A gauche, Mme Rita Ghosn en 2006 alors l’épouse de M. Carlos Ghosn. A droite, Mme Rita Kordahi divorcée de M. Carlos Ghosn, interviewée après l’arrestation de son ex-mari.

En 2006 Mme Rita Ghosn parle de M. Carlos Ghosn comme d’un homme « trop clair, trop tansparent, incapable de faire des concessions » au point qu’elle ne le verrait pas en « homme politique ». En 2018, alors divorcée de M. Ghosn elle dira de lui après son arrestation qu’il « a toujours cherché à dissimuler sa fortune et n’a jamais fait preuve d’équité ».

Vous pouvez retrouver ces deux articles dans leur intégralité :

Pascal, Pensées, Misère de l’homme sans Dieu

 

« 172. Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver.

Que chacun examine ses pensées, il les trouvera occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »

Pascal

This video that catches the last hours of Muammar Kadhafi is bloodcurdling; beyond his words that he wanted powerful, we see and feel the decline and fear of a man surrounded by his « enemies ». Even if we all know that he can be considered as a « mass killer », seeing an old man struggling, dying… remains difficult. He threatened Qatar in a symbolic way – for reasons I’m unaware of – or, maybe, I would like to believe, begged, in a desperate attempt, for their help. A man who has lived by the sword, and who has died by the sword.

Elie Khoury, La Gerap+

© Fulvio Roiter, Madeira, 1964.

« (…) If you want to learn an art worth knowing, you must set out to be unknown, and to count for nothing.

4. There is no lesson so profound or so useful as this lesson of self-knowledge and of self-contempt. Claim nothing for yourself, think of others kindly and with admiration; that is the height of wisdom, and its masterpiece. Never think of yourself better than the next man, however glaring his faults, however grievous his offences; you are in good dispositions now, but how long will they last? Tell yourself, « We are frail, all of us, but none so frail as I ». »

La Gerap+

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© Ricardo Cavolo

Je suis admiratif des analyses de la neurologue Sonia Lupien. Un exemple avec ses observations sur le stress, que j’essaye de reformuler ici :

Le stress,

  • Activé et exprimé par notre cerveau lorsqu’une menace est détectée,
  • Chercher à l’inhiber est dommageable, puisque le cerveau indique précisément de concentrer ses efforts à la lutte contre la menace détectée,
  • En ce sens, c’est l’expression d’un fonctionnement efficace face au danger,
  • Pousser un individu stressé à se relaxer est la chose la plus méconnue, inefficace et inadaptée, vectrice elle-même d’une surcharge de pression. Une personne ayant détecté une menace, ne peut justement pas « se relaxer » face au danger. Une personne ayant identifié un risque imminent ne pourra aller faire un « sauna » pour se détendre. Cela ne va ni la détendre, ni l’aider à lutter contre un danger d’après la neurologue, puisque à son retour, le danger n’aura pas disparu.

Pour Sonia Lupien :

  • Le comportement à adopter dans un état de stress est la résilience par la décomposition pour identification de l’origine du stress, donc de la menace. Une fois l’origine identifiée, le problème pourra être isolé pour permettre à l’individu de trouver une réponse à ce danger ; un plan B. Pour Sonia Lupien, face à un danger, la constitution d’un plan B est la preuve que l’origine du stress a été identifiée, isolée, réfléchie et potentiellement solutionnée. C’est cela uniquement qui va avoir un effet apaisant sur le corps et le cerveau. 95% des personnes ne feront jamais usage du « plan B », mais son existence, même virtuelle aura des bienfaits sur l’organisme.

Le méfait du stress, c’est lorsqu’un individu développe de manière chronique du stress, sans jamais en identifier l’origine. Activé continuellement, épuisant, il aura un effet dommageable sur le corps et l’esprit.

Elie Khoury, La Gerap+

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© Ricardo Cavolo

1973 – Konrad Lorenz : « Pour son malheur, l’humanité a appris à dominer toutes les forces du monde extérieur, mais elle sait si peu de choses sur elle-même qu’elle est livrée sans défense aux conséquences fatales de la sélection intra-spécifique.  (…) L’homme, comme facteur unique de sélection, déterminant le développement de sa propre espèce, est, hélas, loin d’être aussi inoffensif qu’un carnassier, même des plus dangereux.

(…) Sous la pression de cette concurrence entre hommes, ce qui est bon pour l’humanité entière, et même ce qui utile et bon pour chaque personne, a été complètement perdu de vue. L’écrasante majorité de nos contemporains n’accorde plus d’importance qu’à la réussite, à ce qui permet de vaincre les autres dans une contrainte impitoyable du dépassement.

(…) Il faut se demander ce qui porte le plus gravement atteinte à l’âme des hommes d’aujourd’hui : leur passion aveuglante de l’argent ou leur hâte fébrile ? (…) Mais il me semble très vraisemblable qu’en dehors de la passion de posséder et du désir d’avancement, l’angoisse y joue un rôle prépondérant. Angoisse d’être dépassé dans la course, angoisse de manquer d’argent, angoisse de se tromper dans une décision et de ne pas être à la hauteur d’une situation épuisante. L’angoisse, sous toutes ses formes, contribue essentiellement à miner la santé de l’homme moderne et à provoquer l’hypertension, l’atrophie des reins, l’infarctus précoce et autres choses du même genre. L’homme, perpétuellement pressé, n’est certainement pas animé par la seule convoitise. Les plus puissantes forces de séduction ne suffiraient pas à l’inciter à cette autodestruction. Il y est poussé et ce ne peut être que par l’angoisse.

La précipitation angoissée, l’angoisse qui précipite la vie contribue à priver l’homme de ses qualités les plus profondément humaines. L’une d’entre elles étant la réflexion.  (…) Un être, qui cesse de réfléchir, est en danger de perdre toutes ces facultés et ces qualités spécifiquement humaines. L’une des pires conséquences de l’agitation, nourrie par l’angoisse, est l’incapacité manifeste des hommes modernes à rester seuls en face d’eux-mêmes, ne serait-ce qu’un moment.

Ils évitent, avec une application anxieuses, toutes les occasions de recueillement et de retour sur eux, comme s’ils craignaient  de voir apparaître, durant leur réflexion, leur effrayant autoportrait, semblable à celui qu’a décrit Oscar Wilde, dans son horrible roman : « Le portrait de Dorian Gray ». Il n’existe pas d’autre explication à ce besoin de bruit, vraiment paradoxal, étant donné la neurasthénie de l’homme d’aujourd’hui. Quelque chose doit être étouffé à tout prix. Au cours d’une promenade en forêt, ma femme et moi avons entendu, soudain, le piaillement lancinant d’un transistor, qu’un garçon de seize ans transportait sur le porte-bagages de sa bicyclette. Et ma femme de remarquer : « En voilà un qui a peur d’entendre les oiseaux chanter ! » Je crois qu’il avait seulement peur de risquer de se retrouver, un instant, seul avec lui-même. Comment expliquer autrement que des personnes, ayant par ailleurs de fortes exigences intellectuelles, préfèrent passer leur temps à suivre les émissions publicitaires abrutissantes de la télévision, plutôt que de se retrouver seules ? Sinon, pour la simple raison que cela les aide à ne pas penser.

Les hommes souffrent donc de la tension nerveuse et psychique que leur impose la concurrence avec leurs semblables. Bien qu’ils soient dressés, depuis leur tendre enfance, à voir le progrès dans l’aberration démente de la compétition, l’angoisse qui les oppresse, se lit dans leurs yeux. Surtout dans le regard de ceux qui veulent être « dans le vent », qui sont les plus actifs et les premiers à mourir d’un infarctus.

(…) Les formes de vie luxueuses qui résultent du cercle vicieux : augmentation de la production – besoins accrus -, sont appelés tôt ou tard à porter gravement préjudice aux pays occidentaux, surtout aux Etats-Unis. Leur population ne pourra plus entrer en compétition avec les habitants des pays de l’Est, moins choyés mais plus sains. C’est une politique à courte vue des dirigeants capitalistes, que de maintenir des méthodes consistant à récompenser le consommateur par un niveau de vie plus élevé et à le « conditionner  » de telle manière qu’il poursuive sa compétition effrénée avec son prochain, au prix d’un épuisement nerveux et d’une hypertension croissants. »

Dans Konrad Lorenz, Les huit péchés capitaux de notre civilisation

Elie Khoury, La Gerap+

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© J’invoque en tant qu’architecte, mes droits à l’erreur et à l’anonymat

Que voyez-vous sur cette photo ? Des maisons dans un lotissement, comme il en existe des millions dans le monde n’est-ce pas ?

Pour l’éthologue Konrad Lorenz : « Ces bâtisses sont indignes de porter le nom de maison, car elles consistent en des rangées de stalles pour bêtes de somme humaines.

Faire l’élevage de poules pondeuses, dans des séries de cages minuscules, est considéré à juste titre comme une torture pour ces volatiles et comme indigne d’un pays civilisé. Par contre, on trouve parfaitement licite d’attendre de l’homme qu’il accepte un pareil traitement, alors qu’il est justement le moins préparé à supporter cette action à proprement parler inhumaine.

Il n’est pas fait, comme le termite ou la fourmi, pour pouvoir supporter d’être réduit à un élément anonyme et parfaitement interchangeable, parmi des millions d’individus rigoureusement identiques.

Celui qui habite une cage à bon marché, dans un bloc d’habitat pour bêtes de somme humaines, n’a plus qu’un moyen de préserver son amour-propre, c’est d’ignorer délibérément l’existence de ses multiples compagnons de misère et de s’isoler totalement de son prochain.

Dans les grands ensembles, on trouve très souvent des parois de séparation entre les balcons, pour rendre le prochain invisible.

On ne peut pas, on ne veut pas entrer en contact avec l’autre « par-dessus la clôture », de crainte de voir se refléter en lui l’image de son propre désespoir.

Des maisons identiques, dessinées sans beaucoup de réflexion, par des architectes dépourvus de culture véritable, à l’occasion d’un concours hâtif ; des centaines de milliers de logements en série, que leur numéro seul permet de distinguer.

Le sens esthétique et le sens moral sont manifestement étroitement liés. Il est évident que des hommes contraints de vivre dans les conditions que nous venons de parler, souffrent d’une atrophie de l’un et de l’autre.

La beauté de la nature et la beauté de l’environnement culturel, créé par l’homme, sont chacune nécessaire à la santé morale et spirituelle de l’être humain. Cet aveuglement total de l’âme pour tout ce qui est beau, que l’on voit se propager partout de nos jours, avec une telle rapidité, est une maladie mentale qu’il faut prendre au sérieux, ne serait-ce que parce qu’elle va de pair avec l’insensibilité envers ce qui est le plus répréhensible moralement. »

Elie Khoury, La Gerap+

Nous aimons Konrad Lorenz, en 2012, un article sur le mécanisme d’agression chez le rat.

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© Avvo Stories

Le prêtre peut consommer, mais cette consommation doit « prendre des formes qui ne contribuent pas à son propre confort ou à l’épanouissement de sa vie.

D’ordinaire il n’est pas convenable que le prêtre ait l’air bien nourri, ou fasse des éclats de rire : ce serait contraire au bon genre ». Certains vont jusqu’à refréner « toute gaieté et tout appétit déclaré : jouir des bonnes choses de ce monde est contraire au véritable décorum ecclésiastique ».

Que cela soit dans la façon de se vêtir, de se déplacer… « tout ce qui peut laisser supposer que ces serviteurs d’un maître invisible vivent une vie non pas consacrée à sa gloire, mais empressée à leurs propres fins, tout cela froisse rudement nos sensibilités ».

Tiré de l’ouvrage « Théorie de la classe de loisir » de Thorstein Veblen

Dans un autre registre, quelques enquêtes retentissantes aux États-Unis sur le train de vie de plusieurs pasteurs :

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©Yaba Left

Le télé-évangéliste Benny Hinn fait l’objet d’une enquête pour fraude et évasion fiscale par le Sénat des Etats-Unis et l’IRS (agence du gouvernement qui collecte l’impôt). Son église collecterait jusqu’à $200 millions dollars USD / an et lui reverserait en salaire $500 000 dollars USD / an. Il serait le propriétaire d’un jet privé et d’une maison estimée à $10 millions dollars USD.

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©STLT Today

La pasteure Joyce Meyer déclarait en 2003, $900 000 dollars USD / salaire annuel. A plusieurs reprises elle a fait l’objet de différentes enquêtes notamment pour violation des lois concernant les organisations à but non-lucratif. Son église déclarait en 2016 un chiffre d’affaires de $107 318 320 millions de dollars USD et un conseil d’administration où son mari et ses deux fils siégeaient en bonne place. A notre connaissance toutefois, elle n’a jamais été reconnue coupable par les autorités américaines.

©The Christian Post

La pasteure est néanmoins connue pour avoir eu un garde du corps, Christopher Coleman, condamné en 2015 à la prison à vie pour avoir étranglé sa femme et ses deux fils dans le but de démarrer une nouvelle vie avec sa maîtresse.

En 2011, il avait indiqué qu’il avait eu peur de perdre son emploi pour lequel il était rémunéré $100 000 dollars USD / an si sa relation extra-conjugale venait à être rendue publique.

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©Patheos

Kenneth Copeland en photo avec son nouveau jet à $36 millions dollars USD… un avion sur un mini aéroport lui appartenant également.

Le pasteur Copeland a fait l’objet en 2007 d’une enquête de l’IRS qui a duré plus de quatre ans sur notamment l’utilisation personnelle d’avions, maisons de luxe et cartes de crédit appartenant à l’église… sans pouvoir en 2011 le faire condamner.

Dans ce mélimélo il est d’intérêt de s’interroger sur notre relation à l’argent et notre sensibilité à l’égard de ceux qui peuvent « beaucoup en gagner » ou exprimer un quelconque train de vie, surtout lorsqu’ils occupent des fonctions que nous considérons nécessairement éloignées de tout gain / jouissance. Quelques éléments pour une réflexion qui ne peut « avoir la gâchette facile » sur les évangélistes américains, qui pour certains rappelons-le ont au moins le mérite de déclarer publiquement leurs gains. Ce qui est loin d’être le cas de beaucoup d’entre nous.

Elie Khoury, La Gerap+

Bibliographie :

  • JOYCE MEYER MINISTRIES, « 2016 Annual Repor »t, http://annualreport.joycemeyer.org/downloads/Joyce_Meyer_Annual_Report_2016.pdf, dernière consultation le 27 février 2018.
  • MENZIE N., « Joyce Meyer, Former Focus and Senate Probe, Was Paid $250K While Ministry Earned $110.5 Million in 2014 », The Christian Post, le 24 juillet 2015, https://www.christianpost.com/news/joyce-meyer-former-focus-of-senate-probe-was-paid-250k-while-ministry-earned-110-5-million-in-2014-141544/, dernière consultation le 7 février 2018.
  • CHRISTIE J., « Court upholds life sentence for televangelist’s bodyguard who strangled his family to death while they slept after starting an affair with his wife’s childhoold friend », Daily Mail, le 3 janvier 2015, http://www.dailymail.co.uk/news/article-2895728/Court-upholds-life-sentence-televangelist-s-bodyguard-strangled-family-death-slept-starting-affair-wife-s-childhood-friend.html, dernière consultation le 27 février 2018.
  • ZOLL R., « Televangelists escape penalty in Senate inquiry », NBC News, le 1er juillet 2011, http://www.nbcnews.com/id/40960871/ns/politics-capitol_hill/t/televangelists-escape-penalty-senate-inquiry/#.WpUuNYUTiTU, dernière consultation le 27 février 2018.
  • AVVO, « 6 Outrageously Wealthy Preachers Under Federal Investigation », Avvo, le 4 juin 2010, http://stories.avvo.com/nakedlaw/bizarre/6-outrageously-wealthy-preachers-under-federal-investigation.html, dernière consultation le 27 février 2018.

© Delcampe. « Titanic Boarding Pass » – Titanic construction financée par l’IMM, trust du milliardaire J. P. Morgan

 

Fait n°I – Le Titanic possédait 14 canots de 65 places, 2 canots de 40 places et 4 radeaux pliables de 47 places, le tout pouvant embarquer en cas de catastrophe 1 178 personnes. C’était plus que ce qu’exigeait la réglementation, mais moins que le montant total des occupants, 2 223 passagers. En cas d’avarie, 1 045 personnes risquaient de ne pas pouvoir embarquer sur les canots de sauvetage soit 52% des passagers.

Fait n°II – Dans la nuit du 3 au 4 avril 1912, juste après que le paquebot ait obtenu le certificat de navigabilité du « Bord of Trade » et alors en transit vers Southampton, une ville portuaire de la côte Sud du Royaume-Uni un feu s’est déclaré spontanément dans la soute à charbon.

Fait n°III – Le chef mécanicien Joseph Bell a prévenu le commandant Smith de l’incident. A savoir, pour éteindre le feu, il faut vider la soute jusqu’à atteindre le charbon en combustion. En attendant, il faut envoyer des jets de vapeur à l’intérieur et des jets d’eau froide sur les parois extérieures. Malgré les précautions prises par le chef mécanicien, lorsque le paquebot est arrivé à Southampton, le feu lui n’était toujours pas éteint.

A Southampton et durant l’escale, la soute ne sera pas vidée pour atteindre le charbon en combustion. Le commandant Smith prévenu, décide de garder le silence sur l’incident pour ne pas retarder le voyage inaugural.

Fait n°IV – Le chef mécanicien lui a un autre problème, le Royaume-Uni sortait d’une grève très dure durant laquelle le charbon n’a pas été livré aux compagnies maritimes. On ne trouvera que 4 427 tonnes de charbon. Le paquebot ne pourra naviguer que sept jours et demi à 22 nœuds. Assez pour atteindre New York, mais avec une marge de manoeuvre réduite au minimum.

Fait n° V – Le 9 avril des changements en cascade ont lieu dans l’état-major du bateau pour des raisons internes et un des cadres quitte le bateau en oubliant de prévenir son remplaçant qu’il avait caché les jumelles des vigies dans sa cabine pour ne pas qu’on ne les lui vole. Une première paire avait été perdue et personne ne voulait se risquer à perdre les secondes.

Fait n°VI – Le 11 avril à 13 h 30 le Titanic quitte Queenstown en direction de New York et pour satisfaire les exigences des services américains de l’immigration, chaque classe est séparée des autres par des portes et grilles cadenassées.

Fait n°VII – Le 11 avril à 23 heures, l’émetteur du Titanic tombe en panne. On passe une bonne partie de la nuit à le réparer et il fonctionne de nouveau un peu avant 5 heures du matin le 13 avril. Entre-temps plusieurs avis de glaces envoyés à d’autres navires ont été captés. Le Titanic s’apprête alors à traverser une zone dangereuse.

Fait n°VIII – En fin d’après-midi, le 13 avril le feu dans la soute à charbon est enfin éteint, mais la cloison étanche a été portée au rouge, imposant de changer les cloisons à l’arrivée à New York. Mais le chef mécanicien avec le commandant décident de tromper l’inspection en passant une couche d’huile sur la cloison pour lui donner l’aspect du neuf et éviter de devoir rester à New York.

Fait n°IX – Le 14 avril à 9 heures, le Caronia, paquebot de la Cunard adresse un avis de glaces au Titanic, mais le commandant décide de maintenir la vitesse de 22.5 nœuds et de ne pas doubler la veille.

Fait n°X – D’autres messages d’alerte sont reçus, notamment à 21 h 30 du paquebot Mesaba. Il a aperçu des icebergs et en signale les coordonnées. Mais le chef opérateur radio du Titanic croule sous les messages commerciaux qu’il doit transmettre aux différents voyageurs et oublie de remettre le message du Mesaba à la passerelle.

Fait n°XI – Vers 22 heures 30, le Titanic croise le cargo Rappahannock qui par signaux lumineux l’averti d’un épais champ de glace et plusieurs icebergs. Il lui indique qu’il a été endommagé. Le Titanic accuse réception du message, mais continue sa route en maintenant sa vitesse.

Fait n°XII – A 23 heures, le Californian appelle le Titanic pour signaler qu’il a été pris dans les glaces. L’assistant du chef opérateur déjà en communication « rabroue vertement l’importun ».

Fait n°XIII – A 23 h 39, le matelot-vigie aperçoit une masse sombre que sans jumelles il n’arrive pas à identifier. En plissant les paupières il reconnaît un iceberg qui grossit de seconde en seconde. A 0 h 05 on fait préparer les canots de sauvetage, mais personne ne s’y bouscule car le Titanic leur paraît plus solide que jamais. Les premiers canots partent avec très peu d’occupants. Ils ne seront remplis qu’à 1 h 30 lorsque chacun réalisera la gravité de la situation.

A 2 h 20 du matin du 15 avril, 1 500 personnes se débattent dans l’eau glacée.

 

Rédigé sur la base exclusive des éléments du livre de Gérard Piouffre, « Les femmes et les enfants d’abord ! Les grands naufrages de l’histoire », Editions First, 2016, 311 pages.

 

Elie Khoury, La Gerap+

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© Ask Zelda – NSA

Les ragots, les rumeurs et les potins sont bien souvent inévitables dans toute organisation humaine, mais inacceptables lorsqu’ils portent préjudice à la réputation, l’honneur ou aux sentiments d’une personne.

Mais ces derniers ont également des bienfaits, car ils sont souvent d’excellents tuyaux sur des organisations et des hommes parfois complexes, secrets et/ou rigides, ils peuvent ainsi aussi révéler des changements rampants de grande envergure à venir, d’où les analyses qui en sont faites (RUMINT – Rumor Intelligence)… mais ils peuvent aussi trahir des problèmes sur votre propre organisation :

  • Est-ce qu’il n’y a pas assez de travail et/ou les gens ne travaillent pas assez et s’occupent ainsi ?
  • Est-ce que votre organisation est stricte, vous ne communiquez pas ou ne communiquez pas correctement ; cela donnant corps et raison à des ragots et rumeurs au sein de votre organisation ?
  • Existe-t-il des problèmes entre les employés qui n’auraient pas été réglés par les dirigeants ?

Des bienfaits des potins, mais intolérables lorsqu’ils sont excessifs et malveillants. Ils recèlent parfois et toutefois de précieuses informations pour les analystes, à charge de savoir les obtenir et les analyser.

 

Ce texte a été traduit, interprété et enrichi sur la base de publications originales et déclassifiées de la NSA, issues de la rubrique inspirante « Ask Zelda ».

Elie Khoury, La Gerap+

© Hein Heckroth

« Un stratège doit penser en termes de paralysie, et non de meurtre. Et même au niveau moins élevé de l’art de la guerre, un homme tué n’est qu’un homme en moins, tandis qu’un homme démoralisé véhicule les germes de la peur et est capable de répandre une épidémie de panique.

Au niveau le plus élevé de l’art de la guerre, les impressions ressenties par l’esprit du chef adverse peuvent annuler la capacité de combat de ses troupes. Et, sur un plan plus élevé encore, les pressions psychologiques effectuées sur le gouvernement d’un pays peuvent suffire à tarir tous les moyens de guerre à leur source, de même qu’une épée tombe naturellement d’une main paralysée. »

Basil H. Liddell Hart, Stratégie

Elie Khoury, La Gerap+

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© L’Économiste maghrébin

Elie: Dr. Pozsgai Alvarez it’s a pleasure having you here with us. For this occasion, we want you to comment several myths that can be considered facts and vice versa about corruption, but first of all, can you please tell us a little bit about yourself?

Joseph Pozsgai Alvarez (JPA): Sure. It’s a pleasure to be here talking about the topic that drives me so much. I started working on issues related to corruption, specially preventive policies and monitoring instruments, in 2009 when I joined the Prime Minister’s Office in my home country, Peru. A year later I decided to enter academia, where I’ve been focusing on corruption tolerance and the politics of anti-corruption reform since then. Now I’m trying to develop a new comprehensive model to analyze anti-corruption drive in developing countries, but I split my time between this and the development of a database of corruption news called Daily Corruption : News Feed & Database.

In one sentence, what is corruption?

JPA: It’s the misuse of office for private gain. This is the most common, and valid, definition at least.

Do you, as Peruvian, consider that corruption is only a developping countries’ problem?

JPA: Not at all. There’s a clear bias, coming in part from a euro-centric, liberal discourse that tends to reserve the label for political systems and societies that do not share their political and economic values ; and while it is true that most of the developing world suffers from endemic corruption, the truth is that such treatment of the problem tends to focus on perceptions, which responds heavily to a specific form of malfeasance—the bureaucratic form—while trying to oversee manifestations of corruption that appear at the policy-making level. Many developed countries are clearly affected by special interests and lobbies, and yet these issues don’t seem to make it much into rankings such as those of Transparency International or the World Bank.

Do you believe that only the rich corrupt and the poor are corrupted?

JPA: If we consider corruption as a form of transaction, then it is easy to think of the poor as victims or corruptees. And that may be true, but this image pertains particularly to collusion. Extortion, on the other hand, is based on power relations that do not necessarily involve money, and so we find many times that big business falls pray to bureaucratic or political corruption just to guarantee its survival in unstable markets. So, it really depends on the elements and conditions of each case.

Is corruption mainly  a Southerners’ thing? Something easier for us to do?

JPA: This is complex point to argue indeed. Corruption, as many other political and social variables, is deeply intertwined with economics, and so it’s actually possible to say that the South suffers more from corruption than the North. As I mentioned earlier, corruption can be experienced almost everywhere in poor countries, and it is much more difficult to interact with it in the developed world. But this doesn’t mean it’s not there; it’s just out of reach for most, hidden inside high-level circles.  Corruption is more widespread in the South, for sure, but the problems of that part of the world extend to a vast range of phenomena, including weak bureaucracies, unstable political systems, high rates of violence and low levels of interpersonal trust, etc. Systemic corruption is a big issue, but is only one of the symptoms of a much bigger problem. Corruption is not a regional characteristic; it’s a human characteristic, driven primarily by greed, and it needs to be externally controlled like any other crime. So, corruption is there wherever enforcement is weak.

I totally agree with you, very important to say that it’s a human characteristic driven by the reasons you mentionned and not a simple regional characteristic. Do you believe that corruption is a Western countries’ obsession?

JPA:  No. It’s true that the current international anti-corruption movement has it’s roots in the U.S.’s FCPA is the 70s, and that it took a lot of effort for them to make things start moving. But remember that the Inter-American Convention Against Corruption came before the conventions of the OECD ; and that, even though much of the aid money to fight corruption comes from the West, so does aid for almost everything else. And in fact, corruption scandals are heavy hitters, and have always been, in the developing world just as much as in industrialized countries, and it’s not uncommon to have leaders there thrown out of office as a consequence. It is reasonable to say, however, that corruption is a liberal-democratic countries’ obsession. Concerning the West, corruption threatens the stability of the international liberal system itself, so anti-corruption efforts make total sense in that framework. For democratic (or quasi democratic) countries everywhere else, corruption is at least antithetical to rule by consensus.

I tend to believe that the UK Bribery Act is much more strict and extensive than the US FCPA, making the UK Bribery Act – As far as I know – one of the toughest laws against corruption in the world. Do you agreed on that?

JPA: That’s correct. The FCPA did (and still does) a really great job, but the UK Bribery Act benefitted from decades of American casuistry, and so it covered many of the loopholes. Another thing is the level of enforcement, however. Since the increase in FCPA enforcement actions a few years ago, for example, civil law consequences against corrupt businesses have been on the rise thanks to a friendly institutional environment and the willingness of victims of corruption to introduce law suits. This mechanism is still rather untapped in other countries, including the UK, as far as I know. Hence, it’s important to not only consider the content of the law, but it’s effective application.

There might also be other interesting developments coming soon on the enforcement front, as experts argue for the use of regional human rights courts to tackle corruption, and even the setting up of an international anti-corruption court. It still too early to say if these venues would be feasible, or ever adviceable ; what is clear though is that we still have room to explore.

Are there any countries that have accepted corruption as a problem that they cannot fight? And for that reason have developped a manner to live with?

JPA: It’s not just a matter of there being any country of that sort, but that in fact most countries (or large parts of their societies) in the developing world have already surrendered to different degrees. This was to be expected, although very few saw it coming in the 90s. The problem is the clash between expectations and reality, obviously, but it originates from the international anti-corruption movement itself. Well-meaning but naive supporters of anti-corruption reform sold the idea that change was not only possible, but probable, and engaged in policy interventions all over the world. This wave, tragically but forseeably, had a much higher rate of success among opinion leaders of civil society, media actors, NGOs and the general public than with political actors, the group that was actually needed to be convinced or pressured. Don’t get me wrong, the idea is not inherently wrong, as civil society is a source of change in regards to public malfeasance. But the failure of such an intervention risked the spread of cynicism, and that’s exactly what happened. The public expected change, wanted change, but they couldn’t be mobilized, and thus failed to become a catalist for change. Politicians, on the other hand, instrumentalized the idea of corruption for their own political gain, and anti-corruption promises became a staple of electoral processes around the world. Today, just as before, corruption is part of life for most developing countries ; now, however, people are deeply aware of that, aware of something being astray, aware of the failure of the democratic process. Before they had the potential ; now they have deep-rooted skepticism.

Implementing sanctions is sufficient?

JPA: Definitely not. Anti-corruption work is really a complex and multidimensional effort, starting with the two basic pillars of prevention and control. Prevention can then be further sub-divided in training, awareness raising, monitoring, incentive creation, etc. ; while control includes investigatory and prosecutorial powers, skills, advanced tools, criminalization, and others. But « implementation »is indeed the key. I would even go as far as to say that we currently have most of the technical issues pinned down, as the the repertoire of good-practices, instruments and strategies were already quite at the beginning of the century. The UNODC published some comprehensive guides even before the UNCAC came along, and this body of knowledge have only kept growing since then. We are at a different stage now, considered by experts as one centered on implementation issues. At the core of the current fight against corruption stands the question of leadership willingness to support anti-corruption reform. We need to be able to inform policy interventions with data on how to make decision-makers actually adopt, implement and enforce the tools we already have.

Are the poor, always the loosers? Because, even if we accept corruption, we still need money to corrupt people right, or at least something they want?   

JPA: Definitely. In fact, there is ample data showing that the poor are the ones most affected by corruption, as they not only become deprived of rightful access to public services, political representation, fair legal procedures, etc., but they also end up paying a much larger portion of their income in comparison to the middle class and those more well off. This is the dylemma faced by the poor in corrupt countries : sacrifice precious money to gain access to goods that are much cheaper to others, or sacrifice that access altogether. In this sense, the poor are not participants of corruption, but the victims. This argument pertatins especifically to cases of extorsion, of course, but we should not underestimate the extense of this type of corruption among the poorest sectors of society. To collude, you first need money (at least more money than time and rights). Extortion is the plight of those left behind.

            Another way to look at this in a more systematic way is by considering that society at large represents the victim, or loser, of the illicit relation created by corruptor and corruptee. Society is the group actor that pays the costs of corruption—or externalities—through both its direct and indirect consequences. Such costs may be somehow offset, at least partially, by occasionally partaking in malfeasance and taking the role of either corruptor or corruptee in mutually beneficial collusive transactions. But for many individuals who, due to their extremely low income have very limited or no access to collusive transactions and stand only to be extorted, corruption makes constant losers of them all, forcing them to bill the costs.

Thank you very much Joseph for your time and contribution. Anything else you would like to add?

JPA: I would just like to finish by saying that the anti-corruption movement stands at a crucial point right now in regards to public and political support. There’s a big gap between popular perceptions and the discourse of those working in compliance and other technical areas, and it needs to be addressed by accepting that both groups are largely mistaken in their assessments. Sure, we now have the ISO 37001, but it’s not really much of an improvement from previous initiatives such as UK’s BS 10500; sure, the operation Car Wash, and the Panama Papers and Odebrecht cases have exposed the level of political corruption in Latin America, but these point more to the increased capacity of journalists and prosecutors than to a rise in corruption levels. In other words, things are not as bad as people thing, but are also not as good as some experts tend to believe. The reality is that without a consistent and unified effort from different groups to pressure leaders into implementing reform, not much will change in the short term, except maybe for the extent of bureaucratic corruption. This area might see an improvement thanks to the transformation of the status quo in many developing countries, who are changing their electoral and governing styles and will keep reaping economic benefits as a consequence. But let’s not fool ourselves, the higher structures of the status quo will remain stable if we don’t take a different approach to curb corruption at the top.

DC

Elie Khoury, La Gerap+

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© Mustafah Abdulaziz

Lorsque l’on recherche un bénéficiaire ultime – personne détentrice d’une société ou activité – et sans lien avec la complexité qui pourrait être celle du schéma appliqué, on doit trouver un ou plusieurs individus.

Identifier le bénéficiaire ultime d’une entreprise, n’est réellement d’intérêt que si cela permet également d’expliquer la nature du pouvoir exercé et ses finalités. Mener à bien une telle démarche investigatrice est difficile.

Mais existe-t-il des bénéficiaires ultimes d’un autre ordre et encore plus difficiles à détecter ?

Nous avons récemment appris d’un investisseur chinois, qu’il faisait depuis son baptême religieux affaire avec Dieu ; que ce dernier était son partenaire et l’actionnaire à 51 % de toutes ses affaires et activités.

Conclure à de la folie, ranger cela dans l’inexplicable ou le démesuré, moquer cette information ou espérer en trouver trace dans un document légal est la tentation première.

Sur une planète terre qui réunit plus de sept milliards d’habitants et peut-être tout autant de religions et de croyances, il existe bien des présences invisibles et des voix inaudibles ; des décisionnaires et bénéficiaires indétectables à l’œil nu, à l’oreille inattentive et régissant plus souvent qu’on ne le croit, des activités de première importance.

