »

Alors nous pourrions inscrire à la famille Al Thani d’une encre indélébile ses erreurs, lui faire écho de certains crimes qui se sont produits à Doha même : Z. Iandarbiev.

Seulement il faudrait alors également pencher sur cet Emirat un regard aussi plongeant que celui qui émane lorsqu’on aime à se regarder dans un miroir et se rappeler qu’à la polygamie, on ne peut opposer le mariage pour tous, deux visions d’un même extrême. Que lorsqu’on s’alarme des investissements dans nos capitales, du rachat d’institutions françaises, considérer qu’elles ne portaient plus de français, que le nom. Que lorsqu’on s’écrie à l’attentat, nous occupons l’étranger chez lui.

Lorsque le père délogeait par la force le sien, on pointait la violence, lorsque le père laissait place à celui qui en est devenu un, on suggère la manigance. Vous lirez, fréquenterez, participerez au plus près du pouvoir, tout en restant floués, personne ne peut peser les cœurs.

Le mois dernier, lors d’une entrevue sur le Qatar depuis Riyadh, un intime du pays racontait l’engouement qu’il y a actuellement à Doha. Il parlait du respect porté à Al Thani père, de l’engouement de la jeunesse derrière le fils. Il exprimait son plaisir à aller le dimanche à l’église, de l’accueil inoubliable réservé aux étrangers.

Nul n’est dupe, mais nul n’a rien inventé sur les problèmes rencontrés par les immigrés, véritables bombes à retardement, ici, comme là-bas, mais à Beyrouth aussi où lorsque l’on croise un homme de couleur, c’est neuf fois sur dix qu’il porte une poubelle.

L’attaché-case ne fait pas l’homme, la chemise non plus, le Qatar ne compte pas beaucoup d’amis de confiance en France, au Qatar nous n’en avons pas beaucoup non plus.

Guy Delbès qui exprime son amour à qui lui demande, parle d’une voix effacée lorsqu’il se rappelle l’heure de partir. Raconte combien il nous faut être respectueux de l’autre, l’enfer ce n’est pas les autres, l’enfer c’est peut être moi. Attaché au Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani, comme lui, il comprend qu’il se doit de laisser sa place, mais à qui ?

La représentation des investissements immobiliers du Qatar en France lui reste réservée. Un homme aux amitiés avec la droite française, qui compte de nombreuses entrées au plus haut sommet de l’État et auprès de tous les partis politiques mais avec lesquels il tente de garder distance et un équilibre.

C’est l’homme du Qatar en France, il a une relation fraternelle avec le Cheikh Ahmad Ben Khalifa Al Thani qu’il estime profondément. En ce sens, il est difficile de dire si le Qatar a aujourd’hui trouvé un successeur à M. Guy Delbes mais cela ne semble pas être le cas, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’à son âge avancé ils restent accrochés à lui, et auxquels il concède par fraternité un ou deux jours par semaine de présence à son bureau, place Concorde. Le Cheikh Ahmad Ben Khalifa Al Thani résume : « à part toi, tu sais que je n’ai confiance en personne en France ! ».

On ne se fait pas les amis d’un instant et l’entourage du Cheikh Tamim est à l’observation ; On craint les débordements comme nous attisons nous-mêmes certaines craintes, « l’ignorance informée est bien la pire des guerres ». Edward Snowden suscite les passions, se scandalise face à l’espionnage, alors qu’il est espion lui-même.

Goethe se rappelle à cette conclusion et à la naissance de notre avenir, « Traitez les gens comme s’ils étaient ce qu’ils devraient être, et vous les aiderez ainsi à devenir ce qu’ils peuvent être. »

Sans armes, ni violence.

Elie Khoury

La Gerap+

Ajib
Ajib

L’Emir Ahmad Ben Khalifa Al-Thani du pouvoir cède sa place à Tamim fils ; loué pour une intelligence de mouvement tenant preuve d’ouverture, très loin d’un passé, pourtant à ses portes où il étreignait la succession de façon insensible. Coup de théâtre ! Révolution Arabe ! Un jeune homme laisse la place à jeune homme.

Rareté dans une région où le pouvoir aimante habituellement un dirigeant, jusqu’à ses derniers soupirs.

Ceux qui s’exaspèrent d’un mauvais ressenti à l’égard du Qatar crient au scandale : « Le Qatar en France, fait pourtant moins que la Chine ! Que l’Arabie Saoudite ! C’est eux que vous devez d’abord regarder ! » Semblant du faire de l’ennemi de votre ennemi votre ami.

L’Emir Ahmad Ben Khalifa Al-Thani du pouvoir cède sa place à Tamim fils. Les aventures menées dans la région à la levée d’un drapeau conquérant, suscitent un doigt accusateur qui s’allonge de plus en plus en direction de Doha.

Le temps est venu, de changer d’accusé.

Elie Khoury

La Gerap+

« La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir suprême est attribué au peuple qui l’exerce lui-même ou par l’intermédiaire de représentants qu’il élit ». Il est alors classiquement enseigné que la société n’est rien d’autre qu’une « petite » démocratie. Les citoyens-associés décident de s’organiser en rédigeant un contrat social qu’est le contrat de société. L’assemblée générale des associés est ainsi détentrice de ce pouvoir suprême. Dans ce système idéal donc, le pouvoir est indissolublement lié à la propriété. Ceux qui ont le pouvoir dans la société sont les mêmes qui en sont propriétaires. A n’en pas douter, ce modèle de démocratie directe existe encore aujourd’hui, dans les petites et moyennes entreprises où le maître de l’affaire est généralement désigné comme dirigeant. Mais se rapproche-t-on davantage de la réalité lorsque l’on évoque le modèle de démocratie représentative à propos du fonctionnement des sociétés cotées ? Ce modèle où le pouvoir est confié à des mandataires, nommés par les associés, en vue de représenter les intérêts de ces derniers. Et bien dans certaines sociétés devenues des technostructures, des managers professionnels détiennent une part infime du capital mais conduisent la société aussi aisément que le ferait un entrepreneur individuel dans son entreprise. Il y a alors une dissociation de la propriété et du capital. Or comme le soulignait A. Smith, « les directeurs de ces sortes de compagnies étant les régisseurs de l’argent d’autrui plutôt que de leur argent, on ne peut guère s’attendre à ce qu’ils y apportent cette vigilance exacte et soucieuse que des associés apportent souvent dans le maniement de leurs fonds ».

Ces considérations liminaires et générales invitent à s’interroger plus spécialement sur la place des actionnaires dans le jeu sociétaire, ainsi que des parties prenantes de la société à l’instar notamment des salariés ou encore des créanciers, ainsi que sur leur rôle dans la gouvernance des sociétés françaises.

L’actionnaire se définit classiquement comme le titulaire d’une action de société de capitaux. L’action étant le titre négociable émis par la société, qui représente une fraction du capital social et constate le droit de l’associé dans la société. L’actionnaire est donc le propriétaire d’une partie de l’entreprise. C’est celui qui, en contrepartie d’un apport, reçoit des titres sociaux qui lui confèrent des droits politiques et financiers. Par l’acte d’apport, l’actionnaire manifeste sa volonté de participer à la gestion des affaires sociales et à la répartition des résultats de l’exploitation. Autrement dit, il manifeste son affectio societatis, composante inhérente du contrat de société.

Le thème de la gouvernance des sociétés est apparu dans le paysage doctrinal juridique français il y a une quinzaine d’année. Cette problématique a d’abord été l’objet de nombreux travaux réalisés par des économistes. Les juristes vont ensuite se l’approprier car le droit joue un rôle essentiel. Il va être en effet l’instrument au service de l’amélioration de la gouvernance des sociétés. Le droit assure la traduction concrète et pratique des réflexions portées sur le gouvernement d’entreprise. La corporate governance ou le gouvernement d’entreprise a pour objectif de promouvoir l’équilibre et la séparation des pouvoirs. Il s’intéresse à l’organisation des relations entre les organes de direction et les actionnaires propriétaires de l’entreprise. Selon G. Charreaux, il s’agit de « l’ensemble des mécanismes qui ont pour effet de délimiter les pouvoirs et d’influencer les décisions des dirigeants, autrement dit, qui gouvernent leur conduite et définissent leur espace discrétionnaire ». Encore, selon H. Hyafil, le gouvernement d’entreprise vise « l’ensemble des dispositions qui permettent de s’assurer que les objectifs poursuivis par les dirigeants sont légitimes et que les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs sont adaptés ». Le gouvernement d’entreprise place donc au cœur de sa réflexion la direction de la société ainsi que les moyens offerts aux actionnaires de contrôler que cette direction agit bien dans le sens de leur intérêt, dans le même esprit placer au cœur de la gouvernance les salariés et l’ensemble des parties prenantes de la société. Si le gouvernement d’entreprise intéresse toutes les sociétés, qu’elles soient cotées ou non, cette étude se focalisera sur les premières. C’est en effet dans ces sociétés que les enjeux se cristallisent en raison de la disparité de son actionnariat et des pouvoirs détenus par ses managers professionnels. La dissociation de la propriété et du pouvoir est la plus aboutie. Plus qu’ailleurs, un équilibre des pouvoirs doit donc être institué.

La réflexion sur le gouvernement d’entreprise en France a d’abord porté sur l’amélioration du fonctionnement du conseil d’administration des sociétés anonymes. Or dès 1996, le sénateur Ph. Marini soulignait que le droit de sociétés laissait apparaître un double déséquilibre. « D’une part il assure une suprématie des fonctions de direction sur celles de contrôle, d’autre part, il privilégie les contrôles de type externe (judiciaire) au détriment des contrôles internes exercés par les actionnaires et les commissaires aux comptes ». C’est donc sur le fonctionnement de l’assemblée générale et plus spécialement sur les droits et pouvoirs des actionnaires qui s’est ensuite concentrée et appliquée cette réflexion. Pour enfin concerner l’ensemble des parties prenante de la société avec notamment les salariés.

Depuis une dizaine d’année, la place des actionnaires et des salariés dans la gouvernance des sociétés cotées et au cœur des préoccupations. La nécessité de renforcer les prérogatives d’information et de contrôle des actionnaires est pressante. Les actionnaires ont perdu leur rôle de propriétaire de l’entreprise dans les sociétés cotées depuis une trentaine d’années. Toutes les évolutions législatives visent à réaffirmer leur rôle pour encadrer celui des dirigeants. De même qu’a promouvoir émergence des salariés dans le jeu sociétaire.

L’enjeu ultime est la confiance des investisseurs dans la gestion des sociétés cotées. Les agents à capacité de financement n’acceptent d’apporter leurs fonds que s’ils sont convaincus que la gestion de la société par les dirigeants est placée sous le contrôle effectif des actionnaires et des salariés qui assurent une gestion viable de l’entreprise. C’est donc un enjeu d’attractivité de la place : il convient d’attirer les investisseurs en France dans une économie mondialisée. Enfin, selon l’OCDE, l’adoption de bonnes pratiques de gouvernement d’entreprise « contribue à accroître la confiance des investisseurs nationaux, réduit le coût du capital, concourt au bon fonctionnement des marchés de capitaux, et en définitive confère davantage de stabilité aux sources de financement ».

Ainsi de  quelle manière la gouvernance des sociétés cotées organise-t-elle la promotion des actionnaires et plus spécifiquement des salariés  dans le jeu sociétaire ?

Longtemps exclu du jeu sociétaire et bien les divers méandres et déboires contemporains notamment l’Affaire Enron qui a émaillée la vie du capitalisme dénotent de la nécessité d’une gouvernance viable qui ne réduit pas à une simple léthargie les parties prenantes de la société. Le nouveau modèle de gouvernance a ainsi vocation à institue une confiance nécessaire à la gestion de la société laquelle innerve tout notre système boursier afin d’éviter que la faillite de sociétés cotées n’engendrent un cataclysme systémique, la présente crise économique en est l’exemple éloquent.

En l’état de la chose on peut se demander si le processus d’élaboration du cadre conceptuel  en gouvernance ne traduit pas la nécessite de réviser le fonctionnement du système économique établi. En d’autre termes sous la contrainte des évènements le développement actuel vers une théorie générale de gouvernance des organisations  à la fois « capacitante » et « disciplinante » est susceptible  de révéler une nouvelle fondation du capitalisme  dont le slogan originel considère « qu’agir dans le sens des actionnaires c’est agir dans l’intérêt général » désormais vient se substituer l’émergence d’un nouveau dogme selon lequel « agir dans l’intérêt général revient à agir dans l’intérêt de toutes les parties prenantes de l’entreprise ».

In fine la collusion de l’homme et l’argent constitue le point névralgique de nos sociétés modernes à dominante capitalistiques, où le dogme est celui du toujours plus pour le capital. Ainsi on pourrait voir dans les ruines de l’ancien modèle de gouvernance, connu sous le vocable de la « share older theory » une fracture plus profonde qui se traduit par une crise anthropologique ayant pour corollaire une « négation du primat de l’homme ». En effet ce dernier étant désormais assujetti à un fétichisme de l’argent,  noyé dans une dictature d’une économie sans visage, sans but vraiment humain. La conception de l’homme est bafouée, celui-ci n’étant désormais appréhendé qu’à travers le spectre de la consommation, l’acte d’achat étant  devenu un acte d’autorité, l’homme est denier dans son humanité même. En outre le pléthore de l’avoir amène à l’anémie de l’être. Ce paralogisme patent n’est que le fruit d’idéologies anarchiques laissant libre court à l’autonomie absolue des marchés et à la spéculation financière.

Dans cette brume libérale, se cache en réalité une nouvelle tyrannie invisible laquelle impose ses lois et ses règles. Mais le temps nous a enseigné que « tout pouvoir excessif meurt par son excès même ». En effet comme l’affirmait Montesquieu « c’est une expérience éternelle  que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser; il en va jusqu’à ce qu’il trouve des limites ». D’où l’impérieuse nécessité d’une réforme financière et plus restrictivement du modèle de gouvernance avec donc pour rançon une économie plus salutaire.

Elie Awad

La Gerap+

Thomas Dufourneau PhotographiesEvangile selon Saint Marc - Chapitre 10
Thomas Dufourneau Photographies
Evangile selon Saint Marc – Chapitre 10 +Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas !+

« Pendant longtemps, sans doute depuis toujours, en tout cas depuis Adam et Eve, la différence de sexe dans le couple paraissait toute « naturelle »». Fulchiron Hugues met en exergue l’impératif cardinal qu’est l’hétérosexualité dans le mariage. Toutefois dans cet univers en transformation furieuse, ce modèle dogmatique du mariage fondé sur l’hétérosexualité s’effrite au point où il ne constitue désormais qu’un modèle parmi d’autres.

