La puissance Européenne : Future ersatz hégémonique ? ; Par Elie Awad

Earth Times

La puissance Européenne : Future ersatz hégémonique ?

Appréhendée à travers le prisme de puissance

Au 5e siècle avant notre ère, Thucydide, historien Grec esquisse à travers « Histoire de la guerre du Péloponnèse », dans une lutte pour la prédominance entre Athènes et Sparte, la volonté de puissance comme l’une des principales force motrice du Monde.

La notion de puissance devenant une composante inhérente et contingente à l’analyse des relations internationales en se présentant comme une véritable grille de lecture du rayonnement d’un État. Glorifiée aujourd’hui, rejetée demain, elle est le fruit d’une équation, qui ne cesse de grossir, une équation aux multiples variables, dont le champ ne fait que se redessiner au fil des années, si bien que la notion même de puissance tend à connaître un nouvel élan.

La puissance peut connaître plusieurs déclinaisons :

–       D’une manière classique, c’est la « capacité d’imposer et de détruire », plus précisément selon Raymond Aron c’est « la capacité d’un acteur à imposer sa volonté aux autres ».

–       Cette approche péjorative a été attendrie pour devenir « une capacité appliquée sans contrainte » ; D’où la distinction entre Hard Power et Soft Power faite Joseph S. Nye.

–       Concomitamment la puissance c’est aussi la « capacité d’action et de marge de manœuvre », c’est à dire la possibilité d’un État à agir souverainement ; Sa capacité à s’affranchir de toutes tutelles à l’instar des approches gaulliennes des Relations Internationales.

–       Enfin la puissance est surtout devenue la « capacité à structurer son environnement international » laquelle consiste en l’habileté d’un gouvernement à articuler, maîtriser et mettre en adéquation des acteurs exogènes.

La notion de puissance n’a cessé d’être remise en cause, redessinée, redéfinie, désormais à son accès, les chemins ont été multipliés. Cette même multiplication tant des aspirations que des critères interprétatifs rend l’analyse de cette dernière beaucoup plus complexe qu’auparavant. Preuve en est, la – Puissance – n’est plus proportionnelle aux capacités brutes d’un acteur.

Sur un plan prospectif, ce mode d’expression novateur apparaît davantage l’attrait de l’Union Européenne. Stephen D. Krasner défend dans « International Regimes » que le comportement des États est aussi influencé par des normes internationales, juridiques, politiques ou encore morales ; De facto la puissance d’un État se mesure aussi, à sa capacité à répandre une vision normative de ce que doit être les rapports dans le système international.

Stratégie d’influence exercée par un État ou un groupe d’États pour amener d’autres acteurs  à agir  conformément à ses principes et valeurs, au travers de l’instauration d’une sphère internationale normée. C’est dans ce lieu, convoité, en effervescence, au sein du concert des Nations, que l’Union Européenne entend exciper son leadership.

Son acte fondateur : le 9 mai 1950, par la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), impulsé par la France ceci au nom de la paix et la réconciliation Franco – Allemande – non sans arrières pensées -. En effet, la construction d’une Europe unie, ne serait pour la France qu’un moyen de retrouver une puissance érodée par les deux dernières guerres mondiales ; Au risque, que cette ambition, chemine dans l’ombre de ses partenaires. La France et l’Allemagne sont les rares pays pour lesquels l’Europe représente un vecteur de concurrence à la super-puissance américaine. Ces ambiguïtés et ces méfiances expliquent d’ailleurs grande partie l’échec de l’Europe politique, en dehors des ambiguïtés propres à la triangulaire France – Angleterre – Allemagne.

La construction européenne, d’une part en tant que processus de coopération et d’intégration entre États nations, et d’autre part en tant qu’exercice de la puissance par ces mêmes États pour la  défense de leurs intérêts, principes et valeurs sur la scène internationale, collectivement  ou individuellement, sont en définitif, deux dynamiques difficilement conciliables ; Rendant abstraits la nature et le potentiel de puissance de l’Union Européenne. D’autant plus que sur un plan intra – européen, la méthode d’intégration européenne ne fut qu’un processus de rejet de l’utilisation des rapports et outils de puissance afin d’éluder toutes rivalités ; Sur un plan externe, cette approche est désuète puisqu’il n’y a pas abandon du principe de puissance sur le reste du Monde.

Conformément à la méthode fonctionnaliste imaginée par Jean Monnet « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait » ; Autrement dit : d’abord une Europe économique avant une Europe politique pour un effet d’engrenage, pouvant à terme dégager une puissance parfaite.