Elie Khoury, La Gerap+

© Pr. Hooshang Amirahmadi

Good morning Professor and thank you for having accepted our invitation. It’s a privilege and honor to have you here with us. If you don’t mind, let’s get into the debate; we know full well that your time is valuable. Professor Amirahmadi, you are known, among other things, as a presidential candidate for the 2013 elections in Iran. The Guardian Council rejected your nomination, is this true and why?

Yes, I was prevented from standing for the popular vote. The reason, I was told, was that the political situation of Iran at the time was “too sensitive.” They told me that certain people or groups are going to use my entry into the election to create political chaos. They also told me that I was popular with the people and my entry will initiate activities that could not be controlled. In reality, they were afraid that the Iranian people will demand that I be given a chance to stand for their vote. This is what the regime did not want. I was not just their type of candidate!

Do you understand the reason for this rejection?

They never officially tell you why you have been rejected. They certainly do not see me fitting the model of the theocracy that the Islamic Republic is. I am a secular nationalist social democrat.

You wrote an open letter to the Council in 2005, eight years before your candidacy. What did you tell them?

It is a 13-page letter. In a nutshell, I told the Guardian Council’s president, Mr. Ahmad Jannati, that the rejection of my candidacy is illegal and against Iran’s national interest.

Do you still dream of becoming president?

Yes, why not. Every Iranian has the right to try and the Iranian people have the right to freely choose their president. They also must be given an alternative besides the current “bad” and “worst” alternatives. They need a better alternative for building a better Iran.

What future holds for people (Iranian-Americans) like you in Iran?

Iranian-Americans are very different. Some will never return and others will dream of returning till they die. In the middle, there are many who do go back and forth, with some freely and others with certain political difficulties. A few even get arrested. Generally speaking, expatriates are not welcome by the Islamic regime, and the theocracy wishes them to stay abroad rather than returning home.

How Iranian-Americans are perceived in Iran?

Most are suspected of being anti-regime or even spies! The regime does not trust most of them and also think that most expatriates have become culturally decadent and unfitting of the theocracy.

Is it dangerous for you to go there?

No, it is not but there is always uncertainty and difficulty. The Islamic Republic is not a monolith and various forces there may have a different plan or view of people who travel there. I am a professor and a critic of the regime, as well as a political activist, but I am not a regime changer. I also observe the so-called regime’s redlines, particularly regarding the theocracy’s value system and sanctities.

What do you think you can do for your home country?

A lot, if I may claim! I am a professor of international development as well as an economic development planner. I can certainly put together a development plan for the nation and execute it to the best interest of the people. I have already drawn such a plan. On my website, I have posted my 2013 Campaign Plan, in Persian and English, and I am very proud of its vision, ideas and programs for Iran (http://amirahmadi.com/en/vision-plan/campaign-plan/). I have also spent our 27 years in US-Iran relations and have written extensively about what can be done with this cancerous relations. I believe I have a plan for a better US-Iran relations as well. My Whitepaper, posted on the site of the American Iranian Council (http://www.us-iran.org/white-paper) is a witness to this claim.

Why not to run in American elections (why Iran and not America)?

My simplest answer is this: Iran needs me more than the US.

You are considered as one of the most recognized expert on Iranian affairs. Do you think that you could have a role to play in the Trump administration?

Not officially but as an expert, certainly! I am already trying to make my mark on the emerging system and as before I plan to work with the new administration to promote better US-Iran understanding and dialogue. I will also be submitting a White Policy Paper to the Trump Administration, just like the Whitepaper I wrote for the Obama Administration.

As a specialist of the relationship between Iran and the United States, what can we expect in the coming months? To borrow the title of one of your books “Is Confrontation Necessary”?

No, still no confrontation is necessary between the two states. The Trump Administrations is still in the making, and from its make up so far in foreign and national security sides, we can see that it will be quite anti-Iran. It is very possible that the relations will suffer as more sanctions are expected to follow. I can say one thing with certainty, that there will be no war between the two nations, save for accidental encounters in the Persian Gulf. It must also be noted that Trump is a businessman and we can expect pragmatism as well, particularly because he need to make the US economy grow fast to create jobs, and the Iranian large market for trade and investment offers him a great opportunity.

You know the Clintons well. Are Bill and Hillary the same?

More or less yes, but there are differences as well. They are both democrats, well-educated, quite opinionated, and highly dynamic. But Bill is more domestically focused than Hillary who is more attracted to the international community. This makes Bill more of an economic person and Hillary more of a political and international operator. Bill had limited interest in foreign adventures, including regime change, while Hillary is more of an interventionist and do not mind to change regimes that she does not like.

Before the American elections, we heard from the Iranian administration that President Trump is the best candidate for Iran. Do you agree with that?

No I do not. None of the two candidates, Trump and Clinton, were really good for Iran. Hillary might have been a bit even worse because of her interventionist approach but Trump will also be tough on Iran unless Tehran gives him a deal he cannot resist. This deal must include both political retreat from certain Middle Eastern theatres, including Iraq, Syria, Lebanon and Yemen, and huge economic concessions – so huge that it will make Trump lift certain US sanctions on Iran, including oil and gas.

How influential is the American Israel Public Affairs Committee in US policy-making towards Iran?

I would say quite a bit but its power is due to the animosity between the US and Iran rather than to IAPAC’s own absolute power. Generally speaking, any lobby group that works in the direction of US policy can be powerful and influential. In contrast, any lobby group that works in the opposite direction of US policy, will not make it. IAPAC is influential when it comes to Iran because Iran and the US are hostile towards each other, and IAPAC presents itself as a guarantor of American interest (not directly Israeli’s). In one case, the nuclear deal, when IAPAC worked against the US policy, it failed to influence the result. It must also be noted that IAPAC’s influence goes through the Congress while its influence on the White House has always been limited.

Is Iran looking for normalization of relation with Israel?

Not at the moment but the Islamic regime’s anti-Israeli sentiment is mitigating by day. It is very possible that the two nations will be able to work out there ideological differences in the near future. Note that Iran and Israeli have no territorial, religious, historical or cultural problems between them. There problem is an ideological one, emanating from the Islamic revolution – which is slowly crumbling.

How do you see Iranian-Saudi Relations?

Very dangerous. Unfortunately, the relations is highly miss-managed on both sides, and the third parties in the region and beyond also interfere to create more animosity. It is imperative that the two nations resolve their political-ideological differences as geography has condemned them to live together and co-exist in peace.

In your opinion, what are the mistakes that have been committed by Iran?

Let me single out a few as the list is just too long. The first big mistake was that the revolutionaries did not want to live with each other and from the beginning they tried to eliminate each other. Specifically, the religious groups eliminated the secular forces and created a destructive divide among the people. The second mistake was taking American hostage, which led to Iraq’s war against Iran, lasting for 8 bloody years. The third mistake was to try to export the Islamic revolution to the neighboring states, a problem that continues to make Iran stay engaged in Syria, Lebanon and Iraq. The Forth mistake was to take on Israel and make it into an enemy, a problem that has also complicated Iran’s relations with the US. Finally, Iranian regime should have focused on domestic side and deliver on the promises of the revolution, including democracy, social justice, economic development and national independence in economic and political arenas. Instead, the Islamic Republic became increasingly involved in foreign adventures.

What is your opinion of President Rouhani?

He is a good man but not a good President or manager. He keeps making baseless promises, raising expectations that he cannot deliver. In a world of growing nationalism and populism, he preaches an outdated neoliberalism. His economic policy has driven the country to the brink of economic collapse, and his lack of interest in social justice has widened the already huge wealth and income gaps in the nation. Social justice, employment and economic “development” are not his favorite terms. He keeps talking about economic “growth” without knowing what it really entails and how it might be achieved beyond selling more oil in the international markets and importing junks and luxury items for the super-rich few! His foreign policy achievement is also nil to none. The JCPOA (the nuclear deal) has already proven a disappointment. His view of the political world is also outdated as he thinks that the world has become a theater of equal negotiating countries. He and his foreign policy team is oblivious to the fact that the world has increasingly moved in the direction of nationalism, protectionism and tougher competitions, and that only powerful nations can survive in such a global environment.

What are today’s problems of the Iranian Society?

The problems are too many to enumerate! Unemployment for the youth is critically high, in high double-digit figure. Inflation for necessities is equally high for a people who has actually seen its purchasing power decline in the last 4 yours. Economic growth is sluggish and oil dependent while economic development is not even on the agenda. Real economic sectors, including industries, are not growing; most are indeed underutilized or had to shut down in the last few years. Political reform is stalled and elections are increasingly “engineered.” Political factionalism is more intense than ever before and it is largely focused on grabbing power rather than offering a better alternative. It is now openly said that the Iranian people are caught between “bad” and “worst” options when they decide on whom to vote for, in presidential or parliamentary elections. Social problems are equally many and serious. Gender inequality is unacceptably high, and women suffer from significant legal, social and political discriminations. Youth addiction parallels their unemployment and is unacceptably high. Marriage age has increased to well beyond 30 years, diverse rate is very high, some say over 50 percent, and prostitution has become widespread. Then there are the problems in international relations. Relations with the US, Israel and Saudi Arabia are dangerously hostile and on the rise. Relations with even countries that are not seen as enemies are not often stable, including Europe. The Islamic Republic’s support for Hezbollah and the Palestine, and its interventions in Syria, Iraq, Lebanon and Yemen (less so) are highly contested by regional states and the West. Finally, Iran today suffers from a lack of “identity.” The Islamic Republic, which used to be Islamic and revolutionary is increasingly none. In the meantime, the regime has failed to catch up with the growing Iranian nationalism – which it sees as contrary to its theocracy. Thus, the Republic is becoming without a clearly defined identity, a situation that will sure create a tough crisis for the regime to manage.

Do you still believe that Iran will never initiate any preemptive strike against its neighbours?

Yes, I do but as I have said it before, only a “strong” Iran is peaceful not a “weak” Iran. Unfortunately, revolution, economic sanctions and conflicts over the last 37 years have weakened Iran significantly, forcing the Islamic Republic to intervene in its neighborhood to create a “strategic depth” to protect its theocracy. The problem is that whenever Iran is weak, not only it feels less secure and thus becomes aggressive, but its neighbors also take advantage of its weakness to initiate hostility leading to regional troubles and instability. The 1979 revolution weakened Iran and encouraged Saddam Hussein to attack Iran. After 8 years of war, Hussein then had to invade Kuwait to plunder it to pay for his debts. That initiated the US war against Iraq, and then the domino began and we see the result now in the form of many regional conflicts and tremendous instability.

Do you believe that Iran is a peaceful international actor?

A strong Iran is, but a weak Iran can be an aggressor or invite aggression against itself.

Thank you Professor for your time, it was a pleasure having you here with us. We wish you and your loved ones a Merry Christmas and a Happy New Year. Do you have a last word for our French readers?

Let me thank you for this opportunity and say Happy Holidays to you and to the noble people of France, including your readers. Let me also take this opportunity to say that a better Iran is a social-democratic Iran, and plea that the peace-loving French people support the campaign for such an Iran.

Elie Khoury, La Gerap+

© Whooli Chen
© Whooli Chen

« Dans les premières phases du conflit (guerre civile libanaise), Amal s’allie avec le Mouvement national, qui fédère les partis de la gauche musulmane sous la direction de Kamal Joumblatt. Mais Moussa al-Sadr en vient vite à contester les orientation du chef druze auquel il reproche d’utiliser les chiites comme chair à canon ou, selon ses mots, d’être prêt à « combattre les chrétiens jusqu’au dernier chiite ». »

Dans, Eugene Ronan, Histoire des Arabes de 1500 à nos jours, New-York, Perrin, 2013, 722 p.

© New York Magazine
© New York Magazine

« The IPIP-Neo in an acronym for ‘International Personality Item Pool – Neuroticism, Extraversion & Openness’ and is a personality questionnaire that assesses people on the Big Five model (Created by Costa) of Openness, Conscientiousness, Extraversion, Agreeableness & Neuroticism. It is a scientifically based test of personality traits, and is generally accepted worldwide as one of the more highly regarded, and accurate, personality questionnaires. Individuals’ answers to the test are compared with others’ results, giving a standardised way to test personality, and without the comparison to others results the test becomes less meaningful »1.

Thanks to the Pennsylvania State University, you can choose online between two types of questionnaires, the original one (long version) and the short one, to get a better idea of your personality.

TAKE THE TEST HERE

Elie Khoury, La Gerap+

If you want to go further:

Goldberg, L. R. (1999). A broad-bandwidth, public domain, personality inventory measuring the lower-level facets of several five-factor models. In I. Mervielde, I. Deary, F. De Fruyt, & F. Ostendorf (Eds.),Personality Psychology in Europe, Vol. 7 (pp. 7-28). Tilburg, The Netherlands: Tilburg University Press.

Goldberg, L. R., Johnson, J. A., Eber, H. W., Hogan, R., Ashton, M. C., Cloninger, C. R., & Gough, H. C. (2006). The International Personality Item Pool and the future of public-domain personality measures.Journal of Research in Personality, 40, 84-96.

  1. PSYCHOMETRIC TEST, « IPIP Neo », Psychometric Test, https://www.psychometrictest.org.uk/ipip-neo/, Last accessed on 10 December 2016.

© Sina Nassiry
© Sina Nassiry

Sina, merci de nous faire l’honneur de ta présence. Nous avons toujours pris plaisir à t’écouter parler de l’Iran et tu l’as inlassablement fait d’une manière juste, équilibrée et généreuse. En t’invitant à cet échange, nous souhaitons partager avec le plus grand nombre, les fruits des discussions qui nous animent. Pourrais-tu néanmoins commencer par te présenter, à ta manière, avec tes propres mots et mettre l’accent sur ce qui a forgé ton identité et les responsabilités qui sont les tiennes aujourd’hui ?

Tout d’abord, je te remercie toi, Elie Khoury, ainsi que les autres membres de la Gerap+ de me donner l’occasion de m’exprimer sur l’Iran, qui est le pays d’origine de mes parents et donc, la moitié de mon identité. J’ai été naturalisé français au début des années 2000 dans le cadre du regroupement familial et j’ai commencé par parler le persan durant mon enfance, avant même le français. Je suis donc binational et pleinement imprégné d’une double culture qui m’a été transmise par ma famille et par l’école républicaine. La richesse de cette alchimie culturelle m’a mené à occuper divers postes dans le conseil, l’industrie et maintenant la finance. J’occupe un poste d’analyse de marché pour un grand groupe français, en rapport avec l’Iran.

Cher Sina, est-ce si naturel que cela, pour un Français d’origine iranienne de s’intéresser à l’Iran ? As-tu déjà eu du mal avec tes racines, pris tes distances avec ce pays, est-ce qu’il y a déjà eu des discontinuités dans ton regard sur Téhéran ?

Plus jeune, j’avais rêvé d’être designer automobile, car passionné par les voitures et le dessin. J’ai toujours eu cette ambition jusqu’à ma terminale, année cruciale pour tout lycéen qui cherche la bonne orientation pour son avenir. Et puis, j’ai rétropédalé brusquement pour plusieurs raisons : les débouchés limités que ce choix m’offrait mais surtout, mon identité iranienne m’interrogeait : pourquoi était-ce toujours problématique de voyager aux USA même avec un passeport français ? Pourquoi l’Iran était perçu comme un pays peu accueillant ? Il faut rajouter à cela les accusations faites à l’Iran sur son soutien au terrorisme international, son programme nucléaire controversé, la réélection en 2009 de Mahmoud Ahmadinejad qui n’a pas été reconnue par la communauté internationale et les 40 dernières années d’histoire commune à la France et à l’Iran (présence de l’Imam Khomeini, exil de Farah Diba, Wahid Gordji etc.) Ce cocktail explosif a très largement contribué à mon changement de cap pour étudier les relations internationales afin de mieux comprendre le passé mais surtout, les enjeux à venir. Cependant, mon intérêt était aussi alimenté par une soif de voyages et d’une très large appétence pour la région moyen-orientale (sa musique, son folklore, ses langues etc.), assez naturel lorsque l’on a soi-même des racines orientales.

Comme je l’ai souligné, les relations bilatérales étant très politisées, mes parents se sont refusés à se mélanger à la diaspora iranienne malgré quelques amis iraniens. J’ai donc eu à faire face à une situation où à la fois je cherchais à comprendre mes racines mais dans une certaine limite. Cela ne les as pas empêchés de m’inscrire à l’école iranienne pour apprendre à lire et écrire mais également de m’emmener annuellement en Iran.

Enfin, l’ignorance des autres m’a paradoxalement poussé à me construire une base de connaissance solide pour corriger certains propos. En réalité, j’ai constaté que, singulièrement, chaque Iranien a pour ambition de promouvoir son pays, mais en distinguant bien la culture de l’Iran, de la politique et de la religion. C’est également dans cette optique je m’inscris en tant que « mini-ambassadeur » de l’Iran à Paris. L’Iran a malheureusement peu bénéficié d’une publicité favorable à son égard durant les dernières décennies et l’image qui en est souvent faite est celle d’un pays fermé, archaïque, misogyne et dangereux. J’essaie aussi de faire tomber les stéréotypes de ce genre même si par soucis d’honnêteté intellectuelle, je reconnais que l’Iran a besoin d’évoluer sur de nombreux points.

Je voudrais, toutefois, préciser que si cette interview était effectuée par une association iranienne en Iran, j’aurais eu la même fierté à parler de la France et de mon identité française. Ce qui vaut pour l’un vaut pour l’autre.

Selon toi, existe-t-il une diaspora iranienne influente en Europe, si oui, quelles en sont les places fortes ?

Les principales diasporas iraniennes en Europe sont celles de Londres, de l’Allemagne, notamment à Frankfort, Hanovre, Düsseldorf mais également en Suède et aux Pays-Bas. Parmi les personnalités connues de cette diaspora, il existe le chanteur Arash d’origine irano-suédoise qui est assez connu dans le milieu de la pop iranienne mais aussi Fahrad Moshiri (irano-britannique) qui s’est fait connaître pour avoir acheté le club d’Everton FC. Aujourd’hui, le ministère suédois de l’Administration publique est dirigé par Ardalan Shekarabi, d’origine iranienne. Golshifteh Farahani, la célèbre actrice ayant joué aux côtés de Leonardo Di Caprio, réside elle à Paris.

Cher Sina, quel avenir en Iran pour les supporters du Shah Reza Pahlavi ?

Il est inexistant. Premièrement, parce que la République Islamique est un régime très stable, bien enraciné et autosuffisant. Il ne peut y avoir de renversement comme on pourrait l’entendre. Deuxièmement, parce que 60% de la population iranienne à moins de 30 ans et qu’elle n’a aucune idée de ce que pouvait être la monarchie pour la réclamer. Par conséquent, j’ai pour profonde conviction que les réseaux monarchistes exilés aux Etats-Unis en soutien à Reza Pahlavi n’ont aucune chance d’aboutir. Nombreuses sont les chaînes de télévision pro-Shah diffusées aux Etats-Unis et qui peuvent être accessibles par satellite en Iran : et pourtant rien ne se passe.

Sina d’après toi, les Iraniens qui ont fui l’Iran vers les Etats-Unis sont-ils perçus par les autorités comme des personnes à surveiller ? Ou au contraire, les perçoit-on comme des facilitateurs avec l’extérieur ?

Non pas particulièrement. Au contraire, la police aux frontières accueille chaleureusement les Américains, d’origine iranienne ou non. Tout dépend de leurs activités politiques et des convictions politiques affichées. En plus des activités politiques, il existe une ligne rouge pour les autorités iraniennes, mais cela concerne tous les Iraniens résidant à l’étranger ; ceux de confession Bahaï ne peuvent se rendre en Iran car il y est interdit de pratiquer cette religion.

En tant qu’étranger à l’Iran, j’ai été frappé par la radicalité de plusieurs intervenants sur le pays. Je parle d’experts, hommes d’affaires, membres de la société civile qui hier diabolisaient le pays et aujourd’hui l’adoubent sans distance aucune. Comme s’il y avait une forme de schizophrénie ; détester / aimer, une forme de frugalité brutale dans l’approche de ce pays. As-tu déjà ressenti cela dans les débats en France lorsqu’il était question de l’Iran ?

Il y a une méconnaissance assez frappante de l’Iran en France de façon générale. J’ignore à quoi cela est dû, peut-être à l’entreprise de diabolisation médiatique qui en a été faite à partir de 1979. Les relations franco-iraniennes sont dans une certaine mesure, passionnelle.

La France est le pays qui a permis dès le début des années 60 à l’Iran d’acquérir un programme nucléaire civil sous le régime du Shah (Eurodif / Sofidif). La France a également été la terre d’accueil de l’Imam Khomeini lorsqu’il a été expulsé de l’Irak. C’est à partir des années 1980 que les relations se sont complexifiées. L’implication de la France dans la guerre civile du Liban a servi de levier à l’Iran, également impliqué au Liban, pour faire pression sur la poursuite des accords bilatéraux en matière nucléaire. La France avait arrêté sa collaboration avec l’Iran car elle considérait qu’elle ne négociait plus avec le même régime. Ainsi, la fin des années 1980 a été marquée par des attentats à Paris qui ont été attribués de près ou de loin à l’Iran en plus des otages français au Liban et l’attentat du Drakkar à Beyrouth. Rappelons qu’une des fameuses séquences du débat de l’entre deux tours des élections présidentielles de 1988 entre François Mitterrand et Jacques Chirac a porté sur Wahid Gordji, diplomate iranien accusé de complicité dans ces actions[1]. L’exil de Abdolhassan Bani Sadr (premier Président de la République islamique d’Iran), celui de Farah Diba, ancienne impératrice d’Iran, de Maryam Radjavi, Présidente des Moudjahidin du Peuple à Paris, fait de notre pays une place hautement stratégique pour l’Iran, et donc dans les relations bilatérales.

Il faut donc avoir l’ensemble de ces éléments en tête pour comprendre pourquoi les politiques ont tenu un discours vitriolant à l’égard de l’Iran pendant un nombre d’années. Personnellement, je comprends également la posture française pendant ces nombreuses années. Toutefois, il existe effectivement une « Iranomania » depuis peu, notamment après la signature du JCPOA. Ce retournement de veste s’explique par plusieurs raisons :

  • La stabilité qu’offre l’Iran et son potentiel économique.
  • L’exaspération d’une certaine élite de constater une alliance sans fondement avec les pétromonarchies sunnites du Golfe qui auraient une potentielle responsabilité dans le soutien au terrorisme islamiste que la France combat.
  • La machine médiatique a permis de redécouvrir un pays en matière culturelle et touristique en plus d’une culture qui s’exporte : le réalisateur Asghar Farhadi aura été un des pionniers de cette promotion culturelle depuis ces cinq dernières années.
  • Enfin, sans mauvaise foi, l’Iran est devenu « bankable « en raison de son caractère original qui plaît aux « bobos ». Si Jean-Paul Sartre et Michel Foucault ont été des partisans de la Révolution islamique à ses débuts, cette même classe sociale a fait de l’Iran sa nouvelle destination de villégiature. En effet, l’Iran, bien qu’au fait des dernières tendances stylistiques et technologiques, reste un pays authentique avec un patrimoine millénaire. L’Iran fait vendre et fait « chic » dans les mondanités car il reste un pays encore mystérieux par rapport au Maroc ou même au Liban pour le visiteur qui cherche à découvrir l’Orient. Son exotisme est donc bien apprécié dans une société qui est la nôtre aujourd’hui.

[1] http://www.ina.fr/video/I04261072

Y a-t-il des personnes que tu considères incontournables lorsque l’on en vient à parler de l’Iran ? Je parle d’hommes et de femmes que tu trouves pertinents ; des personnes que tu admires et pourquoi.

Il n’y a pas d’ « Hélène Carrère d’Encausse » de l’Iran à proprement parler mais certaines personnalités ont très clairement fait de l’Iran leur spécialité. Cependant, ce n’est pas à moi de juger la qualité de leur travail ni de leur pertinence. Tout d’abord parce que je n’ai jamais accompli à ce jour autant qu’ils ont accompli pendant leur carrière, mais aussi parce qu’en tant qu’Iranien, j’ai une idée assez générale des thèmes étudiés : en conséquence, j’ai une certaine idée de leurs travaux qui ne fait que confirmer mes opinions.

Cependant, j’ai un réel respect pour un certain nombre de personnes qui s’intéressent à l’Iran. D’un point de vue universitaire, Jean Kellens a dirigé la chaire de langues indo-iraniennes au Collège de France pendant une vingtaine d’années et a mené des travaux sur le zoroastrisme, première religion d’Iran datant du pré-judaïsme (2500 ans avant J-C). Bernard Hourcade, lui est un géographe qui est aujourd’hui Directeur de Recherches au CNRS et qui a toujours eu, à mon sens, une analyse fine sur les problématiques iraniennes. Sur les questions économiques, Thierry Coville, professeur à Novancia, a mené d’importants travaux de l’Iran sous sanctions. Je finirai par trois, sociologues, Constance Arminjon, Farhad Khosrokhavar, et Yann Richard, qui s’intéressent davantage aux problématiques de l’islamisme, mais également des relations entre le chiisme et l’Etat iranien.

Les blogs de deux journalistes, Armin Arefi et Georges Malbrunot, respectivement sur Le Monde et le Figaro sont de bonnes sources d’informations. Récemment, la journaliste Mariam Pirzadeh, envoyée spéciale de la chaîne d’information France 24, a tourné d’intéressants sujets sur des facettes cachées de l’Iran.

Enfin, Me Ardavan Amir-Aslani, avocat franco-iranien, a, en plus d’avoir brillamment réussi dans les affaires entre la France et l’Iran, écrit de nombreux ouvrages sur la géopolitique du Moyen-Orient et de l’Iran. Son aura fait du bien à notre diaspora car comme je l’ai dit précédemment, l’Iran n’a pas bénéficié d’une bonne image pendant de nombreuses années. Ses interventions à la télévision contribuent à une bonne vulgarisation de ce qu’est l’Iran au XXIème siècle.

Des acteurs de la société civile se sont également penchés sur l’Iran, notamment le Cercle Iran Economie qui a organisé plusieurs débats au Sénat sur les enjeux de l’ouverture économique. Il y a également un nouveau site d’information sur la presse iranienne qui a éclos ces derniers mois, connu comme « Les Lettres Persanes ». Il propose des brèves analyses et riches revues de presse hebdomadaires de l’actualité iranienne.

Si l’on comparait la relation entre la France et l’Iran à un corps malade, dans quel état dirais-tu qu’il est aujourd’hui ?

Je dirais que les deux pays ont eu la chance d’être supervisés par de très bons cancérologues et que la chimiothérapie a bien fonctionné. Une rechute est, bien évidemment, toujours à prévoir.

L’on joue beaucoup de l’argument : « Les Allemands et les Italiens sont loin devant vous les Français pour conclure des affaires à Téhéran, bougez-vous pour y aller, sinon vous passerez à côté de nombreuses opportunités. » Est-ce si mauvais d’être troisième ?

Tout dépend de l’objectif fixé ! Il faut se dire aussi que ces deux pays n’ont pas participé aux négociations sur le nucléaire et que, de ce fait, ils ne sont pas politiquement « connotés » dans leur diplomatie économique. Cet élément est à prendre compte car très souvent, la presse iranienne a décrié la position de Laurent Fabius pendant le cycle de négociations du JCPOA. Pour le moment, les deux seuls constructeurs européens qui sont établis en Iran sont français : le Groupe PSA et Renault. Cela place la France au premier rang ! Cela concerne également l’hôtellerie puisque le Groupe Accor gère deux hôtels à Téhéran. Je n’ai pas, à ma connaissance, d’informations selon laquelle des mastodontes industriels allemands ou italiens aient établi de réelles affaires à ce tel niveau d’avancement.

Nous avons déjà entendu, notamment d’officiels iraniens, que le président Donald Trump sera meilleur avec l’Iran que n’aurait jamais pu l’être Madame la secrétaire d’État Clinton si elle avait été installée à cette fonction. Partages-tu ce sentiment ?

Effectivement, bien que cela puisse paraître contradictoire avec les nombreuses déclarations du nouveau Président des Etats-Unis. Personnellement, je vois Trump comme le moins pire des candidats pour l’Iran.

Je perçois Trump comme un homme d’affaires qui a géré des activités commerciales et sa fortune pendant de nombreuses années sans véritable colonne vertébrale idéologique. Bien que les dernières nominations pour son cabinet ainsi que le vote du Congrès[1] aillent dans le sens contraire des intérêts de l’Iran, je crois en un calcul rationnel de sa part. Si Boeing et General Electric Oil ont pu obtenir des autorisations exclusives de la part du Trésor pour négocier avec l’Iran sous l’administration Obama, et si cela aboutit concrètement à des relations commerciales entre les deux pays, alors il n’y a aucune raisons que Trump coupe l’herbe sous le pied d’ouvriers dans le domaine de l’aéronautique ou de l’énergie. Je ne vois pas comment il justifierait d’empêcher de la création d’emploi et de richesse.

Hillary Clinton a, quant à elle, une posture idéologique bien plus prononcée que Trump. Son tempérament me paraît plus belliqueux, moins diplomate que John Kerry a pu être, mais surtout, sa proximité avec Israël mais également les pays arabes du Moyen-Orient auraient très largement été en défaveur à l’Iran.

Dans les deux cas, je pense qu’aucun des deux n’auraient cherché à toucher au JCPOA. Mais je pense que l’esprit pragmatique de Trump dans les affaires pourrait être favorable aux intérêts iraniens tandis que Clinton s’y serait opposé.

[1] http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/12/03/l-iran-s-offusque-du-maintien-des-sanctions-americaines_5042787_3218.html

Parmi les quelques candidats connus à la présidence en France, quel serait d’après toi le candidat le plus amical envers l’Iran ?

Lors des primaires de la Droite du Centre, le candidat gagnant, François Fillon a souligné à plusieurs reprises l’importance de discuter plus amplement avec l’Iran dans la lutte contre le terrorisme. La gauche française a traditionnellement pris parti en faveur des Moudjahidin du Peuple, hostile à la République islamique mais il est primordial de saluer le pragmatisme du Président François Hollande lors de son mandat pour avoir accepté les négociations sur le programme nucléaire iranien en juillet 2015. Quant à l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen a toujours affirmé soutenir l’Iran mais Marine Le Pen est encore trop timide sur ce point là ; si elle n’a pas encore demandé le départ de Bachar Al Assad en Syrie, elle critique pourtant les alliances de la France avec les pays du Golfe. Ce n’est pas pour autant qu’elle souhaite un rééquilibre de la diplomatie française au Moyen-Orient au profit de l’Iran.

Le président Rohani est-il d’après toi sur la sellette pour les prochaines élections et pourquoi ?

Oui il peut l’être. On observe un retour très marqué des conservateurs et des cléricaux qui barrent la route au gouvernement iranien : programmation de concerts annulés au nom de la proéminence du religieux sur le culturel, libération de Moussavi et Karoubi toujours bloquée (les deux candidats réformateurs des élections présidentielles de 2009) mais surtout les conséquences du JCPOA qui se font encore attendre.

Rohani risque de perdre la Présidence car les promesses d’une bouffée d’oxygène se font attendre. Si les prix sont plus ou moins stables, le pouvoir d’achat des Iraniens sur tout le territoire reste inférieur à ceux espérés avec les promesses d’une ouverture sur le monde. Les investissements étrangers tardent car les circuits bancaires avec l’Iran ne sont pas automatisés ni rétablis comme ils auraient dû l’être. En bref, il y a un ce sentiment général qui est de penser que l’Iran s’est fait avoir en ayant renoncé à sa souveraineté, son programme nucléaire sans avoir récolté quelque chose de concret en retour. Pourtant, Rohani peut également gagner à nouveau la Présidence car les gens se sentent plus libres, moins sous pression et qu’une véritable classe moyenne s’est développée depuis ces cinq dernières années.

Cher Sina, on prête aux jeunes Iraniens un côté ouvert, n’hésitant pas à dire de cette population qu’elle aime boire, consommer et sortir. On résume l’occident à ça et les interlocuteurs iraniens, les plus à mêmes d’échanger avec les Occidentaux à ce côté. En d’autres termes, faut-il être plus occidentalisé que les Occidentaux pour traiter avec eux ?

Il y a une dichotomie entre la population civile iranienne et ses cadres dirigeants. S’il y a une frange de la jeunesse iranienne qui s’indexe sur un mode de vie occidental, elle ne reste toutefois pas majoritaire en Iran. Comme je l’ai dit plus haut, l’émergence d’une classe moyenne avec un mode de consommation proche de nos standards ne signifie pas cependant une rupture totale avec les valeurs qui sont propres aux Iraniens. Par conséquent, je pense au contraire qu’il est primordial d’être au fait des us et coutumes locales pour être respecté et apprécié par son interlocuteur iranien, surtout dans le monde des affaires et de la politique.

Pour terminer, pourrais-tu nous faire part d’un point que tu aurais aimé aborder dans cet échange et que nous n’avons pas eu l’occasion de discuter. Quelque chose qui retient ton attention ?

Mon opinion la plus personnelle à propos de l’Iran serait celle-ci : avant même de comprendre l’Iran par les livres, sa langue, sa politique ou son histoire, commencez par goûter à sa cuisine. Ses saveurs et son raffinement sont de très bons indices pour comprendre l’étendu des subtilités que regorge ce pays !

Cher Sina, si nos lecteurs souhaitaient entrer en relation avec toi, quel moyen le plus simple pour te contacter ?

Mon adresse mail : nassiry.sn@gmail.com

Sina je te remercie de nouveau de nous avoir fait l’honneur de ta présence et d’avoir pris la peine de répondre à nos questions.

