Entretien avec Monsieur le Conseiller Salim Baddoura, détaché auprès de l’Ambassade du Liban en Autriche

Monsieur le Conseiller Salim Baddoura, détaché auprès de l'Ambassade du Liban en Autriche
Monsieur le Conseiller Salim Baddoura, détaché auprès de l’Ambassade du Liban en Autriche

Elie Khoury : Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Monsieur le Conseiller, en guise d’introduction, pourriez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs et nous donner une petite idée de vos activités professionnelles ?

M. Salim Baddoura : Bonjour, je tiens au tout début à préciser que si je m’exprime dans vos colonnes c’est à titre strictement personnel et amical et que toute opinion ou idée émise dans le cadre de ce petit entretien, n’engage que moi et ne saurait par conséquent en aucun cas engager le ministère des Affaires étrangères du Liban ou l’Ambassade où je travaille.

J’ai intégré le Corps Diplomatique libanais en 1996.  Je suis actuellement Conseiller auprès de l’ambassade du Liban à Vienne, mon supérieur hiérarchique étant S.E. M. l’Ambassadeur Ishaya El Khoury. Auparavant, j’ai occupé pendant quelques années le poste de Délégué Permanent adjoint auprès de la Délégation Permanente du Liban à l’Unesco.

Le travail diplomatique à Vienne est assez varié et difficile à résumer en quelques mots. En plus des activités diplomatiques et consulaires auprès de l’Autriche et trois pays avoisinants (Croatie, Slovénie et Slovaquie), notre Ambassade fonctionne aussi comme Mission Permanente auprès des Organisations internationales basées à Vienne (IAEA, CTBTO, UNIDO et UNODC). Nous avons par conséquent vocation à servir les intérêts du Liban sur des dossiers épineux comme l’Energie nucléaire à des fins pacifiques, la lutte internationale contre le trafic de la drogue et la criminalité transnationale, le Développement industriel des pays du Sud etc.

Etant donné votre parcours, il semblerait donc que vous ayez eu à vous occuper de dossiers en rapport avec les Droits de l’Homme et de la diversité culturelle, (au sein de la Francophonie et de l’UNESCO) ainsi que des problématiques ayant trait à la lutte contre la prolifération des armes nucléaires (Vienne), pourriez-vous nous indiquer pourquoi ces sphères relèvent d’un caractère prioritaire pour vous, mais également l’angle par lequel vous approchez ces trois domaines ?

Il faut tout d’abord dissiper un petit malentendu. Le travail diplomatique diffère du travail des NGO par exemple. Un diplomate n’est pas un activiste au service d’une cause transversale chère à son cœur. S’il s’occupe d’un dossier, ou entreprend une négociation c’est uniquement parce que ses autorités l’ont chargé de le faire. Ce faisant, il doit se conformer à une ligne politique tracée par la capitale. Donc ses propres « préférences » ou « priorités » n’ont rien à voir là-dedans. Il n’en demeure pas moins, qu’un bon diplomate n’est pas un robot, il doit utiliser son savoir faire et son expérience, pour adapter les instructions qu’il reçoit aux situations concrètes qu’il rencontre dans sa carrière.

Pour ce qui est des droits de l’homme, c’est un concept fourre-tout extrêmement difficile à cerner, au confluent de la politique, du droit, de la philosophie, de l’anthropologie etc. C’est ce qui rend d’ailleurs leur définition si difficile.

Sur un plan strictement diplomatique, les droits de l’homme ont été ces dernières décennies, au centre de multiples bras de fer et débats aux conséquences souvent dramatiques. Il suffit de rappeler ici, l’épineux débat non encore conclu sur l’opportunité de l’usage de la force extérieure pour forcer un gouvernement à un plus grand respect des Droits de l’homme sur son territoire.

Même chose en ce qui concerne l’énergie nucléaire, il se trouve que la même technologie qui sert à faire fonctionner les réacteurs nucléaires pour produire l’électricité donc à des fins pacifiques, peut être utilisée pour produire des armes nucléaires. Le rôle du régime international de non prolifération dont l’IAEA est un des piliers est de faire en sorte que les pays profitent des applications pacifiques de la technologie nucléaire, tout en les dissuadant et les empêchant de la faire dévier à des fins militaires aux effets dévastateurs.

Monsieur le Conseiller, loin des idées-reçues, pensez-vous que la place de la femme dans la société libanaise est pleinement et justement établie ou qu’il reste en leur faveur, des combats que les Libanais se doivent de mener ensemble ?