L’émergence d’une véritable puissance européenne peut déjà être perçue toutefois dans des domaines où il n’existe qu’un seul et unique acteur – Europe –  agissant et s’exprimant au nom de tous les États membres – additionnant et démultipliant les capacités individuelles -. La puissance de l’Union a bel et bien été assise au sein du volet économique : l’Union économique et monétaire (UEM) devenue priorité de la construction européenne et confère aujourd’hui à ses États membres une grande maîtrise collective de leurs intérêts économiques et financiers.

Toute proportion gardée, cette réussite économique peine à déborder sur les questions éminemment politiques et militaires comme en témoigne l’échec de la Communauté européenne de défense (CED). L’existence d’un parapluie Otanien est d’ailleurs fondamentalement paradoxal et opposé à l’Ambition Européenne.

Les questions du rapport des États membres à leur souveraineté, à l’autonomisation de l’Union sur la scène internationale et à la défense de leur identité sont de puissants déterminants à la construction européenne ; Le volontarisme dont ils vont ou devoir faire preuve sont indissociables de l’ascension européenne.

Une alternative s’esquisse toutefois et porte l’Union vers un statut non moins rayonnant ;  Car consciente de ses lacunes cette dernière n’a eu cesse d’œuvrer à constituer une certaine identité, plaçant l’individu au centre d’une nébuleuse institutionnelle. Le juge communautaire s’est ainsi pratiquement accaparé la protection des droits fondamentaux,  se présentant fossoyeur des juges constitutionnels nationaux, disposant d’un quasi monopole en la matière,  résultante d’un phénomène d’intégration et de coopération toujours plus exacerbé, qui à terme porte l’avènement d’un phénomène de congruence des ordres juridiques.

De telle sorte qu’on assiste à la mise en place d’un contrôle juridictionnel de plus en plus large et efficace constituant le point d’orgue du prosélytisme européen. En effet, cette « décomposition des ordres juridiques nationaux» a favorisé un phénomène de « déterritorialisation » de la puissance publique nationale au profit d’une juridiction sommitale qu’est la Cour de justice de l’Union Européenne, permettant de donner la stature nécessaire à une juridiction  Européenne afin de se positionner en tant que pôle d’influence de ce Monde en matière de droit fondamentaux et exercer un « normative power ».

Le titulaire de cette protection est l’individu considéré en tant que tel et non pas comme membre du corps politique. Car en effet l’espace Européen et la protection des droits de l’Homme ont eu pour échos la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne ou encore la Convention Européenne des Droits de l’Homme lesquelles témoignent d’une Union de droit démocratique, où à coté des exigences économiques, le respect des droits de l’homme est une condition première à l’adhésion. Dorénavant le modèle européen des droits de l’Homme est l’expression éloquente de la civilisation européenne, laquelle se caractérise plus que toutes autres par la prééminence des valeurs individuelles, ainsi, la tradition, l’éducation et la mentalités des Européens sont profondément marquées par ces valeurs, érigées en principe politique fondamental à portée universelle.

In fine, ce  processus  d’éclosion d’une structure supra étatique apporte inévitablement en discussion la conception fédéraliste de l’Union Européenne, ayant en vue l’évolution progressive du système communautaire. À défaut d’un État à proprement parlé, sur un plan matériel, existe déjà une forme de Constitution Européenne. À raison, un grand nombre de normes communautaires possèdent un rang constitutionnel, y compris les droits fondamentaux permettant le rayonnement de la vision européenne, d’où l’émergence d’un impérialisme juridique qui s’affirme et tend à devenir un des enjeux majeurs du XXIe siècle.  C’est ainsi que malgré les différentes barrières rencontrées, l’Union a réussie à éluder les obstacles et à trouver des alternatives stratégiques.

Nonobstant que l’Union ne soit pas une puissance complète, c’est une puissance en devenir qui à travers son influence normative exerce un Soft Power Européen sur le reste du Monde et acclimate les civilisations à ce que doit être les rapports au sein du système international, elle peut ainsi être appréhendée actuellement comme un « peacefull power ». L’Union est bel et bien un acteur incontournable, certes embryon de puissance d’où l’« ersatz de puissance », mais promis à des terres nouvelles sous réserve d’opérer les prises de positions nécessaires, au risque de se voir confinée à un rôle d’influence passif la menant à terme, à son évanouissement.

Elie Awad

La Gerap

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