L’ambition législative actuelle est bouillonnante d’interrogations, de passions, de revendications et parfois même de fanatisme. Mais quels sont les véritables rouages qui cimentent ces positions diverses ? Tout d’abord il ne faut pas se méprendre sur la question de l’homophobie, défendre une position, être contre ou pour ne relève pas de l’homophobie, en outre  ce n’est pas parce qu’il est d’une certaine tendance actuelle qu’on doit se résoudre au panurgisme, malgré ce que les lobbys homosexuels tendent à nous faire croire.

Au contraire il convient de scruter les enjeux sous-jacents à cette ouverture au mariage et envisager sur un plan prospectif, technique, les éventuelles plus-values, si elles existent, ou au contraire les effets pervers qui pourraient en découler.

En effet  à la vieille idée selon laquelle le mariage ne s’entend que par l’union de deux personnes de sexes différents et bien ce principe dogmatique s’est effrité au point où il ne constitue désormais qu’un modèle parmi d’autres. De facto, à un ordre conjugual monopolistique fondé sur le mariage s’est substitué un ordre conjugual plural où le mariage est concurrencé par d’autres modèles conjugaux à l’instar du concubinage, du PACS, et pourquoi pas très bientôt d’un « mariage hybride », le mariage homosexuel permettant dès lors une prise en compte de  plus en plus significative de la condition homosexuelle.

Mais quel est le fondement qui a permis de mettre en œuvre une transformation aussi furieuse au sein de notre ordre social ?

Et bien les diverses guerres mondiales agitant l’espace européen ont eu pour effet d’enfanter une nouvelle idéologie se voulant universelle, prônant un certain paradigme de ce que doit être la place de l’individu au sein de nos sociétés comtemporaines. Conséquemment le prosélystisme européen des droits de l’Homme constitue désormais l’expression éloquente de la civilisation européenne qui se caractérise plus que toutes les autres par la prééminence des valeurs individuelles. Dès lors les deux notions cardinales sur lesquelles le legislateur français s’est basé afin de dilligenter une société, et plus restrictivement un ordre social, sont l’égalité et la liberté. En d’autres termes d’un droit de la famille fondé sur l’ordre public, on est passés à un droit de la famille fondé sur les volontés individuelles, chacun se prévalant de construire son modèle famillial à sa guise, faisant émerger la notion de « famille à la carte ». Finalement le législateur n’a eu cesse de promouvoir la possibilité d’offrir la liberté d’effectuer des choix personnels, curieuse manière de légiférer dans un domaine aussi structurant qu’est la cellule de base de notre société, la famille, qui constitue une véritable institution.

Après ce premier postulat il convient de s’intérroger sur les incidences d’une telle  lecture, d’une telle exaltation de l’individu en tant qu’entité autonome au sein de notre civilisation.

Mis à part la question du mariage homosexuel, une digression doit être faite. Par le truchement de l’égalité pour tous, une refonte des rapports conjugaux a bien vu le jour. En effet, d’un mariage fondé sur l’autorité maritale, nous sommes passés à une stricte égalité entre les époux. Primitivement dans notre ordonnancement juridique on retrouvait les termes de « mari » et « femme » désormais en vertu du principe d’égalité et pour gommer cette pseudo « autorité maritale » on parle tout simplement « d’époux ».

On doit s’interroger sur les incidences d’une telle interprétation aussi innofensive puisse-t-elle parraître au première abord. Désormais en vertu de ce principe d’égalité le legislateur n’a eu cesse de promouvoir l’égalité des armes entre les époux notamment s’agissant du divorce. Désormais tout est fait pour mettre en œuvre une protection dans la rupture, or le propre d’une famille n’est-il pas la cohésion, la permanence, la vertu ? Conséquemment les procédures de divorce n’ont eu cesse d’être accelerées, facilitées, la volonté dés epoux n’a eu cesse d’être de plus en plus prise en compte ; on retrouve alors l’impératif de liberté et c’est précisémment en vertu de cette égalité qu’il n’y a plus d’unité au sein du couple. Le législateur n’a eu cesse de faciliter le divorce, ce qui par la même contribue à reduire considérablement la notion de « temps conjugual ». Voyons maintenant les conséquences d’une éxaltation exacerbée du principe d’égalité.

Comme nous l’avons discuté ce principe d’égalité a eu pour écho ne plus parler de mari et de femme mais tout simplement d’époux, le couple est devenu asexué – porte d’entrée terminologique seulement au mariage homosexuel.

En effet le législateur en vertu d’une pseudo discrimination a pour ambition de la gommer en consacrant un droit au mariage aux homosexuels. Or, la discrimination ne s’entend que par la différrence de traitement entre deux personnes qui sont dans la même situation ; Mais, depuis l’origine du Monde, on ne peut renier que c’est de la relation naturelle entre l’homme et la  femme que procède la vie, qui fonde la société et la fait vivre. Dès lors les couples homosexuels et hétérosexuels ne sont pas dans la même situation, eu égard à une différence inhérente à leur condition biologique, la procréation. La différence de traitement est légitime et justifiée ; mais au regard de l’évolution des mœurs, des mentalités et d’une certaine réalité, le mariage n’a visiblement plus pour essence la procréation, c’est ce que le legislateur par cette ouverture au mariage tend à affirmer.

Cette ouverture au mariage des couples homosexuels consisterait en la technique du « jardin d’acclimation » qui consiste à faire rentrer dans les mœurs cette nouvelle entité de l’ordre conjugual et admettre que l’essence du mariage n’est plus la procréation. Ainsi, sous le couvert du vocable du mariage pour tous et du principe d’égalité, le législateur entend promouvoir l’égalité pour tous. Mais, dès lors que le mariage n’a plus pour essence la procréation, mais l’amour, alors les empêchements au mariage n’ont plus vocation à jouer, c’est une porte ouverte au mariage pour tous dans son acception première ; Pas seulement, c’est une porte ouverte à l’inceste, la cosanguinité, la polyandrie, la polygamie qui amène une refonte substantielle de notre droit positif et par la même de notre société.

Le législateur ne mesure pas le pas qu’il va franchir avec la notion de « mariage pour tous », derrière cet amalgame, il y a bien plus que le mariage homosexuel. Le législateur n’a eu cesse de promouvoir une mauvaise lecture du principe d’égalité ce qui amène à la formation d’inepties foudroyantes au sein de notre ordonnancement juridique et par la même de notre ordre social.

En effet, si l’on suit le syllogisme législatif actuel, et bien la consécration du mariage homosexuel a pour objet de gommer l’inégalité qu’il y a entre les couples homosexuels et heterosexuels s’agissant du mariage, mais en verité en consacrant ce mariage le législateur va créer une nouvelle inégalité au sein même du couple homosexuel, entre le couple feminin qui aura un accès aisé à l’enfant et le couple masculin qui lui n’y aura pas accès. Dès lors, pour poursuivre la logique il faudrait une nouvelle fois « exploser une barrière cardinale de notre ordonnancement juridique » et ainsi légaliser les conventions de mères porteuses.  Tout cela démontre bien une mauvaise lecture du principe d’égalité qui, poussé à son paroxysme détruit l’individu. Or, la remise en cause de la prohibition des mères porteuses qui consitue l’expression éloquente du refus du libéralisme et du consumérisme de nos sociétés actuelles dans des domaines aussi fondamentaux que sont la vie, et plus largement la civilisation, a pour écho des conséquences substantielles.  En effet, la mise dans le commerce des facultés procréatrices de la femme, mène inéluctablement à une réification de l’enfant, qui devient un bien mobilier, un élément de richesse de notre patrimoine parmi d’autres. Et après tout, au prix auquel un enfant sera acquis, pourquoi ne pas choisir une mère porteuse brune, blonde, aux yeux bleus, verts, voilà l’avènement des pratiques eugéniques ? En vérité, derrière la possible consécration d’un droit à l’enfant, il y a le risque que cela dégénère en un droit à l’enfant « comme je le veux ».

Or, le rôle du législateur n’est-il pas d’ordonner, et non pas sans cesse d’accorder des concessions pour au final se réduire à une véritable chambre d’enregistrement des volontés individuelles ? Le droit ne doit pas se contenter d’être le relais des désirs, il doit se cantonner à sa fonction normative d’ordonner.

Dès lors, tout l’enjeux est de mettre en balance deux intérêts, le droit à l’enfant, ce qui est innaceptable et l’intérêt de l’enfant. Le Parlement semble opter pour la première solution et s’affranchit de toute réalité biologique allant défier la nature même ; Alors que la volonté de l’homme n’est pas toute puissante, bornée justement par la nature, mais qu’importe un Parlement peut tout.

L’honneur du droit français n’est-il pas d’affirmer contre vents et marées que le respect des droits de l’homme, le respect des droits de l’enfant passent avant tout et tout d’abord par le refus de consacrer un droit à l’enfant ? La complémentarité père / mère n’est-elle pas structurante à la construction identitaire de l’enfant ou est-ce que le désir des adultes est prédominant ?

In fine, par une mauvaise lecture du principe d’égalité, le législateur semble perdu et fait perdre une société derrière lui. À la vieille idée selon laquelle la morale rôde autour du droit, désormais le droit en est totallement nu. Or, quand on construit du droit sur du flou, il y a un loup. Et permettez-moi de vous le dire, le loup est véritablement entré dans la bergerie, en d’autres termes le mariage homosexuel dans la famille.

Le législateur n’a eu cesse d’affaiblir le mariage à coups d’attaques désinstitutionnalisantes en faisant prévaloir la liberté de faire des choix individuels – construire sa « famille à la carte » – se présentant dès lors comme un véritable fossoyeur de cette institution. Le mariage est en train de devenir un simple cerceuil dont les enfant sont les clous…

Elie Awad

La  Gerap

Earth Times

La puissance Européenne : Future ersatz hégémonique ?

Appréhendée à travers le prisme de puissance

Au 5e siècle avant notre ère, Thucydide, historien Grec esquisse à travers « Histoire de la guerre du Péloponnèse », dans une lutte pour la prédominance entre Athènes et Sparte, la volonté de puissance comme l’une des principales force motrice du Monde.

La notion de puissance devenant une composante inhérente et contingente à l’analyse des relations internationales en se présentant comme une véritable grille de lecture du rayonnement d’un État. Glorifiée aujourd’hui, rejetée demain, elle est le fruit d’une équation, qui ne cesse de grossir, une équation aux multiples variables, dont le champ ne fait que se redessiner au fil des années, si bien que la notion même de puissance tend à connaître un nouvel élan.

La puissance peut connaître plusieurs déclinaisons :

–       D’une manière classique, c’est la « capacité d’imposer et de détruire », plus précisément selon Raymond Aron c’est « la capacité d’un acteur à imposer sa volonté aux autres ».

–       Cette approche péjorative a été attendrie pour devenir « une capacité appliquée sans contrainte » ; D’où la distinction entre Hard Power et Soft Power faite Joseph S. Nye.

–       Concomitamment la puissance c’est aussi la « capacité d’action et de marge de manœuvre », c’est à dire la possibilité d’un État à agir souverainement ; Sa capacité à s’affranchir de toutes tutelles à l’instar des approches gaulliennes des Relations Internationales.

–       Enfin la puissance est surtout devenue la « capacité à structurer son environnement international » laquelle consiste en l’habileté d’un gouvernement à articuler, maîtriser et mettre en adéquation des acteurs exogènes.

La notion de puissance n’a cessé d’être remise en cause, redessinée, redéfinie, désormais à son accès, les chemins ont été multipliés. Cette même multiplication tant des aspirations que des critères interprétatifs rend l’analyse de cette dernière beaucoup plus complexe qu’auparavant. Preuve en est, la – Puissance – n’est plus proportionnelle aux capacités brutes d’un acteur.

Sur un plan prospectif, ce mode d’expression novateur apparaît davantage l’attrait de l’Union Européenne. Stephen D. Krasner défend dans « International Regimes » que le comportement des États est aussi influencé par des normes internationales, juridiques, politiques ou encore morales ; De facto la puissance d’un État se mesure aussi, à sa capacité à répandre une vision normative de ce que doit être les rapports dans le système international.

Stratégie d’influence exercée par un État ou un groupe d’États pour amener d’autres acteurs  à agir  conformément à ses principes et valeurs, au travers de l’instauration d’une sphère internationale normée. C’est dans ce lieu, convoité, en effervescence, au sein du concert des Nations, que l’Union Européenne entend exciper son leadership.

Son acte fondateur : le 9 mai 1950, par la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), impulsé par la France ceci au nom de la paix et la réconciliation Franco – Allemande – non sans arrières pensées -. En effet, la construction d’une Europe unie, ne serait pour la France qu’un moyen de retrouver une puissance érodée par les deux dernières guerres mondiales ; Au risque, que cette ambition, chemine dans l’ombre de ses partenaires. La France et l’Allemagne sont les rares pays pour lesquels l’Europe représente un vecteur de concurrence à la super-puissance américaine. Ces ambiguïtés et ces méfiances expliquent d’ailleurs grande partie l’échec de l’Europe politique, en dehors des ambiguïtés propres à la triangulaire France – Angleterre – Allemagne.

La construction européenne, d’une part en tant que processus de coopération et d’intégration entre États nations, et d’autre part en tant qu’exercice de la puissance par ces mêmes États pour la  défense de leurs intérêts, principes et valeurs sur la scène internationale, collectivement  ou individuellement, sont en définitif, deux dynamiques difficilement conciliables ; Rendant abstraits la nature et le potentiel de puissance de l’Union Européenne. D’autant plus que sur un plan intra – européen, la méthode d’intégration européenne ne fut qu’un processus de rejet de l’utilisation des rapports et outils de puissance afin d’éluder toutes rivalités ; Sur un plan externe, cette approche est désuète puisqu’il n’y a pas abandon du principe de puissance sur le reste du Monde.

Conformément à la méthode fonctionnaliste imaginée par Jean Monnet « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait » ; Autrement dit : d’abord une Europe économique avant une Europe politique pour un effet d’engrenage, pouvant à terme dégager une puissance parfaite.

L’émergence d’une véritable puissance européenne peut déjà être perçue toutefois dans des domaines où il n’existe qu’un seul et unique acteur – Europe –  agissant et s’exprimant au nom de tous les États membres – additionnant et démultipliant les capacités individuelles -. La puissance de l’Union a bel et bien été assise au sein du volet économique : l’Union économique et monétaire (UEM) devenue priorité de la construction européenne et confère aujourd’hui à ses États membres une grande maîtrise collective de leurs intérêts économiques et financiers.