Tout le plaisir est pour moi.

Elie Khoury, La Gerap+

©Lens
© Lens

What service did you attend today?”… To what church do you belong?” quand ces questions permettent d’évaluer votre solvabilité et pour motif, dans l’ouvrage de Max Weber, “L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme”, l’auteur lors d’un voyage aux Etats-Unis se fit résumer la chose de la façon suivante :

« Monsieur, je pense pour ma part que chacun peut croire ou ne pas croire ce que bon lui semble ; mais quand je vois un fermier ou un marchand qui n’appartient à aucune église, je ne lui donnerai pas 50 cents : – Qu’est-ce qui peut le convaincre de me payer s’il ne croit à rien ? »

L’explication fut encore plus enrichie quand on lui expliqua – après qu’il ait assisté à un baptême baptiste – ce qui avait été mis en place avant que l’individu puisse se présenter au baptême : « Je demandais encore pourquoi et comment, et il ne me répondit que l’admission dans la communauté baptiste locale, encore strictement attachée aux traditions religieuses, n’était possible qu’au terme d’une « mise à l’épreuve » minutieuse et d’une enquête extrêmement tatillonne sur la « transformation » du fidèle depuis sa plus tendre enfance : fréquentation de tavernes ? Danse ? Théâtre ? Cartes ? Retards de paiements ? Autres marques de légèreté ? ».

Ce n’est qu’une fois parfaitement étudié et évalué, que le baptisé jouissait de garanties absolues, le processus permettait aux yeux de tous d’affirmer que ladite personne possédait les qualités éthiques d’un gentleman, et surtout bénéficiait, de mérites commerciaux. Max Weber indique que ce dernier était désormais : « certain de recevoir les dépôts de toute la région et de bénéficier d’un crédit illimité, sans craindre la moindre concurrence ».

Mais alors pourquoi fait-on une distinction entre les églises et les sectes ? Car, alors que nous serions acceptés de naissance et de fait dans une église, la maison du Seigneur étant ouverte à tous et la grâce étant donnée « aux justes comme aux injustes », la secte elle choisit ses membres, gratifiant ses fidèles d’un certificat de qualification éthique et commerciale.

Et pour conclure : « Quelle que fût sa position, celui qui voulait être vraiment respecté dans cette démocratie devait cependant non seulement s’adapter aux conventions de la society bourgeoise, y compris à une mode masculine très stricte, mais il devait aussi, en règle générale, pouvoir manifester ostensiblement qu’il était parvenu à entrer, au terme d’un vote positif, dans l’une des sectes, clubs ou sociétés de tous ordres dont la légitimité était suffisamment reconnue, et à s’y imposer en confirmant sa qualité de gentleman. Ceux qui n’y parvenaient pas n’étaient pas des gentlemen, ceux qui dédaignaient ces associations – c’était souvent le cas des Allemands, par exemple – avaient des difficultés à faire leur chemin, surtout en affaires ».

*Toutes les citations sont tirées de l’ouvrage de Max Weber : Weber, Max, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Flammarion, « Champs classiques », 3e édition, 2002, 394 pages.

Elie Khoury, La Gerap+

Lens
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Morceaux choisis de la préface de Jean-Paul Sartre du livre « Les damnés de la terre » de Frantz Fanon.

« Bref, le tiers monde se découvre et se parle par cette voix.

On sait qu’il n’est pas homogène et qu’on y trouve encore des peuples asservis, d’autres qui ont acquis une fausse indépendance, d’autres qui se battent pour reconquérir la souveraineté, d’autres enfin qui ont gagné la liberté plénière mais qui vivent sous la menace constante d’une agression impérialiste. Ces différences sont nées de l’histoire coloniale, cela veut dire de l’oppression. Ici la Métropole s’est contentée de payer quelques féodaux : là, divisant pour régner, elle a fabriqué de toutes pièces une bourgeoisie de colonisés ; ailleurs elle a fait coup double : la colonie est à la fois d’exploitation et de peuplement. Ainsi l’Europe a-t-elle multiplié les divisions, les oppositions, forgé des classes et parfois des racismes, tenté toutes les expédients de provoquer et d’accroître la stratification des sociétés colonisées.

(…)

Nos procédés sont périmés : ils peuvent retarder parfois l’émancipation, ils ne l’arrêteront pas. Et n’imaginons pas que nous pourrons rajuster nos méthodes : le néo-colonialisme, ce rêve paresseux des Métropoles, c’est du vent ; les « troisièmes forces » n’existent pas ou bien ce sont les bourgeoisies bidon que le colonialisme a déjà mises au pouvoir. Notre machiavélisme a peu de prises sur ce monde fort éveillé qui a dépisté l’un après l’autre nos mensonges. Le colon n’a qu’un recours : la force, quand il lui en reste ; l’indigène n’a qu’un choix : la servitude ou la souveraineté.

(…)

Mais, direz-vous encore, nous vivons dans la Métropole et nous réprouvons les excès. Il est vrai : vous n’êtes pas des colons, mais vous ne valez pas mieux. Ce sont vos pionniers, vous les avez envoyés, outre-mer, ils vous ont enrichis ; vous les aviez prévenus : s’ils faisaient couler trop de sang, vous les désavoueriez du bout des lèvres ; de la même manière un Etat – quel qu’il soit – entretient à l’étranger une tourbe d’agitateurs, de provocateurs et d’espions qu’il désavoue quand on les prend. Vous, si libéraux, si humains, qui poussez l’amour de la culture jusqu’à la préciosité, vous faites semblant d’oubliez que vous avez des colonies et qu’on y massacre en votre nom.

(…)

Nos soldats, outre-mer, repoussant l’universalisme métropolitain, appliquent au genre humain le numerus clausus : puisque nul ne peut sans crime dépouiller son semblable, l’asservir ou le tuer, ils posent en principe que le colonisé n’est pas le semblable de l’homme. Notre force de frappe a reçu mission de changer cette abstraite certitude en réalité : ordre est donné de ravaler les habitants du territoire annexé au niveau du singe supérieur pour justifier le colon de les traiter en bêtes de somme. La violence coloniale ne se donne pas seulement le but de tenir en respect ces hommes asservis, elle cherche à les déshumaniser.

Rien ne sera ménagé pour liquider leurs traditions, pour substituer nos langues aux leurs, pour détruire leur culture sans leur donner la nôtre ; on les abrutira de fatigue. Dénourris, malades, s’ils résistent encore la peur terminera le job : on braque sur le paysan des fusils ; viennent des civils qui s’installent sur sa terre et le contraignent par la cravache à la cultiver pour eux. S’il résiste, les soldats tirent, c’est un homme mort ; s’il cède, il se dégrade, ce n’est plus un homme ; la honte et la crainte vont fissurer son caractère, désintégrer sa personne. L’affaire est menée tambour battant, par des experts : ce n’est pas d’aujourd’hui que datent les « services psychologiques ». Ni le lavage de cerveau. Et pourtant, malgré tant d’efforts, le but n’est atteint nulle part : au Congo, où l’on coupait les mains des nègres, pas plus qu’en Angola où, tout récemment, on trouait les lèvres des mécontents pour les fermer par des cadenas. Et je ne prétends pas qu’il soit impossible de changer un homme en bête : je dis qu’on n’y parvient pas sans l’affaiblir considérablement ; les coups ne suffisent jamais, il faut forcer sur la dénutrition. C’est l’ennui, avec la servitude : quand on domestique un membre de notre espèce, on diminue son rendement et, si peu qu’on lui donne, un homme de basse-cour finit par coûter plus qu’il ne rapporte. Par cette raison les colons sont obligés d’arrêter le dressage à la mi-temps : le résultat, ni homme ni bête, c’est l’indigène. Battu, sous-alimenté, malade, apeuré, mais jusqu’à un certain point seulement, il a, jaune, noir ou blanc, toujours les mêmes traits de caractère : c’est un paresseux, sournois et voleur, qui vit de rien et ne connait que la force.

            Pauvre colon : voilà sa contradiction mise à nu. Il devrait, comme fait, dit-on, le génie, tuer ceux qu’il pille. Or cela n’est pas possible : ne faut-il pas aussi qu’il les exploite ? Faute de pousser le massacre jusqu’au génocide, et la servitude jusqu’à l’abêtissement, il perd les pédales, l’opération se renverse, une implacable logique la mènera jusqu’à la décolonisation.

            Pas tout de suite. D’abord l’Européen règne : il a déjà perdu mais ne s’en aperçoit pas ; il ne sait pas encore que les indigènes sont de faux indigènes : il leur fait du mal, à l’entendre, pour détruire ou pour refouler le mal qu’ils ont en eux ; au bout de trois générations, leurs pernicieux instincts ne renaîtront plus. Quels instincts ? Ceux qui poussent les esclaves à massacrer le maître ? Comment n’y reconnaît-il pas sa propre cruauté retournée contre lui ? La sauvagerie de ces paysans opprimés, comment n’y retrouve-t-il pas sa sauvagerie de colon qu’ils ont absorbée par tous les pores et dont ils ne se guérissent pas ? La raison est simple : ce personnage impérieux, affolé par sa toute-puissance et par la peur de la perdre, ne se rappelle plus très bien qu’il a été un homme : il se prend pour une cravache ou pour un fusil ; il en est venu à croire que la domestication des « races inférieures » s’obtient par le conditionnement de leurs réflexes. Il néglige la mémoire humaine, les souvenirs ineffaçables ; et puis, surtout, il y a ceci qu’il n’a peut-être jamais su : nous ne devenons ce que nous sommes que par la négation intime et radicale de ce qu’on a fait de nous. Trois générations ? Dès la seconde, à peine ouvraient-ils les yeux, les fils ont vu battre leurs pères. En termes de psychiatrie, les voilà « traumatisés. Pour la vie. Mais ces agressions sans cesse renouvelées, loin de les porter à se soumettre, les jettent dans une contradiction insupportable dont l’Européen, tôt ou tard, fera les frais. Après cela, qu’on les dresse tour à tour, qu’on leur apprenne la honte, la douleur et la faim : on ne suscitera dans leurs corps qu’une rage volcanique dont la puissance est égale à celle de la pression qui s’exerce sur eux. Ils ne connaissent, disiez-vous, que la force ? Bien sûr ; d’abord ce ne sera que celle du colon et, bientôt, que la leur, cela veut dire : la même rejaillissant sur nous comme notre reflet vient du fond d’un miroir à notre rencontre. 

(…)

Les « libéraux » restent hébétés : ils ne reconnaissent que nous n’étions pas assez polis avec les indigènes, qu’il eût été plus juste et plus prudent de leur accorder certains droits dans la mesure du possible ; ils ne demandaient pas mieux que de les admettre par fournées et sans parrain dans ce club si fermé, notre espèce : et voici que ce déchaînement barbare et fou ne les épargne pas plus que les mauvais colons. La gauche métropolitaine est gênée : elle connaît le véritable sort des indigènes, l’oppression sans merci dont ils font l’objet, elle ne condamne pas leur révolte, sachant que nous avons tout fait pour la provoquer. Mais tout de même, pense-t-elle, il y a des limites : ces guérilleros devraient tenir à cœur de se montrer chevaleresques ; ce serait le meilleur moyen de prouver qu’ils sont des hommes. Parfois elle les gourmande : « Vous allez trop fort, nous ne vous soutiendrons plus. » Ils s’en foutent : pour ce que ça vaut le soutien qu’elle leur accorde, elle peut tout aussi bien se le mettre au cul. Dès que la guerre a commencé, ils ont aperçu cette vérité vigoureuse : nous nous valons tous tant que nous sommes, nous avons tous profité d’eux, ils n’ont rien à prouver, ils ne feront de traitement de faveur à personne. 

(…)

Nous avons été les semeurs de vent ; la tempête, c’est eux*.

(…)

Vous savez bien que nous sommes des exploiteurs. Vous savez bien que nous avons pris l’or et les métaux puis le pétrole des « continents neufs » et que nous les avons ramenés dans les vieilles métropoles. Non sans d’excellents résultats : des palais, des cathédrales, des capitales industrielles ; et puis quand la crise menaçait, les marchés coloniaux étaient là pour l’amortir ou la détourner. L’Europe, gavée de richesses, accorda de jure l’humanité à tous ses habitants : un homme, chez nous, ça veut dire un complice puisque nous avons tous profité de l’exploitation coloniale. Ce continent gras et blême finit par donner dans ce que Fanon nomme justement le « narcissisme ». Cocteau s’agaçait de Paris, « cette ville qui parle toute le temps d’elle-même ». Et l’Europe, que fait-elle d’autre ? Et ce monstre sureuropéen, l’Amérique du Nord ? Quel bavardage : liberté, égalité, fraternité, amour, honneur, patrie, que sais-je ? Cela ne nous empêchait pas de tenir en même temps des discours racistes, sale nègre, sale juif, sale raton. De bons esprits, libéraux et tendres – des néo-colonialistes, en somme – se prétendaient choqués par cette inconséquences ; erreur ou mauvaise foi : rien de plus conséquent, chez nous, qu’un humanisme raciste puisque l’Européen n’a pu se faire homme qu’en fabriquant des esclaves et des monstres. »

Elie Khoury, La Gerap+

© Lens
© Lens

Liban, décembre 1984, dans un village chrétien à la frontière nord-est avec la Syrie. Vous avez deux ans lorsque votre père se fait kidnapper par l’armée syrienne de Hafez Al-Assad. Mécanicien de formation, il a été dénoncé aux autorités syriennes et traité de collaborateur par des cousins qui ne supportaient plus de le voir s’enrichir à quelques pas de chez eux.

Vous avez recherché votre père pendant plus de trente ans, allant de prison en prison, courant les rumeurs indiquant qu’il serait détenu et torturé près d’Alep ou d’autres le signalant à Homs. Rien n’y fait, c’est le coeur criblé que vous commencez désormais à vous faire à l’idée qu’il serait depuis m…

Votre mère, qui a depuis perdu ses repères et quelque peu la raison, entend des voix dans la maison… l’autre jour elle le voyait téléphonant dans la cuisine et vous jure encore entendre le bruit de ses pas à l’étage ; un autre jour elle a pensé l’avoir poursuivi dans le marché, elle en pleure, car elle en est sûre, oui c’était lui achetant des tomates ! Mais le pire vient de se produire, ce matin, elle vient de le voir dans un rêve et c’est forcément prémonitoire… puisqu’il tapait à la fenêtre du salon, s’écriant de l’extérieur être enfin rentré !

– Peux-être finies les fausses joies, la souffrance et l’attente car vous êtes désormais en 2016 et il va falloir prendre une ultime décision –

Vous venez d’apprendre ce jour d’octobre, que votre père serait vivant, détenu dans une prison passée sous le contrôle de l’État islamique et une question :

Elie Khoury

La Gerap+

© Trinôme / Noovo

Vous faites partie de la police québécoise et vous êtes face à quatre situations où vos choix seront décisifs. Cinq badges obtenus sont synonymes d’un sans faute.

C’est à vous ici

Mise à jour le 7 mai 2018, de nouveaux épisodes sont disponibles :

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© Trinôme / Noovo

La société Trinôme a réalisé un travail exceptionnel, n’est-ce pas ?

Elie Khoury, La Gerap+

© Lens – Île St.-Louis

Dans « Les liaisons dangereuses de Pierre Bérégovoy – Enquête sur la mort d’un Premier ministre » écrit par Charles Villeneuve, au cours des premiers mois de l’année 1993  :

Pierre Bérégovoy, alors Premier ministre de François Mitterrand est en dépression, au bord du suicide… il ne fait aucun doute pour tous ceux qui l’entourent qu’il a sombré dans une noire spirale. Et quelques semaines avant sa mort, au sein de son entourage et celui du président, François Mitterrand – que tous surnomment « dieu » -, est appelé à l’aide, il doit parler à son Premier ministre ; il faut qu’il lui vienne en urgence au secours, le rassure et le protège. Mais jusqu’au moment fatal, François Mitterrand, rechignera à le considérer et ne lui parlera qu’à contre-coeur.

Comment ont-il fait pour croire en un dieu, qui ne sauvait pas son peuple ?

Elie Khoury, La Gerap+

© Lens
© Lens

 

Elie Khoury, La Gerap+

©Lens - Kobané, Syrie
© Lens – Kobané, Syrie

Choukri Al Kouatli, président de la Syrie entre 1946/1949 et entre 1955/1958 mettait en garde le président égyptien Nasser : « La Syrie est un pays difficile à gouverner. La moitié des Syriens se considèrent comme des dirigeants d’envergure nationale, 25 % estiment être des prophètes et 10 % imaginent qu’ils sont des dieux ».

Dans, Eugene Ronan, Histoire des Arabes de 1500 à nos jours, New-York, Perrin, 2013, 722 p.

©Fulvio Roiter, Madeira, 1964.
©Fulvio Roiter, Madeira, 1964.

The Imitation of Christ – Thomas À Kempis

“Direct the fire of your anger against yourself; do not let pride, that monstrous growth, draw nourishment from you any more; but shew yourself so submissive, so unimportant, that everyone may walk over you, trample you like mud in the streets. And if they do, what reason have you to complain, you worthless man? Filthy sinner that you are, what answer can you make to those who reproach you, you who have so often offended God, so many a time deserved hell? And yet my pity spared you, because your soul was precious in my sight; I wanted you to come to the knowledge of my love, to be ever grateful for my kindness towards you; to give yourself unceasingly to true submission and humility, and to bear with patience the scorn of others.”

The Imitation of Christ – Thomas À Kempis

Book III, Chapter XIII « On Humble Obedience, After The Example of Jesus Christ »

La Gerap+


You can also read: Bk I, Ch II « On Taking A Low View Of Oneself »

Mr Adut, it’s an honour and a privilege to speak with you. The first time we heard about you was on Western Sidney University’s video! What an amazing story! What an incredible source of inspiration! Video, which we invite you to rediscover, before our interview:

What are your first impressions? Do you feel proud, happy, sad or embarrassed by such attention?

I feel proud about the video – it’s a masterpiece! They are very talented at UWS.

How did the Western Sidney University identify you? I mean, how did a University notice amongst its 40 000 students one particular story of life?

I was a good student. I never missed a single class. And I worked full time. I volunteered for two years giving back to the community.

The Western Sidney University made a video of two other successful former students, Mr Jay Manley and Mrs Melissa Chiu. Do you personally know them?

No, I don’t know them.

You can see below the videos of Mr Jay Manley and Mrs Melissa Chiu:

How do you feel about international institutions, which are sometimes criticized, like the United Nations?

They should do more; have more resources, be given more support.

Can we say that the city of Western Sidney took care of you? Do you feel at home there?

Yes, it’s my home.

To move from a country at war to a country at peace must have been disturbing? Did you dream of a place like this?

It means that you appreciate peace more.

By the bye, what did you want to become when you were a kid?

I wanted to be a fisherman.

We have the feeling that even in Sidney; life was still hard for you?

Very hard.

Did you meet other children like you in Sidney?

No, I never met anyone like me, but some of them came after me.

Did you really learn to read by yourself?

I read the Bible, and I was taught by my friend, a former policeman. He mentored me.

Do you understand and explain, why other people, with the same history, would not have succeeded? What sets you apart?

Because I’m hungry to learn. I never turned down an opportunity. I tried to gain back all the lost opportunities in life. I’m open for new ones too that are coming, and I will never let them pass me by.

Does justice mean something to you. Is this why you wanted to become a lawyer?

No, I wanted to become a lawyer because my brother suggested it. Justice became part of it after I learned about law, and after I learned what had happened to me.

How do you see your future?

A life without regret, that’s my future. Living without a single regret – what I do, what I say.

What would be your advice to students in Law?

Don’t get into law because you want to make money. Get into law because of justice and fairness. If you think that something is bad and you don’t want it to happen to you, it’s your duty to stop it happening to others. How do you want to be treated? You don’t belong in law if you don’t care about how people are treated.

Do you dream of returning to your country of origin?

I dream of going back to Sudan, to correct wrongs and to do something for my fellow South Sudanese. But not to move there permanently, because Sydney is also my home now.

*Interview carried out with the help of Mrs Caroline Ayling and Mr Ryan H.

*During the interview many questions related to more personal matters and sometimes intimate were asked. Understandably Mr Adut kindly indicated that he wished to keep some of his life secrets to himself. However, we thank him for sharing some of the strong moments of his admirable story with us.

Stéphanie, Diana and Elie Khoury

La Gerap+

 

© Lens L'Île Saint Louis, 1999.
© Lens
L’Île Saint Louis, 1999.

Notre société ne repose aujourd’hui sur aucun pilier sérieux qui puisse la faire avancer sans heurt violent. Plus aucun processus n’existe, qui pourrait jouer le rôle d’agglomérateur de toutes les particules diverses et variées qui la composent. Comment des jeunes, vivant chacun dans des mondes différents, expérimentant chaque jour des vécus différents, et créant fatalement des représentations différentes, se sentiraient-ils solidaires au sein d’un même espace de vie et d’expression qu’est censée incarner la République ? L’égalitarisme abstrait a vécu et son manteau ne couvre plus les épaules trop larges d’une jeunesse aujourd’hui livrée à elle-même.

Les diverses étapes de la vie sont marqués par des rites institutionnalisés et bien définis. À l’étape scolaire succède celle de l’adolescence et du choix de l’orientation professionnelle qui marquera l’orientation de la vie qu’on se fabrique. Quand ce moment vient, la plupart d’entre nous ne se rend pas compte de l’importance qu’il revêt. Choisir une orientation est quelque chose qui s’impose au jeune après une période plus ou moins longue d’insouciance. Pour certains, la question de l’orientation ne se pose pas puisque des proches ont déjà pu y penser pour eux et de manière plus avisée. Pour ceux-là, le problème n’en est pas un, et la route est plutôt bien tracée. Pour d’autres, au contraire, choisir que faire, question existentielle qui les brutalise tout d’un coup, est une autre prise de tête. N’y ayant jamais vraiment réfléchi, ils suivent la voie que trace pour eux la vie. À savoir une voie par défaut dans laquelle ils ne satisferont pas leurs réelles aspirations. Certains suivront ainsi un ami dans telle voie technologique, d’autres iront polir les bancs de la fac sans réelle inclination pour le cursus qui leur est proposé. Cette gabegie vocationnelle est courante dans notre pays, faute d’avoir réfléchi à une réelle politique d’orientation des jeunes.

Néanmoins, le cœur de notre propos est ce qui précède cette étape fondamentale où nous sommes forcés de faire un choix qui déterminera le reste de notre vie. C’est la formation des éléments qui nous pousseront à choisir telle voie plutôt que telle autre. Ceci se joue dans les instances de l’école publique ou encore dans le temps extra-scolaire qui est proposé aux futurs citoyens. Les activités aujourd’hui proposées sont des loisirs, des sorties dites culturelles, des projections cinématographiques. Certes l’intérêt pour ce genre de sorties n’est pas inexistant, un jeune adulte ou adolescent ayant besoin de loisirs constructifs pour se créer une personnalité et des références nécessaires. Cependant, ces loisirs sont trop souvent opérés au détriment des fondamentaux que doivent être des pratiques plus professionnalisantes telles que la mécanique, l’apprentissage des basiques de l’électricité ou de la plomberie, entre autres. Acquérir des savoirs pratiques et utiles est un ainsi un préalable primordial à la formation de l’esprit. Cela permet de se reconnecter avec les choses simples et fondamentales de notre monde dans lequel on a perdu pied depuis quelques temps, au profit des écrans d’ordinateurs ou de télévisions bien souvent.

L’éducation populaire, trop longtemps laissée en jachère de la réflexion intellectuelle est à repenser de fond en comble car là se joue peut-être un acte essentiel de notre démocratie et de l’avenir qu’on lui prépare. Il faut réinvestir ce champ et permettre à des millions de jeunes venant de milieux populaires et défavorisés pour beaucoup d’entre eux, de se reconnecter à des savoirs pratiques et concrets qui amorceront probablement en eux un début  d’intérêt pour autre chose. Il faut faire connaître au plus grand nombre les principes du scoutisme, et les reconnecter aux bienfaits d’une vie en communauté avec la nature et ce qu’elle a à nous offrir si on sait l’exploiter intelligemment.

L’enjeu est de réinsérer des millions de jeunes dans le circuit réel et concret de la vraie vie professionnelle et sociale. De réinsuffler en eux ce qu’outre-Atlantique on nomme l’esprit pionnier, ce qui a conduit des millions d’aventuriers à prendre pelle et pioche pour aller construire une vie meilleure ailleurs, dans des contrées hostiles au départ. Leur permettre de redevenir des acteurs capables de prendre leur vie en main, avant de pouvoir changer quoi que ce soit dans la société. C’est aussi leur permettre de leur redonner confiance en eux, et de poser les jalons d’un nouveau parcours plus incarné par le jeune lui-même, car se sentant plus aux commandes.

Axer le travail sur des activités concrètes et qui ont déjà fait leur preuves par le passé, voilà qui constitue le balisage de toute nouvelle route à paver pour sortir des tombereaux de jeunes de l’ornière de la déconvenue où ils se retrouvent aujourd’hui jetés, avec le désespoir qui pointe et la résignation qui guette. Ce travail doit être la pierre angulaire de la nouvelle éducation populaire que nous devrions recréer pour nos jeunes. Ces derniers y ont droit, ils en ont l’espoir secret, et l’envie tenace, même s’ils ne savent pas toujours l’exprimer correctement. Dispenser des cours de « concret », de « réel », au travers de savoirs pratiques indispensables pour être autonomes dans l’arène concurrentielle où ils seront jetés. Bien sûr, cela ne sera pas pour eux un passeport immédiat pour la richesse, ni même pour l’emploi. Mais leur permettre d’apprendre à faire quelque chose de leurs mains, de travailler la matière et de la transformer, d’acquérir un savoir technique qu’ils pourront réutiliser dans des situations concrètes de la vie quotidienne, avec leurs amis ou leurs familles, est le début d’un nouveau processus de revalorisation de soi-même par l’action. Par une nouvelle capacité qu’on se trouve à changer le défectueux pour le remettre sur les rails, et partant d’une nouvelle étincelle qui les amènera à approfondir. Voilà qui tracerait une première piste d’orientation, et d’avenir.

Au lieu de leur permettre de gâcher leur motivation et leur énergie dans une passivité subie, permettons-leur de devenir acteur d’un chemin de vie qui, en leur conférant des savoirs pratiques fondamentaux, leur permettra de tisser un lien entre un passé qui leur manque parfois et un avenir auquel ils ne croient plus pour beaucoup. C’est en leur apprenant des petits gestes simples et pratiques, que nous établirons les conditions d’une sortie par le haut pour des jeunes qui n’ont pas eu la chance de bénéficier d’une éducation soutenue au sein de leur cercle familial. Ceci ne coûterait dons pas beaucoup financièrement, mais représenterait un bénéfice immense pour notre pays et pour sa jeunesse.

Ainsi, si cela ne résoudrait certainement pas tous les problèmes auxquels notre pays est confronté, il contribuerait de manière évidente à résorber un mal-être perceptible chez beaucoup, et, doucement, à faire avancer les choses.

Franck Beqiraj, La Gerap+

HBR
HBR

Pope Francis has made no secret of his intention to radically reform the administrative structures of the Catholic church, which he regards as insular, imperious, and bureaucratic. He understands that in a hyper-kinetic world, inward-looking and self-obsessed leaders are a liability.

Last year, just before Christmas, the Pope addressed the leaders of the Roman Curia — the Cardinals and other officials who are charged with running the church’s byzantine network of administrative bodies. The Pope’s message to his colleagues was blunt. Leaders are susceptible to an array of debilitating maladies, including arrogance, intolerance, myopia, and pettiness. When those diseases go untreated, the organization itself is enfeebled. To have a healthy church, we need healthy leaders.

Through the years, I’ve heard dozens of management experts enumerate the qualities of great leaders. Seldom, though, do they speak plainly about the “diseases” of leadership. The Pope is more forthright. He understands that as human beings we have certain proclivities — not all of them noble. Nevertheless, leaders should be held to a high standard, since their scope of influence makes their ailments particularly infectious… (…)

Read the article here.

Elie Khoury, La Gerap+

© Lens - New York Times, "French Muslims, Never Fully at Home"
© Lens – New York Times, « French Muslims, Never Fully at Home »

« Le port d’une chape ou d’un surplis ne peut pas plus mettre en danger ou menacer la paix de l’État que le port d’un manteau ou d’un habit sur la place du marché ; le baptême des adultes ne détermine pas plus de tempête dans l’État ou sur la rivière que le simple fait que je prenne un bain. (…)

Prier Dieu dans telle ou telle attitude ne rend en effet pas les hommes factieux ou ennemis les uns des autres ; il ne faut donc pas traiter cela d’une autre manière que le port d’un chapeau ou d’un turban ; et pourtant, dans un cas comme dans l’autre, il peut s’agir d’un signe de ralliement susceptible de donner aux hommes l’occasion de se compter, de connaître leurs forces, de s’encourager les uns les autres et de s’unir promptement en toute circonstance. En sorte que, si on exerce sur eux une contrainte, ce n’est pas parce qu’ils ont elle ou telle opinion sur la manière dont il convient de pratiquer le culte divin, mais parce qu’il est dangereux qu’un grand nombre d’hommes manifestent ainsi leur singularité, quelle que soit par ailleurs leur opinion. Il en irait de même pour toute mode vestimentaire par laquelle on tenterait de se distinguer du magistrat et de ceux qui le soutiennent ; lorsqu’elle se répand et qu’elle devient un signe de ralliement pour un grand nombre de gens qui, par là, nouent d’étroites relations de correspondance et d’amitié les uns avec les autres, le magistrat ne pourrait-il pas en prendre ombrage, et ne pourrait-il pas user de punitions pour interdire cette mode, non parce qu’elle serait illégitime, mais à raison des dangers dont elle pourrait être la cause ? Ainsi un habit laïc peut avoir le même effet qu’un capuchon de moine ou que toute autre pratique religieuse. »

John Locke,

Essai sur la tolérance (1667);

trad J. Le Clerc, Éd. Flammarion, coll. « GF », 1992, pp. 110 et 121-122

Observation

Cet essai a été écrit en 1667, il y a plus de trois siècles. Passage d’intérêt, puisqu’il contribue à mettre en lumière, sous une autre perspective, les vifs échanges qui ont animé les Français sur la question du voile notamment, mais pas seulement.

Là où les débats ont été rapidement emprisonnés dans un face à face avec l’Islam et le religieux ; nous sommes rappelés à d’autres considérations sous-jacentes, incontournables et urgentes, que sont le pouvoir et le politique. À l’aune de ce passage de John Locke, le voile dérangerait, non pas, parce qu’il serait le fruit d’une pratique intolérable, mais bien, parce qu’il serait avant tout un attribut distinctif. Symbole extérieur identifiable, il permettrait à des individus de se reconnaître, de se compter et de prendre conscience de leur nombre, de leur force et peut-être, inévitablement par l’union, d’être tentés de se déployer au sein d’une communauté. En d’autres termes, c’est la prise de conscience concrète du nombre et ses représentations, qu’on chercherait à éviter. Car une fois cette image figée, cette prise de conscience opérée, qu’est-ce qui retiendrait l’un et l’autre de s’allier, de se défendre, voire d’attaquer et in fine, représenter un contre-poids à un modèle établi ? Le processus est certes, bien plus long et complexe, mais il n’en reste pas moins une provocation de fait, mettant en alerte les autorités.

L’État Français a choisi de s’exprimer par une représentation laïque, diffusant ses propres codes, qu’ils soient vestimentaires ou autres et qui ne sont, ni plus ni moins, des expressions de sa puissance et de son pouvoir d’attraction sur ses citoyens. Des attributs comme le voile pourraient renfermer l’expression, voire l’enracinement d’une communauté qui se voudrait distincte. Ce n’est pas tant le religieux et ses pratiques qui intéressent, mais ses expressions qui ne peuvent être là aussi, ni plus ni moins, que des représentations de sa puissance et de son pouvoir d’attraction sur ses fidèles.

« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres », ce n’est pas la liberté de chaque homme, mais bien d’une communauté, d’un nombre dominant face à un autre acceptant cette domination ou du moins ce rapport de puissance. L’État Français est laïc et repose sur une population, majoritaire, acceptant les formes d’expression de sa puissance. Toute communauté venant à s’exprimer de façon à menacer son modèle, laisse croire, qu’elle sera inévitablement prise pour cible. L’État omnipotent n’a que faire des différentes croyances de chacun, tant qu’elles restent minoritaires, confinées à la sphère privée et ramenées à hauteur de l’individu seul. Là où se pose un problème, c’est lors de la diffusion, contagion et manifestation d’une croyance autre, que celle du pouvoir établi.

Elie Khoury, La Gerap+

* Attention : pour lecteur averti ; les idées exprimées dans cette vidéo et cet article peuvent choquer la sensibilité des personnes, néanmoins, elles participent à la compréhension des enjeux politiques et sécuritaires actuels. Nous ne soutenons aucun propos pouvant être perçu comme insultant ou diffamatoire. Toute réclamation peut être faite à : contact@lagerap.com

Échange entre Sami Zeidan et Abu Hafs al-Mauritani considéré comme l’ancien mufti d’Al-Qaïda. Voici résumés et traduits quelques paassages :

  • Pourquoi de jeunes musulmans lancent des attaques massives qui tuent de nombreux civils, innocents, dans des pays musulmans et non-musulmans ?

Moi et de nombreux musulmans, nous ne sommes pas d’accord avec toute justification religieuse ou politique de ces attaques (13 novembre à Paris). Selon moi, les lois islamiques rejettent de telles opérations. Je pense qu’elles portent un grand préjudice au monde Musulman. Néanmoins, nous devons chercher à comprendre ce qui s’est passé. Il faudrait ainsi parler du contexte dans lequel ces opérations se sont produites et pourquoi elles se sont produites dans tels pays et pas dans d’autres par exemple.

