Le 21e siècle ne sera pas américain, par Julien Herten

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Yue MINJU – Hat Series N°1 – 2004

L’époque où, en 1954, à la conférence de Genève sur la guerre d’Indochine, John Foster Dulles, secrétaire d’Etat américain, refusait de serrer la main de Zhou Enlai, Premier ministre de la République populaire de Chine, est révolue. Désormais incontournable pour les États-Unis, la Chine est le pays de tous les superlatifs.

Seconde puissance économique mondiale, première puissance manufacturière exportatrice, elle est également le premier créancier des pays en développement. Son PIB a doublé entre 2005 et 2010. Créancier par excellence des Etats-Unis, disposant d’environ 30% des réserves totales de change (2850 $), Pékin tient désormais Washington par la bourse. En novembre 2010, à la vieille du voyage de Barack Obama en Asie, le New York Times estimait à cette occasion que le président américain « rend visite à son banquier ».

L’ascension économique et politique chinoise s’inscrit dans un mouvement historique plus large ; l’émergence des BRICK (Brasil, Russia, India, Korea), la renaissance de l’Asie et le basculement du centre de gravité économique de l’océan atlantique vers le pacifique. Cette dynamique modifie en profondeur les équilibres stratégiques internationaux. Parallèlement, l’échec et les conséquences de la guerre d’Irak en 2003 et la crise financière de 2008, marque la fin du « moment » unipolaire américain et la décrédibilisation de son modèle politique et économique. En particulier aux yeux des pays en voie de développement et des puissances non occidentales.

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Parmi cet ensemble hétérogène, seule la Chine sera véritablement en mesure de rivaliser avec l’Amérique sur le plan global. C’est pourquoi, si Pékin est perçue comme une menace par Washington, c’est avant tout à l’égard de son hégémonie. Par conséquent, l’objectif prioritaire de la politique étrangère américaine est de maintenir son leadership de façon incontestable. Toutefois, dans un avenir proche, aucun État ne sera en mesure de les supplanter. D’un côté, européens et américains s’alarment de l’émergence de ce challenger destiné à bouleverser la hiérarchie des puissances, de l’autre, la Chine, considère qu’elle ne fait que retrouver la face perdue lors des guerres de l’opium au XIX° siècle.

Les objectifs de Pékin sont les suivants : poursuivre son développement économique afin d’assurer la stabilité politique et sociale interne, accroître sa puissance, et réaliser ses ambitions stratégiques, avant tout régionales (affirmer sa « souveraineté » en mer de Chine), en remettant en cause le statu quo axé sur la prépondérance américaine.

Sur le plan domestique, la Chine est fragilisée. La gestion des problématiques internes (accroissement des inégalités, pollution et problèmes environnementaux, contestations populaires à l’égard du pouvoir central) représente l’enjeu principal pour le parti communiste et son maintien au pouvoir. Le coût du maintient de la stabilité intérieure est d’ailleurs de plus en plus important. Les dépenses de sécurité intérieure étant supérieures à celles affectées à la sécurité extérieure.  

Sur le plan régional, l’objectif principal de Pékin est d’achever son unité territoriale en intégrant Taïwan à la République Populaire de Chine, de manière formelle ou non. En outre, il lui faut affirmer sa primauté et organiser la zone à son avantage, en marginalisant autant que faire se peut les États-Unis et ses alliés régionaux (Japon, Inde). Que ce soit en les défiant en mers de Chine, dans le pacifique où l’océan indien et en reconfigurant un jeu d’alliance défavorable.

La Chine affiche également des ambitions globales, mais pour l’instant, elle n’a pas les moyens de projeter sa puissance à la manière des Etats-Unis. D’ailleurs, même si elle les avait, elle n’agirait pas comme eux. Caractérisé par la pensée de Sun TZU, et une approche indirecte (typique du jeu de Go), l’offensive chinoise privilégie d’autres leviers d’actions, notamment une stratégie d’accroissement de puissance par l’économie, évitant, si possible, le recours à la force. Si la hausse des dépenses militaires chinoises fait couler beaucoup d’encre, il faut toutefois souligner que le terrain d’affrontement principal entre Pékin et Washington, n’est pas militaire, mais économique. Pékin ayant fait le choix de ne pas rentrer dans une logique de course aux armements au profit de stratégies militaires asymétriques (concept de Guerre hors limites).

La Chine est actuellement dans une période décisive. Elle dispose de quelques années pour créer une position déterminante de puissance par rapport à ses rivaux. Elle y parviendra avant tout dans le domaine économique. Washington et Pékin sont désormais engagés dans une lutte mondiale pour la suprématie. Cette rivalité se manifeste dans tous les domaines (financier, culturel, médiatique). Nul ne sait qui vaincra, mais à terme, une chose est sûre : « il ne peut y avoir deux tigres sur la même colline ».

Julien Herten

La Gerap+

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