Toute proportion gardée, cette réussite économique peine à déborder sur les questions éminemment politiques et militaires comme en témoigne l’échec de la Communauté européenne de défense (CED). L’existence d’un parapluie Otanien est d’ailleurs fondamentalement paradoxal et opposé à l’Ambition Européenne.

Les questions du rapport des États membres à leur souveraineté, à l’autonomisation de l’Union sur la scène internationale et à la défense de leur identité sont de puissants déterminants à la construction européenne ; Le volontarisme dont ils vont ou devoir faire preuve sont indissociables de l’ascension européenne.

Une alternative s’esquisse toutefois et porte l’Union vers un statut non moins rayonnant ;  Car consciente de ses lacunes cette dernière n’a eu cesse d’œuvrer à constituer une certaine identité, plaçant l’individu au centre d’une nébuleuse institutionnelle. Le juge communautaire s’est ainsi pratiquement accaparé la protection des droits fondamentaux,  se présentant fossoyeur des juges constitutionnels nationaux, disposant d’un quasi monopole en la matière,  résultante d’un phénomène d’intégration et de coopération toujours plus exacerbé, qui à terme porte l’avènement d’un phénomène de congruence des ordres juridiques.

De telle sorte qu’on assiste à la mise en place d’un contrôle juridictionnel de plus en plus large et efficace constituant le point d’orgue du prosélytisme européen. En effet, cette « décomposition des ordres juridiques nationaux» a favorisé un phénomène de « déterritorialisation » de la puissance publique nationale au profit d’une juridiction sommitale qu’est la Cour de justice de l’Union Européenne, permettant de donner la stature nécessaire à une juridiction  Européenne afin de se positionner en tant que pôle d’influence de ce Monde en matière de droit fondamentaux et exercer un « normative power ».

Le titulaire de cette protection est l’individu considéré en tant que tel et non pas comme membre du corps politique. Car en effet l’espace Européen et la protection des droits de l’Homme ont eu pour échos la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne ou encore la Convention Européenne des Droits de l’Homme lesquelles témoignent d’une Union de droit démocratique, où à coté des exigences économiques, le respect des droits de l’homme est une condition première à l’adhésion. Dorénavant le modèle européen des droits de l’Homme est l’expression éloquente de la civilisation européenne, laquelle se caractérise plus que toutes autres par la prééminence des valeurs individuelles, ainsi, la tradition, l’éducation et la mentalités des Européens sont profondément marquées par ces valeurs, érigées en principe politique fondamental à portée universelle.

In fine, ce  processus  d’éclosion d’une structure supra étatique apporte inévitablement en discussion la conception fédéraliste de l’Union Européenne, ayant en vue l’évolution progressive du système communautaire. À défaut d’un État à proprement parlé, sur un plan matériel, existe déjà une forme de Constitution Européenne. À raison, un grand nombre de normes communautaires possèdent un rang constitutionnel, y compris les droits fondamentaux permettant le rayonnement de la vision européenne, d’où l’émergence d’un impérialisme juridique qui s’affirme et tend à devenir un des enjeux majeurs du XXIe siècle.  C’est ainsi que malgré les différentes barrières rencontrées, l’Union a réussie à éluder les obstacles et à trouver des alternatives stratégiques.

Nonobstant que l’Union ne soit pas une puissance complète, c’est une puissance en devenir qui à travers son influence normative exerce un Soft Power Européen sur le reste du Monde et acclimate les civilisations à ce que doit être les rapports au sein du système international, elle peut ainsi être appréhendée actuellement comme un « peacefull power ». L’Union est bel et bien un acteur incontournable, certes embryon de puissance d’où l’« ersatz de puissance », mais promis à des terres nouvelles sous réserve d’opérer les prises de positions nécessaires, au risque de se voir confinée à un rôle d’influence passif la menant à terme, à son évanouissement.

Elie Awad

La Gerap

VoaNews

Lorsque la population Égyptienne se met à penser le changement, Facebook et Twitter crient à la Révolution – accoutumés à la technologique – et cela facilite. Réellement, sale, car meurtrière, l’armée assassine des bloggeurs à la pelle, (sentence facile : sept années de prison – pauvre Khaled Saïd, 28 ans, lynché et accompagné jusqu’aux portes de la mort dans les rues d’Alexandrie) – Les radicaux se réservent, le gâteau des Coptes Églises, pendant que d’autres, Musulmans et Chrétiens, sont capables d’unions temporaires, en dernier recours, pour faire front, lorsque la police réprime (25 morts + de 500 blessés, attentat du 1er janvier 2011, Alexandrie).  

Les Égyptiens craignaient Moubarak, davantage le vide –

Lorsqu’en 2011, Hosni tombe, les militaires aidant, récupèrent la cause – temporisent – le changement, c’est dans la limite du leur ; les Égyptiens craignant qu’elle leur échappe, font pression et payent le prix – Tarif : Paradi$.

Depuis hier, l’Égypte vote, un président post-Moubarak, un vent de changement vous dites ? On l’entend souffler, dans une pièce vide.

Depuis 1954, le pouvoir est tenu par les militaires – Nasser, Sadate et Moubarak, sont de la famille et en période de transition, devinez ? C’est toujours eux qui régentent la partie. Ouvertement à plusieurs reprises, ils tentent même la récupération publique du pouvoir – testant par l’élasticité-la volonté évolutive des Égyptiens, au travers d’un lance pierre dirigé contre eux.

De Nasser, Sadate et Moubarak les Égyptiens gardent une douleur vive et cela dans la fidélité sans commune mesure d’un peuple amené à éprouver son autorité politique, qu’en dernier recours, lorsqu’il se meurt – « Khallas ! ».

Les anciens Raïs, Nasser, Sadate et récemment Moubarak ont, à leur gré, lorsque l’opposition paraissait forte, manipulé les résultats des élections en leur faveur. Aujourd’hui, exutoire seulement, l’espérance d’un changement, lorsque ceux-là mêmes qui ont projeté les anciens Raïs au pouvoir, sont les mêmes, à un déguisement près, qui assurent la transition démocratique.

Moubarak tombe – C’est méconnaître la réalité politique égyptienne, Moubarak ne tombe pas, Moubarak se couche. Au besoin, les militaires, tenants de l’autorité n’hésitent pas à supprimer les responsables qui dérangent et à donner à la vindicte populaire, ceux qu’elle désigne.

Sacrifier des têtes, dans les habitudes Cairotes,  sous Moubarak, Atef Abreid Premier ministre, Farouk Hosni ministre de la Culture, Hatim al-Gabali à la Santé, ont été violemment décriés par les Égyptiens – lâchés par le pouvoir un temps – puis finalement maintenus dans leurs fonctions. Youssef Wali, ministre de l’Agriculture, accusé de corruption et d’importation de pesticides cancérigènes – échappe aux accusations… au détriment de son conseiller qui écope de quinze années de prison. Wali sera même promu à la vice-présidence du parti de Moubarak (PND) et figurera parmi les quarante personnalités agissantes au sein de l’autorité suprême.

Les militaires, au pire resteront au pouvoir, au pire y mettront dans leur sillage un homme réclamé, Islamiste, Frère Musulman   ou autres, qui vous voulez ; mais les véritables tenants, restent et resteront les véritables tenants.

Élections Égyptiennes  ou le dilemme du changement, perdant.

Elie Khoury

La Gerap 

École Nationale des Arts de la Marionnette

Hamit Bozarslan reprenait à juste titre, concernant les révolutions arabes, ce que Victor Hugo sentit en son temps : « une révolution est d’abord une tempête imprévisible qui ne fait pas seulement bouger toutes les lignes de force présentes sur son passage mais aussi déclenche des dynamiques qui ne lui préexistent pas. » C’est pour H. Bozarslan la raison principale pour laquelle une révolution ne livre son sens heuristique qu’a posteriori, rendant illusoire tout débat sur sa prédictibilité.

À cela nous voudrions rajouter et accorder que vouloir définir l’essence de ces dernières, peut en raison de toutes les causes évoquées, être difficile, voire impossible. Toujours est-il que ces mêmes paroles de Victor Hugo regardant l’incertitude, doivent impérativement résonner comme une mise en garde faite à tout acteur, qui se veut entraîner, avoir la haute main sur ou dévier de son origine une lutte pour la survie que la population Égyptienne mène depuis la domination ottomane.

Cette imprévisibilité doit se faire entendre comme un avertissement, faussant, les meilleurs calculs.

Elie Khoury

La Gerap

White Pers

La sociologie politique se veut être une science analysant l’impact du social sur la façon de penser et d’agir des citoyens, dans leur relation à l’État. Comprendre ce qui amène les individus à faire tel ou tel choix voire même à ne pas le faire, ce qui est également en soit une certaine forme de choix ; nous faisons ici allusion à l’abstention.

Les hautes juridictions nationales de nature très prudentes quant à leur façon de nommer, d’aborder et de discuter de et dans la sphère élective se trouvent être exceptionnellement relâchées, approximatives concernant l’abstention et le vote blanc et oscillent entre jugement de fait et de valeur en témoigne les  annotations dans les documents administratifs dans lesquels les votes blancs sont qualifiés de « perdus », « douteux », voire de « dérisoires ». Indifférence face à une réalité pourtant éclatante : 53% d’abstention aux élections européennes de 1999, 57,2% à celle de 2004, 32,6% aux élections municipales de 2001. Ces chiffres nous poussent à nous interroger sur le bien fondé du flou que certains politiques entretiennent à l’égard du vote blanc et de l’abstention.

Le vote blanc, le vote nul et l’abstention qu’est-ce que c’est ?

  • Le vote blanc, le vote nul et l’abstention, confusions et distinctions
  • La confusion régnant entre le vote blanc et le vote nul

Selon l’article L66 du code électoral français les bulletins blancs seraient « ceux ne contenant pas une désignation suffisante ou dans lesquels les votants se sont fait connaître, les bulletins trouvés dans l’urne sans enveloppe ou dans des enveloppes non réglementaires, les bulletins écrits sur papier de couleur, les bulletins ou enveloppes portant des signes intérieurs ou extérieurs de reconnaissance, les bulletins ou enveloppes portant des mentions injurieuses pour les candidats ou pour des tiers. »

Malheureusement cette définition entretient la confusion entre le vote blanc et le vote nul, la législation française ne différencie pas dans cette définition les deux actes, car en effet une distinction existe. Le vote blanc consiste à ne voter pour aucun des candidats, à mettre dans l’urne un bulletin blanc dépourvu de tout nom. Les bulletins blancs n’étant pas appréciés à la même valeur et n’étant pas présents dans l’isoloir, celui ou celle qui voudrait voter blanc doit apporter son propre bulletin « blanc » avec lui. La législation condamnant également pénalement toute distribution de bulletin blanc lors des élections.

Le bulletin est considéré comme nul quant à lui, lorsqu’il est déchiré, rayé, annoté, ou lorsqu’il y a plusieurs bulletins ou autre chose dans l’enveloppe.

La législation française ne différencie donc pas ces deux actes pourtant de signification très différente. En témoigne la définition du code électoral que l’on vient de citer mais aussi la manière de les comptabiliser lors des élections, cette manière est ainsi définie par le service de la documentation française comme suit « lors du dépouillement les votes blancs et nuls sont comptabilisés et sont annexés au procès verbal dressé par les responsables du bureau de vote. Mais ils n’apparaissent pas dans le résultat officiel où ne sont mentionnés que le nombre d’électeurs inscrits, le nombre de votants et les suffrages exprimés. Les suffrages exprimés étant l’ensemble des bulletins moins les votes blancs et nuls. Aucune distinction officielle n’est faite entre les deux.  De plus, phénomène récent avec l’arrivée des machines électroniques, les votes blancs sont comptabilisés mais les votes nuls supprimés dans certaines communes.

Il existe cependant des exceptions quant à ce traitement et une des rares reconnaissances nous vient du conseil constitutionnel qui affirme « On peut comprendre la revendication, formulée par certaines associations, de décompte officiel des bulletins blancs. En effet, il est désobligeant d’assimiler à l’abstention ou à un vote défectueux, le geste d’un électeur qui a fait l’effort de venir voter. »

Nous verrons plus loin dans notre étude la signification de l’acte et le profil de l’électeur votant ainsi. Voyons maintenant l’acte d’abstention, véritable grand gagnant dans les statistiques électorales, pour fait d’armes, nous avons encore en mémoire le score record de 57,2% d’abstention aux élections européennes de 2004.

  • L’abstention

L’abstention quant à elle a une définition très simple, c’est un non vote. C’est le fait pour des personnes inscrites sur les listes électorales de ne pas se rendre au bureau de vote le jour des élections. C’est le refus d’exercer un droit qui n’est cependant jusqu’à présent non répréhensible en France, à la différence de la Belgique, du Luxembourg ou de la Suède où là, certaines sanctions sont mises en place pour contraindre le citoyen à aller voter. Ce phénomène n’existant qu’en moindre partie en France, lors des élections sénatoriales.

L’abstention occupe d’autant plus une place centrale de par son évolution, en effet, passée pour les élections présidentielles de 1965 de 16,2% à 30,61% pour celles de 2002. Ce phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur a pour enjeu et risque d’entraver la légitimité d’une élection. Nous verrons cela bien plus en détail au fur et à mesure de notre étude.

Le profil sociologique de ces électeurs et la symbolique de leur acte

  • L’électeur qui vote blanc et l’électeur qui vote nul

Celui qui vote blanc veut donner une signification politique à son acte, il refuse l’offre électorale qu’on lui propose tout en remplissant son devoir civique. Par cet acte, l’électeur indique qu’il ne remet pas en doute la légitimité du principe des élections ni leur utilité. Cet acte est qualifié parfois en France « d’abstentionnisme civique ». Il permet également dans les petites communes où tout le monde se connaît de ne pas attirer l’hostilité des autres ; et permet ainsi à l’électeur, dans son isoloir, de redevenir indépendant.

