Les partis politiques dans la tourmente, par Elie Awad

De nos jours, les partis politiques sont inhérents aux schémas démocratiques, lesquels impliquent la participation des citoyens aux affaires publiques, tout cela dans le cadre de ce que l’on appelle la démocratie représentative.  Cette expression a longtemps été paradoxale, si l’on considère  que la démocratie est «  le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple »  (Abraham Lincoln) à l’instar de la démocratie athénienne. En l’état de la chose, la démocratie directe est impraticable, de part l’envergure géographique et démographique, mais encore du  fait des hétérogénéités sociales et économiques des sociétés modernes.  De facto, le peuple passe du statut d’absent à celui de présent à travers le mécanisme de la représentation, d’où l’émergence d’une certaine dépossession.

Conséquemment, Rousseau considérait le régime démocratique anglais, représentatif par excellence, comme un régime de servitude ponctué par de brefs instants de liberté, le moment des élections. Eu égard à ce constat, il fallut concilier la démocratie avec le régime représentatif, cela se traduit à la fin du XIXe par l’apparition du suffrage universel, l’abaissement de l’âge permettant de voter et enfin le droit de vote des femmes, trois versants qui ont permis de donner au régime représentatif le caractère d’un régime démocratique. Toutefois, ce remodelage a entrainé l’accroissement du corps électoral qui a nécessité une certaine « domestication », rendue effective par l’apparition des partis politiques, indispensables à la démocratie libérale et pluraliste, ayant vocation  à informer, inciter, influencer et convaincre ce nouvel édifice électoral. Nous voilà donc sous l’égide des partis politiques, si bien qu’on ne conçoit plus dans un système démocratique, une compétition électorale quelconque, un  jeu politique, un débat public sans l’intervention des partis politiques qui sont en réalité devenus le moteur de  la nouvelle ossature politique moderne.

Mais une fracture est née dans le paysage politique français, voilà une des principales conséquences afférentes à ce phénomène d’accroissement du corps électoral. L’apparition « d’intermédiaires » entre les élus et le peuple a contribué en une certaine dissociation de la légitimité des élus et de la confiance du peuple, phénomène patent que Pierre Rosanvallon, historien et intellectuel français, n’a pas manqué de souligner dans son livre « La contre démocratie, la politique à l’âge de la défiance ». Le peuple va alors, peu à peu s’affranchir de la tutelle des partis politiques, un réel désengagement politique va alors émerger comme le démontre l’affaiblissement du nombre d’adhérents aux partis et le déclin de la participation électorale. Ainsi les partis politiques ont perdu  leur éclat de jadis, ils ne sont plus les propagateurs de conceptions et d’idéologies politiques qu’ils étaient antérieurement.

Face à ce divorce, il convient donc de se demander, quels sont les moyens à mettre en œuvre pour opérer un repositionnement du parti politique sur la scène politique ?

In fine, cette carence de légitimité n’empêche pas les partis politiques de rester des acteurs incontournables dans la vie politique, des acteurs en déclin, peut-être, mais qui doivent afficher de nouvelles ambitions et tenter de s’adapter tant bien que mal aux mutations socio-politiques. Ils doivent se repositionner auprès de leurs électeurs, prôner une certaine proximité longtemps oubliée en faveur de l’oligarchie, s’allier avec les associations, les ONG, les entreprises, développer un nouveau type de « clientélisme », participer à des débats politiques plus pragmatiques portant moins sur la politique générale, sortir de l’opacité  et donc être plus en harmonie avec les attentes des citoyens et des groupes sociaux  tout en n’omettant pas de miser sur les nouveaux outils de communication, tel internet ou encore les mass medias.

En d’autres termes, les partis politiques cherchent à communiquer autrement et à s’adapter à toutes ces mutations en vue de se repositionner sur la scène politique.  Pourrait-on alors parler de l’avènement du « Peoplelitique » ? Tendance nouvelle  affectant l’art de gouverner et qui consiste en la mutation de la personne publique en une nouvelle espèce médiatique.

Elie Awad

La Gerap+

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