Inspirer et Intimider. Comment l’armée américaine perçoit la Chine, par Elie Khoury

À Norfolk, aux États-Unis d’Amérique existe une équipe de spécialistes liés au département de la défense américain, chargés de mettre en perspective les futures tendances, chocs, contextes et implications engageant armée américaine, leaders politiques et professionnels du domaine de la sécurité. Cette unité tente d’anticiper les événements à venir et prévoir les risques pouvant accabler la première puissance militaire mondiale avec un objectif précis : éviter à leur pays une nouvelle surprise stratégique ; le 9/11 en est une, tant les Américains croyaient leur territoire inattaquable, à ce degré et de cette manière. Savoir si la surprise venait de l’intérieur ou de l’extérieur, un autre débat.

Comprendre comment la force militaire américaine perçoit ses partenaires est un indicateur précieux sur les relations envisagées par cette même puissance qui veut dans tous ses mouvements « Inspirer et Intimider ».

Voici une transcription des débats du centre de commandement de l’armée américaine, avec pour premier volet, la Chine ; frénétique préoccupation américaine.

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À Norfolk, les spécialistes américains diffusent dans les armées une mise en garde claire à l’encontre de la Chine, l’évolution à leurs yeux que prendra celle-ci sera déterminante sur le caractère du 21e siècle : de la relation sino-américaine découlera soit une série de conflits d’une nouvelle intensité, soit un état de relative quiétude.

Intrinsèquement à cela, les Américains observent avec une nécessaire objectivité un volet fascinant de l’évolution chinoise : sa capacité à apprendre du monde extérieur ; non pas par une suite de concepts dérobés et contrefaits mais par un débat ouvert aux fins d’examiner et tirer enseignement de l’expérience occidentale. Ainsi, deux cas historiques captivent la Chine : la chute de l’Union Soviétique et le dépérissement de l’Allemagne nazie. Épisodes longuement étudiés dont les fruits font l’objet d’une diffusion à grande échelle à destination de la population à travers une série d’émissions retransmises en prime time. L’objectif est de tirer leçons des erreurs commises par les deux anciennes puissances, prétendantes au siège de première puissance mondiale et d’inculquer à la population chinoise dans son ensemble, une cohérence et une intelligence dans les objectifs à atteindre et sur les fautes à ne pas commettre.

Du cas soviétique les Chinois ont retenu l’importance de ne pas poursuivre un développement militaire au dépend du développement économique. C’est le chemin qu’a tracé Deng Xiaoping à la fin des années 1970 et que ses prédécesseurs suivent à la lettre tout en concédant une relative autonomie à la sphère militaire. Généraux et amiraux travaillent pour l’apparition d’une armée professionnelle, redoutable à travers une posture permettant une renaissance de la pensée militaire chinoise ; dessinant de nouveaux contours, puisant dans leurs traditionnels penseurs tout autant que dans l’examen de la littérature stratégique et guerrière occidentale.

Un consensus interne actuel en Chine établit pourtant qu’elle n’est pas assez puissante militairement et qu’elle devra se renforcer dans les années à venir pour disputer avec crédibilité, dans toutes les instances, le rôle premier. Un débat qui s’est élargit aux autres choix stratégiques que doit faire la Chine : doit-elle se concentrer sur une évolution continentale ou maritime, ou sur une combinaison des deux ? Une posture défensive ou offensive ? Comment le parti communiste chinois peut au mieux défendre les intérêts de la population dont les besoins se font grandissants ?

Ce qui est certain c’est que les Chinois étudient également avec précision la pensée stratégique américaine. Ainsi, en 2000, l’armée populaire de Chine avait plus d’étudiants dans les universités américaines que l’armée américaine elle-même, lui permettant une compréhension toujours plus développée des forces et faiblesses des États-Unis d’Amérique. Pour les États-Unis d’Amérique la Chine est la plus sérieuse menace régulière, Pékin connaît mieux Washington que Washington ne connaît Pékin.

Pourtant incontournable principe chinois :

« Connais-toi, connais ton adversaire, et cent batailles ne te mettront pas en danger. Si tu ne connais pas ton adversaire et que tu te connais, pour chaque victoire, une défaite. Si tu ne connais ni ton adversaire ni toi-même, à chaque bataille tu seras vaincu. » Sun Tzu

La Chine surveille toutes les hypothèses et travaille à se tenir prête pour une confrontation militaire directe avec les États-Unis d’Amérique. L’U.S. Navy inquiète de plus en plus les Chinois dans le domaine maritime où leur puissance est limitée, les Américains ont ainsi la capacité de rompre le cycle d’importation chinois de pétrole dont 80% passe par le détroit de Malacca.

En conséquence la Chine soutient avec acharnement ses scientifiques, ingénieurs et techniciens qui prennent part partout dans le monde aux découvertes scientifiques qui feront les infrastructures de demain et sur lesquelles la Chine entend bâtir sa prospérité et son système d’intégration à l’encontre des pays tiers. Reste que la Chine a conscience de ses forces mais également de ses faiblesses qui enrayent son développement : l’urbanisation, la pollution, les problèmes de pénurie d’eau, la protection de sa diaspora dans des régions comme la Sibérie ou l’Indonésie sont toutes des problématiques centrales que la Chine ne peut contourner et que d’autres travaillent à accentuer.

Elie Khoury

La Gerap+

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