Celui qui vote nul quant à lui veut donner à cet acte politique une radicalité,  en effet il se veut plus provocateur que celui qui vote blanc. Sur ce papier l’électeur s’exprime par quelque chose, un commentaire, une rature ou en rayant le nom d’un des candidats. La radicalité est pratiquement toujours présente. La désignation personnelle prend également toute sa place en témoigne la source suivante retrouvée dans les annales constitutionnelles « S’il s’était présenté un homme raisonnable il aurait eu ma voix, je m’abstiens de voter pour un homme qui a contribué à chasser les honnêtes gens par une porte et faire rentrer les communards par l’autre car il n’est pas plus dans mon estime que ces derniers. Je prie M. ***** de croire que s’il a pu plaire à un petit nombre, qu’il a déplu à un bien plus grand, car je suis persuadé que dans notre chère patrie le nombre des honnêtes gens dépasse encore celui de la canaille. Puissent ces quelques mots lancés par un pauvre paysan être entendu et compris de tous ceux qui devront nous représenter à l’avenir, s’il ne veulent pas encourir davantage notre malédiction. » Mais la plupart du temps les manifestations ne se font pas dans ce type de langage et sont plus simples, preuve en est les annotations suivantes « ils sont tous les mêmes », « ni l’un ni l’autre » ou « je ne vote pour personne. »

  • L’abstentionniste vient de deux types d’univers

Anne Muxel directrice de recherche au centre de recherche politique de SciencePo nous dit qu’il y a deux grands types d’abstentionnistes pouvant être distingués. Le premier grand type est de nature sociologique. Il concerne des individus connaissant des difficultés d’insertion sociale, peu intéressés par la politique, moins disponibles et ayant un niveau d’éducation moindre. Ils se sentent exclus du système et entretiennent un sentiment d’éloignement et de distance par rapport au politique. Ils sont en retrait de toute forme de participation politique raison qui est liée à leurs propres prédispositions sociologiques. Par exemple c’est le type d’électeur qui peut oublier de voter, qui ne veut pas voter, qui refuse de se déplacer, qui pense que son vote n’est pas important ou qui préfère laisser les autres le faire à sa place.

Le deuxième grand type d’abstentionnisme est de nature politique. On y retrouve toutes les catégories socioprofessionnelles dont notamment les plus diplômés et les plus privilégiés. Ils sont souvent intéressés par la politique et peuvent même se sentir proches d’un parti. Ils sont dans le jeu politique, mais ils entendent exprimer une protestation, un refus, un rejet à l’encontre des politiques et à leur offre électorale mais aussi et surtout une sanction à leur égard et au gouvernement. Ils veulent ainsi peser politiquement sur les élections et influer sur les propositions des candidats. Ainsi certains pays ont évoqué la possibilité de changer de constitution en cas d’abstention très grave atteignant des chiffres tels que 70 ou 80% mais ces projets de lois n’ont jamais abouti. Ce dernier type d’abstentionnisme représente la plus grande part et c’est celui qui se développe également le plus. Au-delà parfois de la sanction qu’il entend infliger aux responsables politiques, il peut également ne pas vouloir légitimer un système politique qu’il refuse, ou une élection qu’il juge injuste.

Les abstentionnistes sont de plus, difficiles à évaluer lors des sondages car cela semble être un rôle difficile malgré tout à avouer et à assumer, il y a le sentiment coupable de ne pas accomplir son devoir civique ; mais aussi à cause de la volatilité du choix qui intervient souvent à la veille, voir le jour même des élections.

Face à ces abstentionnistes, à ceux qui votent blanc ou nul, la question du vote obligatoire refait toujours surface. L’interrogation réelle se posant alors est celle de savoir si le vote doit être vu comme un droit ou un devoir, pouvons-nous ou devons-nous voter ? L’État a-t-il le droit de nous l’imposer ?

La question du vote obligatoire

  • Pour ses partisans, il revitaliserait la vie politique

Les partisans du vote obligatoire partent du constat que la démocratie en France se trouve être en crise puisque chaque nouvelle élection marque un nouveau record d’abstention. La question se pose de savoir dans quelle mesure les citoyens participent-ils à la gestion des affaires de la cité ? De plus, la sociologie du vote induit une nouvelle inégalité : ce sont les classes les plus favorisées économiquement et culturellement qui se déplacent pour voter, ainsi, on prend le risque d’avoir une représentation infidèle de la volonté générale ; les élus devenant les représentants de couches précises de la société,  à l’exclusion de certaines autres.

Le vote obligatoire apparaît être alors le meilleur moyen à disposition pouvant améliorer la légitimité démocratique de la représentation, qui serait plus fidèle et proche de la volonté générale. C’est la position et le thème que défend Laurent Fabius dans la proposition de loi visant à rendre obligatoire la participation au vote, enregistrée à la présidence de l’assemblée nationale le 16 janvier 2003. « Le vote constitue l’acte citoyen par excellence permettant à notre système de démocratie représentative d’exister. Sans cette participation au vote, pas de représentation, pas de mandat et pour finir pas de démocratie vivante. » Dans son article premier le vote deviendrait obligatoire, dans son article deux, toute personne qui n’y participerait pas et qui n’aurait pas de raison valable serait sanctionnée d’une amende, dans un troisième volet, qu’il serait mis à disposition des électeurs des bulletins blancs, que les bulletins blancs seront décomptés et séparés des bulletins nuls dans les résultats. Cette proposition faite par Laurent Fabius et présentée par de nombreuses personnalités du parti socialiste n’entend pas museler les abstentionnistes mais au contraire les pousser à s’exprimer à travers le vote.

  • Le constat efficace de son application dans les pays l’ayant rendu obligatoire

En effet il semblerait que le vote obligatoire ait atteint ses objectifs, en Belgique les taux de participation ont atteint 90%, il y aurait également selon les statistiques six fois moins d’abstention en Australie qu’en France. Ce système se trouve être influent, car les sanctions mises en place s’appliquent peu et ont permis d’augmenter la participation aux élections ; sanctions efficaces car modérées. Dans tous les pays où elles s’appliquent il y a des motifs d’abstention reconnus, plus ou moins contraignants. Prenant l’exemple de l’Australie, le simple fait d’être en déplacement professionnel peut servir de motif valable à une abstention ; autre exemple, le cas de ceux qui ne pourraient se déplacer pour des raisons physiques. Pour ces dernières, le gouvernement australien a mis en place un système ultra développé de vote par procuration ou par correspondance.

Les sanctions varient selon le pays, en Belgique les personnes ne s’étant pas présentées pour voter le jour des élections encourent des sanctions administratives, comme l’impossibilité d’être décorée ou promue par l’État et dans tous les pays une amende est également en vigueur dont le montant est variable et augmente en cas de récidive. Au début de notre étude nous vous parlions de l’application de ce système, en partie, en France. En effet pour les élections sénatoriales les grands électeurs qui s’abstiennent de voter sans motif valable se voient infliger une amende symbolique de 4,57 euros, ce qui important à souligner ici c’est la nature de l’application qui revendique que les grands électeurs sont mandatés par la nation pour voter, que leur vote est donc à la fois un droit mais un également un devoir en d’autres termes, une fonction.

  • Le risque : le vote obligatoire favoriserait les protestataires et nul ne peut être forcé de participer à la gestion de la cité, un droit et non un devoir

Cette thèse défend l’idée que les gens qui ne votaient pas jusque là et qui manifestaient jusqu’à présent leur désintérêt à travers l’abstention se sentiraient violentés par une société qui leur impose le vote et en réaction pour la sanctionner voteraient pour des partis radicaux ou extrémistes. Cette thèse peine toutefois à  convaincre, jugée trop douteuse, rappelant un débat à l’époque de l’extension du suffrage universel aux femmes. Durant ce débat les partis de gauche s’opposèrent à cette extension du vote pour la raison que selon eux les femmes étaient trop souvent sous l’influence du curé et risquaient de voter plus à droite que leurs maris. Valeur jugée trop approximative, les opposants au vote obligatoire saisissent alors un autre argument, celui de la démagogie. Si le vote était rendu obligatoire il encouragerait selon eux les politiques à appauvrir le débat et à développer la démagogie pour encourager les gens à voter. Dans ce cas on privilégierait la quantité à la qualité ce qui ne peut être que mauvais pour la bonne santé démocratique, au lieu de privilégier une éducation sur les enjeux réels du vote ou encore une discussion autour des différences de points de vues des différents partis politiques.

Dans tous les cas l’objet de mon étude s’arrête ici,

À vous de voter.

Elie Khoury

La Gerap

L’expression a une valeur supérieure lorsqu’elle vise à mettre à disposition d’une personne, tout autant, que du plus grand nombre, une information de nature « stratégique », c’est à dire fondamentale par la qualité de l’appui qu’elle apporte à la construction de la pensée de celui qui l’observe.

Elie Khoury  

Montage, Elie Khoury, La Gerap

Du Conflit à L’Amour

De L’Individu à La Famille

Lorsque nous nous intéressons à la violence, que nous étudions la guerre, où lorsque nous nous sentons attirés par les rivalités et les oppositions nous prenons part et nous nous rangeons d’une manière ouverte ou détournée, soit, du côté du prédateur, soit, du côté libérateur de celui qui se tient devant l’agressé. Quand ce ne sont pas nos volontés individuelles, c’est tôt ou tard la vie, qui nous oblige inévitablement, à choisir notre camp. Étudier le conflit est nécessaire, ne serait-ce que pour comprendre ce qui anime l’être humain dans l’acte d’agression ; mais pas seulement, car le conflit a également un aspect constructif, dans le sens où il peut également nous permettre de nous protéger en éloignant de nous, ceux que nous identifions comme dangereux.

Cet aspect positif et méconnu du conflit n’a jamais été aussi bien théorisé que par le sociologue et philosophe allemand de la fin du 19e siècle, Georg Simmel.

Du Conflit à l’Amour, de L’Individu à La Famille

Cette progression que nous identifions prend racine dans une théorisation positive et sociale du conflit, offrant des clés de compréhension aux problèmes engendrés par les relations destructrices, tout en proposant à la réflexion un schéma constructif, appelatif de relations véritables.

Regardons dès lors le cheminement d’une rencontre classique qui aboutit à un projet de vie entre deux personnes :

– Ils se rencontrent

Le temps passe

– Ils se plaisent mutuellement

– Définissent le cadre de leur relation et prennent des habitudes en créant des interdépendances intellectuelles, physiques et s’insèrent dans un cercle d’amis et/ou d’une famille en fondant à plusieurs degrés de manière plus ou moins large un corps social.

Les couples qui se sont construits sur des bases véritables et saines, à quelques exceptions, vivent heureux, tandis qu’une autre partie, toute aussi nombreuse selon les époques, connaît des situations problématiques et graduellement catastrophiques.

Voyons là également le cheminement d’une rencontre classique, mais conduisant cette fois à une situation éprouvante, voire dangereuse :

– Ils se rencontrent

Le temps passe

– Ils se plaisent mutuellement

– Définissent le cadre de leur relation et prennent des habitudes en créant des interdépendances intellectuelles, physiques et s’insèrent dans un cercle d’amis et/ou d’une famille en fondant à plusieurs degrés de manière plus ou moins large un corps social.

– Problème n°1

L’un d’eux, la femme ou l’homme voire les deux se rendent compte, après une période d’effervescence qu’au final les choses entre eux ne peuvent aller plus loin.

=

À ce moment là, certains prennent la décision d’en parler mais aussi d’agir et leur vie respective  prend un autre tournant.

– Mais d’autres, plus vulnérables (eux se présentent optimistes) vont ignorer ces réalités. Devenus un au travers du couple, ils vont rejeter intérieurement le conflit et le possible mécanisme de rupture ; Car bien qu’en réalité, ils rejettent l’autre en tant que personne, ils ne veulent pas abandonner le corps social qu’ils représentent. Du corps social ils ne veulent pas être exclus, ils ne veulent pas être séparés, car ils ne veulent pas sacrifier les bienfaits découlant de la vie en société sous le couvert du ménage à deux. D’autres déficiences touchent également ces personnes : la dépendance affective ou sexuelle, mais aussi dans la plupart des cas, la crainte de se retrouver seul(e) avec pour angoisse narcissique, celle de voir l’autre s’établir en dehors de soi.

Dans cette situation précise, le conflit doit intervenir (mais attention, le conflit ne vise pas la destruction de l’autre, mais uniquement le socle de la relation) par la reconnaissance honnête de s’être trompé sur la profondeur de celle-ci et de sa capacité et qualité de subsistance dans l’avenir.

– Problème n°2

Mais là encore, là où certains acceptent cette réalité et mettent fin à la relation par la reconnaissance d’un mauvais choix effectué, d’une mauvaise interprétation ou d’un manque d’instinct, d’autres persistent.

Il apparaît ainsi qu’en évitant le conflit et par la même, la rupture, à une étape où la relation est vouée à l’échec que la rupture qui devait se faire, en ne se faisant pas entre les deux personnes, se fait bien quelque part, sans soupçon et d’une manière invisible mais plus destructrice… à l’intérieur de la personne.

L’esprit rentre alors en contradiction avec lui-même, où réalités et aspirations s’opposent. Par ailleurs et parallèlement à cette écorchure allant en s’aggravant dans l’être déchiré, le temps fait son œuvre en amplifiant les interdépendances qui, se durcissent et, se radicalisent.

– Problème n°3

Pis encore, dans la continuité de cet effondrement, alors que tous les voyants sont au rouge, des projets capitaux sont parallèlement initiés, comme le souhait d’avoir des enfants.

Alors qu’en apparence le couple paraît inébranlable, derrière le rideau, un effritement de l’âme survient, où le conflit évité va se multiplier et se diffuser désormais à toutes les échelles de la relation ; germes d’une radicalité à venir.

À l’instant où le conflit finit par jaillir, on observe des violences d’une rare intensité où les personnes en arrivent par exemple dans un divorce à se disputer le partage du plus insignifiant objet de la maison. Le mal se répand et tous les théâtres deviennent des scènes de discorde où l’on n’hésite plus à s’infliger les épreuves les plus terribles.

Se substitue à la responsabilisation chimérique précédente une prise de considération à sens unique et à retardement schizophrène, comptabilisant par le souvenir et à la volée tous les griefs subis pour un seul et unique but : la vengeance.

De cette façon, la construction/reconstruction ne peut se faire et les problèmes anciennement compartimentés à la relation, ne quittent pas la personne, bien au contraire, ils s’enracinent en elle.

Il ne faut pas tomber dans la mésinterprétation du conflit ni faire l’apologie de la discorde, c’est davantage un appel au discernement. Néanmoins le conflit paraît nécessaire et bénéfique lorsqu’il nous appelle à nous définir, avant tout par une lutte personnelle en interne contre nos mauvais penchants. Cela, bien avant de fonder une famille, incalculable responsabilité, au regard de l’impact sur plusieurs générations, d’un cadre de valeur érigé en système, amené à se reproduire. Goethe disait dans une célèbre maxime qu’on aurait des enfants tous élevés, si les parents étaient élevés eux-mêmes.

