Le rat, deux choses que vous devez savoir sur son mécanisme d’agression

Roger Ballen / Ratman

L’homme se passionne et se mesure à l’aune de l’intelligence développée allant des premiers affrontements à ceux plus actuels sur ce qui fait la domination et ses mécanismes ; l’agressivité pulsionnelle ou préméditée étant le pivot de l’action qui annonce et exécute « le faire mourir ».  Néanmoins là où les hommes peuvent briller par leurs achèvements sur le champ des affrontements, une autre sphère d’accomplissements, plus discrète, celle du milieu animal nous livre des comportements tout autant construits, tout autant dévastateurs.

Les vertus sociales de certains insectes (la fourmi, l’abeille ou la termite sur lesquels nous reviendrons lors de nos prochaines observations) et leur apparente truculence ne doivent flouer sur l’existence d’une sauvagerie du comportement de ceux-ci envers leurs semblables ; faisant de la cruauté opérante à nos pieds, une cruauté n’ayant rien à envier à celle agissante à notre hauteur.

Aux fins d’avoir une vision plus développée de cet univers au pire invisible, au mieux méconnu, une expérience exaltante serait de transposer notre mappemonde des conflits passés, actuels et parfois annoncés à ceux des territoires animaliers, laissant apparaître des radicalités plus nombreuses, complexes et violentes. Nous serions ainsi enfin fidèles à une réalité qui jusqu’à présent échappait à bon nombre d’entre nous, et sur laquelle le regard porté oscillait avec excès entre le chihuahua bonbon rose à celui fantasmé du piranha avide de sang. Reste que dans un cas, comme dans l’autre, nous n’appréhendons que très rarement la mesure animale des frictions existantes mais surtout le degré d’intelligence mis au service de l’agression.

Expérience première, l’observation du mécanisme d’agression chez le rat.  

Dans une colonie de rats, la position de leader se trouve généralement être occupée par un couple, dont la rate (femelle) est l’innarêtable mécanique. Lorsque les proies sont réparties et que le couple se met en chasse, au mâle est laissé le massacre de ses semblables et à la femelle les siens, avec une différence toutefois notable dans le modus operandi. Alors que le mâle n’attaque habituellement selon K. Lorenz qu’à « la queue » et au « bas du dos » dans des combats où la mise à mort subite est chose rare ; l’attaqué succombant généralement à un épuisement lent et diffus ainsi qu’à une « surexcitation nerveuse ». La rate elle, selon le professeur S. Steiniger fait usage d’une méthode plus « perfide et efficace » faisant d’elle une « véritable spécialiste du meurtre ». Steiniger décrit une action plus insidieuse dans laquelle la femelle s’approche furtivement à un moment où elle ne peut être soupçonnée pour mordre au cou sa victime « touchant très souvent la carotide ». Dans ce dernier cas, l’animal est laissé après quelques instants pour mort des suites d’une hémorragie interne.

Chez les rats est à considérer également avec une attention particulière, la place accordée à la communication et à la transmission qui apparaissent être au cœur d’un système vital et redoutable de préservation de l’espèce. Ainsi d’un rat à un autre sont transmis des états affectifs, davantage encore, selon Steiniger il existe « une transmission par voie de tradition, des expériences nouvellement acquises ». En conséquence lorsqu’un rat découvre une nourriture nouvelle, jusqu’alors inconnue « c’est le premier animal qui décide si la famille doit oui ou non en manger et dès que plusieurs membres de la bande ont examiné un appât sans l’accepter, aucun des autres ne s’en approche plus ». Un phénomène conduisant à un autre : la connaissance du danger représenté par un appât « est transmise d’une génération à l’autre et survit aux individus qui ont fait cette expérience »rendant par exemple caduque l’usage du poison dans les tentatives d’éradication du rat par l’homme.

Évoquer le rat, se fait communément à contrecœur, surtout lorsqu’en émerge des similitudes de comportement dans l’agression entre ce dernier et notre espèce humaine ; pourtant le prix Nobel Konrad Lorenz va aller encore plus loin en reprenant un passage de l’oeuvre de Goethe, Faust, dans lequel Altmeyer dit à Siebel qu’au final dans ce rat qui crève, c’est l’homme qui voit son portrait craché.

Elie Khoury

La Gerap+

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