Irak : Perspective sécuritaire à l’horizon du retrait des États-Unis, par Julien HERTEN

©Franco PAGETTI – Armored Wreck – Bagdad – 6 avril 2003

Bientôt 10 ans que les Etats-Unis ont envahi l’Irak. Alors que l’armée américaine se replie progressivement du théâtre irakien, la situation sécuritaire ne cesse de s’aggraver. Mois après mois, les violences s’exacerbent. A Bagdad, Mossoul, où Kirkuk, les attentats sont quotidiens. L’année 2011 n’est pas encore achevée qu’elle est déjà l’une des plus sanglantes que le pays ait connu depuis le renversement de Saddam Hussein.

L’Irak, en état de belligérance continue depuis 30 ans, rendu exsangue par l’embargo de l’ONU, pulvérisé par les Etats-Unis en 2003 et meurtri par une guerre civile (2006-2008) à l’origine de clivages confessionnels profonds, risque à nouveau de basculer dans le chaos. Son unité territoriale est également menacée. Le Kurdistan irakien est de facto quasi indépendant, tandis que les aspirations autonomistes des provinces sunnites et chiites sont de plus en plus fortes. 

Pour les Etats-Unis, c’est moins l’occupation de l’Irak que le renversement du raïs qui importait. Sans projet pour l’après Saddam Hussein, ils enchaînèrent les erreurs tactiques (perte rapide du soutien de la population locale) et stratégiques (dissolution de l’armée, processus de « désunnification ») conduisant au désastre actuel. Ils n’ont pas assumé le rôle colossal qu’il leur incombait, celui d’ingénieur politique. Les fondations politiques (constitution de 2005) sur lesquelles ont été rebâties le pays sont, en soi, source de discorde. En effet, la minorité sunnite, au pouvoir depuis des siècles, fut humiliée et marginalisée lors du processus de reconstruction politique. Encourageant celle-ci, en réaction, à se rebeller.

Dépourvu de légitimé et extrêmement faible, l’Etat ne parvient pas à maîtriser la spirale de violence. Depuis quelques mois, de nombreux chefs tribaux et des centaines de membres des Conseils du réveil (Sahwa), alliés aux États-Unis, désertent leurs positions pour gagner les rangs des insurgés, aidés en sous-main par des milliers de membres du personnel gouvernemental. Le ralliement des insurgés sunnites à la nouvelle stratégie contre-insurrectionnelle américaine en 2007, avait été la raison principale de l’amélioration sécuritaire. Au prix toutefois d’une communautarisation de la société.

Ce revirement s’explique par les déceptions de la population sunnite à l’égard des promesses non tenues du gouvernement chiite. Maliki s’opposant à leur intégration politique, la réconciliation nationale, chère aux américains, est un vœu pieu. En juillet 2010, seul 9000 membres des Conseils du réveil avaient été incorporés au sein des forces de sécurité, et moins de 40 000 emplois, la plupart ingrats, avaient été offerts aux 90 000 combattants de la Sahwa.

Pour l’heure, les États-Unis sont la clef de voûte sécuritaire. En accord avec le Status of Forces Agreement  conclu en 2008 entre Washington et Bagdad, toutes les forces américaines devront se retirer avant le 31 décembre 2011. La guerre américaine d’Irak s’achèvera, mais la guerre en Irak va perdurer et s’aggraver. Le scrutin de 2010, devant marquer la transition entre le retrait des troupes étrangères et l’arrivée d’un nouveau gouvernement, met plutôt à jour les divisons sociales et politiques du pays. L’objectif proclamé de Barack Obama d’un Irak « souverain, stable et indépendant » est irréalisable. Sur le plan militaire et stratégique, le pays n’est pas autonome. L’armée, avant tout opérationnelle pour des opérations de contre-insurrection, aura encore besoin de l’appui des Etats-Unis pendant plusieurs années.

Sur le terrain, le personnel militaire américain se réduit. Ce retrait sera compensé par l’augmentation massive des forces de sécurités privées et le renforcement de la présence diplomatique américaine aux endroits clefs du pays. L’ambassade des Etats-Unis à Bagdad est déjà la plus grande du monde. De la taille de la Cité du Vatican, son budget pour 2011 était de 6,5 milliards de dollars.

Toutefois, « au lieu d’un retrait total d’Irak, Washington fait tout pour y rester », estime Hosham Dawod, anthropologue spécialiste de l’Irak. Pivot géostratégique et centre de gravité sécuritaire du Moyen-Orient, la Mésopotamie est le théâtre d’un nouveau Grand jeu. Face à l’offensive économique et stratégique des puissances régionales (Iran, Turquie, Qatar, Arabie Saoudite) et la guerre en Syrie, les Etats-Unis veulent absolument maintenir leur influence sur ce pays. Leur présence en Irak va devoir se prolonger.

Julien Herten

La Gerap+

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