Preuve en est, dans les relations négatives, apparaît un manque de discernement frappant. Ainsi, c’est la radicalité de traitement qui est réservée aux questions de moindre importance et le contournement continuel, aux questions névralgiques. C’est ce même aveuglement qui conduit par la suite à une violence démesurée. Il faut ainsi attendre des personnes ne dissociant les questions essentielles de celles secondaires, aucune limite également dans la violence qu’elles peuvent infliger.

À cela une solution 

C’est l’évolution intellectuelle qui peut permettre à la fois d’aimer et de s’abandonner à l’autre tout en gardant une indépendance psychique, de sorte à pouvoir toujours distinguer et faire la part des choses entre ce qui est à discuter de ce qui est à préserver. L’intelligence seule, ne peut sauver, cette dernière doit absolument fonctionner de paire avec la volonté d’agir pour réussir un projet de vie de qualité. Et même, pour les situations les plus chaotiques, existe une résolution, Simmel voit une transcendance à travers une locution latine théâtrale, la « Deus ex machina » qui décrit un moment de grande inquiétude et de misère, un moment de malheur sans issue où dans l’enchantement d’un dénouement final, alors que tout paraissait perdu, Dieu apparaît aux côtés de celui qui l’appelle et lui vient en aide en

renversant celui qui ne pouvait être renversé, en sauvant celui qui ne pouvait être sauvé.

Avant de terminer et vous rendre la parole, j’aimerai vous inviter à regarder le passage suivant

Et, au cas où vous ne l’auriez remarqué, voici un ralenti de l’attitude de la petite fille

1 Elle se jette pour retenir dans sa chute l’argentier, qui tombe sur son père

2 Elle n’hésite aucunement à s’interposer

3 Rivée sur son père, un tiroir heurte sa jambe gauche

4 Son attention et son expression restent focalisées sur son père

5 Ce n’est qu’une fois que la mère accourt, que le père répète ne pas avoir été blessé et uniquement lorsque la situation semble enfin contrôlée que la jeune fille exprime discrètement une douleur à la jambe gauche (photo n°3 – causée par le tiroir).

Un instant de vie, à la portée inestimable, puisqu’il expose un Amour précieux, fruit d’une unité familiale, construite sur des bases véritables. L’attitude du père, attentionné, de la fille, majestueuse dans son dévouement et de la mère accourant, bouleversée, sont les émanations d’un bonheur authentique, d’une expression protectrice mutuelle.

Le véritable Amour est en fin de compte, à la portée de tous, mais avec pour seule exigence pour celle ou celui qui le recherche,

de lui créer les conditions afin qu’il vous trouve.

Elie Khoury

La Gerap

World in conversation

Le raisonnement binaire dont fait l’objet le dossier nucléaire iranien écarte presque toujours une donnée d’importance, moins connue et relevant du leadership.

L’accès à la puissance nucléaire, tant civile que militaire, vulgarisé par une opposition entre Iran et Occident alimentant la théorie du « choc des civilisations » est abrégé autour d’un affrontement entre Téhéran et Washington, au point de faire oublier, que les pressions les plus virulentes et les obstructions les plus fortes sont à mettre au compte des États arabes les premiers.

Au Moyen-Orient, tous les chemins mènent à la Palestine et les Iraniens ne s’y trompent pas.

Du très préoccupant conflit israélo-palestinien a surgit voir resurgit des oppositions entre États musulmans, dont on observe parfois, réalité moins connue, une désolidarisation avec le peuple arabe de Palestine. À juste raison, le statut de « réfugié palestinien » n’est guère enviable en Égypte, Nation pourtant très impliquée dans la résolution du conflit et dont elle s’est targuée à de nombreuses reprises être la chef de file. Selon Sophie Pommier, c’est en « argumentant ne pas vouloir hypothéquer leur droit au retour (en Palestine) que la nationalité égyptienne est refusée aux personnes d’origine palestinienne, bien que la plupart soient des « réfugiées de 48 » (c’est-à-dire celles qui ont quitté la Palestine lors du premier conflit israélo-arabe et leurs descendants), installées de longue date, voire nées, en Égypte. Ces dizaines de milliers de personnes se voient traitées comme des étrangers et ne peuvent bénéficier de l’accès aux soins et à l’éducation gratuite. »

Les données diplomatiques ne manquent pas et ne trompent pas : à plusieurs reprises des États arabes et non arabes ont été au cœur de la résolution de ce conflit et à plusieurs reprises des États arabes et non arabes ont fait avorter une résolution possible. Yasser Arafat en personne, de son vivant, a pu exprimer des postures contraires lorsque un projet de résolution était emmené par un État musulman tirant un peu trop la couverture diplomatique à son avantage au détriment de l’OLP.

C’est grâce à ces inconstantes et surprenantes postures choquant musulmans du monde entier, mais pas seulement, que l’Iran s’est trouvé des interstices dans lesquels s’engouffrer pour apparaître aux yeux de certains comme le seul acteur islamique crédible, intransigeant et fidèle à la cause palestinienne.

Les mêmes vecteurs ont justifié par ailleurs la naissance du Hezbollah, au Liban, en 1982, d’une rupture avec Amal, urgeant la nécessité d’une lutte plus engagée et fraternelle aux côtés des Palestiniens, quand bien même elle devrait faire l’usage d’actions radicales, perçues comme juste retour. Des années plus tard, le discours du Hezbollah sur le sort des Palestiniens a changé et n’occupe plus la même importance. Aujourd’hui, ce dernier s’est mué en une organisation à plusieurs corps et ambitionne d’autres cieux vers lesquels désormais, les premiers lui servent tantôt de marchepied, tantôt d’étendard.

Le monde entier s’accorde pourtant pour juger extrêmement préoccupante la situation palestinienne nouée autour du conflit israélo-arabe, en témoigne les positions prises, déclarées, rappelées, votées et ratifiées par l’Organisation des Nations Unies depuis 1947. Reste que l’Organisation des Nations Unies est l’émanation de la volonté de ses États membres. Dans la résolution de ce conflit, on n’arrêtera jamais de rappeler le sort des populations et le rôle premier qu’Israël et les États musulmans de la région ont à incarner au risque de continuer à alimenter de nombreux extrémismes et de nombreuses manipulations des consciences et des cœurs.

Dans ce cafouillage des volontés, l’Iran par l’accès à la puissance nucléaire peut sceller autour de sa République islamique un leadership fort et très convoité au sein du monde musulman, portant un coup profond aux consciences et renvoyant les États sunnites à leurs démons.

Empêcher l’Iran d’accéder à l’énergie nucléaire pour des raisons liées au leadership est tout aussi pervers que d’évoluer aux côtés des Palestiniens pour ces mêmes raisons et détourne de l’urgence unique : le sort des populations.

Mettre en perspective les retombées froides d’un calcul politique manipulant la cause palestinienne a deux vocations : rappeler que la seule véritable lutte, doit être une lutte pacifique, qui ne doit jamais justifier la défense d’une communauté par l’attaque d’une autre ; mais aussi que les ennemis de la cause palestinienne et de la paix sont parfois dans le camp palestinien lui-même et musulman le premier. La paix n’est pas l’affaire d’une communauté, mais d’une volonté commune.

Elie Khoury

La Gerap+

Roger Ballen / Ratman

L’homme se passionne et se mesure à l’aune de l’intelligence développée allant des premiers affrontements à ceux plus actuels sur ce qui fait la domination et ses mécanismes ; l’agressivité pulsionnelle ou préméditée étant le pivot de l’action qui annonce et exécute « le faire mourir ».  Néanmoins là où les hommes peuvent briller par leurs achèvements sur le champ des affrontements, une autre sphère d’accomplissements, plus discrète, celle du milieu animal nous livre des comportements tout autant construits, tout autant dévastateurs.

Les vertus sociales de certains insectes (la fourmi, l’abeille ou la termite sur lesquels nous reviendrons lors de nos prochaines observations) et leur apparente truculence ne doivent flouer sur l’existence d’une sauvagerie du comportement de ceux-ci envers leurs semblables ; faisant de la cruauté opérante à nos pieds, une cruauté n’ayant rien à envier à celle agissante à notre hauteur.

Aux fins d’avoir une vision plus développée de cet univers au pire invisible, au mieux méconnu, une expérience exaltante serait de transposer notre mappemonde des conflits passés, actuels et parfois annoncés à ceux des territoires animaliers, laissant apparaître des radicalités plus nombreuses, complexes et violentes. Nous serions ainsi enfin fidèles à une réalité qui jusqu’à présent échappait à bon nombre d’entre nous, et sur laquelle le regard porté oscillait avec excès entre le chihuahua bonbon rose à celui fantasmé du piranha avide de sang. Reste que dans un cas, comme dans l’autre, nous n’appréhendons que très rarement la mesure animale des frictions existantes mais surtout le degré d’intelligence mis au service de l’agression.

Expérience première, l’observation du mécanisme d’agression chez le rat.  

Dans une colonie de rats, la position de leader se trouve généralement être occupée par un couple, dont la rate (femelle) est l’innarêtable mécanique. Lorsque les proies sont réparties et que le couple se met en chasse, au mâle est laissé le massacre de ses semblables et à la femelle les siens, avec une différence toutefois notable dans le modus operandi. Alors que le mâle n’attaque habituellement selon K. Lorenz qu’à « la queue » et au « bas du dos » dans des combats où la mise à mort subite est chose rare ; l’attaqué succombant généralement à un épuisement lent et diffus ainsi qu’à une « surexcitation nerveuse ». La rate elle, selon le professeur S. Steiniger fait usage d’une méthode plus « perfide et efficace » faisant d’elle une « véritable spécialiste du meurtre ». Steiniger décrit une action plus insidieuse dans laquelle la femelle s’approche furtivement à un moment où elle ne peut être soupçonnée pour mordre au cou sa victime « touchant très souvent la carotide ». Dans ce dernier cas, l’animal est laissé après quelques instants pour mort des suites d’une hémorragie interne.

Chez les rats est à considérer également avec une attention particulière, la place accordée à la communication et à la transmission qui apparaissent être au cœur d’un système vital et redoutable de préservation de l’espèce. Ainsi d’un rat à un autre sont transmis des états affectifs, davantage encore, selon Steiniger il existe « une transmission par voie de tradition, des expériences nouvellement acquises ». En conséquence lorsqu’un rat découvre une nourriture nouvelle, jusqu’alors inconnue « c’est le premier animal qui décide si la famille doit oui ou non en manger et dès que plusieurs membres de la bande ont examiné un appât sans l’accepter, aucun des autres ne s’en approche plus ». Un phénomène conduisant à un autre : la connaissance du danger représenté par un appât « est transmise d’une génération à l’autre et survit aux individus qui ont fait cette expérience »rendant par exemple caduque l’usage du poison dans les tentatives d’éradication du rat par l’homme.

Évoquer le rat, se fait communément à contrecœur, surtout lorsqu’en émerge des similitudes de comportement dans l’agression entre ce dernier et notre espèce humaine ; pourtant le prix Nobel Konrad Lorenz va aller encore plus loin en reprenant un passage de l’oeuvre de Goethe, Faust, dans lequel Altmeyer dit à Siebel qu’au final dans ce rat qui crève, c’est l’homme qui voit son portrait craché.

Elie Khoury

La Gerap+

Alors que la dégénérescence se fait de plus en plus vertigineuse au rythme de mises à mort n’épargnant l’innocent de l’engagé, le président Bashar El Assad ne ménage plus et rivalise au sein d’un espace devenu appellatif, excitant les forces radicales à se confronter, sans commisération aucune.

Pendant que le peuple pleure ses disparus et tandis que la communauté internationale qui réclame paralysie du déferlement de violence, se retrouve elle-même être paralysée par le véto ; à Damas, la haute autorité du président Bashar El Assad est face à l’équation du Lion :

Les gouvernements arabes tombés en Tunisie de l’ex-président Zine el-Abidine Ben Ali et en Égypte de l’ex-président Hosni Moubarak en prenant des mesures tous azimuts en faveur des révoltés au lendemain des soulèvements, ont commis une erreur impardonnable – la première étant de les avoir commises – dans l’exercice du pouvoir, précipitant irréversiblement leur chute : l’aveu de faiblesse.

Les raïs en reconnaissant à demi-mots leur culpabilité de gouvernement corrompu, népotique, confisquant le pouvoir, limitant les libertés individuelles, se désintéressant des problématiques sociales, insensible à l’aide et à la protection des minorités, en partie assujetti aux forces étrangères, impliqué partiellement en faveur/et usant à leur gré de la cause palestinienne, établissant relations avec les instances politiques israéliennes, truquant les élections, usant sans contrôle de la force, intoxicant les organes juridiques ; ont confessé une attitude contraire aux vertus nécessaires dans l’usage d’un pouvoir nécessairement fort, et plus nécessairement encore, juste.

Décrite dès le XIVe siècle par le penseur arabe Ibn Khaldoum comme étant la ligne rouge pour un gouvernant à ne jamais franchir et dont les vertus doivent prendre l’ascendant sur les tentations ; sans cela, l’anéantissement est annoncé.

Bozarslan Hamit dira encore de Ben Ali et de Moubarak « qu’en un certain sens ce fut la reconnaissance par les princes de leur propre illégitimité qui transforma « leurs règnes » en anciens régimes » » ; Dernière mésinterprétation dans laquelle, le président Syrien ne souhaite se voir enfermer.

Pour un Lion, opérer une retraite sans avoir versé le sang, ne peut se faire et l’histoire du monde arabe révéla combien ces pères ont la capacité à enfanter un homme fort, mais tout autant combien ceux-là mêmes ne savent appréhender les transmissions de pouvoir.

Elie Khoury, La Gerap+

Photographe : Steve Caplin / The Guardian

La nature humaine a toujours voulu investir et domestiquer de nouveaux espaces afin de se présenter en maître de son environnement. L’homme commença par appréhender la terre, son premier univers, avant de conquérir la mer, de s’élancer dans les airs, et depuis peu dans l’espace extra-atmosphérique. Chacun de ses environnements présentent intrinsèquement la saveur d’une certaine liberté tant recherchée par l’homme. Chaque espace étant astreint à des règles qui cimentent et garantissent l’ordre public. Cependant, depuis peu, un nouvel espace vient se greffer à cette longue liste ; une nouvelle terra incognita, le cyberespace.