Les groupes tels qu’Al Qaeda ou ISIS, pensent que les Occidentaux sont particulièrement impliqués dans les crises qui touchent le monde Musulman. Les Occidentaux sont ainsi ceux qui ont installé, armé et soutenu Israël au milieu du monde Musulman. Et les Occidentaux ferment les yeux sur les crimes qui sont commis contre les Palestiniens. Bien que je ne sois pas d’accord avec ce qui s’est passé (les attentats) et que je souffre pour toute personne innocente tuée qu’elle soit en France, aux États-Unis ou ailleurs, il semble que les autres ne ressentent pas la même douleur quand cela concerne nos morts (musulmans). Les Français ont vécu une seule nuit de peur et de meurtres, mais les Musulmans au Moyen-Orient et dans d’autres pays comme au Myanmar vivent avec cette même peur et ces morts tous les jours, et cela depuis des années.

  • Pourquoi ISIS ouAl-Qaïda n’ont-ils pas attaqué Israël (voir réponse question précédente) ?

Cette question doit leur être posée, mais pour Al-Qaïda, dont j’ai été membre et pour Oussama Ben Laden, je peux dire que les États-Unis sont considérés comme la racine du mal. Les États-Unis, l’arbre du mal et Israël juste un fruit ou une branche. Il était ainsi considéré que tout effort de combat contre un régime affilié aux États-Unis était un gaspillage. Il disait qu’il fallait se concentrer sur le déracinement de l’arbre et que si l’arbre chutait, le mal chuterait automatiquement. Al-Qaïda a lancé quelques attaques contre Israël, très limitées et certaines infructueuses. Je ne suis pas (plus) un membre d’Al-Qaïda et j’ai plusieurs désaccords avec eux, je ne peux pas dire pourquoi ils ont fait ou n’ont pas fait quelque chose. La question est plutôt : pourquoi ont-ils frappé la France et non pas la Chine par exemple ?

Les Occidentaux veulent trop simplifier les choses et disent que les attaques qui ont frappé la France et les États-Unis étaient des attaques terroristes aveugles menées au hasard. C’est faux, ces groupes pensent qu’ils agissent pour une vraie raison. Pourquoi n’ont-ils pas attaqué la Chine ?

Ce n’est donc pas une histoire de mécréants contre croyants, ou d’infidèles contre Musulmans. Pour les Musulmans, les Chinois sont davantage des mécréants que les Juifs ou les Chrétiens, qui eux sont considérés comme les disciples des livres saints. Pourquoi n’ont-ils donc pas frappé le Vatican au lieu de la France ? Le Vatican représente pourtant le Christianisme occidental. Pourquoi n’ont-ils pas attaqué une église en France ? Nous faisons une grave erreur lorsque nous essayons d’expliquer ces attaques (que nous n’autorisons pas) en les simplifiant à l’extrême et en disant que les personnes qui les ont conduites ne comprenaient rien à ce qu’elles faisaient. Je voudrais citer un ancien Premier ministre français, qui a été aussi ministre des Affaires étrangères et ministre de l’Intérieur sous François Mitterrand. Il expliquait pourquoi la France a été attaquée et disait que ce que ces groupes faisaient, qu’ils soient d’ISIS ou d’autres, étaient en réaction aux crimes commis par les Occidentaux contre le monde Musulman. Il a évoqué ce que la France a fait en Libye, au Nigeria, au Tchad, mais aussi au nord Mali. Ces groupes réagissent aujourd’hui à ces crimes commis par les Occidentaux.

  • Est-ce la bonne réaction de tuer des innocents ? Est-ce qu’il y a des prêches musulmanes qui poussent à agir de la sorte ?

Bien sûr qu’il y a des religieux qui poussent à agir de la sorte, et je n’en fait pas partie, mais oui il y a des religieux qui ont l’opinion suivante : « Que toute personne doit être traitée de la même manière qu’elle traite les autres » et que Dieu a dit : « Nous avons ordonné contre eux, esprit pour esprit, oeil pour oeil, nez pour nez, dent pour dent et châtiment pour blessure ». Je ne suis pas d’accord avec une telle interprétation, mais ils interprètent ces principes pour signifier aux Occidentaux qu’ils ne doivent pas espérer vivre en paix tant que les flammes et les explosions retentiront dans nos pays. Ils disent : « Si vous tuez nos enfants, nous tuerons les vôtres, si vous tuez nos femmes, nous tuerons les vôtres, si vous détruisez nos villages mais également ce qui est clairement des cibles civiles et fermerez les yeux sur les crimes commis par des régimes tyranniques qui nous gouvernent ainsi que sur les crimes perpétrés par Israël. Si vous lancez des guerres contre nos pays et nos peuples et tuez des personnes innocentes, nous vous traiterons alors également de la même manière ».

  • Pourtant il y a des passages très clairs dans l’Islam, partagés d’ailleurs par bon nombre de musulmans, qui interdisent de tuer des innocents, comment un religieux pourrait-il alors justifier de tels agissements ?

Oui, mais nous avons aussi chez nous des personnes qui ont mal compris notre religion, comme il existe des Occidentaux qui ont mal compris le Christianisme. Lorsque l’ancien Président américain Georges Bush, a dit qu’il avait envahi l’Irak parce qu’il avait reçu des instructions de Dieu et qu’il avait vu Jésus (que la paix soit avec Lui) lui ordonner de le faire ; quand Bush parle d’inspirations et de révélations venant de Dieu, même si nous ne sommes pas Chrétiens, nous savons que Jésus et la religion de Jésus n’ont rien à voir là-dedans. Lorsque l’église orientale orthodoxe en Russie bénit l’invasion et l’intervention militaire russe en Syrie et dit que c’est une mission sainte chrétienne et quand les prêtres et le Pape supportent ça, nous savons que leur religion est utilisée pour faire la guerre et que cela n’a rien à voir avec Jésus. De même, chez nous, nous avons aussi des gens qui ont mal compris l’Islam.

  • Pourquoi vous a-t-il fallu au moins trois ans entre les attaques contre les ambassades américaines et août 2001, pour présenter votre démission (à Al-Qaïda) ?

J’ai dit que j’étais contre ces opération et j’ai expliqué que je n’ai pas été consulté en avance pour ces attaques. Je n’ai pas présenté tout de suite ma démission car lorsque vous êtes avec des gens et un groupe qui est d’accord avec vous sur de nombreuses choses, puis qui commettent des erreurs sur lesquelles vous attirez leur attention et que vous espérez qu’ils vont arrêter de commettre ces erreurs, vous ne vous retirez pas à la première erreur. Vous donnez une chance à ces personnes pour se corriger.

  • Mais c’est beaucoup plus qu’une simple erreur, presque 200 personnes ont été tuées…

Je n’ai pas fermé les yeux et j’ai condamné ces attaques, mais je n’étais pas responsable de ces attaques. La question devrait être posée à de nombreuses autres personnes. D’autres personnes devraient être interrogées sur ce qu’elles ont fait lorsque leurs pays et leurs régimes ont commis des crimes de guerre contre des Musulmans et des non-Musulmans. Lorsque les Américains ont frappé les Japonais avec les bombes nucléaires ou lorsque les Français ont tué 1.5 million d’Algériens et ont refusé de le reconnaître ou encore lorsque les Américains ont tué 1 million d’Irakiens, de nombreux politiciens ont désapprouvé, mais aucun d’entre eux n’a démissionné.

  • Est-ce que vous condamnez ce que fait aujourd’hui ISIS ou Al-Qaïda, en termes d’attaques contre des civils ?

Je dis que ce que fait ISIS ou Al-Qaïda en termes d’attaques contre des innocents civils est condamné par les lois islamiques, mais aussi moralement et même politiquement eu égard aux impacts sur notre cause. De la même façon, nous condamnons tout le mal commis par les pays occidentaux contre les Musulmans, en supportant Israël par exemple et en fermant les yeux sur ses crimes, mais aussi pour le meurtre de civils et d’innocents par les Occidentaux en Syrie, en Irak, mais aussi dans tout pays, nous condamnons aussi le soutien apporté par les Occidentaux à tout régime corrompu, mais aussi pour le soutien occidental à de contre-révolutions lors du printemps arabe et sur ce qu’ils ont fait tout au long de leur longue histoire remplie d’hostilité et de conspiration contre le monde Musulman. C’est cette politique qui a conduit au vendredi noir à Paris et au 9/11. Où est cette démocratie dont parlent et se vantent les Occidentaux tout en soutenant les pires régimes au monde ?

  • Que dites-vous aux jeunes qui voudraient rejoindre de tels groupes, en tant qu’ancien membre d’Al-Qaïda ?

Je dirais qu’il y a une différence claire entre le jihad légitime et tuer des personnes innocentes. Ce qui a incité ces jeunes à rejoindre ISIS ou Al-Qaïda c’est qu’ils ont voulu entreprendre un jihad légitime. Or, le jihad légitime c’est lorsque vous vous défendez contre une occupation, ou lorsque vous libérez une place sacrée, ou lorsque vous protégez la sainteté des gens ou lorsque vous arrêtez une effusion de sang ou encore empêchez une agression. Le Jihad a des règles morales, des lois et des valeurs. Si vous protégez des places sacrées ou la sainteté et dignité des gens alors c’est un Jihad légitime. Mais si vous utilisez le jihad pour tuer des civils et des innocents, alors il est inacceptable et n’a rien à voir avec le vrai jihad.

  • Qu’est-ce qui doit être fait aujourd’hui pour affronter ISIS ?

Les États doivent en rechercher la cause et la détruire. Les pays occidentaux doivent corriger leur politique étrangère à l’égard du monde Musulman. J’appelle à la logique et à la sagesse pour guider nos réflexions et à ne pas tomber dans les mains de ceux qui ont organisé le vendredi noir à Paris. Ils veulent inciter les pays occidentaux à prendre de nouvelles mesures qui ne vont que donner à ces groupes plus de crédibilité dans le monde Musulman et prouver qu’ils sont les victimes d’une croisade occidentale. Cela va leur apporter, plus de recrues et d’argent et convaincre des citoyens musulmans dans les pays européens que leurs États les discriminent sur une base religieuse. Cela a déjà pu être observé dans les déclarations du Président français. Les Français ont discuté la possibilité de retirer la nationalité française à certains imams, d’empêcher le retour de certains d’entre eux (revenant de l’étranger), mais aussi de changer la Constitution. La Constitution française est considérée comme une des plus grandes réussites de la Révolution française ! Ils veulent maintenant changer les parties qui parlent de liberté, d’égalité et de fraternité ! Ceux qui ont organisé ces attaques ne venaient pas des déserts d’Al Anbar en Irak ou de Deir Al Zour en Syrie, ceux-là sont des Français qui sont nés et ont grandi en France. Ils ont la nationalité française. La France a échoué dans leur éducation et intégration, faisant d’eux des ennemis. Les Français devraient être interrogés sur ce qui s’est passé ; comment des Français ont-ils pu commettre de tels crimes sur le territoire Français ?

  • Et qu’en est-il de la communauté Musulmane ? A-t-elle une responsabilité ?

Les Musulmans ont également une grande responsabilité. Les religieux doivent être clairs sur ce que les lois islamiques disent de ces groupes. Mais les religieux doivent également prendre leur distance avec les régimes politiques en place, sans quoi les jeunes les considéreront comme les marionnettes des Occidentaux. Si les religieux musulmans veulent être crédibles, ils doivent être indépendants. S’ils sont associés à des dirigeants, ils vont perdre de leur crédibilité auprès des jeunes. Après avoir dit cela, éduquer ces jeunes n’est pas suffisant. Il y a des injustices commises par les pays occidentaux et des injustices commises par les régimes au sein du monde Musulman tout aussi importantes que l’ignorance des jeunes. Plusieurs facteurs ont conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Les chercheurs, penseurs et religieux qui veulent que nous vivions tous en paix doivent résoudre ensemble ces problèmes rationnellement. Pour ce faire, il faut prendre en considération les causes de ce problème et trouver la meilleure manière de sortir tout le monde de l’oppression. Tant qu’il y aura de l’oppression, des guerres et des effusions de sang dans le coeur du monde Musulman, alors les étincelles du feu qui brule dans le coeur du monde Musulman, s’envoleront jusqu’en Europe et d’autres endroits. C’est pour cela que je dis que c’est une erreur de régler les fautes commises par ISIS par plus de guerres dans la région.

  • Pensez-vous que les bombardements vont défaire ISIS ?

Pas du tout, ils vont renforcer le groupe, le répandre et participer à le crédibiliser davantage. Dominique De Villepin dit que tout guerre dans laquelle nous nous embarquerons aujourd’hui contre ISIS, va indubitablement nous entrainer dans une autre guerre demain, contre un ou plusieurs groupes qui auront pour origine la guerre précédente (un cercle sans fin). C’est de la responsabilité des gens sages et rationnels, de savants de la nation Musulmane, et d’autres sages et personnes rationnelles d’autres nations d’éteindre ces flammes avant qu’elles ne finissent par brûler tout le monde. Mais j’ai peur que toute nouvelle journée soit consacrée à prendre de nouvelles mesures conduisant à une guerre entre civilisations, une guerre entre Islam et Christianisme, une guerre entre Sunnites et Chiites et une guerre entre Arabes et les autres nationalités. Ce dont j’ai le plus peur, c’est que les gens rationnels ne réalisent pas cela et que nous manquions une chance de tout stopper et que nous nous retrouvions dans une guerre insensée dans laquelle nous nous entretuerons sans même savoir pourquoi.

Elie Khoury, La Gerap+

c. Jad Chaaban
c. Jad Chaaban

Le Professeur Jad Chaaban assisté de M. Antoine Dib ont réalisé un travail de cartographie notable. Ils ont analysé le secteur bancaire libanais, connectant les principales banques à leurs bénéficiaires ultimes.

L’étude est en téléchargement ici : Mapping the Control of Lebanese Politicians over the Banking Sector – Jad Chaaban, Associate Professor of Economics, AUB

Elie Khoury

La Gerap+

Globale Diplomatie.com

Russian Foreign Minister Sergei Lavrov

Impassible, intransigeant, inflexible, sévère, ferme, grave, austère, redoutable, les qualificatifs ne manquent pas pour caractériser l’un des piliers de la Russie depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Serguei Lavrov, né en 1950, d’origine arménienne par son père, est à la tête de la diplomatie russe depuis 2004, où il impose son néo-réalisme du haut de cet impressionnant immeuble style stalinien, place Smolenskaia. Réputé pour être un redoutable négociateur, Lavrov a fait ses armes d’abord  à l’ambassade de l’URSS au Sri Lanka, puis à l’ONU en tant qu’ambassadeur de la Russie, avant de devenir ministre des Affaires étrangères. Portrait d’un acteur majeur de la scène internationale.

Comme le double corps du Roi en France, Lavrov participe au double corps de la diplomatie russe. Les régimes passent, les diplomates se suivent, mais la diplomatie russe garde ses grandes lignes, où les intérêts nationaux l’emportent sur les idéologies. Lavrov fait donc partie…

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©Historica auteur inconnu, HEC économie et développement, "L'industrie de guerre".
©Historica auteur inconnu, HEC économie et développement, « L’industrie de guerre ».

« Les choses ne sont pas si simples : l’éloge libéral de la vertu pacificatrice de l’économie comporte une ambiguïté lourde de sens. Le très libéral Benjamin Constant, dans un texte de 1819, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, fait l’éloge du commerce dans des termes audacieux : « La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d’atteindre le même but, celui de posséder ce que l’on désire. Le commerce n’est qu’un hommage rendu à la force du possesseur par l’aspirant à la possession. C’est ne tentative pour obtenir de gré à gré ce qu’on n’espère plus conquérir par la violence. » L’économie ne doit pas être interprétée à partir de la convergence d’intérêts dont elle peut donner le spectacle, elle est d’abord déterminée par le désir de l’emporter sur l’autre. Loin de voir dans l’économie ce par quoi la guerre est surmontée, il faut y avoir le prolongement de la guerre par d’autres moyens. »

Frédéric Lauples, « Le prolongement de la guerre par d’autres moyens », Conflits, Revue Conflits, Hors-série n°1, 2014, p. 11

©Gary, "Everybody needs good neighbours: Property developers are trying to help people reach out to those living around them", sur Daily Mail.
©Gary, « Everybody needs good neighbours: Property developers are trying to help people reach out to those living around them », dans Daily Mail (UK).

« C’est la limite des libéraux. Ils imaginent le monde comme un village sympathique : tant qu’à avoir un voisin, mieux vaut qu’il soit riche, pensent-ils : on pourra lui emprunter ses outils de jardin et s’inviter à l’heure de l’apéritif ! Ils font semblant d’ignorer qu’il existe des voisins acariâtres et agressifs, et parfois même voleurs. Qui n’en connaît pas ? »

Pascal Gauchon, « Nous sommes en guerre économique », Conflits, Revue Conflits, Hors-série n°1, 2014, p. 11

La Gerap+

©Arthur Wellington (Arthur Wellesley, duc de Wellington), par Francisco de Goya, 1812.
©Arthur Wellington (Arthur Wellesley, duc de Wellington), par Francisco de Goya, 1812.

« Arthur Wellesley, duc de Wellington, servit aux Indes où son frère aîné était vice-roi, de 1792 à 1805. Il joua un rôle éminent dans la péninsule Ibérique à la tête du corps expéditionnaire britannique contre les troupes napoléoniennes. Il défendit Lisbonne contre Massena, tint Soult en échec en Espagne et remporta une victoire sur Jourdan à Vitoria. À la fin de 1813, il pénétra en France et y resta jusqu’à la restauration des Bourbons. Il aide à mettre en place la seconde restauration de Louis XVIII et négocia avec le gouvernement provisoire de Fouché. Il fut chef de l’armée d’occupation de 1815 à 1818. Ce conservateur, tant du point de vue politique que militaire, joua un rôle de tout premier plan à Waterloo. »

« Je dois cependant faire savoir à Votre Seigneurie que notre succès dépend comme tout de notre modération et de notre justice ainsi que de la bonne conduite et de la discipline de nos troupes. Jusqu’à ce jour, elles se sont bien conduites, et chez les officiers apparaît un nouvel état d’esprit, qui, je l’espère, va se maintenir, en vue de tenir les troupes en bon ordre. Mais je désespère des Espagnols. Ils sont dans un état si misérable qu’il n’est guère équitable d’espérer qu’ils se garderont de piller un beau pays dans lequel ils entreront en conquérants, surtout si l’on songe aux misères que les envahisseurs ont infligées à leur propre pays. Je ne peux donc me hasarder à les ramener en France, à moins de pouvoir les nourrir et les solder ; et la lettre officielle que cette poste portera à Votre Seigneurie nous montrera l’état de nos finances et de nos perspectives. Si je pouvais maintenant faire avancer 20 000 bons Espagnols nourris et soldés, Bayonne serait à moi. Si je pouvais disposer de 40 000, je ne sais où je m’arrêterais. J’ai aujourd’hui à mes ordres, sur cette frontière, et les 20 000 et les 40 000, mais je ne puis me hasarder à n’en porter aucun en avant par manque de moyens pour les solder et assurer leur subsistance. Sans argent et sans vivres, ils pilleront, et s’ils pillent, ils nous ruineront tous. »

Lettre adressée de France en 1813 au comte Bathurst

Saint-Jean-de-Luz, le 21 novembre 1813

Dans

Challiand, Gérard, Anthologie mondiale de la stratégie, Paris, Éditions Robert Laffont, 1990, 1498 p., page 784.

©Fulvio Roiter, Madeira, 1964.

The imitation of Christ – Thomas À Kempis

« As for knowledge, it comes natural to all of us to want it; but what can knowledge do for us, without the fear of God? Give me a plain, unpretentious farm-hand, content to serve God; there is more to be made of him than of some conceited University professor who forgets that he has a soul to save, because he is so busy watching the stars. To know yourself—that means feeling your own worthlessness, losing all taste for human praise. If my knowledge embraced the whole of creation, what good would it do me in God’s sight? It is by my actions that he will judge me.

  1. Why not take a rest from this exaggerated craving for mere knowledge which only has the effect of distracting and deluding us? People are so fond of passing for learned men, and being congratulated on their wisdom—yes, but what a lot of knowledge there is that contributes nothing to our souls’ welfare! And there can be no wisdom in spending yourself on pursuits which are not going to promote your chances of salvation. All the talk in the world won’t satisfy the soul’s needs; nothing but holiness of life will set your mind at rest, nothing but a good conscience will help you to face God unashamed.
  2. The wider, the more exact your learning, the more severe will be your judgement, if it has not taught you to live holily. No art, no science should make a man proud of possessing it; such gifts are a terrifying responsability. Meanwhile, however well satisfied you are with your own skill or intelligence, never forget how much there is that remains unknown for you. Let us have no airs of learning, own up to your ignorance; what is the use of crowing over some rival, when you can point to any number of Doctors and Masters who can beat you at your own game? If you want to learn an art worth knowing, you must set out to be unknown, and to count for nothing.
  3. There is no lesson so profound or so useful as this lesson of self-knowledge and self-contempt. Claim nothing for yourself, think of others kindly and with admiration; that is the height of wisdom, and its masterpiece. Never think yourself better than the next man, however glaring his faults, however grievous his offences, you are in good dispositions now, but how long will they last? Tell yourself, « We are frail, all of us, but none so frail as I ».

The imitation of Christ – Thomas À Kempis

Book I – Chapter II « On Taking A Low View Of Oneself »

La Gerap+

François Nader: Good morning Mr Sawaya, I am François Nader, at La Gerap+ our goal is to promote transparent and valuable information; this is the reason I address you today. I thought it would be interesting to get your opinion on a few matters, through a series of questions. We recently interviewed Mr Jean-Philippe Gry, director of Porcher Industries; and Mr Georges Corm, former Lebanese Minister of Finance.

Following, are the questions we would like to get your opinion on, after a brief introduction of yourself.

Mr Paul Sawaya: Dear Francois, thank you for giving me the space to express my opinion about these topics.

As an activist and observer since the end of the Lebanese civil war (1990) and member of several crisis groups (UNHCR, USAID) and local civil society organizations (Lebanese Association for Democratic Elections, Mercy Corps, Search for Common Ground) I have seen the changes coming especially after the 09/11 attacks on the USA and the wars initiated by the USA in Afghanistan and Iraq and the consequent disasters following.

The Arab world is experiencing a very unstable phase that started in Tunisia in 2010 and is still going strong in Syria and Iraq. What is, in your opinion, the major world event that led to this crisis?

The Arab spring which started in 2011 and turned into a bloody winter immediately afterwards for several countries like Egypt, Bahrein, Syria and Yemen happened as the world powers interests in the region shifted from protecting dictatorships and sponsoring their parties to another approach meant to show the world that freedom and democracy can also be part of these countries. Of course this was not the full truth about the real motivations behind the shift of attitude towards some of the countries in the region. The main interests were to divide the region into sectarian entities but taking advantage of the widespread use of social media and the youth to generate the changes to serve the ultimate goal of redesigning the Middle East. The youth of the area was in strong need of democratic changes and the world powers seized this opportunity to serve their agenda.

Would you consider this crisis as originating from the insides of aforementioned countries? Or triggered by other world powers?

The changes were both initiated internally when the regimes in place in these countries were no longer « sacred » but also by the international community which stood aside if not encouraged the changes. Of course there were some good intentions at the beginning behind seeing those changes happening that immediately shifted to serving the international community own agendas like in Syria to topple the Assad regime seen as too close to Iran and Egypt to get rid of a dictator who became a burden for the USA.

Who in your opinion, would benefit from such a war in the Middle East? And who is the main loser?

Arab countries and diverse and multicultural societies are the main losers of the changes. Instead of having more democratic regimes and freedom of expression, the area shifted into chaos with deep sectarian divides and the surge of extremist groups and ideologies. This of course served the cause of other totalitarian regimes in the area and Israel which has now no powerful opponents in its immediate neighborhood and would build on these sectarian divisions and hatred to reinforce itself and its image.

How do you classify Middle Eastern countries, in terms of safety, in the light of the crisis? (Countries such as Lebanon, Jordan, Saudi Arabia, Iran Qatar, Kuwait, Bahrein…)

None of the countries mentioned above are safe nowadays, except Lebanon which has become immune to the attacks over the past 4 years when finally the political establishment agreed to politically cover the work of the different security forces and intelligence apparatus and their coordination and information sharing. The international community is also putting Lebanon under an umbrella which allows a minimum security stability for the country to sustain a political deadlock and an ongoing protracted crisis in neighboring countries. The extremist groups will still try to destabilize the countries where Shiite and Sunni live. The coming days will be crucial in demonstrating the above.

Geographically speaking, where do you see the war in Syria and Yemen extending?

The war in Syria has already extended to Iraq and will maybe extend to Jordan. It has impacted Lebanon of course by further deepening the existing political and sectarian divides of March 8 and March 14 and led to a political vacuum in the presidency and a paralysis of the other state institutions like the Parliament and the Council of Ministers. The Gulf countries are likely to be more hit by the Yemen ongoing war between the GCC led forces and the Houthis backed by Iran. This struggle will be exploited by extremist forces to put off balance these countries and redistribute the cards. Signs have begun with the attacks on the mosques in Kuwait and Saudi Arabia targeting the Shiite minorities there. Bahrein is still a vivid conflict that the West and the Arab media blackout in order not to upset the Saudi Arabian monarchy.

How would you describe the group ISIS: what led to its establishment? What are its main goals? How is it funded and kept in order?

ISIS is a creation of multiple interests to serve the purpose of redesigning the region’s geography at a lesser cost, without a real war. The deep reason behind its creation is the Sunni frustration due to the USA policies in the region after the fall of Saddam Hussein’s regime. The traditional Sunni leaders serving in the army and the other state institutions have been removed to the benefit of a vacuum. These Sunni elements founded ISIS. ISIS has shown after a year of its creation that it has a structure, objectives and is capable of mobilizing youth. The group has been authorized and accepted by the regional powers like Turkey and Qatar and was funded initially to counter the Assad regime. Its survival is only linked to the completion of the agenda of its creation.

What are the possible impacts of the fighting in the Middle East, on the division of world powers such as the USA, Russia and Europe?

World powers have been affected by the Middle East turmoil, mainly Europe which is witnessing vast movements of refugees seeking to settle in it, but also the extremist groups who will one day upon returning to their home countries in Europe trigger terrorist attacks.

Russia has put considerable resources in Syria to back the regime and is also faced with threats from extremist groups internally. It is also in confrontation with the West in the Ukraine crisis and has been sanctioned. The big question remains how long can Russia sustain the above and what costs can it still be able to afford.

The USA policy in the region has shown its weakness and major flaws. It is improbable that air strikes or support to moderate groups can change much of the actual situation.

How can a country like Syria recover from the devastating war it’s going through?

Syria can only recover through an internal dialogue between representative people or parties on the future of the country. This dialogue should start by a transition phase where all fighting parties would sit together in a transition council who’s mission would be to draft a political agreement ending the war under the umbrella of the United Nations. The world powers should fully support such an initiative as it happened for Lebanon through the Taef agreements but not seeking to impose an agenda on the Syrian parties.

What is the best political solution for Lebanon, to survive the crisis with the least damage done?

Lebanon should understand that the political deadlock can’t go on, elections should be held for a new parliament, a president should be elected and a national salvation plan triggered to support democratic and economic reforms. The parties should all disengage from the Syrian conflict as a start and support a political solution to the Syrian crisis where Lebanon can play the role of mediator between parties.

Do you think peace in the region will be established soon? And what might accelerate such a process?

Peace in the region will prevail but not in the near future. It might take another 4 to 5 years for the region to find stability by the time the world powers interests converge and a general agreement is found for the people of the region. The actors of the war should also accept to seriously discuss political solutions to the crisis.

Thank you Sir.

François Nader

La Gerap+

©Galibert Olivier
©Galibert Olivier

Avertissement

– Les opinions ici exprimées sont personnelles, fruits à la fois de mes perceptions et entretiens et ne doivent être élargis à d’autres champs, comme professionnel ou privé.

– Les propos formulés n’ont pas l’ambition de diffamer, exclure, humilier ou insulter qui que ce soit.

– Les propos formulés ne cachent aucun sous-entendu ou autre projet que celui de faire part de la voix de la personne avec laquelle je me suis entretenu et dont les propos peuvent révéler un intérêt pour tous les prenants parts.

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Druze Puzzle

La communauté Druze est méconnue, comme d’ailleurs les autres communautés religieuses dont on parle régulièrement, sans au final en connaître l’histoire, Raymond Aron disait pourtant que « l’incompréhension du présent naît forcément de l’ignorance du passé », perspective qui devrait être de chaque perception et notre prologue décliné à tous les domaines, toutes les questions et ce alors que Socrate se répétait « scio me nihil scire ».

Mais le crime moderne transperce par sa froideur, ou son indifférence que le Pape Benoît XVI martèle. Joseph Stiglitz, ancien chef économiste de la Banque Mondiale décrit une guerre technologique moderne conçue pour éradiquer tout contact physique, jeter des bombes à 1 500 mètres d’altitude empêche de ressentir ce que l’on fait. On peut imposer sans faiblesse des politiques auxquelles on réfléchirait à deux fois si l’on connaissait les gens dont elles détruisent la vie… on réfléchirait surtout à deux fois, si l’on considérait que ces gens pourraient également détruire la nôtre ; cela force immanquablement la prudence et le respect.

Sommes-nous alors face au culte de la peur ?

Non, à celui de l’humilité et de la faiblesse, « c’est lorsque je suis faible, qu’alors je suis fort », confiant mes craintes à Dieu, je m’efface, pour le laisser agir. La faiblesse devient alors une armure, puisqu’il n’y a que le fort au final, qui peut choisir de s’abaisser, mais surtout parce qu’il n’y a que le faible qui en appelle à Dieu. Le Tout-Puissant s’est ainsi incarné dans le peuple Juif parce qu’il était le martyrisé de tous, raison à cette élection et non à celle d’une quelconque prédestination à la suprématie. Vous l’aurez compris, la souffrance éduque avec autorité l’humilité qui regorge de secrets inestimables.

Ainsi, les responsables politiques français à Beyrouth m’expliquaient combien l’attitude des dessinateurs parisiens était dangereuse pour tout Français vivant en dehors des frontières de son pays, mais surtout pour les dessinateurs eux-mêmes et ce alors, qu’un des leurs, d’origine algérienne se décrivait comme un simple « bouffon »… oubliant le sort réservé à ceux qui ne parvenaient à faire rire les rois. Par ailleurs, il expliquait combien la difficulté d’être publié l’isolait chaque jour un peu plus dans l’excès, c’était à celui qui irait le plus loin. Ôter la vie d’un homme, ne peut être excusé, mais je me demande seulement si on oserait dire les mêmes choses, face à ceux qu’on pointe du doigt, tout n’est au final qu’une question de distanciation, une erreur dans un monde où les frontières sont pourtant rappelées toujours plus minces. Malgré cela, nous continuons à cadenasser l’histoire humaine dans tel ou tel attribut, effort égoïste, simpliste et tentant d’ingurgitation.

Très peu de personnes, moi le premier, seraient ainsi capables d’énumérer les caractéristiques constitutives de la religion musulmane ou même chrétienne, premièrement par méconnaissance et deuxièmement parce qu’une recherche « scientifique » se diluerait bien rapidement dans les convictions personnelles. Ce n’est pas nécessairement une erreur d’ailleurs, tant que la méconnaissance ou les convictions ne se détournent pas de l’amour et du respect de son prochain, dans pareil cas, nous pourrions même nous dispenser de l’étude. Restent alors les vérités et les faits, ou les rencontres, et une récente invitation, renouvelée, avec un représentant politique druze m’ont permis d’en apprendre davantage sur ces mystérieux habitants.

Ce qui frappe à première vue dans la région montagneuse d’Aley au Liban acquise à la communauté Druze, c’est son nombre édifiant d’églises, on comprend alors ce qui sera expliqué un peu plus loin et qui s’assimile à un accord tacite entre des communautés aujourd’hui minoritaires. Cette jonction n’est peut-être toutefois pas si complète et réelle, mais mon hôte m’invite à la considérer. Une entrevue commence alors avec un chef politique, médecin de profession et conseiller d’un premier ministre africain, de toutes les casquettes, il est appelé le plus à relever la cause de ces milliers de personnes « qui comptent sur lui » devant toute tribune et c’est précisément ce qui nous réunit ici.

Avant tout, il met en garde sur le positionnement de la France à l’égard du pouvoir de Bachar Al Assad en Syrie et questionne : « Est-ce que vous toléreriez que Bachar vienne vous enlever votre président ? » Bien qu’une partie des Français ne refuserait cette occasion, la comparaison reste démesurée, mais son fondement est juste et interroge sur le positionnement français à l’égard de la Syrie, quel est-il ?

Mon silence fait jaillir chez lui l’expression d’une satisfaction, l’heure ne serait ainsi plus à se défaire de Bachar Al Assad, ce à quoi je reste pensif. À cela, il rajoute que la France, « mère » de nombreuses communautés dans la région se doit de retrouver une voix au Moyen-Orient et un ton bienveillant à l’égard de tous ceux qui espèrent en elle, faute de quoi, ses enfants abandonnés se chercheront une nouvelle mère, et un père s’il le faut ! Moquée est l’attitude d’assimilation avec la position américaine et de nouveau une fausse interrogation : « Que ferez-vous après ? » La France, comme de nombreux pays ont compté/comptent sur les États-Unis, ce n’est pas l’amitié qui est décriée, mais le manque d’envol, le « que ferez-vous après » OTAN est une mise en garde qui va conditionner notre échange.

