Repenser le capitalisme, par Franck Beqiraj

Nul ne peut nier le constat amer que le fonctionnement actuel de l’économie globale constitue une grave menace pour la démocratie. La science économique standard enseignée aux quatre coins du monde distille une idéologie normative qui tend à légitimer les dérives anti-démocratiques de l’économie. La priorité pour les intellectuels et les penseurs sérieux serait donc aujourd’hui d’œuvrer à la constitution d’un savoir économique différend et alternatif permettant de mieux cerner la réalité complexe, afin de préparer le terrain à une prochaine réconciliation de l’économie et de la démocratie.

Il faut savoir qu’à l’origine le marché, qui est lui-même la source du capitalisme, entretient des rapports très étroits avec la démocratie, puisqu’il lui doit son essor et son développement pluriséculaire. Historiquement, en effet, c’est le souffle démocratique, impulsé dès le XIe–XIIe siècle en Europe occidentale par le mouvement d’affranchissement des villes de la tutelle fiscale et militaire des seigneurs féodaux, qui créa les institutions du marché.

Si jadis l’air de la ville rendait libre, c’est parce qu’avec l’appui des rois en lutte constante contre la noblesse féodale, les édiles communaux aménagèrent les espaces pacifiés qui se révéleront très favorables au commerce. On le voit donc, c’est l’édification d’îlots de démocratie en pleine monarchie féodale qui pose la première pierre à la construction du marché ; par conséquent le mouvement démocratique induit le capitalisme, et non l’inverse, comme on est parfois amené à le penser.

Cependant, cette alliance entre le capitalisme et la démocratie ne peut demeurer saine qu’à condition que le capitalisme reste soumis à une éthique forte et à une politique orientée qui permet de faire rentrer de nouveau dans la communauté démocratique ceux qui, pour une raison ou pour une autre, en étaient exclus. Pour cela, équilibrer les revenus globaux des plus puissants au profit des plus démunis par une répartition honnête me semble être une juste cause. Laisser, au contraire, les plus nantis se partager le gâteau entre eux sans la moindre forme de contrôle démocratique serait les laisser s’enfoncer dans une dynamique inique d’enrichissement sans limite, qui ne ferait que flatter leur sentiment de démesure et les plongerait dans l’hubris.

Or, c’est justement à ce genre de phénomène que nous assistons, impuissants, depuis maintenant plus de vingt ans. La victoire du néo-libéralisme a permis l’expansion et la propagation d’un capitalisme ultra-spéculatif planétaire. Si bien que de nombreuses voix se sont élevées pour prédire la fin pure et simple de ce système prédateur et sans pitié. Clairvoyance profonde ou sombre vaticination ? L’avenir proche nous le dira. Mais une chose est sûre : la fin du capitalisme ébranlerait la démocratie jusqu’à ses fondements mêmes, tant il est vrai que ces deux organisations sont consubstantielles de par le lien historique qui les lie.

A la place, il faut combattre ce que le capitalisme est devenu par le règne de l’hubris, pour pouvoir l’amender dans un sens plus démocratique, pour le bien du plus grand nombre.

Tout l’enjeu des prochaines années sera donc de trouver un compromis moral aux abus de toute sorte dont nous avons été les victimes et les témoins passifs ces derniers temps, afin de fixer les conditions économiques et éthiques d’un nouveau souffle démocratique pour l’Homme.

Franck Beqiraj

La Gerap+

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