Il s’agit d’un espace virtuel, d’expression, d’information, en interaction direct avec le monde réel, régissant aussi bien les systèmes d’armements, que de régulation des transports, de l’énergie, des transactions financières  lesquels sont tous dépendants du réseau informatique, système vital, qui est en réalité devenu le nouveau système nerveux de notre modèle de société.

En effet, la prolifération des technologies de l’information et de communication n’a pas été sans conséquences sur les différents modèles économiques, sociaux et culturels à travers le monde. Si bien qu’aujourd’hui ce nouveau concept est inhérent à nos sociétés.  Le cyberespace a pour principale émanation Internet, espace intangible et immatériel certes, mais qui porte en germe de véritables conséquences matérielles et humaines de par son exploitation. Il peut être synonyme de croissance ou encore de progrès, si il est maîtrisé, mais il peut aussi présenter des effets pervers tout aussi redoutables, où  les moyens de transmissions se transforment en moyens de destructions et de perturbations (exemple de l’Estonie en 2007 avec le déni de service). Ainsi se dessine peu à peu la nécessité d’une régulation et d’une intervention des acteurs publics et privés à travers le déploiement d’un « arsenal juridique » qui viendrait panser les nombreuses failles et ainsi limiter cette liberté absolue initialement prévue sur internet ; mais aussi perméabiliser et fiabiliser le réseau internet afin qu’il ne devienne pas un nouvel eldorado propice à la cybercriminalité, aux attaques informatiques et par voie de fait concilier la prospérité avec la sécurité des états.

L’avènement et l’accentuation de cette nouvelle aire numérique heurtent considérablement la rectitude de la pensée stratégique notamment sur le versant politico-militaro-économique. Nos sociétés sont de plus en plus dépendantes des réseaux informatiques. L’accès à l’information, l’exploitation des données par l’étranger, la segmentation offensive,  l’espionnage et la géolocalisation sont autant de faisceaux qui témoignent de la vulnérabilité reluisante de l’échafaudage technologique des États.  Cette prise de conscience des différentes puissances mondiales opère une nouvelle course, s’articulant autour de deux versants, la cyber défense et la capacité de riposte. C’est précisément la substance du « Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale » du 17 juin 2008 dans lequel le Président Français Nicolas Sarkozy, chef des Armées, esquisse les traits et contours de ce que seront les enjeux de demain et la consistance de la politique de défense de la France jusqu’en 2020. Cette dernière est animée par la défense cybernétique, la guerre de l’information, les nouveaux systèmes de renseignements, satellitaires, visuels ou encore auditifs, autant d’orientations que l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) entend diligenter au mieux. Aujourd’hui, toutes les grandes puissances ont vocation à prendre part à ce concert des nations et à s’acclimater aux possibilités d’évolution du cyberespace, nouveau cadre d’affrontement et d’expression de leur puissance.

Conséquemment le développement du numérique a véritablement dénaturé la logique des conflits armés contemporains ; le cyberespace est devenu un lieu d’affrontement géopolitique où l’on assiste à une sorte de décentralisation du conflit, qui ne se manifeste non plus seulement par la force armée, mais par une nouvelle doctrine de défense nationale, la cyber dissuasion. Celle-ci est caractérisée par des attaques informatiques pouvant aller de la simple saturation d’un réseau, à la paralysie totale, voir à la prise de contrôle des infrastructures d’un état, déclenchant paniques sociales, troubles civils et crises gouvernementales. À l’heure actuelle, s’opère donc une redéfinition des rapports de force sur l’échiquier mondial post-guerre froide, de nouvelles techniques de combat émergent. La maitrise, le contrôle, la protection et la diffusion de la connaissance et de l’information ne sont plus seulement des vecteurs de connaissance et d’information, mais bien de redoutables armes offensives. Le patrimoine informationnel se présente comme l’enjeu politico-militaro-économique majeur du XXIe siècle, c’est l’info-dominance ou la guerre de l’information. Cette dernière est définie par François Bernard Huyghe dans son livre « Écran / Ennemi » comme «  toute activité destinée à acquérir données et connaissances (et à en priver l’adversaire) dans une finalité stratégique, soit par des systèmes (vecteurs et moyens de traitement de l’information), soit par le contenu, en assurant une domination informationnelle. Sous son aspect offensif comme « toute opération recourant à la rumeur, à la propagande, à un virus informatique qui corrompt ou détourne le flux des informations ou données d’un adversaire qu’il soit un État, une armée, une entité politique ou économique ». Il s’agit de « l’utilisation agressive / défensive des composantes de l’espace informationnel (que sont l’information et les systèmes d’information) pour atteindre / protéger la souveraineté d’un État, par des actions menées en temps de paix, de crise ou de conflit ».

Concomitamment une nouvelle conception de la guerre est en train d’éclore, dans la droite pensée de Sun Tzu qui écrivait dans son livre « L’art de la guerre, est de soumettre l’ennemi sans combat ». « Soumettre l’ennemi sans croiser le fer voilà le fin du fin ». La cyberguerre est une guerre inaudible, invisible, mais bien réelle, avec des conséquences certaines comme l’a démontré le virus Stuxnet qui a permis à lui seul, sans aucune coercition de ralentir le programme nucléaire Iranien. Auparavant aucune attaque informatique n’avait réussi à infiltrer les systèmes SCADA (Supervisory Control and Data Acquisition) régissant l’ensemble des processus industriels, tels que ceux des centrales nucléaires, électriques, des systèmes de distribution de l’eau ou encore financiers. Daniel Ventre définit la cyberguerre comme « le recours aux capacités cybernétiques pour mener des opérations agressives dans le cyberespace, contre des cibles militaires, contre un État ou sa société ; une guerre classique dont au moins une des composantes, dans la réalisation et ses outils (arme au sens large du terme) s’appuie sur le champ informatique ou numérique ».

Qiao Liang et  Wang Wiang, deux colonels de l’armée de l’air chinoise ont mis en exergue dans « la guerre hors limites » que les différentes formes de conflits tendent à s’émanciper de l’aspect militaire, en raison des contraintes économiques, des intérêts mercantiles, mais aussi en raison des pertes humaines subséquentes.  La guerre tend à investir de nouveaux espaces, elle n’est plus forcément matérielle, elle peut être psychologique, voir culturelle, la guerre n’a plus forcément un cadre traditionnel et vient pervertir tous les pans de la société. La guerre n’est plus « l’usage de la force armée pour obliger un ennemi à se plier à sa propre volonté » mais l’utilisation de « tous les moyens, dont la force armée ou non armée, militaire ou non militaire et des moyens létaux ou non létaux pour obliger l’ennemi à se soumettre à ses propres intérêts ». Cette approche visionnaire, tend à dénaturer la logique étatique même du conflit, en effet les spéculateurs financiers à l’instar de George Soros, ou les pirates informatiques sont des entités civiles qui tendent à devenir les nouveaux prédateurs des guerres à venir, si bien que les forces militaires classiques ont perdu leur monopole de sécurité nationale.

Au-delà de cette effervescence structurelle, le cyberespace est désormais un nouvel enjeu de puissance. À l’aune de l’internet homogène et universel, vient se substituer un internet fragmenté, articulé autour de blocs, de zones d’influences, chacun prêchant une idéologie, un paradigme. La politique a véritablement habillé ce nouvel espace. Cette compétition stratégique des temps nouveaux laisse présager comme un parfum de guerre froide entre les puissances de ce monde. Ainsi le parc militaire, les innovations technologiques ou encore la course à l’armement ne sont plus d’actualité. In fine, « Par sa prééminence, l’esprit est censé pouvoir compenser l’adversité, ou la faiblesse physique, par la ruse, la duperie, les stratagèmes, le rayonnement intellectuel, au point de mépriser la force » Michel Jan.

Elie Awad

La Gerap+

Il en va parfois de la politique comme d’une partie de poker, il faut savoir passer son tour pour pouvoir garder la main. Ce n’est pas à Vladimir Poutine que l’on apprendra cette vieille méthode, lui qui a si bien su s’effacer devant son partenaire de toujours, Dmitri Medvedev, pour lui laisser l’exercice du pouvoir pendant tout un mandat présidentiel. Malgré ce qui lui en coûta d’abandonner une fonction dont il a très bien su prendre la mesure durant plus de huit ans, Poutine ne voulut point égratigner la Constitution de la toute jeune Fédération de Russie aux yeux du monde. Et grand bien lui en prit puisque cela donna le change aux droits-de-l’hommistes internationaux sans pour autant faire sortir la charge suprême de son orbite.

   Le virage libéralisant qu’a négocié Medvedev depuis le début de son investiture fut toléré sans enthousiasme par le puissant clan des hommes issus du KGB ou d’autres ministères de force, dont Poutine demeure la figure de proue, tant qu’il ne touchait pas à leurs intérêts majeurs. On comprend dès lors aisément que Medvedev put sans effort assouplir le contrôle vertical de l’Etat sur toutes les institutions de la société civile, mais qu’il se heurta à des obstacles autrement plus sérieux quand il voulut redonner aux grandes compagnies russes une marge de manœuvre plus importante, entraînant par là une réaction solidaire et hostile des Siloviks [1] à qui la mainmise sur ces grands conglomérats stratégiques de type Gazprom procure une manne financière quasi-inépuisable, et partant, toute leur force politique.

   Néanmoins l’alerte rouge intervient par ce qui fut interprété comme un positionnement pro-occidental du président Medvedev lors des récents bombardements de l’OTAN sur la Libye de Kadhafi. Partisan pendant ses deux mandats présidentiels d’une Russie nouvelle et forte, en mesure de faire entendre et surtout prévaloir sa voix dans les relations internationales, Poutine n’aurait pu se résoudre à voir son activisme politique réduit à néant par son successeur et assister passif à l’alignement de son pays sur les positions otaniennes. Aussi entreprit-il de reprendre les rênes de la nation, et c’est à l’occasion du grand Congrès de « Russie unie », le parti-machine pro-Kremlin, qu’il déclara se présenter lors des prochaines élections présidentielles du quatre mars 2012. Force est de constater que les sondages effectués l’intronisent déjà. Le peuple russe ne l’a donc pas oublié. La petite brise démocratique qui lui caresse le visage depuis trois ans ne suffit pas pour obtenir ces suffrages et pour ancrer dans son esprit les valeurs si chères à l’Occident, mais si étrangères à l’âme russe post-soviétique. Quoi qu’on en pense, le peuple russe reste attaché à des idées aussi abstraites que la grandeur ou l’influence de sa nation, et l’homme qui incarne le mieux ces idées pour y avoir le plus œuvré est Poutine.

   Aussi devons-nous prévoir un changement brusque de cap dans la politique libérale pro-occidentale et plus particulièrement pro-européenne que menait Medvedev, pour frayer avec un autoritarisme plus volontaire, dans le sillon d’une ligne pro-asiatique, auquel reviendra Poutine. Medvedev a assurément fait preuve d’une réelle volonté réformatrice en octroyant plus de libertés individuelles aux citoyens et plus de champ aux médias. Libéral de cœur, il œuvra résolument dans le sens d’une plus grande ouverture économique, afin de permettre au secteur privé auquel il accorde un laissez-faire peu conventionnel en Russie, de pénétrer les marchés mondiaux et de capter en retour un maximum d’investissements étrangers dans son pays. Medvedev parle le même langage que les Européens, toute démonstration de force exacerbée lui pèse, et il mesure le prestige de son pays avant tout en terme de PIB. Son abstention lors du vote de l’ONU sur l’intervention militaire en Libye démontre bien qu’il ne veut plus endosser cette posture de contrevenant historique aux décisions de l’Occident. Cette abstention n’est ni plus ni moins un demi-consentement qui signifiait le refus d’engager la Russie dans ce qui n’est pas perçu comme ses intérêts vitaux. Les Européens, Français en tête, ont bien reçu le message, et savent l’apprécier.

   Or Poutine ne l’entend pas de cette oreille. Un de ses objectifs majeurs quand il était au pouvoir entre 2000 et 2008 était d’inféoder les intérêts privés comme Gazprom au service de l’Etat, afin de créer une formidable rente énergétique dont ce dernier pourrait se servir pour regagner une place plus marquée au sein de la communauté internationale et se poser ainsi en interlocuteur incontournable de l’Occident, de par la taille géographique et le poids économique qu’il aura acquis. Si Poutine n’aime pas particulièrement le rapport de force, en fin limier qu’il est, tout en lui, son ancrage historique, sa formation et son expérience nous laissent croire qu’il ne le craint pas. Les Européens l’ont bien vu lorsqu’après l’abstention sur la Libye il déclara publiquement que la Russie s’opposerait fermement à toute intervention de même nature en Syrie. Pour lui, il est hors de question de perdre un iota d’influence de plus dans ce qu’il estime être la chasse gardée de son pays. Puis Poutine ne veut pas s’en arrêter là. Ces quatre années qu’il aura passé sans exercer le pouvoir lui ont donné le recul nécessaire pour envisager un vrai projet géopolitique qu’il pourrait mettre en œuvre dès son retour aux affaires. Son souhait serait ainsi de mettre sur pied un nouveau pôle géostratégique qui engloberait peu ou prou les mêmes entités étatiques de la défunte URSS en Asie centrale. Une nouvelle « union eurasienne », selon ses termes, qui serait le point de départ d’une intégration politico-économique plus poussée entre les anciennes républiques socialistes, et qui concernerait en premier lieu le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan. On devine aisément quel est l’Etat qui dominerait naturellement, de par sa force politique et militaire, au sein de cette association d’Etats. Les arrière-pensées de Poutine ne sont qu’évidentes : Poutine veut faire revivre l’âme de l’URSS, une période de l’histoire dont il n’a jamais fait le deuil, et recouvrer la gloire qui lui était attachée, en se posant de nouveau comme une alternative salvatrice face au modèle néo-libéral anglo-saxon.

   L’histoire a certes évolué depuis la chute de l’URSS et Poutine ne pourra pas revendiquer être à la tête d’un pays socialiste. Cependant son opposition à un système ultra-consumériste, subissant les intempéries du marché et amorçant lui-même une période de crise et de mécontentement généralisé, par l’alternative d’une reprise en main dirigiste de l’économie nationale lui garantissant une stabilité budgétaire rare, mérite d’être prise au sérieux par les Européens. Ceux-ci, le couple franco-allemand en tête, devront apprendre à (re)composer avec l’ancien et le futur hôte du Kremlin et savoir accompagner ses rêves de grandeur pour les réduire à leur portion congrue, afin de ne pas remettre en cause cette coopération russo-européenne que l’histoire, malgré ses vicissitudes, ne dément pas.