Le risque d’attentats en France serait d’après lui bien réel, mais n’aurait encore atteint son paroxysme, car les dirigeants « syriens et iraniens patients, privilégient encore le dialogue », il nous faut savoir ainsi que les Chiites seraient des hommes réfléchis, stratèges ou encore endurants avant de me questionner de nouveau : « Que feriez-vous demain s’il était demandé à 800 personnes insoupçonnables sur votre territoire, de commettre des attentats ? » Le ton est de nouveau rappelé.

Mais, ce n’est pas la menace qui triomphe dans son discours, mais l’appel à la raison et des invocations : « Ne méprisez pas le faible ! » « N’attisez pas la violence ! », « Ne poussez pas les Iraniens à bout ! », « Est-ce Daech que vous souhaitez ? »

À ce stade de l’échange donc, il est évoqué :

  • Une France qui serait devenue particulièrement agressive à l’égard de ses anciens protégés au Moyen-Orient.
  • Une France qui sous-estimerait la capacité de défense de ceux qu’elle agresserait aujourd’hui.
  • Une France dont on ne connaît plus vraiment le positionnement, après le « va-t-en-guerre » d’apparence du ministre des Affaires étrangères, que reste-t-il ?
  • Une France qui n’est elle-même pas convaincue du bien fondé d’une telle posture.
  • Bachar Al Assad qui devait être balayé d’un revers de la main s’avère être plus endurant que prévu, poussant les acteurs à revoir leurs positionnements.
  • La France est invitée à reprendre son rôle historique, à se réapproprier sa voix dans le Concert des Nations.
  • La France est considérée comme la « mère » de plusieurs communautés minoritaires.
  • Or, sans réaction de la France, les communautés cherchent et se chercheront de nouveau d’autres soutiens.
  • La France serait soumise à un agenda outre-Atlantique.
  • Que resterait-il à la France si les États-Unis se désolidarisait d’elle ?
  • Que ferait la France si de l’Europe l’OTAN finalement se retirait ?
  • Une mise en garde est lancée.
  • Le risque d’attentats en France serait bien présent.
  • Le risque d’attentats en France pourrait être multiplié.
  • Le risque d’attentats en France est instrumentalisé.
  • Syriens et Iraniens pourraient avoir un rôle dans la multiplication de ces derniers.
  • Syriens et Iraniens privilégieraient encore le dialogue.
  • Les attributs chiites seraient la réflexion, une stratégie endurante et une patience imperturbable.
  • Toutefois, 800 personnes insoupçonnables suffiraient à enflammer la France.
  • Il ne faudrait mépriser ces mises en garde et se croire hors de portée.

À la suite de plusieurs nouvelles questions sur la réputation des Druzes à trahir leurs alliés ainsi que sur les attentes de sa communauté à l’égard de la France, mon hôte me répond que les Druzes n’attaqueront jamais les premiers. Ils croient en la présence de Dieu aux côtés des plus faibles et en cette raison ne souhaitent pas perdre son appui et sa grâce. Toutefois et ce bien qu’un Druze ne trahirait pas son allié, il n’accepterait pas pour autant une atteinte à son intégrité ou à son honneur et aurait le devoir, par un moyen ou un autre de se venger, sans quoi Druze, il ne serait.

Les Druzes seraient ainsi fidèles dans leurs alliances, gare toutefois à ne pas les trahir ou mentir sur ses véritables intentions révélant ainsi une capacité à prendre les devants et surprendre des alliés désormais considérés en ennemis ; traîtres sur le puzzle ambiant, ils seraient en réalité de fins politiques.

Quant aux attentes, la Communauté espère un geste envers Bachar Al Assad, un pas vers un rétablissement des relations qui passerait par exemple par une réouverture des ambassades. L’objectif étant de protéger les minorités druzes, alaouites ou chrétiennes, voire même sunnites qui seraient les victimes de la violence de factions terroristes, divisées et semant la terreur.

Nul ne comprend pourquoi ce pays a été mis à feu et à sang, mais d’après lui, il serait encore temps de sauver ce qui peut être sauvé et Bachar Al Assad accepterait toute attitude allant dans ce sens.

Toutefois, on a pu le voir avec le Hezbollah, la Russie ou encore l’Iran, il n’y a pas de personnification de la relation avec la Syrie, mais bien un impératif : ils n’accepteront pas que Bachar Al Assad soit défait par les Occidentaux selon des conditions qui ne sont pas les leurs.

À ce stade de l’échange donc :

  • Les Druzes minoritaires dans la région auraient la réputation de trahir leurs alliés et de se défaire facilement de leurs alliances.
  • Ce à quoi le chef druze répond négativement, la position minoritaire ayant alimenté une attitude prudente les rendant extrêmement sensibles à ce que leurs alliés pourraient projeter. Ces conditions poussent les Druzes à être extrêmement attentifs à leur environnement et à être prêts à changer rapidement de position.
  • Les Druzes cultivent la posture défensive, plus agréable à Dieu et n’attaqueraient jamais les premiers.
  • Les Druzes toutefois n’accepteront jamais une atteinte à leur intégrité ou leur honneur.
  • La vengeance est un devoir.
  • La peur de mourir occultée, le Druze croit en la réincarnation.
  • Les Druzes espèrent un geste envers Bachar Al Assad.
  • Les Druzes sont convaincus que personne ne souhaite voir Daech à ses frontières.
  • Les Druzes garantissent que Bachar Al Assad serait capable d’effacer tout ce qui s’est produit à condition que le dialogue avec les Occidentaux soit officiellement rétabli, sous-entendant qu’officieusement il l’est.
  • Bachar Al Assad serait prêt à négocier des faveurs aux Européens dans leur lutte contre le terrorisme ; est évoqué l’échange de données.
  • Les alliés de la Syrie ne sont pas contre un départ de Bachar Al Assad mais certainement pas calqué à un calendrier occidental.

Les Américains sont accusés de tous les maux sur terre, or il apparaît sur le terrain que tout le monde recherche leur soutien, leur silence et leur stratégie jettent dans la confusion leurs protégés qui se retournent vers des anciens partenaires historiques. La Russie n’est jamais apparue aussi forte, la France est également sollicitée, mais d’autres acteurs européens plus discrets se font incontournables, je suis ainsi marqué par la réputation des Italiens qui depuis plusieurs années se développent économiquement, nouant des alliances effectives.

Toutefois, la nature complexe du terrain, ainsi que l’esprit virevoltant des Arabes conjuguent des visions éternelles à des mécaniques de mouvement foudroyantes ; une sagesse divine au coeur enflammé.

Au Moyen-Orient, l’histoire n’est pas différente de la nôtre, puisqu’elle est humaine. Cette région qui n’a peut-être jamais été aussi bouleversée, n’a pourtant jamais été aussi proche d’être libérée car tout y est toujours espéré.

Et puis c’est bien de là-bas qu’on a appris que l’on meurt, mais surtout que l’on ressuscite.

Elie Khoury

La Gerap+

©almoutran.com
©almoutran.com

Le Lieutenant-colonel Al Asmar est un des artisans des lois libanaises élaborées en faveur des populations les plus fragiles que sont les femmes, les enfants et les travailleurs domestiques venus de l’étranger. Son engagement depuis plus de 20 ans auprès des Libanais frappés par la traite des êtres humains fait de lui un expert sur cette problématique dévastatrice puisque les enfants sont enrôlés de plus en plus tôt sur les théâtres militaires intérieurs. Ainsi, il a été auditionné plus d’une cinquantaine de fois par le Parlement libanais sur cette problématique et a conduit plusieurs missions à l’étranger, invité à s’exprimer par l’Union européenne ou encore les Nations Unies. Le Lieutenant-colonel Al Asmar intervient également à l’Université Saint-Joseph pour sensibiliser tant les juristes sur le fonctionnement du système judiciaire que les futures sages-femmes sur la détection des violences conjugales.

Bonjour mon Colonel et merci de nous faire l’honneur de votre présence et ce à la veille de votre départ pour l’étranger. Je vous ai présenté à nos lecteurs, mais vous, comment vous décrivez-vous ?

LCL Al Asmar : Merci infiniment pour votre invitation, c’est toujours un plaisir pour moi d’échanger avec des personnes ayant un intérêt pour ces problématiques qui frappent les personnes les plus fragiles dans nos sociétés. Comme vous le savez, je suis un Colonel de la Police libanaise et un expert de la lutte contre le trafic des êtres humains. La protection des populations vulnérables est mon champ de bataille, que cela soit au travers de la lutte contre les violences domestiques ou celle pour la défense des enfants engagés sur les théâtres militaires.

Pourriez-vous nous parler de ces enfants frappés par la situation d’instabilité qui touche le Liban ?

LCL Al Asmar : Oui, les enfants sont enrôlés sur les théâtres de confrontation au Liban, Tripoli en est un des exemples les plus tristes et les plus récents avec deux groupements sunnites qui s’affrontent sans plus distinguer l’enfant de l’adulte. Nous menons ainsi des campagnes de sensibilisation pour expliquer aux responsables militaires, aux familles, mais aussi aux autorités religieuses que pousser un enfant à prendre les armes est un crime !

Pourriez-vous nous expliquer comment sont enrôlés ces enfants et à partir de quel âge leurs parents considèrent qu’ils peuvent aller au combat ?

LCL  Al Asmar : Ce n’est ni plus ni moins du lavage de cerveau, les chefs militaires font pression sur les familles pour envoyer leurs enfants au combat. Ils jouent sur leurs sensibilités en leur disant par exemple que « les Alaouites vont venir violer et tuer leurs mères, leurs soeurs » et qu’ils doivent absolument prendre les armes pour défendre l’honneur de la famille, on joue sur la fierté. Il y a une forte connexion entre la fierté et la femme, ils connectent dans les esprits ces deux grands symboles qui relèvent de l’intime. Au final, même chez le père, chef de famille il y a une confusion qui finit par le pousser à envoyer ses enfants au front. Juger si un enfant peut aller au combat se fait simplement par l’appréciation de sa corpulence, s’il a 12 ans, mais qu’il paraît grand et fort, ils l’envoient.

Ce sont donc ces populations que vous considérez les plus vulnérables ?

LCL  Al Asmar : Oui et on travaille en collaboration avec l’Union européenne et les instances internationales pour faire face à ces catastrophes humaines. L’année dernière nous avons formé 200 policiers à cette lutte et l’attaché militaire de l’Ambassade de France au Liban a fait partie des premières personnalités à apporter leur soutien à ce programme de l’ISF.

Quelle est la situation actuelle ?

LCL  Al Asmar : En suspend ! Tout est imbriqué au Liban, n’importe quel attentat, qu’il soit commandité par un tel ou un tel découle d’un ordre qui vient toujours de l’extérieur. Les libanais manquent de vision stratégique et leurs donneurs d’ordres sont installés à l’étranger, en Iran, en Syrie, au Qatar, en Arabie Saoudite ou en Turquie, rien ne se fait depuis le Liban. Je ne crois pas en ce profil du terroriste qui se fait exploser sur un coup de tête, il n’y a pas de ça ici. Le manque de vision stratégique, de recul et de maturité est une horreur pour nous les représentants du pouvoir exécutif qui se vérifie lorsque l’on entend un enfant soldat dire qu’il a pris les armes pour défendre son pays, sa mère ou sa soeur !

Quels sont les cas les plus répandus de violence domestique ?

LCL Al Asmar : La violence physique faite à la femme, puis vient la violence économique toujours à l’égard de la femme, lorsque le mari lui refuse par exemple l’accès au porte-monnaie pour subvenir à ses besoins ou à ceux de sa famille. Et dernièrement, nous avons fait intégrer dans une loi, la violence verbale. Les débats les plus houleux et difficiles à négocier sont ceux qui concernent la violence sexuelle puisque les élus s’accordent en très grande majorité à dire qu’elle ne peut pas exister entre un homme et sa femme ; ils basent leur défense sur les racines religieuses qui indiquent que l’homme a autorité sur sa femme, racines qu’ils interprètent à leur manière. Le code pénal libanais basé sur le code pénal français leur donne également raison. À cela on répond, qu’ils tirent le code libanais d’une législation de 1943 et que depuis les choses ont énormément évolué en France, mais sur cette question il n’y a rien à faire, ils sont intransigeants car ils ont un électorat à séduire.

Existe-t-il une violence conjugale à l’égard des hommes au Liban ?

LCL Al Asmar : Cela est très rare au Liban, mais quand elle l’est, elle est radicale. On l’observe dans les quelques cas où la femme pousse son amant à assassiner son mari ou lorsqu’en accord avec les enfants ils tuent le père pour toucher un héritage.

Nous avons peu parlé des travailleurs domestiques étrangers qui ont au Liban des rôles subalternes ; est-ce du racisme ?

LCL Al Asmar : Il y a moins de racisme à l’égard de l’homme de couleur au Liban qu’il y en a en France. Au Liban, le travailleur étranger est embauché avec entrain ou par pitié, ce dernier a quitté son pays pour trouver une meilleure situation ici. En France, il y a une agressivité entre les hommes parfois déroutante puisque l’homme noir en France est français ! On continue pourtant parfois à le traiter comme un citoyen de seconde zone. Ici au Liban, les travailleurs étrangers ne sont pas libanais, ils n’ont pas de nationalité et ils ne la veulent pas, ils viennent gagner de l’argent pour un jour retourner dans leur pays. Ils n’ont aucune ambition au Liban et ne s’immiscent pas sur des questions de ce genre, là est la grande différence. Le racisme pourrait par contre jaillir en cas d’une union maritale entre libanais et travailleurs domestiques.

Merci mon Lieutenant-colonel pour avoir partagé votre expérience avec nous.

LCL Al Asmar : Merci à vous de m’avoir invité à le faire.

Elie Khoury, La Gerap+

Baalbeck - © Reverse Spins
Baalbeck – © Reverse Spins

Le Hezbollah libanais est coeur des débats lorsque le Liban est évoqué et en cette raison, n’échappe pas une catégorisation forcée, mais forcément incomplète. Qualifiée d’organisation terroriste par les uns, défenseuse de l’identité libanaise par d’autres, jusque dans une seule et même famille les avis peuvent être divergents. Pour nourrir ces débats et nous permettre de nous forger une opinion un peu plus entière, nous avons interrogé Mme Aurélie Daher sur le Parti.

Elie Khoury : Bonjour Madame Daher et merci de nous faire le plaisir de cet entretien. Titulaire d’un doctorat de SciencePo Paris, vous êtes successivement passée par les universités d’Oxford et de Princeton. Vous êtes connue comme une spécialiste du Hezbollah libanais en raison principalement d’un travail de terrain effectué auprès du Parti ; échanges et analyses condensées dans votre livre « Hezbollah, mobilisation et pouvoir » paru aux éditions PUF en 2014. Toutefois, ces premiers mots ne sauraient complètement vous présenter, pourriez-vous je vous prie nous en apprendre davantage sur vous, votre parcours, ainsi que sur les problématiques qui vous occupent actuellement ?

Mme Daher : Bonjour. J’ai en fait derrière moi un parcours un peu particulier. Pas trop mauvaise en mathématiques, j’ai commencé par faire une Math Sup (classe préparatoire scientifique) en vue de devenir ingénieur. Mais le métier vers lequel mes études devaient aboutir m’a moins plu que les études elles-mêmes. J’ai alors bifurqué vers la prépa HEC et ai intégré l’ESCP Europe, où j’ai suivi la Majeure Management public. Ayant toujours été intéressée par les questions de sociologie et par le Moyen Orient, j’ai complété mon parcours en rejoignant Sciences Po Paris. J’ai alors mené deux cursus de front : j’ai rejoint Sciences Po en quatrième année, où j’ai potassé sociologie et science politique, et j’ai intégré en même temps le DEA de l’Ecole doctorale de Sciences Po dédié aux études sur le Monde musulman. Cela a été deux années très chargées ! Puis, la thèse s’est imposée naturellement. J’ai ensuite eu la chance de voir mon travail soutenu par la commission du programme postdoctoral conjoint entre Sciences Po et l’Université d’Oxford, qui m’a assuré une bourse pour un an. Année merveilleuse, littéralement, que j’ai passée à Oxford… Puis, j’ai encore une fois fait ma valise, mais pour l’Université de Princeton, aux Etats Unis, où j’ai également passé une année de post-doctorat et enseigné. Expérience très riche là aussi, un contact réellement magique avec les étudiants. Mes problématiques portent essentiellement sur le Liban, et ses relations avec la Syrie et l’Iran. Par conséquent, je suis amenée à m’intéresser de très près au chiisme politique régional.

Madame, vous qui avez été au plus près des membres du Hezbollah et ce à plusieurs reprises, quelle a été la nature de votre expérience humaine à leurs côtés ?

Mme Daher : J’ai passé une partie de mon enfance et de mon adolescence dans le nord de la Bekaa, territoire Hezbollah par excellence. En termes de contacts avec les membres du parti, les souvenirs ne manquent pas, les expériences et anecdotes non plus. Mais en définitive, la vie à Baalbek sous influence du Hezbollah n’a pas été différente de ce qu’elle a pu être ailleurs au Liban, si ce n’est pour des différences relevant moins de la présence du Hezbollah que de particularités locales. La zone de Baalbek el-Hermel a ses propres particularités sociales et sa propre histoire… Je pense qu’il est important de noter que dans les régions Hezbollah, on va à l’école, on se rend à son travail, on passe du temps avec ses amis, on se divertit quand on en a le temps – comme ailleurs au Liban…. Mon expérience du Hezbollah, par la suite, au cours de mes années de recherche, a été riche et variée. Certains membres du parti, très méfiants, ont préféré ne jamais me recevoir. D’autres, ayant plus de facilité à comprendre notre démarche scientifique, ont été très coopératifs.

 

Quid de la personnalité de M. Hassan Nasrallah ?

Mme Daher : Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah depuis 1992, suscite le plus souvent admiration sincère ou, a contrario, mépris convaincu. Il ne semble que rarement laisser indifférent. Ses admirateurs voient en lui le leader d’une organisation qui a mis fin à 22 ans d’une occupation israélienne faite d’humiliations, spoliations, rafles et emprisonnements arbitraires, tortures, meurtres et déportations. Comme son organisation a défait l’armée israélienne en 2006, lors de la grande offensive de 33 jours contre le Liban. Dans les milieux américains et israéliens, il est avant tout le chef d’une organisation terroriste. Depuis les soulèvements arabes débutés en 2011, certaines populations arabes ont pu modifier leur point de vue sur le personnage, notamment depuis l’engagement du Hezbollah en Syrie aux côtés du régime syrien de Bachar al-Assad. Pour certains, il n’est plus un héro arabe mais le chef de l’organisation qui permet aujourd’hui à Assad de prendre le dessus. Pour d’autres, il est d’autant plus resté un héro que son organisation combat efficacement les troupes de Jabhat al-Nusra et l’Etat islamique. Tout dépend des points de vue et des préférences idéologiques.

 

On prête des liens directs et parfois indissolubles à  l’Iran, la Russie, la Syrie et le Hezbollah. Portant d’autres informations tendent à dire que ni les dirigeants de la Russie, ni du Hezbollah ne sont attachés personnellement et de façon jusqu’au-boutiste à la famille Al Assad. Comment percevez-vous ces rapports ?

Mme Daher : C’est assez compliqué, dans le sens où la teneur de ces rapports a également fluctué au cours du temps. Mais grosso modo, aujourd’hui l’Iran, la Russie, la Syrie d’Assad et le Hezbollah sont, sur les divers dossiers moyen-orientaux, dans le même camp. Assad est certainement plus un moyen qu’une fin aux yeux de ses mentors et amis régionaux et internationaux. Mais l’Iran en particulier – et le Hezbollah dans son sillage – ont réussi à construire au cours des ans une relation particulière avec le régime des Assad, dans le cadre de laquelle ils retirent un certain nombre d’avantages. Or, un éventuel régime islamiste ou proche de l’Arabie saoudite installé à Damas ne renouvellera probablement pas les arrangements déjà garantis par Assad. D’où l’attachement à sauver le régime de celui-ci.

 

De ce fait et pour ce cas, validez-vous ou infirmez-vous le précepte qu’il n’y a de permanent ni ami ou ennemi, mais que des intérêts ?

Mme Daher : Les relations internationales sont plus subtiles que ça. Certes, les intérêts dictent l’essentiel des rapports entre les divers acteurs. Mais les stratégies et les relations ne peuvent tenir que si l’on fait un minimum confiance à son partenaire et son allié. Il faut donc un minimum d’amitié quand même… Comme certains différends entre certains acteurs sont allés trop loin pour que les ennemis deviennent amis….

 

Vous présentez le Hezbollah, comme une organisation articulée autour de la lutte contre Israël, principe de son fondement. Je souhaite y opposer une autre idée, lorsque j’ai étudié le Parti, il m’est resté à l’esprit que c’était la nécessité d’un engagement plus prononcé aux côtés du peuple Palestinien qui a donné essence à l’organisation sur fond de relation armée à Israël. Légitimité de surplus acquise en raison d’une différenciation et distanciation avec l’organisation Amal, considérée dans les années 1980 plus molle dans son entrain à défendre la Palestine et plus conciliante à l’égard d’Israël. Pourriez-vous me faire part de vos éclaircissements sur ce point ?

Mme Daher : Lorsque Israël envahit largement le Liban, pour la seconde fois, en 1982, une grande partie du monde militant chiite libanais soutient la cause palestinienne, oui. Mais ce soutien ne se traduit pas par une participation des militants à des opérations contre Israël en vue de récupérer les territoires occupés. Lorsque l’invasion survient, une partie de ce monde chiite décide la mise sur pied d’une structure militaire chargée de combattre l’occupant, et ainsi naît la Résistance islamique au Liban, qui quelques mois plus tard, travaille à créer le Hezbollah, qu’elle conçoit comme sa ramification sociale puis politique. Mais l’objectif est la défense du territoire libanais. Certes, l’ennemi est le même que celui de la cause palestinienne, mais l’objectif reste centré sur le sol libanais. Il n’a jamais été question que la RIL libère la Palestine pour les Palestiniens.

 

Toujours sur cette même base, je garde en mémoire qu’une fois le peuple Palestinien installé dans un territoire reconnu et souverain, le leader du Hezbollah, M. Hassan Nasrallah garantissait qu’à ce moment, leur lutte engagée ne serait plus qu’une lutte accomplie, non plus nécessaire. Or, l’engagement politique du Parti tend pour plusieurs raisons à l’enraciner sur des perspectives et des problématiques durables. Pourriez-vous partager votre avis sur ce point également ?

Mme Daher : La situation des Palestiniens est loin d’être réglée ou stabilisée. Le Hezbollah par conséquent, maintient son soutien à la cause palestinienne. Le Jour de Jérusalem est par exemple célébré tous les ans le troisième vendredi du mois de Ramadan. Pour autant, le Hezbollah se concentre avant tout sur des problématiques libanaises, et au jour le jour, travaille non pas avec des Palestiniens mais des Libanais, sur des questions et sujets libano-centrés.

 

Le Courant du futur (mené par la famille Hariri) souffre d’une impopularité qui perdure auprès de ses premiers intéressés, les musulmans sunnites. Ces derniers sont-ils devenus des orphelins politiques ou s’identifient-ils toujours malgré la situation au Courant du futur, à un autre groupe ou une personnalité importante sur la scène intérieure ?

Mme Daher : C’est compliqué. Essentiellement parce qu’au Liban, les réflexes communautaires font que même si l’on n’est pas totalement satisfait du leader de la communauté, on reste à ses côtés, parce qu’on est avant tout membre d’une communauté et qu’il en est le représentant face aux autres groupes politiques et confessionnels du pays. Certes, Saad Hariri a déçu au sein de sa propre communauté, mais en l’absence d’une alternative modérée, la majorité de la communauté entend bien voter pour son parti aux prochaines élections (quelle que soit la date à laquelle celles-ci seront tenues). Une partie des sunnites est bien tentée de voir en l’Etat islamique un meilleur défenseur des intérêts de la communauté, mais sur le plan du potentiel électoral, Hariri garde l’avantage.

 

Quid de la personnalité de M. Saad Hariri ?

Mme Daher : Saad Hariri a réellement fait ses premiers pas en politique en tant que l’héritier de son père. Ce qui n’empêche pas le fils de prendre ses distances avec certaines traditions politiques propres à la manière de gouverner du père. Mais dans l’ensemble, il a maintenu par exemple la politique ultralibérale de son père et ses alliances politiques régionales et internationales.

 

Les organisations ou personnalités comme Daech ou M. Ahmad Al Assir lorsqu’elles apparaissent, apparaissent avec une extrême brutalité. Dès lors, d’après vous, à quelle finalité sont-elles vouées ?

Mme Daher : Daech et Ahmad al-Assir ne sont pas tout à fait la même chose… Al-Assir avait avant tout un horizon limité à son pays, au Liban. Il a essayé de remplir la vacuum créé par l’absence prolongée de Saad Hariri de la scène politique, pour poser en leader premier des sunnites du Liban. Ça n’a pas fonctionné. L’Etat islamique est une organisation d’un tout autre calibre. Aux visées expansionnistes claires, qui menacent l’ensemble du Proche-Orient.

 

Par-delà, dons et avantages en nature, quelle est la structure financière du Hezbollah ?

Mme Daher : Contrairement à une idée solidement répandue, le Hezbollah tire l’essentiel de ses moyens financiers non pas de l’Iran ou de la Syrie mais de la société libanaise, au Liban ou au sein de la diaspora. Ses institutions sociales en particulier vivent de dons de sympathisants, de revenus de publicité (notamment ses médias) et de « sponsorship » (je pense à son club de football). Il y  a aussi les revenus des « marja’-s », les ayatollahs qui reversent une partie des impôts islamiques qu’ils perçoivent au parti. C’est une grande tradition chiite, inconnue du sunnisme : les grands clercs collectent les impôts des fidèles et les redistribuent comme bon leur semble, principalement sur des projets socio-caritatifs et éducatifs.

 

Madame Daher, sauriez-vous nous donner le nom d’une société privée rattachée emblématiquement à la fortune du Hezbollah, du Courant du futur, des Forces libanaises, des Kataeb et du Courant patriotique libre ?

Mme Daher : Il existe au Liban plusieurs entreprises privées qui, effectivement, entretiennent des liens plus ou moins étroits avec les partis politiques – à l’instar de ce que l’on peut observer dans les autres pays. Certaines font aussi l’objet d’investissements de la part de ces partis ou sont créées de toutes pièces par eux — je pense aux chaînes de télévision par exemple, chaque parti au Liban ayant la sienne, pratiquement… Mais de là à en établir la liste, ce serait difficile, essentiellement en raison des différents niveaux de relations existant entre ces entreprises et les partis.

 

Alors que le Hezbollah accorde une place d’honneur à ses combattants morts sur le champ de bataille, portant en avant ses « martyrs » en les inscrivant dans son histoire politique et militaire, il est rapporté qu’Hassan Nasrallah n’évoque jamais la mort de son fils Hadi, est-ce vrai et comment comprenez-vous cela ?

Mme Daher : Hadi Nasrallah est mort au champ d’honneur en septembre 1997. Nasrallah en a largement parlé à cette époque. Depuis, l’événement a été historicisé et il semble donc normal que le père n’évoque plus le fils dans ses discours. Le discours du Hezbollah sur les martyrs traite au final tous les martyrs de la même manière : ils sont honorés, un par un, de manière personnalisée, au moment de leur décès. Leur mémoire est ensuite régulièrement mentionnée au cours des ans, mais de manière plus collective, en tant que membres d’un groupe plus large, celui des martyrs de la Résistance islamique.

 

Madame Daher, merci d’avoir accepté de nous faire part de vos analyses, je n’abuserai pas davantage de votre temps et vous laisse les mots de la fin.

Mme Daher : Sur la question du Hezbollah, je pense que ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’il a été créé en réalité par une organisation militaire, dans une répartition des rôles que l’on pourrait comparer au tandem irlandais IRA/Sinn Fein: la Résistance Islamique au Liban (RIL) s’est toujours chargée de la partie militaire, du combat, quand le Hezbollah a été conçu comme une ramification d’action sociale et politique, au service de la défense des intérêts de l’organisation-mère au sein de la société libanaise. En cela, le Hezbollah, en plus de trente ans d’existence, n’a jamais changé. Et la RIL étant désormais engagée – en partie – en Syrie, on pourra remarquer aisément que le Hezbollah, au Liban, continue à travailler à assurer les arrières de celle-ci. Cette distribution des rôles est ce qui régit réellement le mode de fonctionnement du complexe RIL/Hezbollah.

 

 Elie Khoury

La Gerap+

Crash Test, Renault 5
Crash Test, Renault 5

Effet miroir : la Syrie en France

Le ton du gouvernement français à l’égard du régime de Bachar Al Assad a – tout au long de la crise – qui perdure, été menaçant. La condamnation de la situation locale par les gouvernements occidentaux, la France en tête, a de longs mois durant laissé place à la perspective d’une intervention armée directe. À ce jour pourtant, cette possibilité n’a pas été pleinement et directement déployée. Cette mise en arrêt s’expliquerait, aux dires de différents observateurs, par la crainte de voir la France engagée seule dans un face à face avec la Russie et ses partenaires régionaux, lâchée elle-même par quelques-uns de ses soutiens, l’américain en premier lieu.

Seulement – et tout en reconnaissant l’intérêt d’une telle piste de réflexion – il serait judicieux de reconsidérer l’aspect interne, incontournable à toute manoeuvre politique de cette envergure, car le gouvernement consulte ses différents services, dont les renseignements, sur les réactions qui pourraient découler d’une telle décision.

Ce qui est recherché c’est de : savoir si le gouvernement sera soutenu par sa population sur un tel engagement et s’il pourra en escompter des gains politiques et économiques. Durant cette même analyse, le gouvernement cherchera aussi à identifier les barrières qu’il pourrait rencontrer dans les sphères politiques, médiatiques, religieuses… En d’autres termes, qui s’opposera à lui ?

Et, il n’est pas toujours aisé d’identifier, encore moins d’avoir une lecture (précise et à jour) des réactions (positionnements) des populations sur ces problématiques. Dans sa ligne de mire, les personnalités qui bénéficient d’un écho, d’une capacité d’entraînement et de soutiens en France et à l’étranger.

Diplomates en exercice ou à la retraite, dignitaires religieux, hommes d’affaires, journalistes nationaux, responsables politiques ou de clubs, on cherchera alors à prendre le pouls de ces personnes et de la population en général. En somme, qui sont les personnes capables de toucher la population, celles pouvant représenter un contre-pouvoir ?

Nous croyons principalement en deux choses :

  • Les différentes annonces du gouvernement, mené sur ces questions internationales par les Affaires étrangères et son ministre, ont permis de créer une base de données détaillée et actuelle des soutiens et barrières existants actuellement en France au pouvoir en place sur la question d’une intervention militaire directe et officielle en Syrie. Et, il n’est pas impossible que ces annonces aient parfois servi à cela avant tout. Plus le gouvernement a été moqué, plus il a pu être en mesure d’identifier ceux qui se moquaient de lui.
  • Les réseaux et soutiens qui existent actuellement en France, défavorables à une intervention militaire française en Syrie sont suffisamment forts pour enrayer une telle possibilité. Plusieurs communautés orientales, religieuses, ainsi que des diplomates et hommes d’affaires déterminants et travaillant aux intérêts français sont opposés à une guerre en Syrie et sont dans la capacité de poser un problème au gouvernement actuel, voire de l’engager sur une crise intérieure.

La possibilité d’une intervention militaire française en Syrie avant d’avoir été mise à mal où que ce soit, l’a été en France par plusieurs communautés défavorables à un tel engagement. Cependant, ces revirements parfois de forme du gouvernement lui ont également permis de mettre à nu le positionnement de plusieurs opposants jusque là, inconnus ou silencieux.

Elie Khoury
La Gerap+

KFC

Il a été observé en France et plus largement en Europe un commerce aussi complexe qu’appellatif, traduisant à la fois retombées/perspectives financières extraordinaires et respectabilité. Le « halal » étant ce qui est permis, autorisé et plus largement « propre » dans l’Islam ; il conditionne d’entrée les prenants part à une posture de respect des valeurs et des symboles partagés par la communauté musulmane.

Dès lors, tous les entrepreneurs ne peuvent prétendre à devenir des acteurs reconnus sur ce marché sans en respecter les conditions auxquelles les consommateurs musulmans sont sensibles. Il apparaît ainsi difficile de prétendre vendre des produits « halal » tout en exerçant des activités interdites. Dans ce qui est considéré comme interdit pour les sociétés et hommes d’affaires qui se veulent « sharia compliant », c’est notamment une présence sur les « business » du sexe, de l’alcool et par truchement de la cigarette. Toutes les règles ayant leurs exceptions il est vrai, elles restent néanmoins de prime abord incontournables. Ainsi, est-il autorisé de vendre ou consommer des médicaments contenant de l’alcool ? Et bien voyez-vous, que sous certaines conditions.

Mais revenons aux professionnels de la distribution alimentaire en France, pour eux apparaît donc un marché fabuleux, à condition nous le disions, de pouvoir gagner cette quête de légitimité, ou du moins une partie suffisamment grande pour se prévaloir d’une assise.

La quête d’une légitimité commence par pouvoir garantir aux consommateurs vendre un produit certifié. Lorsque les sociétés agissent à un niveau local, elles peuvent rassurer leurs clients oralement et par le bouche à oreille d’un respect des règles et des traditions. Sur un périmètre limité, cela reste donc à la portée des boucheries et des supérettes de quartier.

