Nucléaire iranien sur fond de cause palestinienne pour un leadership islamique au détriment de la paix

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Le raisonnement binaire dont fait l’objet le dossier nucléaire iranien écarte presque toujours une donnée d’importance, moins connue et relevant du leadership.

L’accès à la puissance nucléaire, tant civile que militaire, vulgarisé par une opposition entre Iran et Occident alimentant la théorie du « choc des civilisations » est abrégé autour d’un affrontement entre Téhéran et Washington, au point de faire oublier, que les pressions les plus virulentes et les obstructions les plus fortes sont à mettre au compte des États arabes les premiers.

Au Moyen-Orient, tous les chemins mènent à la Palestine et les Iraniens ne s’y trompent pas.

Du très préoccupant conflit israélo-palestinien a surgit voir resurgit des oppositions entre États musulmans, dont on observe parfois, réalité moins connue, une désolidarisation avec le peuple arabe de Palestine. À juste raison, le statut de « réfugié palestinien » n’est guère enviable en Égypte, Nation pourtant très impliquée dans la résolution du conflit et dont elle s’est targuée à de nombreuses reprises être la chef de file. Selon Sophie Pommier, c’est en « argumentant ne pas vouloir hypothéquer leur droit au retour (en Palestine) que la nationalité égyptienne est refusée aux personnes d’origine palestinienne, bien que la plupart soient des « réfugiées de 48 » (c’est-à-dire celles qui ont quitté la Palestine lors du premier conflit israélo-arabe et leurs descendants), installées de longue date, voire nées, en Égypte. Ces dizaines de milliers de personnes se voient traitées comme des étrangers et ne peuvent bénéficier de l’accès aux soins et à l’éducation gratuite. »

Les données diplomatiques ne manquent pas et ne trompent pas : à plusieurs reprises des États arabes et non arabes ont été au cœur de la résolution de ce conflit et à plusieurs reprises des États arabes et non arabes ont fait avorter une résolution possible. Yasser Arafat en personne, de son vivant, a pu exprimer des postures contraires lorsque un projet de résolution était emmené par un État musulman tirant un peu trop la couverture diplomatique à son avantage au détriment de l’OLP.

C’est grâce à ces inconstantes et surprenantes postures choquant musulmans du monde entier, mais pas seulement, que l’Iran s’est trouvé des interstices dans lesquels s’engouffrer pour apparaître aux yeux de certains comme le seul acteur islamique crédible, intransigeant et fidèle à la cause palestinienne.

Les mêmes vecteurs ont justifié par ailleurs la naissance du Hezbollah, au Liban, en 1982, d’une rupture avec Amal, urgeant la nécessité d’une lutte plus engagée et fraternelle aux côtés des Palestiniens, quand bien même elle devrait faire l’usage d’actions radicales, perçues comme juste retour. Des années plus tard, le discours du Hezbollah sur le sort des Palestiniens a changé et n’occupe plus la même importance. Aujourd’hui, ce dernier s’est mué en une organisation à plusieurs corps et ambitionne d’autres cieux vers lesquels désormais, les premiers lui servent tantôt de marchepied, tantôt d’étendard.

Le monde entier s’accorde pourtant pour juger extrêmement préoccupante la situation palestinienne nouée autour du conflit israélo-arabe, en témoigne les positions prises, déclarées, rappelées, votées et ratifiées par l’Organisation des Nations Unies depuis 1947. Reste que l’Organisation des Nations Unies est l’émanation de la volonté de ses États membres. Dans la résolution de ce conflit, on n’arrêtera jamais de rappeler le sort des populations et le rôle premier qu’Israël et les États musulmans de la région ont à incarner au risque de continuer à alimenter de nombreux extrémismes et de nombreuses manipulations des consciences et des cœurs.

Dans ce cafouillage des volontés, l’Iran par l’accès à la puissance nucléaire peut sceller autour de sa République islamique un leadership fort et très convoité au sein du monde musulman, portant un coup profond aux consciences et renvoyant les États sunnites à leurs démons.

Empêcher l’Iran d’accéder à l’énergie nucléaire pour des raisons liées au leadership est tout aussi pervers que d’évoluer aux côtés des Palestiniens pour ces mêmes raisons et détourne de l’urgence unique : le sort des populations.

Mettre en perspective les retombées froides d’un calcul politique manipulant la cause palestinienne a deux vocations : rappeler que la seule véritable lutte, doit être une lutte pacifique, qui ne doit jamais justifier la défense d’une communauté par l’attaque d’une autre ; mais aussi que les ennemis de la cause palestinienne et de la paix sont parfois dans le camp palestinien lui-même et musulman le premier. La paix n’est pas l’affaire d’une communauté, mais d’une volonté commune.

Elie Khoury

La Gerap+

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