Il faut faire attention quand on parle de la « femme libanaise » en général, car c’est un peu faire bon marché de multiples différences qui existent à l’intérieur de ce groupe et qui sont fonction de la diversité des milieux socio-professionnels, des spécificités régionales et communautaires etc.

Loin des idées reçues, on ne peut pas nier que les libanaises ont conquis pas mal de terrain ces dernières années suite à une baisse de taux de natalité, à une certaine force de caractère et, paradoxalement, grâce parfois à la difficile situation économique qui  les a forcées à s’aguerrir et à surmonter pas mal d’obstacles pour se tailler une place sur le marché du travail et contribuer à la survie du foyer.

Nul doute que beaucoup reste cependant à faire. Liberté et dignité doivent être conquises et préservées contre tout ce qui peut les menacer. Et les obstacles sont légion il faut l’avouer, tant au niveau politique, qu’économique ainsi que juridique et culturel. Même à supposer que les femmes joignent leurs forces (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas) le combat ne peut aboutir que s’il est mené sur plusieurs fronts avec implication d’autres catégories que simplement celle des « femmes ».

J’ajoute aussi que nos compatriotes se doivent de lutter contre l’image d’Épinal (que pour ma part je trouve déplorable) que véhiculent une pléthore de médias commerciaux ainsi que des chaînes satellitaires, au sujet de la femme libanaise.

Nous parlons des Libanaises, mais que pensez-vous du sort réservé aux étrangers venus de pays pauvres et travaillant au Liban ;condamnés dans 95% des cas à exercer des activités peu valorisées et mal payées ?

La mondialisation a accélérée le mouvement désordonné et incontrôlé de la main d’oeuvre un peu partout dans le monde. Pour diverses raisons, il s’est trouvé que le Liban dont l’économie repose sur des secteurs à faible valeur ajoutée, soit en manque chronique de main d’oeuvre peu qualifiée et à bon marché. Cela attire l’immigration à partir de pays où cette main d’oeuvre abonde.

Nous manquons au Liban de statistiques vraiment détaillées et fiables sur la part de cette main d’œuvre dans l’économie nationale, toujours est-il qu’elle se trouve souvent en butte à un comportement stigmatisant de la  population du pays d’accueil.

Il y a là à l’œuvre malheureusement un phénomène bien connu des sociologues. Si vous profitez du fait qu’une population immigrée soit privée de certains droits, (ce qui l’oblige à accepter des tâches dégradantes, ou des salaires de misère) vous aurez tendance en plus à stigmatiser cette population et à la percevoir à travers des stéréotypes, pour vous donner bonne conscience et pour justifier le fait de ne rien faire pour lui améliorer sa situation. On est carrément dans un cercle vicieux.

Il faut travailler sur les mentalités c’est sûr mais les choses doivent être revues en profondeur, surtout au niveau du fonctionnement même de notre système économique et de ses finalités.

Alors que les Libanais se trouvent eux-mêmes dans une situation économique difficile, quel symbole pourraient-ils malgré tout incarner dans la relation les liant aux réfugiés Syriens aujourd’hui installés au pays du Cèdre ?

Je n’ai pas la compétence requise pour répondre à cette question sans compter que je ne suis nullement habilité à le faire.

A l’approche de la période estivale riche en festivités et durant laquelle les Libanais de partout dans le monde se retrouvent à Beyrouth et dans les villes alentours, quel est le niveau de risque sécuritaire encouru ?

Personnellement j’aime à croire que le Liban connaît une certaine accalmie. Mais il est évident que je n’ai nullement compétence à mesurer le risque sécuritaire ou à donner des conseils aux uns et aux autres à ce niveau.

Je suis comme tous nos compatriotes, je souhaite de tout cœur que la saison estivale se passe le mieux possible et que touristes et visiteurs affluent des quatre coins du monde. Malgré tout, notre pays, reste une belle destination touristique qui peut se prévaloir de beaucoup d’atouts à ce niveau.

Monsieur le Conseiller, pourriez-vous conclure cet entretien par le mot de la fin ?

Je tiens à vous remercier de m’avoir accueilli dans vos colonnes. C’est toujours un plaisir d’avoir affaire à des jeunes dynamiques et déterminés à faire bouger les choses. Si je peux me permettre de vous donner un petit conseil d’ami, c’est de toujours aspirer à privilégier l’objectivité, contre les prises de positions idéologiques tranchées et la réflexion pondérée contre les clichés et la recherche effrénée du sensationnel ; ce sont malheureusement des travers dans lesquels beaucoup de journalistes continuent de tomber malheureusement. Bonne chance pour la suite.

Propos recueillis par Elie Khoury

La Gerap+

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