Dans une perspective de développement régional maintenant, voire national, la difficulté est infranchissable, puisque les mastodontes français et européens de la certification agissent, bataillant à celui qui sera le plus légitime et ce, à renfort de journaux en ligne véhiculant « la bonne posture et la bonne parole ». Impossible de gagner en crédibilité sans avoir choisi son camp.

A ce stade pour résumer, nous pouvons observer deux écoles, celle portée par la Mosquée de Paris, que nous pouvons décrire plus largement comme celle de l’Islam de France. Posture dirons-nous adaptée à un environnement extérieur et une autre, largement déployée depuis la Belgique ou le Royaume-Uni qui se veut plus dure, dénigrant systématiquement « l’Islam de France ».

A l’intérieur de ce marché se confrontent premièrement les commerçants musulmans, auxquels se superpose la bataille entre commerçants musulmans et commerçants non-musulmans voulant vendre du « halal ».

Ces commerçants non-musulmans voulant vendre du « halal » utilisent principalement deux voies :

La première est indirecte, ils commercialisent et nouent des partenariats avec des acteurs musulmans pour écouler leurs marchandises. Les gains sont moindres au regard du nombre d’intermédiaires, mais la légitimité bien que cachée, reste préservée.

La deuxième est directe, ils commercialisant sous leurs noms de marque des produits « halal » avec pour principale faiblesse de nouveau cette légitimité pouvant facilement être remise en cause. Ce sont des enseignes qui sont souvent les victimes d’attaques informationnelles les suspectant de vendre des produits contenant des traces de porc ou une affiliation à Israël.

 Elie Khoury

La Gerap+

Les domaines Ville & Gry

Elie Khoury : Bonjour M. Gry et merci de nous accorder cet entretien. Vous êtes le patron Asie de Porcher Industries, une société fondée en France en 1912, alors spécialisée dans le tissage de la soie naturelle. Un siècle plus tard, la société existe toujours et s’est remarquablement développée et enrichie pour répondre aux besoins de ses clients avec des produits innovants, alliant textile et chimie. Vos partenaires sont divers et nombreux, issus des univers du bâtiment, du sport ou encore de l’automobile, nous nous rappelons toujours des équipes d’M6 Turbo qui étaient venues visiter vos usines en Chine, en 2012.

Aujourd’hui, à notre tour de vous solliciter pour un partage d’expérience qui se veut amusant autour de l’article « The 7 things successful people never say »  d’une des stars américaines de l’entrepreneuriat Ilya Pozin. Alors M. Gry, que pensez-vous des 7 choses que ne disent jamais les personnes qui réussissent ?!

J-P Gry : Bonjour, Elie. Très heureux de partager avec vous un peu de ma sagesse millénaire (parce que chinoise !)… Je ne connaissais pas le Jeune Pozin mais je viens de le googler et il a une tête sympathique. Je ne suis pas un grand fan des livres de « self help »  ou des livres de recettes pour atteindre la richesse en 10 jours… Mais j’aime assez sa question « les employés font-ils le moindre travail ? », qui devrait être aussi appliquée aux managers. « Quels managers travaillent vraiment et surtout quels managers sont aussi occupés qu’ils le disent… » ?? Les gens autour de moi qui travaillent vraiment beaucoup ne le disent (et bien sûr ne s’en plaignent) JAMAIS.

Passons maintenant si vous le voulez bien à la première phrase qu’on ne devrait, à en croire Ilya, ne jamais dire dans une entreprise : « Ce n’est pas dans la description du poste ». En d’autres termes, refuser une tâche ou une responsabilité pour laquelle on a pas été recruté.

J-P Gry : J’ai eu la chance de ne jamais entendre une telle remarque depuis le début de ma vie professionnelle. J’aurais surement eu un peu de mal à garder mon calme face à cette réponse. Ceci dit, il est important pour un manager de bien définir la mission de chacun. Les gens feront alors ce qui « est dans la description de poste » et le talent du leader fera, qu’ils voudront faire beaucoup plus !

On ne devrait jamais au grand jamais dire aussi : « Ça ne peut pas être fait ». Ici Ilya parle des « lâcheurs », qui préfèrent se décharger d’une responsabilité sur d’autres que d’essayer de trouver une solution.

J-P Gry : On ne peut se plaindre d’une telle réponse que si la chose demandée est pertinente et utile ! Le « Can do » est une bonne attitude mais ne peut se transformer en « Can do n’importe quoi, même le pire ou l’inutile !! » Là-aussi, remettons la qualité du leadership au centre du débat.

Ilya met en garde contre le : « Ce n’est pas ma faute ». Il faut assumer ses erreurs, personne n’aime collaborer avec une personne qui rejette la faute sur les autres.

J-P Gry : Assumer ses erreurs quand on en commet (la qualité du manager là-aussi) est également en jeu. Mais comment créer les parfaites conditions pour que ces erreurs ne soient même pas possibles serait plus intéressant ! Mais aussi prendre tout le crédit (et le donner quand on manage une équipe) pour les succès.

« Ça ne prendra qu’une minute ». A moins que cette tâche nécessite effectivement une minute pour sa réalisation, ne jamais faire de promesses impossibles à tenir ?

J-P Gry : Je dois quand même avouer que j’aime assez cette réponse ! Soyons objectif : la plupart des décisions de management et des actions à prendre en entreprise sont simples et n’exigent pas une grande capacité intellectuelle ! Elles peuvent donc être prises rapidement. Les meetings qui durent, sont très souvent une belle excuse pour être « occupés ». La réelle responsabilité et les risques encourus sont la plupart du temps minimes par rapport par exemple à un chirurgien opérant un patient ou même un dentiste soignant une carie ! Dans ces cas « médicaux », on n’a pas le droit de se rater et le « jour sans » n’est pas autorisé… Exception notable : les ressources humaines ou les décisions « dures » (licenciement, fermeture d’usine, etc…) peuvent vraiment avoir des conséquences dramatiques sur les hommes. Les gens qui parlent de licenciement avec légèreté n’ont jamais licencié.

« Je n’ai pas besoin d’aide ». Teamwork, teamwork, teamwork. A trop vouloir être le héro d’un film, on finit par le regarder tout seul ? Cela me fait également penser à cette phrase : « L’enfer serait d’être seul au paradis ».

J-P Gry : Ou « l ‘enfer, c’est les autres » ?? J’aime le travail en équipe sans excès… Encore une fois, si c’est une excuse pour  des « team meetings » sans fin et sans résultat, alors ce ne me va pas du tout. Plus que le teamwork, le partage de l’information me paraît essentiel. La responsabilité individuelle est essentielle pour moi.

« Ce n’est pas juste »… Ne pas se plaindre.

J-P Gry : C’est là aussi le rôle du leader d’être justement le « cheerleader », le « Monsieur Loyal » de l’entreprise, celui qui sourira encore quand tout s’effondre et que le mur approche… Le système éducatif américain que je connais un peu est très performant pour développer ce genre d’attitude, cette force de caractère.

Et enfin nous revenons à l’importance de l’innovation, il ne faudrait également ne jamais dire : « Ça a toujours été fait comme ça ». Alors M. Gry, la création, une clé importante pour devenir une « successful person » : ) ?

J-P Gry : Les vrais stars des affaires que j’ai eu la chance de rencontrer, à petit et à grand niveau m’ont séduit et touché par leur PASSION et leur « FIRE INSIDE ». Le feu intérieur que rien ni personne ne peut tempérer. Leur force de persuasion aussi et dans la plupart des cas, le fait que l’argent n’était absolument pas le Moteur de l’Action. Construire, bâtir, faire grandir les gens autour de soi, tels étaient ou sont leurs « drivers ». Pour l’anecdote, un ami proche m’a dit il y a quelques années : « JP, je veux démarrer une affaire, gagner un million de dollars et ensuite m’arrêter de travailler ». Je lui ai répondu dans la plus grande sincérité :
« Voilà exactement la raison pour laquelle tu ne gagneras JAMAIS un million de dollars… ». On ne démarre pas une aventure commerciale ou industrielle avec un « chiffre de gain » en tête.

Merci d’avoir partagé votre expérience et anecdotes avec nous, c’est toujours un plaisir. Pour conclure, vous qui aimez Siné, quelques mots sur ce qui se passe en France ?

J-P Gry : IN-concevable, IN-croyable, la vision de Cabu, le pacifiste ultime qui a accompagné ma jeunesse devant une Kalachnikov m’a hanté pendant des jours. Ainsi que le superbe dessin paru le lendemain du Grand Duduche en larmes criant « Papa »…

Elie Khoury, pour La Gerap+

François Nader
François Nader

Nous avons le plaisir d’accueillir François Nader au sein de La Gerap+. Ami de longue date à l’esprit d’analyse et personnalité mainte fois éprouvés, nous l’avons alors invité à nous rejoindre. François mènera dans un premier temps un entretien pour nos colonnes avec une personnalité politique française.

François est issu d’un parcours en Mathématique (spécialité choisie au collège Mont la Salle) et Génie civil (Université Libanaise). En parallèle à de nombreuses activités associatives, il poursuit un cursus doctoral en Génie civil à l’INSA de Lyon. Il parle parfaitement l’anglais, le français et l’arabe.

Welcome Home Franco.

Elie Khoury

La Gerap+

©Arte, les 900 jours de siège de Leningrad
©Arte, les 900 jours de siège de Léningrad

« – Je ne quittais pas mon lit de la journée, il faisait extrêmement froid. Un jour, maman est sortie et a fait une chute, quand on l’a ramenée à la maison, on l’a installée avec moi dans mon lit, je faisais office de chauffage.

Un jour, quand la petite lampe à huile s’est éteinte, ma soeur est montée sur une chaise et s’est penchée en avant pour chercher des allumettes, à tâtons dans l’obscurité. C’est là qu’elle a perdu l’équilibre et est tombée. Et voilà, nous n’avions rien remarqué et nous l’appelions : Lialenka, Lialenka ! Au début elle répondait et puis plus rien.

Quand Lialenka est partie, maman a dit : je n’ai plus aucune raison de vivre. Elles avaient toujours été très liées alors que moi je passais mon temps à me faire remarquer. J’étais si mal élevée à l’époque, dans mes rêves, je me voyais trouver un biscuit ou quelque chose au milieu de mes jouets. La nourriture hantait mon esprit… c’était une obsession et c’est toujours le cas. Il paraîtrait que je suis un peu simple d’esprit. Et puis… j’ai perdu le fil.

– Qu’est devenue votre mère ?

– Lorsqu’elle a dit ne plus avoir de raisons de vivre, je lui ai répondu : et moi alors ? Et elle m’a dit sans réfléchir : tu n’as qu’à aller vivre avec le voisin ou dans un orphelinat, peu importe.

Elle est morte quelques jours plus tard, le 1er février. J’ai alors imité sa signature et j’ai pu récupérer ses tickets de rationnement du mois pour le pain. Aujourd’hui encore j’utilise la signature de maman.

Lorsqu’elle est morte, je suis encore restée six jours à ses côtés dans le lit… Voilà comme tout ça s’est terminé. »

©Arte, les 900 jours de siège de Léningrad

Elie Khoury

La Gerap+

© Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) - Obesity and overweight increasing worldwide 2013.
© Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) – Obesity and overweight increasing worldwide 2013.

Pensez-vous qu’il existe un lien entre PIB/Habitant et risque d’obésité ? La question sous-jacente vise à savoir si plus on est riche, plus on a de chances de devenir gros.

Elie Khoury

La Gerap+

Nous avons analysé la charte de 1988 du Hamas, organisation créée en 1987. L’organisation est considérée par les uns terroriste, par les autres héroïque, et encore par d’autres à moitié terroriste (la branche armée) à moitié neutre (la branche politique). Situation quasi-identique à celle du Hezbollah libanais créé en 1982 autour là encore d’un même et nécessaire soutien plus tranché (armé) en faveur de la communauté palestinienne.

Nous avons fait l’expérience suivante, aller à la rencontre du Hamas par ses textes et avons étudié les différents articles de la Charte de 1988 qui ont été ensuite classés : positifs (entendre favorables à la paix, au respect de l’autre), négatifs (belliqueux) et neutres +/-.

–  « Vous êtes la meilleure communauté suscitée par les hommes ». Neutre / Introduction

– « Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’Islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé ». Négatif / Introduction

– « Le monde islamique est en feu ; il est du devoir de chacun d’entre nous d’y verser de l’eau, et pas qu’un peu, pour éteindre ce qu’il est possible d’éteindre, sans attendre un autre ». Positif – Neutre / Introduction

– « Louange à Dieu à Dieu à qui nous demandons aide, pardon, indications sur la voie juste et en qui nous plaçons notre confiance ! » Positif / Introduction

– « Au beau milieu des soucis et de la mer des souffrances, du tréfonds des coeurs palpitants des croyants et par les bras purifiés par les ablutions, par la conscience du devoir et l’acquiescement à l’ordre de Dieu, la mission [al-da’wa] a été réalisée de même que la convergence et le rassemblement, l’éducation basée sur la règle de Dieu, la volonté déterminée de tenir son rôle dans la vie, de franchir tous les obstacles et de surmonter les difficultés du chemin, l’entraînement continuel, la disposition à faire don de soi et de tout ce qui est précieux sur le chemin de Dieu. C’est alors que le noyau se forma et se mit à se frayer son chemin dans cette mer démontée d’espérances et d’espoirs, de désirs et de voeux, de dangers et d’obstacles, de souffrances et de défis, à l’intérieur comme à l’extérieur. » Positif / Introduction

– « Notre combat avec les Juifs est une entreprise grande et dangereuse qui requiert tous les efforts sincères et constitue une étape qui, sans nul doute, sera suivie d’autres étapes; c’est une phalange qui, sans nul doute, sera soutenue par d’autres qui, phalanges après phalanges, viendront de cet immense monde arabe et islamique jusqu’à l’écrasement des ennemis et la victoire de Dieu. » Négatif / Introduction

– « Je n’ai créé les Djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent » [Coran, 51, 56] ; connaissant leur devoir envers eux-mêmes, leur famille et leur patrie, ils vivent en tous ces domaines dans la crainte de Dieu et ont levé l’étendard du jihad contre les Rebelles afin de purifier le pays et les humains de leurs souillures, de leurs turpitudes et de leurs iniquités. » Négatif / Article 3

– « À l’ombre de l’islam, les fidèles de toutes les religions peuvent coexister en toute confiance et sécurité pour leur vie, leurs biens et leurs droits; en l’absence de l’islam, les luttes apparaissent, l’injustice se développe, la corruption se répand, les conflits et les guerres surviennent. » Neutre – /Article 6

– « L’injustice du prochain est plus difficile à supporter que le coup de la redoutable épée d’acier indien. » Positif / Article 7

– « Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour, à tous, se fera vers Dieu. » Positif / Article 7

– « Le Mouvement Le Mouvement de la Résistance Islamique est l’un des épisodes du jihad mené contre l’invasion sioniste. Il est étroitement lié au soulèvement du martyr « Izz al-Dîn al-Qassâm et de ses frères combattants du jihad des Frères musulmans en 1936 C.; il est aussi étroitement lié à un autre épisode, celui du jihad des Palestiniens, des efforts et du jihad des Frères musulmans dans la guerre de 1948 de même que des opérations de jihad menées par les Frères musulmans en 1968 C. et plus tard. Ainsi, bien que les épisodes soient séparés les uns des autres, la continuité du jihad se trouvant brisée par les obstacles placés par ceux qui relèvent de la constellation du sionisme, le Mouvement de la Résistance Islamique aspire à l’accomplissement de la promesse de Dieu, quel que soit le temps nécessaire. L’Apôtre de Dieu -que Dieu lui donne bénédiction et paix- a dit : « L’Heure ne viendra pas avant que les musulmans n’aient combattu les Juifs (c’est à dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : ‘Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. Un seul arbre aura fait exception, le gharqad [Sorte d’épineux] qui est un arbre des Juifs » (hadîth rapporté par al-Bukhârî et par Muslim). Négatif / Article 7

– « Le Mouvement de la Résistance Islamique considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [de main-morte] pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. Il est illicite d’y renoncer en tout ou en partie, de s’en séparer en tout ou en partie : aucun Etat arabe n’en a le droit, ni même tous les Etats arabes réunis; aucun roi ni président n’en a le droit, ni même tous les rois et présidents réunis; aucune organisation n’en a le droit, ni même toutes les organisations réunies, qu’elles soient palestiniennes ou arabes. La Palestine, en effet, est une terre islamique waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection et qui donc pourrait prétendre jouir de la pleine délégation de pouvoir de toutes les générations islamiques jusqu’au jour de la résurrection ? [12] Tel est son statut selon la Loi islamique, statut identique à celui de toute terre conquise par les musulmans de vive force. A l’époque des conquêtes, en effet, les musulmans ont constitué ces terres en biens waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. Il en fut ainsi : les commandants-en-chef des armées islamiques, ayant achevé la conquête du Châm et de l’Iraq, dépêchèrent des envoyés auprès du calife des musulmans « Umar Ibn al-Khattâb pour lui demander conseil sur les terres conquises : devait-on les partager entre les soldats, les laisser à leurs propriétaires, ou faire autre chose ? Après consultations et échanges entre le calife des musulmans, « Umar Ibn al-Khattâb et les Compagnons de l’Apôtre -que Dieu lui donne bénédiction et paix-, décision fut prise de laisser la terre entre les mains de leurs propriétaires qui la faisaient fructifier et produire; le contrôle de la terre, quant à lui, et la terre elle-même furent constitués en biens waqf pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection, la jouissance [de ces terres] par leurs propriétaires n’étant plus qu’une jouissance de l’usufruit. Cette constitution en biens waqf demeurera tant que demeureront les cieux et la terre. Pour ce qui concerne la Palestine, toute pratique contraire à la Loi de l’islam est ainsi frappée de nullité tout en étant imputée à son auteur. » Ceci est la Vérité absolue ! Glorifie le Nom de ton Seigneur, le Très-Grand ! » (56,95). » Neutre – / Article 11

– « Le patriotisme [al-wataniyya], du point de vue du Mouvement de la Résistance Islamique, est un article de la profession de foi [‘aqîda] religieuse. Il n’y a rien de plus fort et de plus profond dans le patriotisme que le jihad qui, lorsque l’ennemi foule du pied la terre des musulmans, incombe à tout musulman et musulmane en tant qu’obligation religieuse individuelle [fard ‘ayn]; la femme alors n’a pas besoin de la permission de son mari pour aller le combattre ni l’esclave celle de son maître. » Négatif / Article 12

– « Les initiatives, les prétendues solutions de paix et les conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l’encontre de la profession de foi du Mouvement de la Résistance Islamique. Renoncer à quelque partie de la Palestine que ce soit, c’est renoncer à une partie de la religion. Ainsi, le patriotisme du Mouvement de la Résistance Islamique fait-il partie de sa religion. C’est sur cette base que ses membres ont été éduqués et c’est pour déployer l’étendard de Dieu sur leur patrie qu’ils mènent le jihad, « Dieu est souverain en son commandement mais la plupart des hommes ne savent rien » [Coran, 12, 21]. De temps à autres, l’invitation de tenir une conférence internationale est lancée pour examiner une éventuelle solution de la question. Certains l’acceptent, d’autres la refusent pour telle ou telle raison, mettant une ou plusieurs conditions à l’acceptation de la tenue d’une telle conférence ainsi qu’à leur participation. Connaissant les parties constitutives d’une telle conférence et leur attitude passée et présente prise face aux causes des musulmans, le Mouvement de la Résistance Islamique ne considère pas que de telles conférences puissent répondre aux revendications, restituer les droits et rendre justice aux opprimés. Que sont donc de telles conférences sinon l’une des formes de l’arbitrage des infidèles sur la terre des musulmans ? Or les infidèles ont-ils jamais rendu justice aux croyants? « Les Juifs et les Chrétiens ne seront pas contents de toi tant que tu ne suivras pas leur religion. Dis : ‘La Direction de Dieu est vraiment la Direction’. Si tu te conformes à leurs désirs après ce qui t’est parvenu en fait de Science, tu ne trouveras ni maître, ni défenseur susceptible de s’opposer à Dieu » (2,120). Il n’y aura de solution à la cause palestinienne que par le jihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles. Le peuple [15] palestinien a trop d’honneur pour dilapider son avenir, son droit et son destin en activités futiles. » Négatif / Article 13

– « Dans la bataille de libération, la femme musulmane a un rôle qui n’est pas inférieur à celui de l’homme : être l’usine à hommes. Elle joue un grand rôle dans l’orientation et l’éducation des jeunes générations. Les ennemis l’ont bien compris et considèrent que s’ils parviennent à la conseiller et à lui faire prendre le chemin de leur désir loin de l’islam, alors ils remporteront le combat. C’est pour cela que tu les trouves sans cesse sur la brèche dans le domaine des médias et des films, de même que dans celui des programmes d’enseignement. [Ils agissent] par l’intermédiaire de leurs créatures membres de ces organisations sionistes aux noms et formes multiples, comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary, les sections d’espionnage, etc., qui toutes sont des nids de subversion et de sabotage. Ces organisations sionistes disposent de ressources matérielles considérables qui leur permettent de jouer leur rôle au coeur des sociétés visant à atteindre les objectifs sionistes et à enraciner profondément les concepts qui servent l’ennemi. Pour agir, ces organisations profitent de l’absence de l’islam de la scène publique et de son étrangeté pour les gens. Il revient aux islamistes de tenir leur rôle dans la confrontation avec les menées de ces saboteurs. Le jour où l’islam aura pris le contrôle de l’orientation de la vie, il anéantira ces organisations hostiles à l’humanité et à l’islam. » Négatif / Article 17

– « Oui, ceux qui sont soumis à Dieu et celles qui lui sont soumises, les croyants et les croyantes, les hommes pieux et les femmes pieuses, les hommes sincères et les femmes sincères, les hommes patients et les femmes patientes, les hommes et les femmes qui redoutent Dieu, les hommes et les femmes qui font l’aumône, les hommes et les femmes qui jeûnent, les hommes chastes et les femmes chastes, les hommes et les femmes qui invoquent souvent le nom de Dieu : voilà ceux pour lesquels Dieu a préparé un pardon et une récompense sans limites » (33, 35). » Positif / Article 18

– « Face à de telles pratiques, la solidarité sociale entre les gens doit prévaloir; c’est comme un seul corps qu’il faut affronter l’ennemi : si l’un des membres se plaint, le reste du corps lui répond par la vigilance et la protection. » Neutre + / Article 20

– « Pratiquer la solidarité sociale signifie apporter de l’aide à tout demandeur, que ce soit une aide matérielle ou morale, que ce soit même la participation à l’exécution de certains actes. Les éléments du Mouvement de la Résistance Islamique doivent considérer les intérêts des masses comme ils considèrent leurs propres intérêts. Il ne leur faut épargner aucun effort dans la réalisation comme dans la préservation de ces intérêts. Il leur faut détourner tous les mauvais coups qui pourraient influer sur l’avenir des générations ou causer du mal à leur société. Les masses font partie [du MRI] et il est fait pour elles; sa force est à leur service et son avenir est le leur. Il faut que les éléments du Mouvement de la Résistance Islamique participent, aux côtés des gens, à leur joies et à leurs peines, qu’ils adoptent les revendications des masses de même que tout ce qui permettrait de réaliser les intérêts du Mouvement et ceux de ces masses. Le jour où règnera cet esprit, la concorde se sera approfondie, la coopération et l’attention réciproque auront prévalu, l’unité se sera raffermie et les rangs de la confrontation avec les ennemis se seront renforcés. » Neutre – / Article 21

– « A partir de là, malgré toute notre estime pour l’Organisation de Libération de la Palestine -et pour tout ce qui pourrait s’y développer-, et sans vouloir minimiser son rôle dans le conflit arabo-israélien, il nous est impossible de troquer l’islamité actuelle et future de la Palestine pour l’adoption de l’idée laïque. L’islamité de la Palestine fait, en effet, partie de notre religion; or quiconque néglige une part de sa religion perd à tout coup. « Qui donc éprouve de l’aversion pour la Religion d’Abraham, sinon celui qui est insensé ? » (2,130). Le jour où l’Organisation de Libération de la Palestine adoptera l’islam pour règle de vie, ce jour-là nous en serons les soldats et le combustible de son feu qui embrasera les ennemis. Jusqu’à ce que cela arrive -et nous demandons à Dieu que ce jour soit proche-, la position du Mouvement de la Résistance Islamique envers l’Organisation de Libération de la Palestine est celle du fils envers son père, du frère envers son frère, du proche envers son proche. Il souffre de ses souffrances dans tout ce qui l’atteint. [Le MRI] met sa puissance à sa disposition pour affronter l’ennemi et lui souhaite bonne orientation et juste direction. » Neutre – / Article 27

– « Israël, par sa judéité et ses Juifs, constitue un défi pour l’islam et les musulmans : « que les lâches jamais ne ferment l’oeil ». » Négatif / Article 29

– « Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement humaniste [insâniyya]. Il veille au respect des droits de l’homme et se conforme à la tolérance de l’islam en ce qui concerne les disciples des autres religions : il ne s’oppose à aucun d’entre eux sinon à ceux qui lui sont ouvertement hostiles ou qui se mettent au travers de son chemin pour gêner ses mouvements ou anéantir ses efforts. A l’ombre de l’islam, les disciples des trois religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dans la sécurité et la confiance. Ce n’est qu’à l’ombre de l’islam que la sécurité et la confiance peuvent se trouver, l’histoire récente et ancienne en constituant un bon témoin. Il est du devoir des disciples des autres religions de s’abstenir de concurrencer l’islam dans sa souveraineté sur cette région car le jour de leur propre souveraineté serait celui des massacres, de la torture et de l’exode. En effet, ils en viennent aux mains entre eux, sans parler de leurs combats avec les disciples des autres religions. Le passé et le présent sont remplis d’exemples qui prouvent cela. « Tous ne vous combattront que retranchés dans des cités fortifiées ou derrière des murailles. Leur vaillance est grande quand ils sont entre eux ! Vous les croyez unis, mais leurs coeurs sont divisés. Il en est ainsi, par ce que ce sont des gens qui ne raisonnent pas » (59,14). L’islam accorde à quiconque le droit auquel il peut prétendre et empêche d’attenter aux droits des autres. Les pratiques sionistes nazies à l’encontre de notre peuple ne parviendront pas à prolonger leur invasion, « l’Etat de l’injustice ne dure qu’un temps, l’Etat du droit demeure jusqu’à la consommation des temps ». [35] « Dieu ne vous interdit pas d’être bons et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus à cause de votre foi et qui ne vous ont pas expulsés de vos maisons -Dieu aime ceux qui sont équitables- » (60,8). » Négatif / Article 31

– « Le sionisme mondial et les forces colonialistes, par un mouvement subtil et une planification étudiée, essaient de faire sortir les uns après les autres les Etats arabes du cercle du conflit avec le sionisme pour qu’en fin de parcours le peuple palestinien se retrouve tout seul. Ils ont déjà réussi, en grande part, à faire sortir l’Egypte du cercle du conflit par les traîtres accords de « Camp David » et ils essaient d’entraîner d’autres Etats encore vers de semblables accords pour les sortir du cercle du conflit. » Neutre / Article 32

– « Tout en se frayant son chemin, le Mouvement de la Résistance Islamique assure encore et encore tous les fils de notre peuple, les peuples arabes et islamiques, qu’il ne cherche ni un prestige personnel, ni un gain matériel, ni une position sociale. Il n’est contre aucun des fils de notre peuple, ne cherchant à entrer en concurrence avec aucun ni à prendre la place d’aucun, et cela de façon absolue. Il ne sera contre aucun des fils des musulmans ou de ceux qui sont en paix avec lui parmi les non-musulmans, ici ou ailleurs; il ne sera qu’appui offert à tous les rassemblements et organisations oeuvrent contre l’ennemi sioniste et contre ceux qui relèvent de sa sphère. » Neutre – / Conclusion

Nous avons également classé dans les catégories ennemis, amis et neutres les personnes, institutions ou valeurs qui apparaissent tout au long de la charte, avec une insistance sur ceux qui apparaissent plusieurs fois :

Les amis, les ennemis et les autres

Vous pouvez télécharger la version en qualité supérieure ci-dessous.

HAMAS / La Gerap+

Il ressort de notre étude une fraternité et communion avec la souffrance du peuple palestinien pour lequel s’impose incontournablement une lutte armée qui désigne les Juifs en ennemis. Les Juifs, Israël et par là même toutes les organisations et communautés considérées affiliées à l’ennemi : les instances internationales (ONU, son Conseil de sécurité), les clubs (Rotary, Lions Clubs), la franc-maçonnerie et les organisations juives (B’nai B’rith). Cette lutte doit être claire et structurée.

Claire, lorsqu’il ne doit faire aucun doute que ce sont les terres de l’Islam qui sont foulées, les autres communautés ne peuvent y vivre pacifiquement qu’à condition de se mettre sous l’ombre de la religion musulmane et montrer une soumission à l’autorité du Hamas. Cet enveloppement de la société dans son entièreté rappelle inévitablement la correspondance aux Frères Musulmans dont on retrouve la marque.

Structurée lorsque le Hamas fait appel à toutes les forces en présence pour mener le Jihad, jeunes, scientifiques, intellectuels, communicants, mais également les femmes qui retrouvent une place de premier ordre à condition et cela et valable pour tous de démontrer une soumission totale à la religion. La laïcité se retrouve alors sur le banc des accusés, principal reproche sur le plan des idées fait à l’OLP.

Elie Khoury

La Gerap+

Giovanni Battista Piranesi (1720-1778)
Giovanni Battista Piranesi (1720-1778) « The Flavian Amphitheater called the Colosseum in Rome ».

Essai général de tactique

Discours préliminaire

« J’admire donc la politique des Romains dans leurs beaux jours, lorsque je la vois fondée sur un plan fixe ; lorsque ce plan a pour base le patriotisme et la vertu ; lorsque je vois Rome naissante, colonie faible et sans appui, devenir rapidement une ville, s’agrandir sans cesse, vaincre tous ses voisins qui étaient ses ennemis, s’en faire des citoyens ou des alliés, se fortifier ainsi en s’étendant, comme un fleuve se grossit par les eaux qu’il reçoit dans son cours. J’admire cette politique, quand je vois Rome n’avoir jamais qu’une guerre à la fois ; ne jamais poser les armes que l’honneur du nom Romain ne soit satisfait ; ne pas s’aveugler par ses succès ; ne pas se laisser abattre par les revers ; devenir la proie des Gaulois et des flammes, et renaître de ses cendres. J’admire Rome enfin, quand j’examine sa constitution militaire, liée à sa constitution politique ; les lois de sa milice ; l’éducation de sa jeunesse ; ses grands hommes passant indifféremment par toutes les charges de l’État, parce qu’ils étaient propres à les remplir toutes ; ses citoyens fiers du nom de leur patrie et se croyant supérieurs aux rois qu’ils étaient accoutumés à vaincre. Je dis que peut-être il y a eu, dans quelque coin de l’univers, une nation obscure et paisible, dont les membres ont été plus heureux ; mais que certainement jamais peuple n’a eu autant de grandeur, autant de gloire, et n’en a autant mérité par son courage et ses vertus.

Maintenant quel tableau offre, en opposition, l’Europe politique, au philosophe qui la contemple ? Des administrations tyranniques, ignorantes, ou faibles ; les forces des nations étouffées sous leurs vices ; les intérêts particuliers prévalant sur le bien public ; les moeurs, ce supplément des lois souvent plus efficace qu’elles ; négligées ou corrompues ; l’oppression des peuples réduite en système ; les dépenses des administrations plus fortes que leurs recettes ; les impôts au-dessus des facultés des contribuables ; la population éparse et clairsemée ; les arts des premiers besoins négligées pour les arts frivoles ; le luxe minant sourdement tous les États ; les gouvernements enfin indifférents au sort des peuples, et les peuples, par représailles, indifférents aux succès des gouvernements.

Fatigué de tant de maux, si le philosophe trouve à reposer sa vue sur des objets plus consolants, c’est sur quelques petits États qui ne sont que des points dans l’Europe, c’est sur quelques vérités morales et politiques qui, filtrant lentement à travers les erreurs, se développeront peu à peu, parviendront peut-être un jour aux hommes principaux des nations, s’assiéront sur les trônes, et rendront la postérité plus heureuse.

Tel est particulièrement l’état de malaise et d’anxiété des peuples, sous la plupart des gouvernements qu’ils y vivent avec dégoût et machinalement, et que, s’ils avaient la force de briser les liens qui les attachent, ils se donneraient d’autres lois et d’autres administrateurs. On verrait alors la moitié de l’Allemagne chasser les petits princes sous lesquels elle gémit ; la Castille, l’Aragon, l’Irlande rappeler ses rois ; la Toscane, ses ducs ; la Flandre, ses comtes ; tant d’autres États, leurs anciens souverains qui vivaient au milieu d’eux sans luxe, et du revenu de leurs domaines. On verrait presque toutes les provinces se séparer de leur métropole ; presque tous les gouvernements se dissoudre, ou changer de forme. Mais que dis-je ? Telle est en même temps la faiblesse des peuples, que, mécontents, ils murmurent et restent dans la même situation. Ils y sont enchaînés par l’habitude et les vices.

