Sectes protestantes et analyse de solvabilité

©Lens
© Lens

What service did you attend today?”… To what church do you belong?” quand ces questions permettent d’évaluer votre solvabilité et pour motif, dans l’ouvrage de Max Weber, “L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme”, l’auteur lors d’un voyage aux Etats-Unis se fit résumer la chose de la façon suivante :

« Monsieur, je pense pour ma part que chacun peut croire ou ne pas croire ce que bon lui semble ; mais quand je vois un fermier ou un marchand qui n’appartient à aucune église, je ne lui donnerai pas 50 cents : – Qu’est-ce qui peut le convaincre de me payer s’il ne croit à rien ? »

L’explication fut encore plus enrichie quand on lui expliqua – après qu’il ait assisté à un baptême baptiste – ce qui avait été mis en place avant que l’individu puisse se présenter au baptême : « Je demandais encore pourquoi et comment, et il ne me répondit que l’admission dans la communauté baptiste locale, encore strictement attachée aux traditions religieuses, n’était possible qu’au terme d’une « mise à l’épreuve » minutieuse et d’une enquête extrêmement tatillonne sur la « transformation » du fidèle depuis sa plus tendre enfance : fréquentation de tavernes ? Danse ? Théâtre ? Cartes ? Retards de paiements ? Autres marques de légèreté ? ».

Ce n’est qu’une fois parfaitement étudié et évalué, que le baptisé jouissait de garanties absolues, le processus permettait aux yeux de tous d’affirmer que ladite personne possédait les qualités éthiques d’un gentleman, et surtout bénéficiait, de mérites commerciaux. Max Weber indique que ce dernier était désormais : « certain de recevoir les dépôts de toute la région et de bénéficier d’un crédit illimité, sans craindre la moindre concurrence ».

Mais alors pourquoi fait-on une distinction entre les églises et les sectes ? Car, alors que nous serions acceptés de naissance et de fait dans une église, la maison du Seigneur étant ouverte à tous et la grâce étant donnée « aux justes comme aux injustes », la secte elle choisit ses membres, gratifiant ses fidèles d’un certificat de qualification éthique et commerciale.

Et pour conclure : « Quelle que fût sa position, celui qui voulait être vraiment respecté dans cette démocratie devait cependant non seulement s’adapter aux conventions de la society bourgeoise, y compris à une mode masculine très stricte, mais il devait aussi, en règle générale, pouvoir manifester ostensiblement qu’il était parvenu à entrer, au terme d’un vote positif, dans l’une des sectes, clubs ou sociétés de tous ordres dont la légitimité était suffisamment reconnue, et à s’y imposer en confirmant sa qualité de gentleman. Ceux qui n’y parvenaient pas n’étaient pas des gentlemen, ceux qui dédaignaient ces associations – c’était souvent le cas des Allemands, par exemple – avaient des difficultés à faire leur chemin, surtout en affaires ».

*Toutes les citations sont tirées de l’ouvrage de Max Weber : Weber, Max, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Flammarion, « Champs classiques », 3e édition, 2002, 394 pages.

Elie Khoury, La Gerap+

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s