   En Russie, le souverain d’aujourd’hui n’est pas le souverain de demain, et si Medvedev aura été plus conciliant que Poutine, car en vérité plus européaniste, il faudra savoir adopter demain le ton juste avec celui dont les regards se sont toujours plus tournés à l’est. Voilà un étrange numéro d’équilibriste auquel se livrent depuis longtemps les dirigeants européens, et auquel l’histoire les appelle à se livrer encore longtemps. Entre Pierre le Grand et Ivan le Terrible, l’âme russe n’a pas fini de balancer.

                 Franck Beqiraj

La Gerap


[1] Terme soviétique désignant un homme des ministères de force.

©Franco PAGETTI – Armored Wreck – Bagdad – 6 avril 2003

Bientôt 10 ans que les Etats-Unis ont envahi l’Irak. Alors que l’armée américaine se replie progressivement du théâtre irakien, la situation sécuritaire ne cesse de s’aggraver. Mois après mois, les violences s’exacerbent. A Bagdad, Mossoul, où Kirkuk, les attentats sont quotidiens. L’année 2011 n’est pas encore achevée qu’elle est déjà l’une des plus sanglantes que le pays ait connu depuis le renversement de Saddam Hussein.

L’Irak, en état de belligérance continue depuis 30 ans, rendu exsangue par l’embargo de l’ONU, pulvérisé par les Etats-Unis en 2003 et meurtri par une guerre civile (2006-2008) à l’origine de clivages confessionnels profonds, risque à nouveau de basculer dans le chaos. Son unité territoriale est également menacée. Le Kurdistan irakien est de facto quasi indépendant, tandis que les aspirations autonomistes des provinces sunnites et chiites sont de plus en plus fortes. 

Pour les Etats-Unis, c’est moins l’occupation de l’Irak que le renversement du raïs qui importait. Sans projet pour l’après Saddam Hussein, ils enchaînèrent les erreurs tactiques (perte rapide du soutien de la population locale) et stratégiques (dissolution de l’armée, processus de « désunnification ») conduisant au désastre actuel. Ils n’ont pas assumé le rôle colossal qu’il leur incombait, celui d’ingénieur politique. Les fondations politiques (constitution de 2005) sur lesquelles ont été rebâties le pays sont, en soi, source de discorde. En effet, la minorité sunnite, au pouvoir depuis des siècles, fut humiliée et marginalisée lors du processus de reconstruction politique. Encourageant celle-ci, en réaction, à se rebeller.

Dépourvu de légitimé et extrêmement faible, l’Etat ne parvient pas à maîtriser la spirale de violence. Depuis quelques mois, de nombreux chefs tribaux et des centaines de membres des Conseils du réveil (Sahwa), alliés aux États-Unis, désertent leurs positions pour gagner les rangs des insurgés, aidés en sous-main par des milliers de membres du personnel gouvernemental. Le ralliement des insurgés sunnites à la nouvelle stratégie contre-insurrectionnelle américaine en 2007, avait été la raison principale de l’amélioration sécuritaire. Au prix toutefois d’une communautarisation de la société.

Ce revirement s’explique par les déceptions de la population sunnite à l’égard des promesses non tenues du gouvernement chiite. Maliki s’opposant à leur intégration politique, la réconciliation nationale, chère aux américains, est un vœu pieu. En juillet 2010, seul 9000 membres des Conseils du réveil avaient été incorporés au sein des forces de sécurité, et moins de 40 000 emplois, la plupart ingrats, avaient été offerts aux 90 000 combattants de la Sahwa.

Pour l’heure, les États-Unis sont la clef de voûte sécuritaire. En accord avec le Status of Forces Agreement  conclu en 2008 entre Washington et Bagdad, toutes les forces américaines devront se retirer avant le 31 décembre 2011. La guerre américaine d’Irak s’achèvera, mais la guerre en Irak va perdurer et s’aggraver. Le scrutin de 2010, devant marquer la transition entre le retrait des troupes étrangères et l’arrivée d’un nouveau gouvernement, met plutôt à jour les divisons sociales et politiques du pays. L’objectif proclamé de Barack Obama d’un Irak « souverain, stable et indépendant » est irréalisable. Sur le plan militaire et stratégique, le pays n’est pas autonome. L’armée, avant tout opérationnelle pour des opérations de contre-insurrection, aura encore besoin de l’appui des Etats-Unis pendant plusieurs années.

Sur le terrain, le personnel militaire américain se réduit. Ce retrait sera compensé par l’augmentation massive des forces de sécurités privées et le renforcement de la présence diplomatique américaine aux endroits clefs du pays. L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad est déjà la plus grande du monde. De la taille de la Cité du Vatican, son budget pour 2011 était de 6,5 milliards de dollars.

Toutefois, « au lieu d’un retrait total d’Irak, Washington fait tout pour y rester », estime Hosham Dawod, anthropologue spécialiste de l’Irak. Pivot géostratégique et centre de gravité sécuritaire du Moyen-Orient, la Mésopotamie est le théâtre d’un nouveau Grand jeu. Face à l’offensive économique et stratégique des puissances régionales (Iran, Turquie, Qatar, Arabie Saoudite) et la guerre en Syrie, les Etats-Unis veulent absolument maintenir leur influence sur ce pays. Leur présence en Irak va devoir se prolonger.

Julien Herten

La Gerap+

De nos jours, les partis politiques sont inhérents aux schémas démocratiques, lesquels impliquent la participation des citoyens aux affaires publiques, tout cela dans le cadre de ce que l’on appelle la démocratie représentative.  Cette expression a longtemps été paradoxale, si l’on considère  que la démocratie est «  le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple »  (Abraham Lincoln) à l’instar de la démocratie athénienne. En l’état de la chose, la démocratie directe est impraticable, de part l’envergure géographique et démographique, mais encore du  fait des hétérogénéités sociales et économiques des sociétés modernes.  De facto, le peuple passe du statut d’absent à celui de présent à travers le mécanisme de la représentation, d’où l’émergence d’une certaine dépossession.

Conséquemment, Rousseau considérait le régime démocratique anglais, représentatif par excellence, comme un régime de servitude ponctué par de brefs instants de liberté, le moment des élections. Eu égard à ce constat, il fallut concilier la démocratie avec le régime représentatif, cela se traduit à la fin du XIXe par l’apparition du suffrage universel, l’abaissement de l’âge permettant de voter et enfin le droit de vote des femmes, trois versants qui ont permis de donner au régime représentatif le caractère d’un régime démocratique. Toutefois, ce remodelage a entrainé l’accroissement du corps électoral qui a nécessité une certaine « domestication », rendue effective par l’apparition des partis politiques, indispensables à la démocratie libérale et pluraliste, ayant vocation  à informer, inciter, influencer et convaincre ce nouvel édifice électoral. Nous voilà donc sous l’égide des partis politiques, si bien qu’on ne conçoit plus dans un système démocratique, une compétition électorale quelconque, un  jeu politique, un débat public sans l’intervention des partis politiques qui sont en réalité devenus le moteur de  la nouvelle ossature politique moderne.

Mais une fracture est née dans le paysage politique français, voilà une des principales conséquences afférentes à ce phénomène d’accroissement du corps électoral. L’apparition « d’intermédiaires » entre les élus et le peuple a contribué en une certaine dissociation de la légitimité des élus et de la confiance du peuple, phénomène patent que Pierre Rosanvallon, historien et intellectuel français, n’a pas manqué de souligner dans son livre « La contre démocratie, la politique à l’âge de la défiance ». Le peuple va alors, peu à peu s’affranchir de la tutelle des partis politiques, un réel désengagement politique va alors émerger comme le démontre l’affaiblissement du nombre d’adhérents aux partis et le déclin de la participation électorale. Ainsi les partis politiques ont perdu  leur éclat de jadis, ils ne sont plus les propagateurs de conceptions et d’idéologies politiques qu’ils étaient antérieurement.

Face à ce divorce, il convient donc de se demander, quels sont les moyens à mettre en œuvre pour opérer un repositionnement du parti politique sur la scène politique ?

In fine, cette carence de légitimité n’empêche pas les partis politiques de rester des acteurs incontournables dans la vie politique, des acteurs en déclin, peut-être, mais qui doivent afficher de nouvelles ambitions et tenter de s’adapter tant bien que mal aux mutations socio-politiques. Ils doivent se repositionner auprès de leurs électeurs, prôner une certaine proximité longtemps oubliée en faveur de l’oligarchie, s’allier avec les associations, les ONG, les entreprises, développer un nouveau type de « clientélisme », participer à des débats politiques plus pragmatiques portant moins sur la politique générale, sortir de l’opacité  et donc être plus en harmonie avec les attentes des citoyens et des groupes sociaux  tout en n’omettant pas de miser sur les nouveaux outils de communication, tel internet ou encore les mass medias.

En d’autres termes, les partis politiques cherchent à communiquer autrement et à s’adapter à toutes ces mutations en vue de se repositionner sur la scène politique.  Pourrait-on alors parler de l’avènement du « Peoplelitique » ? Tendance nouvelle  affectant l’art de gouverner et qui consiste en la mutation de la personne publique en une nouvelle espèce médiatique.

Elie Awad

La Gerap+

À Norfolk, aux États-Unis d’Amérique existe une équipe de spécialistes liés au département de la défense américain, chargés de mettre en perspective les futures tendances, chocs, contextes et implications engageant armée américaine, leaders politiques et professionnels du domaine de la sécurité. Cette unité tente d’anticiper les événements à venir et prévoir les risques pouvant accabler la première puissance militaire mondiale avec un objectif précis : éviter à leur pays une nouvelle surprise stratégique ; le 9/11 en est une, tant les Américains croyaient leur territoire inattaquable, à ce degré et de cette manière. Savoir si la surprise venait de l’intérieur ou de l’extérieur, un autre débat.

Comprendre comment la force militaire américaine perçoit ses partenaires est un indicateur précieux sur les relations envisagées par cette même puissance qui veut dans tous ses mouvements « Inspirer et Intimider ».

Voici une transcription des débats du centre de commandement de l’armée américaine, avec pour premier volet, la Chine ; frénétique préoccupation américaine.

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À Norfolk, les spécialistes américains diffusent dans les armées une mise en garde claire à l’encontre de la Chine, l’évolution à leurs yeux que prendra celle-ci sera déterminante sur le caractère du 21e siècle : de la relation sino-américaine découlera soit une série de conflits d’une nouvelle intensité, soit un état de relative quiétude.

Intrinsèquement à cela, les Américains observent avec une nécessaire objectivité un volet fascinant de l’évolution chinoise : sa capacité à apprendre du monde extérieur ; non pas par une suite de concepts dérobés et contrefaits mais par un débat ouvert aux fins d’examiner et tirer enseignement de l’expérience occidentale. Ainsi, deux cas historiques captivent la Chine : la chute de l’Union Soviétique et le dépérissement de l’Allemagne nazie. Épisodes longuement étudiés dont les fruits font l’objet d’une diffusion à grande échelle à destination de la population à travers une série d’émissions retransmises en prime time. L’objectif est de tirer leçons des erreurs commises par les deux anciennes puissances, prétendantes au siège de première puissance mondiale et d’inculquer à la population chinoise dans son ensemble, une cohérence et une intelligence dans les objectifs à atteindre et sur les fautes à ne pas commettre.

Du cas soviétique les Chinois ont retenu l’importance de ne pas poursuivre un développement militaire au dépend du développement économique. C’est le chemin qu’a tracé Deng Xiaoping à la fin des années 1970 et que ses prédécesseurs suivent à la lettre tout en concédant une relative autonomie à la sphère militaire. Généraux et amiraux travaillent pour l’apparition d’une armée professionnelle, redoutable à travers une posture permettant une renaissance de la pensée militaire chinoise ; dessinant de nouveaux contours, puisant dans leurs traditionnels penseurs tout autant que dans l’examen de la littérature stratégique et guerrière occidentale.

Un consensus interne actuel en Chine établit pourtant qu’elle n’est pas assez puissante militairement et qu’elle devra se renforcer dans les années à venir pour disputer avec crédibilité, dans toutes les instances, le rôle premier. Un débat qui s’est élargit aux autres choix stratégiques que doit faire la Chine : doit-elle se concentrer sur une évolution continentale ou maritime, ou sur une combinaison des deux ? Une posture défensive ou offensive ? Comment le parti communiste chinois peut au mieux défendre les intérêts de la population dont les besoins se font grandissants ?

Ce qui est certain c’est que les Chinois étudient également avec précision la pensée stratégique américaine. Ainsi, en 2000, l’armée populaire de Chine avait plus d’étudiants dans les universités américaines que l’armée américaine elle-même, lui permettant une compréhension toujours plus développée des forces et faiblesses des États-Unis d’Amérique. Pour les États-Unis d’Amérique la Chine est la plus sérieuse menace régulière, Pékin connaît mieux Washington que Washington ne connaît Pékin.

Pourtant incontournable principe chinois :

« Connais-toi, connais ton adversaire, et cent batailles ne te mettront pas en danger. Si tu ne connais pas ton adversaire et que tu te connais, pour chaque victoire, une défaite. Si tu ne connais ni ton adversaire ni toi-même, à chaque bataille tu seras vaincu. » Sun Tzu

La Chine surveille toutes les hypothèses et travaille à se tenir prête pour une confrontation militaire directe avec les États-Unis d’Amérique. L’U.S. Navy inquiète de plus en plus les Chinois dans le domaine maritime où leur puissance est limitée, les Américains ont ainsi la capacité de rompre le cycle d’importation chinois de pétrole dont 80% passe par le détroit de Malacca.

En conséquence la Chine soutient avec acharnement ses scientifiques, ingénieurs et techniciens qui prennent part partout dans le monde aux découvertes scientifiques qui feront les infrastructures de demain et sur lesquelles la Chine entend bâtir sa prospérité et son système d’intégration à l’encontre des pays tiers. Reste que la Chine a conscience de ses forces mais également de ses faiblesses qui enrayent son développement : l’urbanisation, la pollution, les problèmes de pénurie d’eau, la protection de sa diaspora dans des régions comme la Sibérie ou l’Indonésie sont toutes des problématiques centrales que la Chine ne peut contourner et que d’autres travaillent à accentuer.