Cette fermentation impuissante est une des plus grandes preuves de la mauvaise constitution de nos gouvernements. Car, d’une part, les peuples souffrent et se plaignent, de l’autre ils ont perdu toute espèce de ressort. Chacun vit pour soi, cherchant à se mettre à couvert des maux publics, à en profiter, ou à s’étourdir sur eux. Au milieu de cette faiblesse générale, les gouvernements, faibles eux-mêmes, mais par là féconds en petits moyens, étendent leur autorité, et l’appesantissent. Ils semblent être en guerre secrète avec leurs sujets. Ils en corrompent une partie, pour dominer l’autre. Ils craignent que les lumières ne s’étendent, parce qu’ils savent qu’elles éclairent les peuples sur leurs droits et sur les fautes de ceux qui les gouvernent. (…)

Le philosophe sera-t-il plus satisfait, quand il jettera les yeux sur l’Europe militaire ? Il y verra toutes les constitutions servilement calquées les unes sur les autres ; les peuples du Midi ayant la même discipline que ceux du Nord ; le génie des nations en contradiction avec les lois de leur milice ; la profession de soldat abandonnée à la classe la plus vile et la plus misérable des citoyens ; le soldat, sous ses drapeaux continuant d’être malheureux et méprisé ; les armées plus nombreuses à proportion que les nations qui les entretiennent ; onéreuses à ces nations pendant la paix ; ne suffisant pas pour les rassurer à la guerre, parce que le reste du peuple n’est qu’une multitude timide et amollie. (…)

Que peut-il résulter aujourd’hui de nos guerres ? Les États n’ont ni trésor, ni excédent de population. Leurs dépenses de paix sont déjà au-dessus de leurs recettes. Cependant, on se déclare la guerre. On entre en compagne avec des armées qu’on ne peut ni recruter, ni payer. Vainqueur ou vaincu, on s’épuise à peu près également. La masse des dettes nationales s’accroît. Le crédit baisse. L’argent manque. Les flottes ne trouvent plus de matelots, ni les armées de soldats. Les ministres, de part et d’autre, sentent qu’il est temps de négocier. La paix se fait. Quelques colonies ou provinces changent de maître. Souvent la source des querelles n’est pas fermée, et chacun reste assis sur ses débris, occuper à payer ses dettes, et à aiguiser ses armes. (…)

Entre ces peuples, dont la faiblesse éternise les querelles, il se peut cependant qu’un jour il y ait des guerres plus décisives, et qui ébranlent les empires. La corruption, répandue sur la surface de l’Europe, ne fait pas partout des progrès égaux. Les différences, qui existent entre les gouvernements font que, chez les uns, elle se développe plus lentement et chez les autres, avec plus de rapidité. Le mal devient ensuite plus ou moins dangereux, en raison des qualités des hommes qui gouvernent. Ici, de bonnes institutions, un souverain éclairé, un ministre vigoureux, servent de digue contre la corruption, remontent les ressorts du gouvernement, et font rétrograder l’État vers le haut de la roue. Là, gouvernement, souverain, ministres, tout est faible et corrompu ; par conséquent, tout se relâche, se détend, et l’État, entraîné avec une vitesse que sa masse multiplie, descend rapidement vers sa ruine. »

Jacques de Guibert

C-Le Point
C-Le Point

Bonjour,

nous allons vous proposer un jeu, une forme d’estimation la plus régulière possible, convaincus que l’élection présidentielle se joue dans les urnes mais avant tout par l’image et la symbolique. C’est ainsi que pour la dernière élection en date, celle de 2012, alors que DSK était en état de grâce nous étions persuadés qu’un événement le ferait chuter et que François Hollande alors l’oublié de tous, outsider de l’extrême et contre toutes les attentes serait président. Comment ?

À nos yeux, la majorité des personnes dont nous faisons partie, n’a qu’une lecture limitée des programmes et des personnalités, la raison au manque de temps libre pour s’y consacrer principalement, voire… le manque d’intérêt et d’attention. Également parce que, la majeure partie de la population ne dispose pas de moyens développés de comparaison entre un tel et un tel et ne juge que par la symbolique que le candidat(e) représente à un moment T, décisif dans l’esprit de tous.

Le moment T est précisément le plus dur à estimer, sujet des plus fortes convoitises, c’est à la fois le moment idéal où le candidat se lance officiellement en lice, mais également celui à partir duquel il marque définitivement les esprits. L’instant où les points commencent alors, à ses chaque faits et gestes, à s’accumuler en sa faveur, comme en sa défaveur.

Mais ce moment T n’est pas celui de tous, il n’est ainsi pas le même pour le président sortant que pour le chef de l’opposition ou pour les possibles autres candidats.

À l’image de cette majorité de la population dont les positionnements ne laissent aucun doute, nos analyses seront brèves et nos estimations claires et concises. Prenons alors ce pari de trouver le plus tôt possible le futur président de la France.

Ainsi, pour l’élection de 2012, nous avions une prémonition. DSK étant à nos yeux trop tôt exposé et adoubé, de longs mois avant l’élection, un pressentiment (donc rien de scientifique), nous disait qu’on le poussait malgré lui à se lancer bien trop tôt dans la course et qu’étant trop tôt le sujet des conversations de tous, un événement malheureux allait le frapper. Un accident qui se nourrirait de sa part d’ombre toutefois, riche en sujets de déstabilisation.

À ce même moment, nous étions également certains d’une seconde chose, la droite devait passer son tour, la tendance était définitivement à gauche. Seul un super Sarkozy aurait pu renverser la tendance, super il ne l’a pas été, mais convolait à un niveau élevé équivalent à 2007… sans la tendance dans le dos.

Enfin à gauche, Aubry s’enracinait dans une posture connue de tous, Royal apparaissait sous un visage revanchard, prête à tout, qui ne plaît pas et les autres possibles candidats, inactifs, englués dans des négociations sans fin.

Hollande a lui réussi (ses soutiens et ses équipes) le tour suivant… il a laissé la gauche s’entretuer, rester de marbre face à Royal et arriver au moment T… à partir duquel il a su se montrer discret, ne pas intervenir dans tous les débats et garder la tête haute lors des confrontations.

L’homme dans l’ombre de tous est devenu l’homme que tous voulait.

Attention : Notre analyse n’a rien de scientifique, n’est pas exhaustive et n’a aucune prétention, seul le pari de trouver… le futur président.

À ce jour, le vendredi 26 septembre 2014, voici les estimations :

1. Hollande 31%, la politique extérieure semble être la seule sphère où son ton autoritaire résonne et ça marche… (moment T pour lui).

2. Sarkozy 27% embourbé dans un faux-départ, sentiment mitigé.

3. Le Pen 25%, force stagnante.

4. Valls 7%, en dégringolade, son récent positionnement en sein du gouvernement lui fait perdre de sa superbe.

5. Juppé 7%, sa stature paisible est sa force, mais donne un sentiment de « déjà vu » inadapté à un environnement mouvant.

4. Copé / Fillon 3%, dans le lutte trop tôt, lutte se transformant en chamaillerie interne ; de facto, évincés. Fillon pourrait néanmoins revenir et surprendre.

Nous n’avons aujourd’hui aucune conviction définitive en cette liste, il est pour nous encore… trop tôt.

Néanmoins, la tendance est à un retour de la droite ou… à l’apparition d’une gauche autoritaire, reste que la droite à ce jour se cherche et ne convainc pas. À l’heure actuelle Hollande garde son costume de présidentiable, mais le gagnant a de fortes chances de ne pas figurer parmi cette liste ou de ne pas s’être pleinement déployé, ce qui fait précisément sa force et son intelligence.. affaire à suivre, mais avant

à vous de jouer !

Elie Khoury

La Gerap+

« Face à l’horreur, musulmans et chrétiens irakiens restent solidaires. Les musulmans se sont joints aux chrétiens pour manifester en brandissant des pancartes portant l’inscription « Je suis chrétien, je suis Irakien » et pour une même prière qui les a rassemblés dans les églises. »

Suite de l’article ici

Elie Khoury

La Gerap+

« Who’s Killing Who?

This generic « cave man » represents the first human settlers in Israel/Canaan/the Levant. Whoever they were.

Canaanite
What did ancient Canaanites look like? I don’t know, so this is based on ancient Sumerian art.

Egyptian
Canaan was located between two huge empires. Egypt controlled it sometimes, and…

Assyrian
….Assyria controlled it other times.

Israelite
The « Children of Israel » conquered the shit out of the region, according to bloody and violent Old Testament accounts.

Babylonian
Then the Baylonians destroyed their temple and took the Hebrews into exile.

Macedonian/Greek
Here comes Alexander the Great, conquering everything!

Greek/Macedonian
No sooner did Alexander conquer everything, than his generals divided it up and fought with each other.

Ptolemaic
Greek descendants of Ptolemy, another of Alexander’s competing generals, ruled Egypt dressed like Egyptian god-kings. (The famous Cleopatra of western mythology and Hollywood was a Ptolemy.)

Seleucid
More Greek-Macedonian legacies of Alexander.

Hebrew Priest
This guy didn’t fight, he just ran the Second Temple re-established by Hebrews in Jerusalem after the Babylonian Exile.

Maccabee
Led by Judah « The Hammer » Maccabee, who fought the Seleucids, saved the Temple, and invented Channukah. Until…

Roman
….the Romans destroyed the Second Temple and absorbed the region into the Roman Empire…

Byzantine
….which split into Eastern and Western Empires. The eastern part was called the Byzantine Empire. I don’t know if « Romans » ever fought « Byzantines » (Eastern Romans) but this is a cartoon.

Arab Caliph
Speaking of cartoon, what did an Arab Caliph look like? This was my best guess.

Crusader
After Crusaders went a-killin’ in the name of Jesus Christ, they established Crusader states, most notably the Kingdom of Jerusalem.

Mamluk of Egypt
Wikipedia sez, « Over time, mamluks became a powerful military caste in various Muslim societies…In places such as Egypt from the Ayyubid dynasty to the time of Muhammad Ali of Egypt, mamluks were considered to be « true lords », with social status above freeborn Muslims.[7] » And apparently they controlled Palestine for a while.

Ottoman Turk
Did I mention this is a cartoon? Probably no one went to battle looking like this. But big turbans, rich clothing and jewelry seemed to be in vogue among Ottoman Turkish elites, according to paintings I found on the Internet.

Arab
A gross generalization of a generic 19-century « Arab ».

British
The British formed alliances with Arabs, then occupied Palestine. This cartoon is an oversimplification, and uses this British caricature as a stand-in for Europeans in general.

Palestinian
The British occupied this guy’s land, only to leave it to a vast influx of….

European Jew/Zionist
Desperate and traumatized survivors of European pogroms and death camps, Jewish Zionist settlers were ready to fight to the death for a place to call home, but…

PLO/Hamas/Hezbollah
….so were the people that lived there. Various militarized resistance movements arose in response to Israel: The Palestinian Liberation Organization, Hamas, and Hezbollah.

Guerrilla/Freedom Fighter/TerroristState of Israel
Backed by « the West, » especially the US, they got lots of weapons and the only sanctioned nukes in the region.

Guerrilla/Freedom Fighter/Terrorist
Sometimes people fight in military uniforms, sometimes they don’t. Creeping up alongside are illicit nukes possibly from Iran or elsewhere in the region. Who’s Next?

and finally…

The Angel of Death

The real hero of the Old Testament, and right now too. »

Elie Khoury

La Gerap+

Mohamed Badie en mai 2014 ; source : Arabnews

Sur le champ égyptien de la bataille politique pour la fonction suprême[1], les intimidations verbales se traduisent par des agressions physiques. Face à de tels bouleversements, l’État tremble sur ses bases et le peuple chancelle, car l’essence d’un contrat social n’a jamais été autre, que l’ombre de lui-même.

L’arrivée au pouvoir[2] de l’enfant armé par l’institution militaire, le maréchal Al Sissi, se conjugue par un redéploiement du bras judiciaire qui déferle sur les Frères musulmans avec pour sentence, la condamnation à mort[3].

Difficile alors d’apaiser l’Égypte, lorsque sur sa scène politique à résonance régionale, ses deux plus grandes figures, l’incontestable raïs et le Frère musulman s’entrecroisent, s’unissent, pour se déchirer, tous les deux prisonniers volontaires de la loi du talion.

Gamal Abdel Nasser était ainsi un Frère musulman, s’agitant dans sa branche militaire clandestine jusqu’à sa prise du pouvoir. Malgré l’aura dégagée un temps par la symbolique de son engagement, son revirement a fragilisé la vision d’un guide, car il a entrainé dans son sillage le destin d’une population, la déchirant. Le peuple alors sommé de choisir sur une même terre, un camp.

Les Frères musulmans quant à eux, n’avaient conçu l’unité nationale que de façon paradoxale, parfois indélicate, meurtrière et uniquement projetée par-delà leur porte, un cheminement islamique englobant toutes les échelles de la société, mais excluant celles et ceux qui n’embrassaient le projet politique sociétal, leur projet politique sociétal.

L’Égyptien connaît son histoire et sait qu’elle se répète, l’institution militaire est devenue un État, figure diffuse et organisée et les Frères musulmans, éternels idéalistes à l’utilité certaine. Ainsi, lorsque le gouvernement des États-Unis d’Amérique pressait l’Égypte de réformes économiques, particulièrement sous Moubarak, l’organisation frériste à été adroitement agitée[4] aux yeux des occidentaux comme un risque terroriste qu’il leur fallait contrôler et remettre au lendemain les refontes politique, sociale ou économique, demandées par le peuple Égyptien.

Aujourd’hui, le chemin pris par l’administration du Caire n’est pas celui de l’apaisement et laisse craindre la réapparition d’attitudes extrêmes, faisant place à des expressions jusqu’au-boutistes renouvelées. Sous Anouar Al Sadate, une partie des membres des Frères musulmans s’était ainsi radicalisée lorsque la perspective d’une course politique équitable, s’était envolée. Convaincus alors qu’ils ne seraient tolérés qu’à une seule condition, ne jamais remettre en question un « Establishment » armé, installé aux premiers rangs.

Avec la chute d’Hosni Moubarak, les principes vertueux d’une démocratisation de la société disparurent, emportant avec eux de nombreux espoirs. Car lorsque l’autoritaire régnait, les confrontations les plus condamnables s’en trouvaient justifiées. Mais comment expliquer que c’est par le souffle de la révolte arabe, présentée chargée de l’égalité pour tous, que les Frères musulmans s’en trouvèrent le plus durement traités ?

La destitution de l’ancien chef du gouvernement égyptien Mohamed Morsi et la condamnation à mort de Mohamed Badie marquent les coeurs et les esprits.

De Naguib à Moubarak, les militaires ont été critiqués et ce très sévèrement durant plus d’un demi-siècle, mais jamais par la force humiliés. Mohamed Morsi a lui incarné les Frères musulmans et la plus haute autorité politique du pays durant un an seulement, puis balayé.

C’est précisément la différence de traitement, au cours d’un processus de démocratisation qui fait peser sur la nation égyptienne et les États occidentaux un risque inégalé ; tout cela, alors que le peuple Égyptien demandait et ce plus que tout, la justice.

Elie Khoury

La Gerap+

[1] Trois présidents se sont succédé à la tête de l’État égyptien entre 2011 et 2014.

[2] Le président Al Sissi a prêté serment le 17 juin dernier.

[3] SALEH Yasmine, EVANS Dominic, « Egyptian court confirms death sentence for Muslim Brotherhood leader, 182 supporters », in Haaretz, le 21 juin 2014, http://www.haaretz.com/news/middle-east/1.600180, dernière consultation le 22 juin 2014.

[4] Les attentats du 9/11 ont également été exploités politiquement aux mêmes fins par l’ancien président Hosni Moubarak comme le décrit Sophie Pommier dans son ouvrage « Égypte, l’envers du décor », publié aux éditions « La découverte » en 2008. Elle y décrit un président sous pression occidentale exploitant les risques sécuritaires pour asseoir son pouvoir.

Délégation d'investisseurs emmenée par le CIDDC au Cameroun - Copyright CIDDC
Délégation d’investisseurs emmenée par le CIDDC au Cameroun – Copyright CIDDC

Elie Khoury : Bonjour M. Guy Daniel et merci de nous accorder cet entretien, pourriez-vous nous expliquer comment est né précisément le CIDDC, ambitionnant d’accompagner les institutions désireuses de s’établir dans votre pays natal, le Cameroun ?

M. Balard Guy Daniel : Le CIDDC est né d’une volonté, celle de participer au projet d’émergence 2035, lancé par le chef de l’Etat du Cameroun, son excellence le Président Paul Biya et de la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises) de s’appuyer sur un réseau fiable et reconnu pour faciliter des courants d’affaires au Cameroun et en Afrique Centrale.

Vous menez ainsi ce projet avec un de vos frères, l’attaquant international Joseph-Désiré Job, comment se traduit dans les affaires cette relation fraternelle et de quelles retombées positives une expérience au plus haut niveau dans le football vous permettent-elles de jouir ?

On arrive à dissocier les deux : famille et affaires. A chaque fois, chacun essaye, comme sur le terrain sportif, de s’appuyer sur l’autre pour donner la pleine mesure de ses capacités.

Monsieur, vous nous indiquiez que les Camerounais étaient peu enclins à déposer leur argent dans les banques et à avoir recours pour leurs échanges aux différentes institutions financières, pourquoi ?

Oui c’est vrai que je le dis. Mais comme vous le savez autant que moi « les habitudes ont la peau dure ». Malgré tout, les choses sont en train de changer petitement-petitement. Avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, en 2006 et la volonté d’assainir les finances publiques, le secteur bancaire se porte de mieux en mieux. Comme le reconnaît le magazine Jeune Afrique Economie qui dit que les Africains en général et les Camerounais en particulier épargnent de plus en plus, les réserves d’échanges y sont estimées à plus de 500 milliards, se classant ainsi comme le 2ème continent après l’Asie.

Une telle habitude ne fait-elle pas encourir aux habitants dans leurs résidences personnelles des risques d’attaque ?

C’est vrai vu sous cet angle, cette habitude fait encourir aux plus riches beaucoup de risques. Néanmoins gardez à l’esprit que le Cameroun a le réseau de renseignement le plus perfectionné d’Afrique.

Second élément, est-ce que l’argent difficilement traçable, favorise-t-il dans le cas du Cameroun les échanges informels et par la même occasion un recours à la corruption ?

Je ne pense pas que ça soit l’argent qui ait favorisé le développement du secteur informel, je pense plutôt que c’est la mentalité du Camerounais : c’est un travailleur et un débrouillard dans l’âme.
Pour ce qui est de la corruption ; tout est fonction de l’endroit où l’on place le curseur !

La relation d’affaires s’établissant dans les deux sens, nous apprenons que vous accompagnez également des sociétés camerounaises souhaitant s’installer en France, s’il est possible de les caractériser, que diriez-vous qu’elles ont en commun, que trouvent-elles prioritairement attrayant en France ?

Je pense qu’avec la reconnaissance de l’Etat camerounais, notre rôle est devenu stratégique : nous sommes devenus l’interface entre le Cameroun et la France sous le couvert des institutions diplomatiques.

Dans un dernier point et pour conclure notre échange, qu’aimeriez-vous dire aux dirigeants d’entreprises françaises qui hésitent encore à sauter le pas et venir au Cameroun, de quelles garanties et appuis pourraient-ils bénéficier ?

Qu’investir au Cameroun, c’est investir dans un marché fort, attirant plus de 400 millions de personnes, dans un pays stable et prospère et que travailler avec nous c’est l’assurance de la réussite.

Propos recueillis par Elie Khoury

La Gerap+

Entretien avec M. Aït Amara, directeur du journal
Entretien avec M. Aït Amara, directeur du journal « Algérie Patriotique »

Elie Khoury : Le 17 mars 2014 a été réélu pour un quatrième mandat, le président sortant, son Excellence, Abdelaziz Bouteflika, comment comprenez-vous cette écrasante longévité ?

M. Aït Amara : Cette écrasante longévité, comme vous la qualifiez si bien, était programmée depuis l’accession de Bouteflika au pouvoir en 1999. En somme, le chef de l’Etat actuel était venu pour ne plus repartir. Sollicité déjà en 1994, il avait changé d’avis in extremis – pour des raisons qu’on ignore –, pour accepter de nouveau l’offre qui allait lui être faite cinq années plus tard. Sans douter du patriotisme de l’actuel Président, je n’en suis pas moins convaincu qu’il se met dans la peau d’un roi ou d’un émir, se comportant comme l’homme providentiel sans la «clairvoyance» et «l’intelligence» duquel le pays sombrerait dans les abîmes. D’ailleurs, ses représentants lors de la dernière campagne électorales, dont l’adulation de leur candidat frisait l’idolâtrie par moments, ont été jusqu’à suggérer de le faire roi, martelant que, même malade, son cerveau fonctionnerait mieux que tous les Algériens réunis (sic !). La longévité de Bouteflika tient à la nature du système lui-même, où le Président n’est qu’une pièce détachée d’une machine abstraite qui emprisonne les individus qu’elle aspire et qui croient faussement la maîtriser. Cette longévité est la preuve que le système est en panne.

Peux-t-on parler de clans au pouvoir, des grandes familles réunies autour d’intérêts ? Dans l’affirmative, quel est le rôle incarné par la famille Bouteflika dont on connaît l’unicité ?

Oui, il s’agit de clans. Mais la notion de grandes familles ne sied pas au système algérien. Par «grandes familles» vous entendez sans doute «mafia» au sens italien du terme. Comme je l’ai expliqué auparavant, le système algérien réunit un tout-venant de citoyens et, ne soyez pas étonné, a même le «mérite» d’offrir une chance à des individus que rien ne prédisposait à devenir ministre ou même président de la République. S’agissant de «la famille Bouteflika», comme vous dites, personnellement, je crois que la mythologie sociopolitique prête au frère du Président plus de pouvoir qu’il n’en a réellement. Certes, c’est la personne la plus proche du chef de l’Etat, mais cela ne lui confère pas plus d’autorité qu’il n’est censé en avoir. Le système algérien est fait de telle sorte que le pouvoir ne peut ni ne doit (jamais) tomber entre les mains d’une seule personne ou d’un seul clan. C’est une tradition héritée de la Guerre de Libération où toutes les régions du pays avaient pris les armes contre la puissance coloniale et où, donc, toutes avaient droit au chapitre. Quand les Algériens accusaient les habitants de l’Est d’avoir mis la main sur le pouvoir dès l’indépendance et les gens de Tlemcen de l’avoir spolié depuis l’avènement de Bouteflika, cela est, en réalité, faux, même si en apparence, le nombre de responsables politiques nommés à des postes clés originaires de cette région peut, en effet, paraître élevé. En réalité, si on y regarde de plus près, on constatera que toutes les régions du pays son représentées à travers les différents centres de décision, visibles et invisibles. Cela n’absout en rien, bien-sûr, la tendance régionaliste prononcée de Bouteflika et du système politique algérien en général. En somme, et pour revenir à la seconde partie de votre question, la famille Bouteflika n’incarne aucun rôle, sinon celui de «caser» un ministre par-ci, un sénateur par-là…

On compare l’Algérie à la Russie de M. Vladimir Poutine, en raison de l’abondance des hydrocarbures et d’un appareil militaire dirigeant le pays d’une main de fer ; est-ce que les associations sont de forme et s’arrêtent là ou est-ce qu’avec la Russie, c’est tout un modèle de société qui est repensé en Afrique ?

L’idée de l’appareil militaire qui dirige le pays d’une main de fer est une idée reçue. C’est un argument que Bouteflika, qui a vécu deux putschs en juin 1965 et en décembre 1967, utilise pour, croit-il, neutraliser toute tentative de renversement dont il eût fait l’objet. Il faut savoir – et cela se voit dans sa façon de diriger le pays – que Bouteflika réfléchit encore avec la mentalité des années 60/70 : jeu d’équilibres, loyauté voire allégeance au chef suprême qu’il est, etc. Bref, il a la pensée unique chevillée au corps, même s’il se dit «viscéralement attaché à la liberté d’expression». Durant sa campagne électorale pour la présidentielle de 1999, Bouteflika avait fait de la guerre contre la «casquette», comprendre les généraux, son leitmotiv. Une fois «élu», il s’est pourtant retourné vers ces mêmes généraux pour poursuivre la lutte contre le terrorisme et entamer, en parallèle, la réconciliation nationale. Des sources disent qu’il se serait même plaint – une habitude –, au départ, à des chefs d’Etat étrangers du «pouvoir excessif» de la hiérarchie militaire, mais il a dû mettre de l’eau dans son vin lorsqu’il a constaté que l’armée algérienne était, en réalité, professionnelle, légaliste et disciplinée et qu’il ne «risquait rien» de ce côté-là. Sa longévité, pour revenir à votre première question, en est la preuve concrète. Quant à la comparaison avec la Russie, je pense qu’il n’y a aucune commune mesure entre l’Algérie et ce géant lointain que seuls des intérêts politiques et économiques lient. Certes, la Russie est le premier fournisseur d’armes à l’armée algérienne, mais cette dernière paie ses achats rubis sur l’ongle. La Russie est donc un partenaire et un pays ami, Alger et Moscou partageant la même vision sur à peu près toutes les questions liées à la géostratégie et aux relations internationales. Mais sans plus.

D’après-vous les relations franco-algériennes sont sur une phase ascendante ou descendante et pourquoi ? Si elles sont dans une phase descendante, au profit de quel autre pays le sont-elles ?

Les relations algéro-françaises sont au point mort. Ni elles se sont améliorées ni elles se sont détériorées. De part et d’autre de la Méditerranée, on entretient une sorte d’hypocrisie, de flatterie, en faisant croire que les rapports entre les deux pays, liés par une Histoire longue et tragique, devraient être différents de ceux qui lient normalement deux pays souverains. La France fait semblant de vouloir toujours faire plus pour son ancienne colonie pour s’absoudre de ses péchés du passé, et l’Algérie fait mine de considérer la France comme LE pays ami par excellence. Mais, en vérité, ces deux Etats adoptent le principe de «je t’aime moi non plus». Ni la France veut une liberté de circulation en faveur des Algériens ni l’Algérie veut se maintenir dans sa situation de dépendance économique vis-à-vis de la France. Si relations fortes il y a, elles sont dictées et imposées par l’Histoire et ne sont pas, loin s’en faut, un choix délibéré. Cette situation durera encore deux ou trois générations, le temps que les séquelles de la «Guerre d’Algérie» (pour les Français) et la «Guerre de libération nationale» (pour les Algériens) disparaissent d’elles-mêmes et laissent place à un nouveau type de coopération débarrassé de l’affect et des souvenirs douloureux.

M. Aït Amara, les jeunes Algériens sont ouverts à la culture occidentale et apparaissent admiratifs de ce qui se produit en France ou aux États-Unis, pensez-vous que la culture russe permet moins cette assimilation culturelle ; en somme, comment percevez-vous ces influences, quelle est la plus populaire et pourquoi ?

Comment voulez-vous que les jeunes Algériens assimilent la culture russe alors que ce pays est géographiquement et culturellement très éloigné et linguistiquement absent ? Les deux facteurs qui introduisent une culture étrangère dans un pays tiers sont réunis chez les Français et les Américains : les premiers par la langue de Molière, héritage de 132 années de colonisation, et la proximité géographique ; les seconds par leur culture hégémonique via l’industrie cinématographique notamment et l’idée de suprématie, de liberté et de réussite facile. Mais force est de constater que ces deux cultures ont quelque peu perdu du terrain ces dernières années, à la faveur de l’arabisation de l’école qui a commencé dans les années 70 et dont les effets commencent à se faire sentir depuis la fin des années 80. A cette arabisation est venu se greffer l’extrémisme religieux importé d’Afghanistan, du Pakistan, d’Arabie Saoudite et d’Egypte, entre autres. Comme vous voyez, donc, dans ce magma, la Russie est complètement absente.

Dans un dernier point, si vous aviez l’occasion d’échanger avec les Français une pensée qui caractérise les Algériens, que leur diriez-vous ?

Les Algériens ont la sensibilité à fleur de peau et un cœur gros comme ça. Un jour, un ami palestinien, réfugié en Algérie, me disait ceci : «Vous, les Algériens, vous êtes extrémistes dans tout : vous détestez avec violence et aimez avec violence». Cette définition peut paraître hyperbolique, mais c’est ce tempérament qui fait que les Algériens sont un peuple «à part» et qu’il est difficile à comprendre. Avant la colonisation, les autorités politiques françaises avaient commandé une pléthore d’études sociologiques et ethnologiques sur les habitants qui peuplent l’Algérie. Plus tard, cette même France coloniale a essayé par tous les moyens de «berner» ce peuple «indigène» qu’elle était venu «civiliser», mais, au lieu de cela, elle s’est vu opposer une série de soulèvements armés sporadiques mais incessants depuis le premier jour, en juin 1830, jusqu’au cessez-le-feu, en mars 1962. Aux Français, je dis ceci : apprenez à mieux connaître les Algériens et ne les «mesurez» pas à l’aune de votre idiosyncrasie. Défaites-vous de toutes ces étiquettes que le complexe politico-médiatique de votre pays nous colle, libérez-vous de leur diktat et regardez le monde autrement qu’à travers leur prisme déformant ! C’est le seul moyen de tourner définitivement la page du passé.

Propos recueillis par Elie Khoury

La Gerap+

Monsieur le Conseiller Salim Baddoura, détaché auprès de l'Ambassade du Liban en Autriche
Monsieur le Conseiller Salim Baddoura, détaché auprès de l’Ambassade du Liban en Autriche

Elie Khoury : Bonjour et merci de nous accorder cet entretien. Monsieur le Conseiller, en guise d’introduction, pourriez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs et nous donner une petite idée de vos activités professionnelles ?

M. Salim Baddoura : Bonjour, je tiens au tout début à préciser que si je m’exprime dans vos colonnes c’est à titre strictement personnel et amical et que toute opinion ou idée émise dans le cadre de ce petit entretien, n’engage que moi et ne saurait par conséquent en aucun cas engager le ministère des Affaires étrangères du Liban ou l’Ambassade où je travaille.

J’ai intégré le Corps Diplomatique libanais en 1996.  Je suis actuellement Conseiller auprès de l’ambassade du Liban à Vienne, mon supérieur hiérarchique étant S.E. M. l’Ambassadeur Ishaya El Khoury. Auparavant, j’ai occupé pendant quelques années le poste de Délégué Permanent adjoint auprès de la Délégation Permanente du Liban à l’Unesco.

Le travail diplomatique à Vienne est assez varié et difficile à résumer en quelques mots. En plus des activités diplomatiques et consulaires auprès de l’Autriche et trois pays avoisinants (Croatie, Slovénie et Slovaquie), notre Ambassade fonctionne aussi comme Mission Permanente auprès des Organisations internationales basées à Vienne (IAEA, CTBTO, UNIDO et UNODC). Nous avons par conséquent vocation à servir les intérêts du Liban sur des dossiers épineux comme l’Energie nucléaire à des fins pacifiques, la lutte internationale contre le trafic de la drogue et la criminalité transnationale, le Développement industriel des pays du Sud etc.

Etant donné votre parcours, il semblerait donc que vous ayez eu à vous occuper de dossiers en rapport avec les Droits de l’Homme et de la diversité culturelle, (au sein de la Francophonie et de l’UNESCO) ainsi que des problématiques ayant trait à la lutte contre la prolifération des armes nucléaires (Vienne), pourriez-vous nous indiquer pourquoi ces sphères relèvent d’un caractère prioritaire pour vous, mais également l’angle par lequel vous approchez ces trois domaines ?

Il faut tout d’abord dissiper un petit malentendu. Le travail diplomatique diffère du travail des NGO par exemple. Un diplomate n’est pas un activiste au service d’une cause transversale chère à son cœur. S’il s’occupe d’un dossier, ou entreprend une négociation c’est uniquement parce que ses autorités l’ont chargé de le faire. Ce faisant, il doit se conformer à une ligne politique tracée par la capitale. Donc ses propres « préférences » ou « priorités » n’ont rien à voir là-dedans. Il n’en demeure pas moins, qu’un bon diplomate n’est pas un robot, il doit utiliser son savoir faire et son expérience, pour adapter les instructions qu’il reçoit aux situations concrètes qu’il rencontre dans sa carrière.

Pour ce qui est des droits de l’homme, c’est un concept fourre-tout extrêmement difficile à cerner, au confluent de la politique, du droit, de la philosophie, de l’anthropologie etc. C’est ce qui rend d’ailleurs leur définition si difficile.

Sur un plan strictement diplomatique, les droits de l’homme ont été ces dernières décennies, au centre de multiples bras de fer et débats aux conséquences souvent dramatiques. Il suffit de rappeler ici, l’épineux débat non encore conclu sur l’opportunité de l’usage de la force extérieure pour forcer un gouvernement à un plus grand respect des Droits de l’homme sur son territoire.

Même chose en ce qui concerne l’énergie nucléaire, il se trouve que la même technologie qui sert à faire fonctionner les réacteurs nucléaires pour produire l’électricité donc à des fins pacifiques, peut être utilisée pour produire des armes nucléaires. Le rôle du régime international de non prolifération dont l’IAEA est un des piliers est de faire en sorte que les pays profitent des applications pacifiques de la technologie nucléaire, tout en les dissuadant et les empêchant de la faire dévier à des fins militaires aux effets dévastateurs.

Monsieur le Conseiller, loin des idées-reçues, pensez-vous que la place de la femme dans la société libanaise est pleinement et justement établie ou qu’il reste en leur faveur, des combats que les Libanais se doivent de mener ensemble ?

Il faut faire attention quand on parle de la « femme libanaise » en général, car c’est un peu faire bon marché de multiples différences qui existent à l’intérieur de ce groupe et qui sont fonction de la diversité des milieux socio-professionnels, des spécificités régionales et communautaires etc.