Elie Khoury

La Gerap+

Nul ne peut nier le constat amer que le fonctionnement actuel de l’économie globale constitue une grave menace pour la démocratie. La science économique standard enseignée aux quatre coins du monde distille une idéologie normative qui tend à légitimer les dérives anti-démocratiques de l’économie. La priorité pour les intellectuels et les penseurs sérieux serait donc aujourd’hui d’œuvrer à la constitution d’un savoir économique différend et alternatif permettant de mieux cerner la réalité complexe, afin de préparer le terrain à une prochaine réconciliation de l’économie et de la démocratie.

Il faut savoir qu’à l’origine le marché, qui est lui-même la source du capitalisme, entretient des rapports très étroits avec la démocratie, puisqu’il lui doit son essor et son développement pluriséculaire. Historiquement, en effet, c’est le souffle démocratique, impulsé dès le XIe–XIIe siècle en Europe occidentale par le mouvement d’affranchissement des villes de la tutelle fiscale et militaire des seigneurs féodaux, qui créa les institutions du marché.

Si jadis l’air de la ville rendait libre, c’est parce qu’avec l’appui des rois en lutte constante contre la noblesse féodale, les édiles communaux aménagèrent les espaces pacifiés qui se révéleront très favorables au commerce. On le voit donc, c’est l’édification d’îlots de démocratie en pleine monarchie féodale qui pose la première pierre à la construction du marché ; par conséquent le mouvement démocratique induit le capitalisme, et non l’inverse, comme on est parfois amené à le penser.

Cependant, cette alliance entre le capitalisme et la démocratie ne peut demeurer saine qu’à condition que le capitalisme reste soumis à une éthique forte et à une politique orientée qui permet de faire rentrer de nouveau dans la communauté démocratique ceux qui, pour une raison ou pour une autre, en étaient exclus. Pour cela, équilibrer les revenus globaux des plus puissants au profit des plus démunis par une répartition honnête me semble être une juste cause. Laisser, au contraire, les plus nantis se partager le gâteau entre eux sans la moindre forme de contrôle démocratique serait les laisser s’enfoncer dans une dynamique inique d’enrichissement sans limite, qui ne ferait que flatter leur sentiment de démesure et les plongerait dans l’hubris.

Or, c’est justement à ce genre de phénomène que nous assistons, impuissants, depuis maintenant plus de vingt ans. La victoire du néo-libéralisme a permis l’expansion et la propagation d’un capitalisme ultra-spéculatif planétaire. Si bien que de nombreuses voix se sont élevées pour prédire la fin pure et simple de ce système prédateur et sans pitié. Clairvoyance profonde ou sombre vaticination ? L’avenir proche nous le dira. Mais une chose est sûre : la fin du capitalisme ébranlerait la démocratie jusqu’à ses fondements mêmes, tant il est vrai que ces deux organisations sont consubstantielles de par le lien historique qui les lie.

A la place, il faut combattre ce que le capitalisme est devenu par le règne de l’hubris, pour pouvoir l’amender dans un sens plus démocratique, pour le bien du plus grand nombre.

Tout l’enjeu des prochaines années sera donc de trouver un compromis moral aux abus de toute sorte dont nous avons été les victimes et les témoins passifs ces derniers temps, afin de fixer les conditions économiques et éthiques d’un nouveau souffle démocratique pour l’Homme.

Franck Beqiraj

La Gerap+

Le Quai d’Orsay est bien discret. Pourtant, il est le cœur battant de la politique étrangère française. Machine aussi complexe qu’indispensable, il est cet « instrument » qui distille et récolte toute l’information nécessaire à l’existence de la France sur la scène internationale. Vaste mission, coûteuse aussi : 5,1 Milliards d’euros en 2011, malgré un budget en baisse. Mais de tout cela peu de bruit : la diplomatie, traditionnellement, évolue à pas feutrés.

Alors, quand soudainement au milieu d’une actualité internationale effervescente certains membres du Département font entendre une voix discordante, on est en droit de s’interroger sur la bonne santé du corps diplomatique.  Ce dernier est en effet de ceux qui ne produisent de symptômes qu’à un stade avancé, lorsque la tension se fait plus forte que la lourde tradition de discrétion qui caractérise l’institution.

Chronologie.

23 Février 2011, le groupe Marly, du nom du café dans lequel se sont réunis ces diplomates se décrivant de tous bords et de tous âges, publie dans Le Monde une tribune dénonçant « l’amateurisme », « l’impulsivité », « le manque de cohérence » ainsi que « les préoccupations médiatiques » de notre politique extérieure. Celle-ci serait devenue inefficace : thèse.

Le lendemain, sur les pages du Figaro, on pouvait lire la réponse des « Rostand » aux « Marly »…  Avec force sarcasme, opposant les hauts faits de la diplomatie française sur le théâtre européen lors de la crise financière et économique, attribuant ses échecs aux externalités d’une politique étrangère « dynamique » et fustigeant des diplomates frustrés de n’avoir su évoluer avec le monde ou instrumentalisés par l’opposition, les « Rostand » signaient, anonymement toujours, l’antithèse.

Il manquait une synthèse, et ce fut le groupe « Camus » qui le 27 Février dans Libération tenta de l’opérer. Sur fond de démission de la Ministre des Affaires étrangères et européennes, ces diplomates autoproclamés voix médiane et majoritaire au Quai proposèrent un double diagnostique. Les performances controversées de la diplomatie française seraient le fait d’une erreur sur le choix de la ministre, d’ordre conjoncturel, qui serait le symbole  d‘une incapacité structurelle à promouvoir les valeurs libérales que l’ont voudrait encore incarner. Cela s’expliquerait par la conduite d’ une politique étrangère en contradiction avec ses aspirations, faite de réaction, de protection et d’ordre.  Plutôt qu’un manque de bon sens ou une mauvaise volonté, critiques stériles, c’est une ambition insuffisante à créer les conditions de l’exercice d’une diplomatie innovante et volontaire, associant savamment éthique de responsabilité et de conviction qui est ici mise en cause. Le monde a changé et la place de la France n’y est plus la même. Sa diplomatie devrait-elle demeurer inchangée ? Ce que recommandent les « Camus » est d’aller au bout de la transformation.

Car il faut bien l’admettre, la France n’est plus en phase avec ses ambitions internationales. Un processus doit par conséquent être engagé qui aura pour fin de moderniser « l’instrument » privilégié de la politique étrangère, avant que celui-ci, pris dans un mouvement pour lequel il n’est plus adapté, ne se « casse ». Telle est la mise en garde d’Hubert Védrine et d’Alain Juppé qui à l’été 2010, dépassant les clivages partisans, dénonçaient un délaissement budgétaire des Affaires étrangères fort inquiétant.

Les relations internationales se sont complexifiées. L’émergence d’acteurs non étatiques influents, une technicisation et une interdisciplinarité croissante des grands dossiers, enfin la disparition de l’ordre bipolaire qui caractérisait le conflit Est-Ouest exigent de la part des Etats qui ont les ambitions de la France une politique étrangère résolument proactive. Jusqu’à présent, il semblerait que la complexification évoquée plus haut ait eu plutôt pour effet de crisper notre diplomatie, la cantonnant à une attitude gestionnaire, dénuée d’envergure et donc absolument incapable d’entretenir le mythe révolutionnaire de la patrie des Droits de l’Homme, indépendante et éclairée. Cette politique que dans leur synthèse les Camus réclament, suppose de redonner un sens clair, identifiable par tous et partout, à l’action de la France dans le monde. Droits de l’Homme et démocratie, construction européenne autour du couple franco-allemand, régulation des marchés financiers, intégration des considérations environnementales dans le traitement des questions globales, la France avec l’appui de l’Europe et grâce à son réseau diplomatique de tout premier plan possède encore, et c’est une véritable opportunité, les moyens de ses nobles ambitions.

Il faut cependant pour cela qu’elle parvienne à repenser sa politique étrangère autour de thèmes simples et forts tout en se donnant les moyens d’agir dans un monde complexe. Or il appartient aux praticiens de l’international de s’adapter, en s’ouvrant à de nouvelles compétences et pratiques qui permettraient à notre diplomatie d’opérer une actualisation salutaire. Car dans l’état actuel et futur du rapport de force international, la France n’aura d’autre moyen que de jouer la carte de la résonnance : une parole ferme, appropriée, claire, bénéficiant du porte-voix communautaire peut être très bien être entendue, écoutée, et respectée même si elle est le fait d’un Etat dont la puissance matérielle ne lui permet plus de jouer les premiers rôles. C’est l’enjeu soulevé par cette dialectique des tribunes que Camus n’aurait pas renié : « la conscience vient au jour avec la révolte » disait-il. Espérons que le « coup de gueule » de nos diplomates fasse office de déclencheur : la conscience est le premier temps d’une action éclairée.

Omar Keïta

La Gerap+

L’orient compliqué

au Général

Doucement dans l’orient compliqué,

Ont bien germé les idées simples.

Avec peine le soleil fit son entrée

Via les parois ébréchées des temples,

Brillants minarets propageant la foi.

Le sable rougit, la poudre tempête

Quand danse le grand frisson du réveil.

Les vieux derviches prient, les jeunes houris fêtent

Ce saint-sacrifice à nul autre pareil ;

Et sous l’azur éthéré change la loi.

Il est passé le temps des satrapes,

L’oumma s’éclaire à la lueur d’espoir.

Le destin tangue, tient bon, enfin sape

La mégalomanie des années noires.

On dit que le sort a changé de proie.

Il est pourtant dans toute cette mer houleuse,

Une ile royale qui semble loin de tout,

Oasis millénaire prodigieuse,

Où le limon de la révolte s’échoue.

Forteresse sacrée en quoi chacun croit.

L’air est-il plus pur dans ce vieux pays ?

Cavaliers et spahis vous le diront.

L’Eternel a pétri cette terre bénie

Car s’y dressera toujours un homme bon

Pour crier : « Dieu, la patrie, le roi ».

Franck Beqiraj

La Gerap+

c
Yue MINJU – Hat Series N°1 – 2004

L’époque où, en 1954, à la conférence de Genève sur la guerre d’Indochine, John Foster Dulles, secrétaire d’Etat américain, refusait de serrer la main de Zhou Enlai, Premier ministre de la République populaire de Chine, est révolue. Désormais incontournable pour les États-Unis, la Chine est le pays de tous les superlatifs.

Seconde puissance économique mondiale, première puissance manufacturière exportatrice, elle est également le premier créancier des pays en développement. Son PIB a doublé entre 2005 et 2010. Créancier par excellence des Etats-Unis, disposant d’environ 30% des réserves totales de change (2850 $), Pékin tient désormais Washington par la bourse. En novembre 2010, à la vieille du voyage de Barack Obama en Asie, le New York Times estimait à cette occasion que le président américain « rend visite à son banquier ».

L’ascension économique et politique chinoise s’inscrit dans un mouvement historique plus large ; l’émergence des BRICK (Brasil, Russia, India, Korea), la renaissance de l’Asie et le basculement du centre de gravité économique de l’océan atlantique vers le pacifique. Cette dynamique modifie en profondeur les équilibres stratégiques internationaux. Parallèlement, l’échec et les conséquences de la guerre d’Irak en 2003 et la crise financière de 2008, marque la fin du « moment » unipolaire américain et la décrédibilisation de son modèle politique et économique. En particulier aux yeux des pays en voie de développement et des puissances non occidentales.

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Parmi cet ensemble hétérogène, seule la Chine sera véritablement en mesure de rivaliser avec l’Amérique sur le plan global. C’est pourquoi, si Pékin est perçue comme une menace par Washington, c’est avant tout à l’égard de son hégémonie. Par conséquent, l’objectif prioritaire de la politique étrangère américaine est de maintenir son leadership de façon incontestable. Toutefois, dans un avenir proche, aucun État ne sera en mesure de les supplanter. D’un côté, européens et américains s’alarment de l’émergence de ce challenger destiné à bouleverser la hiérarchie des puissances, de l’autre, la Chine, considère qu’elle ne fait que retrouver la face perdue lors des guerres de l’opium au XIX° siècle.

Les objectifs de Pékin sont les suivants : poursuivre son développement économique afin d’assurer la stabilité politique et sociale interne, accroître sa puissance, et réaliser ses ambitions stratégiques, avant tout régionales (affirmer sa « souveraineté » en mer de Chine), en remettant en cause le statu quo axé sur la prépondérance américaine.

Sur le plan domestique, la Chine est fragilisée. La gestion des problématiques internes (accroissement des inégalités, pollution et problèmes environnementaux, contestations populaires à l’égard du pouvoir central) représente l’enjeu principal pour le parti communiste et son maintien au pouvoir. Le coût du maintient de la stabilité intérieure est d’ailleurs de plus en plus important. Les dépenses de sécurité intérieure étant supérieures à celles affectées à la sécurité extérieure.  

Sur le plan régional, l’objectif principal de Pékin est d’achever son unité territoriale en intégrant Taïwan à la République Populaire de Chine, de manière formelle ou non. En outre, il lui faut affirmer sa primauté et organiser la zone à son avantage, en marginalisant autant que faire se peut les États-Unis et ses alliés régionaux (Japon, Inde). Que ce soit en les défiant en mers de Chine, dans le pacifique où l’océan indien et en reconfigurant un jeu d’alliance défavorable.

La Chine affiche également des ambitions globales, mais pour l’instant, elle n’a pas les moyens de projeter sa puissance à la manière des Etats-Unis. D’ailleurs, même si elle les avait, elle n’agirait pas comme eux. Caractérisé par la pensée de Sun TZU, et une approche indirecte (typique du jeu de Go), l’offensive chinoise privilégie d’autres leviers d’actions, notamment une stratégie d’accroissement de puissance par l’économie, évitant, si possible, le recours à la force. Si la hausse des dépenses militaires chinoises fait couler beaucoup d’encre, il faut toutefois souligner que le terrain d’affrontement principal entre Pékin et Washington, n’est pas militaire, mais économique. Pékin ayant fait le choix de ne pas rentrer dans une logique de course aux armements au profit de stratégies militaires asymétriques (concept de Guerre hors limites).

La Chine est actuellement dans une période décisive. Elle dispose de quelques années pour créer une position déterminante de puissance par rapport à ses rivaux. Elle y parviendra avant tout dans le domaine économique. Washington et Pékin sont désormais engagés dans une lutte mondiale pour la suprématie. Cette rivalité se manifeste dans tous les domaines (financier, culturel, médiatique). Nul ne sait qui vaincra, mais à terme, une chose est sûre : « il ne peut y avoir deux tigres sur la même colline ».

Julien Herten

La Gerap+