Loin des idées reçues, on ne peut pas nier que les libanaises ont conquis pas mal de terrain ces dernières années suite à une baisse de taux de natalité, à une certaine force de caractère et, paradoxalement, grâce parfois à la difficile situation économique qui  les a forcées à s’aguerrir et à surmonter pas mal d’obstacles pour se tailler une place sur le marché du travail et contribuer à la survie du foyer.

Nul doute que beaucoup reste cependant à faire. Liberté et dignité doivent être conquises et préservées contre tout ce qui peut les menacer. Et les obstacles sont légion il faut l’avouer, tant au niveau politique, qu’économique ainsi que juridique et culturel. Même à supposer que les femmes joignent leurs forces (ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas) le combat ne peut aboutir que s’il est mené sur plusieurs fronts avec implication d’autres catégories que simplement celle des « femmes ».

J’ajoute aussi que nos compatriotes se doivent de lutter contre l’image d’Épinal (que pour ma part je trouve déplorable) que véhiculent une pléthore de médias commerciaux ainsi que des chaînes satellitaires, au sujet de la femme libanaise.

Nous parlons des Libanaises, mais que pensez-vous du sort réservé aux étrangers venus de pays pauvres et travaillant au Liban ;condamnés dans 95% des cas à exercer des activités peu valorisées et mal payées ?

La mondialisation a accélérée le mouvement désordonné et incontrôlé de la main d’oeuvre un peu partout dans le monde. Pour diverses raisons, il s’est trouvé que le Liban dont l’économie repose sur des secteurs à faible valeur ajoutée, soit en manque chronique de main d’oeuvre peu qualifiée et à bon marché. Cela attire l’immigration à partir de pays où cette main d’oeuvre abonde.

Nous manquons au Liban de statistiques vraiment détaillées et fiables sur la part de cette main d’œuvre dans l’économie nationale, toujours est-il qu’elle se trouve souvent en butte à un comportement stigmatisant de la  population du pays d’accueil.

Il y a là à l’œuvre malheureusement un phénomène bien connu des sociologues. Si vous profitez du fait qu’une population immigrée soit privée de certains droits, (ce qui l’oblige à accepter des tâches dégradantes, ou des salaires de misère) vous aurez tendance en plus à stigmatiser cette population et à la percevoir à travers des stéréotypes, pour vous donner bonne conscience et pour justifier le fait de ne rien faire pour lui améliorer sa situation. On est carrément dans un cercle vicieux.

Il faut travailler sur les mentalités c’est sûr mais les choses doivent être revues en profondeur, surtout au niveau du fonctionnement même de notre système économique et de ses finalités.

Alors que les Libanais se trouvent eux-mêmes dans une situation économique difficile, quel symbole pourraient-ils malgré tout incarner dans la relation les liant aux réfugiés Syriens aujourd’hui installés au pays du Cèdre ?

Je n’ai pas la compétence requise pour répondre à cette question sans compter que je ne suis nullement habilité à le faire.

A l’approche de la période estivale riche en festivités et durant laquelle les Libanais de partout dans le monde se retrouvent à Beyrouth et dans les villes alentours, quel est le niveau de risque sécuritaire encouru ?

Personnellement j’aime à croire que le Liban connaît une certaine accalmie. Mais il est évident que je n’ai nullement compétence à mesurer le risque sécuritaire ou à donner des conseils aux uns et aux autres à ce niveau.

Je suis comme tous nos compatriotes, je souhaite de tout cœur que la saison estivale se passe le mieux possible et que touristes et visiteurs affluent des quatre coins du monde. Malgré tout, notre pays, reste une belle destination touristique qui peut se prévaloir de beaucoup d’atouts à ce niveau.

Monsieur le Conseiller, pourriez-vous conclure cet entretien par le mot de la fin ?

Je tiens à vous remercier de m’avoir accueilli dans vos colonnes. C’est toujours un plaisir d’avoir affaire à des jeunes dynamiques et déterminés à faire bouger les choses. Si je peux me permettre de vous donner un petit conseil d’ami, c’est de toujours aspirer à privilégier l’objectivité, contre les prises de positions idéologiques tranchées et la réflexion pondérée contre les clichés et la recherche effrénée du sensationnel ; ce sont malheureusement des travers dans lesquels beaucoup de journalistes continuent de tomber malheureusement. Bonne chance pour la suite.

Elie Khoury, La Gerap+

Insigne de l'Europa-Scouts
Insigne de l’Europa-Scouts

Bonsoir, nous avons besoin de votre appui pour le projet « Des routiers au Liban » de l’Europa-Scouts de Mayenne, des jeunes qui se lancent au service du prochain.

Contactés ce jour par M. Charles Raoul, ce dernier nous a fait part de l’ambition de cette aventure humaine, qui est celle d’aller à la rencontre du Liban, de ses merveilles comme de ses souffrances et celle aujourd’hui qui caractérise une part de ses douleurs les plus vives, c’est celle d’un pays regardant sa jeunesse prise entre deux feux. A cette tragédie nationale, mais régionalement partagée (Palestine, Irak, Égypte (…)) se rajoute celle humanitaire syrienne, véritable catastrophe touchant des millions de personnes qui fuient leur pays en guerre et où s’y confond désespoirs et aspirations.

Ces jeunes expriment alors le souhait, non pas d’éloigner d’eux ces déchirements, mais au contraire de s’en rapprocher et d’ouvrir encore plus grands leurs yeux sur les plaies béantes du Liban, durant une marche qu’ils souhaitent humble, silencieuse mais marquante, ils veulent aller à la rencontre des jeunes réfugiés syriens au Liban et ils ont besoin de vous.

Vous pouvez télécharger la plaquette présentant le projet « Des routiers au Liban » et si vous le souhaitez apporter votre aide.

À télécharger : Route Liban –

Lien pour vos dons : https://www.leetchi.com/c/associations-des-europa-scouts53

Elie Khoury

La Gerap+

Les « Cafés jeunes chercheurs » sont des manifestations qui permettent à de jeunes chercheurs de présenter, confronter et critiquer leurs travaux, face à un public diversifié. L’esprit des « Cafés jeunes chercheurs » est de mettre en valeur les recherches d’une génération montante de doctorants travaillant sur des thématiques communes souvent en rapport avec l’actualité et diffuser leurs travaux auprès du plus grand nombre.
Le temps d’une séance de deux heures, deux ou trois jeunes chercheurs interviennent sur leurs travaux, accompagnés d’un grand témoin (professeur de renom, expert indépendant, personnalité reconnue, etc.), et dialoguent avec le public.

Samedi 8 mars 201415h00-17h00

Regards croisés sur les révolutions arabes au Proche-Orient

Trois ans, presque jour pour jour, après le déclenchement de la crise syrienne, trois jeunes chercheurs du Collectif Confluence reviennent sur la situation dans la région. A travers trois points de vue différents et complémentaires, il s’agira d’échanger sur les premiers enseignements des bouleversements qui, sans forcément l’ébranler, ont concerné le monde arabe dans son ensemble. Manon-Nour Tannous interviendra sur la guerre qui continue de secouer la Syrie ainsi que sur le processus de négociation engagé ; Elie Khoury évoquera les rapports de force en Egypte ; Adlene Mohammediinsistera, quant à lui, sur l’implication de la Russie, ainsi que sur la question de l’Etat aussi bien en Syrie que dans le reste du monde arabe.

Intervention d’Elie Khoury 
L’Égypte contemporaine est traversée par l’histoire imbriquée et déchirante de deux figures, celle de l’institution militaire et celle des Frères musulmans. Depuis le départ forcé de l’ancien président Hosni Moubarak, impulsé par une révolution populaire retentissante un temps, les changements prennent forme, les mirages s’établissent lorsque le face à face prend racine. Les ennemis se perdent, lorsqu’il devient difficile d’exprimer d’où vient le mal que traverse les sociétés arabes ; dans ce marasme, une bataille continue pourtant de gagner du champ et d’élargir ses cibles, la finance engagée contre le terrorisme.

Intervention d’Adlene Mohammedi
La Russie face aux bouleversements dans le monde arabe. Un point sur la crise syrienneCe que bien des commentateurs ont qualifié de « printemps arabe » a été perçu par Moscou avec beaucoup de scepticisme et de parcimonie. Après la chute de l’URSS, cela aurait pu s’apparenter à un nouveau fossé entre la Russie et le monde arabe. Loin d’être écartée, la Russie apparaît au contraire comme une puissance incontournable, notamment dans le cadre de la crise syrienne. A travers des considérations à la fois géopolitiques, juridiques et purement sécuritaires, c’est la question de la survie de l’Etat qui semble mouvoir la politique étrangère de la Russie dans la région. Une question aujourd’hui centrale dans le monde arabe. 

Intervention de Manon-Nour Tannous
Le premier constat de la Conférence de Genève 2 est la confirmation que les discours du régime syrien et de l’opposition sur la révolution, ses origines et sa légitimité, sont irréconciliables. Mais au-delà, ces négociations semblent avoir fait entrer la crise syrienne dans une nouvelle dimension. Elles consacrent d’une part son internationalisation et d’autre part son inscription dans le temps long, ponctué d’épisodes diplomatiques. Le processus engagé et les causes de son échec doivent ainsi être interrogés : la pertinence du cadre de négociations, les stratégies des acteurs, l’absence de consensus sur ce qui doit être négocié et le rôle des « parrains ».

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/auditoriums/f.cafe_chercheurs.html?seance=1223915620652

http://collectif-confluence.fr/article/%22regards-croises-sur-les-revolutions-arabes-au-proche-orient%22

http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2014/03/une-nouvelle-manifestation-a-la-bnf-les-cafes-jeunes-chercheurs/

Plus de deux années aujourd’hui que l’État syrien subit déchirement et violence. Une situation à double tranchant puisque l’on somme désormais, les armes à la main plus de deux millions de Chrétiens de prendre part et se définir, soit du côté des pro-Assad, soit des rebelles. Sous le hurlement des bombes et au fur et à mesure que le conflit se durcit, il devient intolérable pour une personne, sinon le Pape de se faire entendre en invoquant la seule paix. C’est d’ailleurs ce qui a été reproché au sursaut de la triade américano-franco-anglaise bardée de « bonnes intentions », occidentaux pour lesquels la nécessité d’agir tombait en désuétude face aux interrogations froides : « Comment expliquez-vous ce désir devenu si urgent d’agir en Syrie, deux ans après ? Vouloir la réconciliation en s’installant autour de la table du Conseil de sécurité, peut-il se faire les armes encore chargées ? »

Les Chrétiens qui sont alors observés aux côtés du Président Al Assad se prononcent en faveur du rétablissement de l’ordre et ceux retrouvés parmi les manifestants, pour l’arrêt des hostilités. Présence historique dans des zones considérées névralgiques, les Chrétiens ont été pris de facto entre deux feux, installés de part et d’autre des démarcations, mais campant sur un seul et même message. Cela, malgré les incitations au durcissement. Du côté des uns on appelle les Chrétiens à prendre les armes, du côté des autres, à se convertir. Dans les deux cas, le message est malheureusement quasi identique, en appelant le Chrétien à tuer, il encourt de se donner la mort lui-même. Les groupes armés en faveur du gouvernement d’Al Assad utilisent la militarisation de l’environnement pour les pousser à s’engager dans la bataille. Les groupes islamistes d’opposition eux, l’harcèlement, l’intimidation, le kidnapping et la menace pour une intégration dans les forces rebelles.

L’activiste Abdulmeish BarAbraham dira même des Chrétiens « Ils sont les plus vulnérables dans le conflit syrien, ils ne sont pas armés et militairement désorganisés ; ils refusent même les armes offertes car elles contredisent les valeurs chrétiennes qui demandent qu’il ne soit fait aucune violence ou usage de la force contre qui que ce soit. »

Alors les Chrétiens se réunissent en « comités populaires » pour protéger leur terre, se déplacent à l’intérieur du pays ou quittent le territoire (500 000 personnes en 2012-2013) pour affluer au Liban, en Arménie ou en Turquie. Face aux risques encourus par les hommes d’être enrôlés de force et aux femmes d’être bafouées, en catastrophe ils se diffusent, mais ailleurs le statut d’étranger est aussi pénible à porter. Des familles diront vouloir préférer rester unies sur place dans le conflit, que prendre le risque de quitter le pays avec le souvenir d’y avoir abandonné un être cher.

Alors, sur place, les mariages continuent d’être célébrés, les familles de se réunir et se retrouver aux messes le dimanche. On vit différemment, mais on continue à vivre en s’accordant encore une fois tous, d’une seule et même voix : une intervention militaire internationale en Syrie serait catastrophique. Nul ne défend le Président actuel, mais à voir ce qui s’est passé dans les régions voisines, les changements survenus l’ont tous été en défaveur des populations. De plus, vouloir déplacer le curseur sur le conflit religieux est inexact, Chrétiens et Musulmans peuvent vivre dans la bonne entente, et ils le prouvent à de nombreuses occasions, rappelant combien personne ne doit croire ou espérer sortir gagnant d’une guerre, car dès lors qu’elle est évoquée, tout le monde est déjà perdant.

La Gerap+

Elie Khoury

2006 in Doha. Photo by Christof Koepsel
2006 à Doha
Photo de Christof Koepsel

En juin 1995, le Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani martèle d’un coup d’État les fondations d’une maison inhabitée, son père Khalifa qui est alors observé en Suisse, puis en France se retrouve brutalement tiré de son sommeil.

Dans la foulée des orientations suggérées par les conseillers politiques, les observateurs prennent position et cloutent « pacifique », la manœuvre du fils.

Au travers d’un regard ensanglanté par la réalité syrienne, on comprend alors que lorsqu’il n’y a qu’une dizaine de morts jonchant l’accès au pouvoir, nombreux puissent être tentés de brandir les indications « tranquille » et « serein », voire de parler de « transmission pacifique » pour décrire l’éclat d’Ibn Al Thani. Car au retour de ses intermédiaires outre-Atlantique, c’était un Cheikh assuré de l’appui de Washington qui articulait la pénétration en force, de portes laissées pourtant avant son arrivée, grandes ouvertes.

Un jeu d’acteur qui préfigurait l’entrée en scène d’Al Jazeera.

L’Arabie Saoudite temporisait et malgré quelques émancipations vengeresses auxquelles elle clignait des yeux, rappelait toujours aux originaires de la région du Nedj, leur distance à portée de sabre.

La base militaire d’Al Oudeid, où se trouve l’US CENTCOM n’est d’ailleurs pas l’aveu par l’administration américaine d’un bouleversement de partenariat au profit du Qatar, mais résulte davantage d’une négociation, voire d’une suggestion par Riyadh. L’Arabie Saoudite qui ne peut de ses vœux se prononcer pour une présence aussi numéraire et directe de l’armée américaine sur des terres foulées par le prophète en lieux de La Mecque et Médine – posture qui par ailleurs contribue à sacraliser ses frontières – se complait par contre de l’installation au sud de Doha de drapeaux étoilés.

–        D’un côté, les Américains continuent d’assurer stratégiquement leur contrôle des différentes zones      névralgiques – retour aux théories des écoles anglo-américaines avec le Heartland et les orientations          du stratège naval américain A. M. Mahan –.

–        Les Saoudiens eux, se retrouvent dotés matériellement d’un backup utile en cas de débordement.

–        Les Qataris enfin, jouent le joker de la modernité débridée, greffée d’un caractère religieux.

Toutefois, au jeu des grands écarts, le risque de rupture est catastrophique tant la symbolique des positionnements est schizophrène. Sur des terres où la succession des dominations fut partagée par tous les peuples arabes, de l’Empire Ottoman aux desseins franco-anglais, des relations froides entre les deux grands à l’avènement de la domination des États-Unis d’Amérique, l’ennemi de l’homme, reste l’homme lui-même.

Ainsi, dans l’histoire moderne des Arabes qui se dessine depuis le 16e siècle, c’est la « Sublime Porte » qui insuffla la première, la cadence à suivre ; pas seulement, un passé peut en cacher un autre, au jeu politique libanais du 21e siècle, utile de se remémorer la division qui sévissait en 1633, où sous le règne du sultan Murat IV un conglomérat sunnite, druze et maronite, régalait déjà.

Sun Tzu aidant, on gagnait toujours la guerre, sans la faire.

À Doha, au 20e siècle, la perspective d’une manne énergétique extraordinaire à disposition alimenta la famille régnante et ses compagnons d’une confiance décontenancée, les défauts des amis d’hier, étaient devenus intolérables. Fini les excursions en famille à Damas et les virées entre amis dans le désert d’Arabie, c’était désormais à voix haute qu’on parlait à ceux qu’on craignait jadis.

La folie d’une telle posture étant animée par la crainte de voir les morts ressusciter, poussait à s’y reprendre à plusieurs fois et de manières différentes, lorsqu’il fallait se faire respecter.

Cela n’a pourtant pas suffi à faire silence au défunt Colonel Mouammar Kadhafi, qui quelques jours avant son assassinat, prononçait en direction du Qatar, des mots qui résonnent :

Il demandait à ces derniers les raisons d’un tel acharnement en Libye, questionnait sur les mérites d’une telle implication, avertissait sur la façon dont on devait considérer un frère, s’alarmait sur la dureté de cœur qu’on lui réservait, mais oui, il savait, se connaissait et reconnaissait coupable, mais avait désormais peur.

Seulement, si la loi du Talion devait être la règle et non la justice, la vengeance et non le pardon il ne resterait plus personne sur cette terre ; défiant quiconque de s’écrier, « moi l’Innocent. »

Table rase sur hard et soft power imbriqués : « ceux qui vivent dans des maisons de verre ne devraient pas jeter de pierres » criait-il enfin.

Tamim est alors désigné le Huitième, sur le chemin de la rédemption, le père rectifie un temps soit peu, quelques imprudences. La réalité syrienne affectant les perceptions, car Damas et Alep n’ont jamais été des villes à prendre, de tout le Moyen-Orient on ne trouve pareils jusqu’aux boutistes, finit par sonner la fin de la première partie.

Le repli politique de la scène internationale

Il est désormais inconcevable de laisser les rumeurs enfler au sujet des participations à ce qu’on appelle communément « les révolutions arabes ». Le romantisme des premiers instants, ne se déploie plus, on ne va plus à la rencontre de son prochain une fleur de jasmin à la main, qui par ailleurs devant la cruauté réservée à Mohamed Brahmi, se fane instantanément au souvenir des souffrances de sa fille.

Ces ressentiments particulièrement vifs, sont exprimés contre le Qatar accusé d’être à l’articulation d’aspirations manipulées. Cet Émirat floué sur ses grandes ambitions, qui avait été invité à s’asseoir sur les sièges les plus exposés, pour le meilleur, comme pour le pire, n’est en rien aujourd’hui assuré, que le pire est derrière lui.

Des personnalités comme le religieux Youssef Al Qardawi, qui bénéficiaient jusqu’à encore récemment d’une couverture médiatique scandaleuse, sont depuis et par la force, muselées. Vouloir agir pour la paix au Moyen-Orient tout en agitant ce nom, c’est comme donner un serpent à qui demande du pain ; les révoltes de la faim !

Hosni Moubarak justifiait déjà à ses partenaires occidentaux ses postures à retournement comme de nécessaires cadeaux à faire à ses audiences radicales, afin sur la durée, d’être en mesure d’influer sur elles. En résumé, à chaque fois qu’on avançait d’un pas sur le chemin de la paix, tout le monde concédait qu’il fallait reculer de deux. On trouvait toujours un diplomate qui arrivait à persuader la communauté, qu’on pouvait changer de chaussure en cours de route et en prendre une plus grande pour rattraper le retard, peu importe si de l’intérieur on n’en maîtrisait pas toutes les frontières, encore plus si on n’en comblait pas tous les espaces ; l’art de la diplomatie du vide.

Business Jihad et Sharia-Friendly

Désormais communément acquis de combiner la technicité des institutions financières mondiales et les mécanismes d’investissements occidentaux à la dorsale wahhabite. Ce qui était encore il y a quelques années impensable, revêt aujourd’hui un nouveau caractère puisque dans ce système capitalistique mondial en métamorphose continuel, les dignitaires islamiques voient un outil formidable débridé qui peut, une fois purifié, être mis au service du Djihad. Pas seulement, plusieurs institutions occidentales, travaillent également avec acharnement, dans un contexte économique pressurisant à exploiter toutes les mannes financières jusqu’alors réservées.

L’Emir Tamim et ses proches sont des businessmen, qui renforcés dans leur démarche vont se concentrer sur le retour sur investissement et rendre encore plus offensives leurs participations, avec à la différence des Gamal Boys une intéressante liberté d’action et des repères doublement légitimés. Seulement, à la simple prononciation du Djihad, un miroir aux alouettes, avec pour risque de se méprendre et mépriser que « le pirate des uns est l’amiral des autres », la modernité aidant et transformant, « le terroriste des uns en un héros pour les autres. »

Alors nous pourrions inscrire à la famille Al Thani d’une encre indélébile ses erreurs, lui faire écho de certains crimes qui se sont produits à Doha même : Z. Iandarbiev.

Seulement il faudrait alors également pencher sur cet Emirat un regard aussi plongeant que celui qui émane lorsqu’on aime à se regarder dans un miroir et se rappeler qu’à la polygamie, on ne peut opposer le mariage pour tous, deux visions d’un même extrême. Que lorsqu’on s’alarme des investissements dans nos capitales, du rachat d’institutions françaises, considérer qu’elles ne portaient plus de français, que le nom. Que lorsqu’on s’écrie à l’attentat, nous occupons l’étranger chez lui.

Lorsque le père délogeait par la force le sien, on pointait la violence, lorsque le père laissait place à celui qui en est devenu un, on suggère la manigance. Vous lirez, fréquenterez, participerez au plus près du pouvoir, tout en restant floués, personne ne peut peser les cœurs.

Le mois dernier, lors d’une entrevue sur le Qatar depuis Riyadh, un intime du pays racontait l’engouement qu’il y a actuellement à Doha. Il parlait du respect porté à Al Thani père, de l’engouement de la jeunesse derrière le fils. Il exprimait son plaisir à aller le dimanche à l’église, de l’accueil inoubliable réservé aux étrangers.

Nul n’est dupe, mais nul n’a rien inventé sur les problèmes rencontrés par les immigrés, véritables bombes à retardement, ici, comme là-bas, mais à Beyrouth aussi où lorsque l’on croise un homme de couleur, c’est neuf fois sur dix qu’il porte une poubelle.

L’attaché-case ne fait pas l’homme, la chemise non plus, le Qatar ne compte pas beaucoup d’amis de confiance en France, au Qatar nous n’en avons pas beaucoup non plus.

Guy Delbès qui exprime son amour à qui lui demande, parle d’une voix effacée lorsqu’il se rappelle l’heure de partir. Raconte combien il nous faut être respectueux de l’autre, l’enfer ce n’est pas les autres, l’enfer c’est peut être moi. Attaché au Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani, comme lui, il comprend qu’il se doit de laisser sa place, mais à qui ?

La représentation des investissements immobiliers du Qatar en France lui reste réservée. Un homme aux amitiés avec la droite française, qui compte de nombreuses entrées au plus haut sommet de l’État et auprès de tous les partis politiques mais avec lesquels il tente de garder distance et un équilibre.

C’est l’homme du Qatar en France, il a une relation fraternelle avec le Cheikh Ahmad Ben Khalifa Al Thani qu’il estime profondément. En ce sens, il est difficile de dire si le Qatar a aujourd’hui trouvé un successeur à M. Guy Delbes mais cela ne semble pas être le cas, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’à son âge avancé ils restent accrochés à lui, et auxquels il concède par fraternité un ou deux jours par semaine de présence à son bureau, place Concorde. Le Cheikh Ahmad Ben Khalifa Al Thani résume : « à part toi, tu sais que je n’ai confiance en personne en France ! ».

On ne se fait pas les amis d’un instant et l’entourage du Cheikh Tamim est à l’observation ; On craint les débordements comme nous attisons nous-mêmes certaines craintes, « l’ignorance informée est bien la pire des guerres ». Edward Snowden suscite les passions, se scandalise face à l’espionnage, alors qu’il est espion lui-même.

Goethe se rappelle à cette conclusion et à la naissance de notre avenir, « Traitez les gens comme s’ils étaient ce qu’ils devraient être, et vous les aiderez ainsi à devenir ce qu’ils peuvent être. »

Sans armes, ni violence.

Elie Khoury

La Gerap+

Ministre des Finances (1998-2000) de la République libanaise, économiste et historien, M. Georges Corm est consultant auprès de divers organismes internationaux et professeur d’université. Il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés aux problèmes du développement et du monde arabe.

Monsieur le ministre, pourriez-vous dans un tout premier temps couper court à tout ce qui se passe autour de vous et nous faire part de votre ressenti le plus simple, sur ce qui aujourd’hui traverse le cœur d’un Libanais à Beyrouth ? 

C’est d’abord l’angoisse et la fatigue. L’angoisse d’une classe politique inconséquente qui, une nouvelle fois, dans l’histoire malheureuse de notre pays, met le Liban en danger par ses comportements inqualifiables. La fatigue d’un peuple exploité honteusement par une ploutocratie politique, économique et financière : 22 ans après la fin de la guerre 75-90, toujours pas d’eau potable dans nos robinets, toujours pas d’électricité en continu, avec tout ce que cela implique pour la grande majorité des Libanais qui ne sont pas riches en coûts supplémentaires pesant sur leurs revenus ; mais aussi toujours pas de traitement des déchets, pas de système de transport cohérent, pas de sécurité sociale pour plus de 50% de la population ; une façon sauvage de conduire qui provoque des victimes tous les jours sur nos routes. Mais il faut quand même s’estimer heureux de n’être pas des réfugiés palestiniens ou syriens.

Les Etats-Unis d’Amérique, unique « global player », semblent rencontrer tant les applaudissements que les critiques les plus fortes, au point peut-être de faire oublier d’autres acteurs de premier ordre ; quel rôle actuel accordez-vous au Moyen-Orient, à la Russie et à la Chine ?

L’influence chinoise est encore faible dans notre région, comparée par exemple à celle qu’elle a en Afrique ou en Extrême Orient ou même en Europe et aux Etats-Unis. La Russie après des années d’effacement refait surface en Méditerranée, dont elle est presque riveraine et où, en conséquence, elle a des intérêts légitimes. Elle est décidée, avec l’appui de la Chine et de l’Iran à mettre un terme à l’hégémonie globale et absolue des Etats-Unis et de ses alliés des Etats pétroliers de la Péninsule arabique dans le monde arabe. Quand on fait le bilan catastrophique de cette hégémonie qui n’en finit plus d’enfler, notamment depuis les années soixante dix du siècle dernier, il n’est pas mauvais qu’un coup d’arrêt soit donné. Ce bilan est particulièrement négatif pour le Liban depuis 1975 où l’Administration américaine pensait pouvoir faire quitter les Chrétiens du Liban pour y implanter définitivement les Palestiniens.

En quelques mots, pourriez-vous nous décrire comment se traduisent au Liban, les échanges avec l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Iran ?

Dans les trois cas, il s’agit de relations très inégales, le Liban étant peu soucieux de sa souveraineté et les milieux économiques en proie à la fascination de la puissance financière de l’Arabie saoudite et de Qatar et de la générosité sélective et fort peu désintéressée dont ils font preuve au Liban, comme ailleurs. Quant à l’Iran, quelle que soit la diabolisation dont cette puissance régionale est l’objet, car elle tient tête aux Etats-Unis et dénonce sans cesse le sionisme, nous ne devons pas oublier en tant que Libanais que cet Etat nous a considérablement aidé dans la libération de notre territoire de 22 ans d’occupation. N’oublions pas aussi que c’est cette libération qui a fait revivre notre capitale, Beyrouth, son tourisme et ses banques et la remise sur la carte du monde arabe dont elle avait disparu depuis 1975.

Pensez-vous que le président Bachar Al-Assad pourrait aujourd’hui quitter le pouvoir en Syrie sans y laisser le prix de sa vie ? 

Des informations concordantes de sources très diverses indiquent que le président syrien n’est pas près de quitter le pouvoir et qu’il dispose encore de l’appui de très nombreux syriens. Les erreurs et mauvais calculs de l’opposition à l’étranger et de ses très nombreux protecteurs extérieurs, sans compter l’arrivée de très nombreux takfiristes de l’extérieur aussi, ont eu pour effet d’élargir à nouveau la base du régime au lieu d’accélérer sa disparition.

Pourriez-vous nous parler du contexte de la mort du Colonel Kadhafi ?

Il est curieux de constater que pour Ben Laden, comme pour Khadhafi, il y a eu assassinat, là où pouvait s’attendre à des procès qui auraient mis à jour bien des évènements mystérieux. L’exécution de Saddam Hussein avant même la fin de son procès résulte du même procédé. Il ne fait vraiment pas bon d’avoir servi les intérêts des Etats-Unis et des démocraties européennes, comme l’ont fait ces trois figures (Ben Laden pour chasser les soviétiques d’Afghanistan ; Khadhafi qui s’est repenti et a démantelé ses armes de destruction massive après l’invasion de l’Irak, Saddam Hussein qui a épuisé son pays dans une guerre stupide contre l’Iran menée au profit des Etats-Unis et de ses alliés arabes).

Assistons-nous à un rapprochement apparent entre les puissances occidentales et l’Iran ?

Je ne crois pas. L’Iran a déjà eu un président réformiste très ouvert sur l’Occident, Mohammed Khatimi. Aucune des ouvertures qu’il a faites n’a été suivie d’effet, ce qui n’a pu que renforcer le camp des « conservateurs » iraniens. Je ne crois pas que Rouhani parviendra à amadouer l’Occident politique dont la conduite ressort plus de l’émotion que de la rationalité. Regardez le soutien inconditionnel à l’Etat atomique israélien qui piétine tous les principes du droit international depuis 1967 ou le silence sur la possession de la bombe atomique par le Pakistan qui n’est guère un Etat démocratique, respectant le droit des minorités religieuses.

Elie Khoury, La Gerap+

Euronews
Euronews

M. Corm s’est entretenu avec Mme Sixtine de Thé à Beyrouth sur la réorganisation du Moyen-Orient, les implications étrangères dans la crise syrienne, le risque d’embrasement du Liban ainsi que du rôle de l’administration Obama, continuité stratégique en non rupture conduite par les Etats-Unis d’Amérique dans la région ; entretien complet que vous pouvez retrouver sur le site « Les clés du Moyen-Orient » ici

*Publié avec l’autorisation de la fondatrice et directrice du site « Les clés du Moyen-Orient ».

Elie Khoury

La Gerap+

Ajib
Ajib

L’Emir Ahmad Ben Khalifa Al-Thani du pouvoir cède sa place à Tamim fils ; loué pour une intelligence de mouvement tenant preuve d’ouverture, très loin d’un passé, pourtant à ses portes où il étreignait la succession de façon insensible. Coup de théâtre ! Révolution Arabe ! Un jeune homme laisse la place à jeune homme.

Rareté dans une région où le pouvoir aimante habituellement un dirigeant, jusqu’à ses derniers soupirs.

Ceux qui s’exaspèrent d’un mauvais ressenti à l’égard du Qatar crient au scandale : « Le Qatar en France, fait pourtant moins que la Chine ! Que l’Arabie Saoudite ! C’est eux que vous devez d’abord regarder ! » Semblant du faire de l’ennemi de votre ennemi votre ami.

L’Emir Ahmad Ben Khalifa Al-Thani du pouvoir cède sa place à Tamim fils. Les aventures menées dans la région à la levée d’un drapeau conquérant, suscitent un doigt accusateur qui s’allonge de plus en plus en direction de Doha.

Le temps est venu, de changer d’accusé.

Elie Khoury

La Gerap+

Ahmed Mater
Ahmed Mater

Le saoudien et chirurgien Ahmed Mater, religieux et artiste décrit l’évolution de l’homme comme n’étant pas toujours l’histoire de la survie du plus fort, mais comme celle de sa mort.

Une disparition qui permet à l’Arabie Saoudite dans les années 1938 de découvrir une terre riche en ressources naturelles, reposant sur la combinaison de cadavres entremêlés à des plantes multicellulaires transformés année après année en ce liquide noir, argument de puissance. Ce regard critique de la société saoudienne est soutenu par le roi Abdallah ben Abdelaziz al-Saoud qui promeut l’artiste Ahmed Mater par des échanges dans la région mais aussi outre-Atlantique. Un Royaume qui semble se regarder dans le miroir, intégrant activement à ses réflexions un recul sur sa montée en puissance, et peut-être son déclin.

Les Saoudiens, défenseurs du wahhabisme, réfléchissent leur avenir, c’est d’ailleurs dans une relation de va et vient avec Israël que la discussion semble la plus colorée et la plus intimiste ; on reconnaît de part et d’autre des fragilités et des excès.

Revenir à l’ennemi du moi et non du toi, heure heureuse qui rappelle combien l’homme est fort lorsqu’il se retrouve avec lui-même ; transformant l’avenir au point de positionner parmi les plus solides défenseurs du Juif, le Musulman. Douce mélodie du « Aime ton prochain comme toi-même ».

A presto+

Elie Khoury

La Gerap+

« La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir suprême est attribué au peuple qui l’exerce lui-même ou par l’intermédiaire de représentants qu’il élit ». Il est alors classiquement enseigné que la société n’est rien d’autre qu’une « petite » démocratie. Les citoyens-associés décident de s’organiser en rédigeant un contrat social qu’est le contrat de société. L’assemblée générale des associés est ainsi détentrice de ce pouvoir suprême. Dans ce système idéal donc, le pouvoir est indissolublement lié à la propriété. Ceux qui ont le pouvoir dans la société sont les mêmes qui en sont propriétaires. A n’en pas douter, ce modèle de démocratie directe existe encore aujourd’hui, dans les petites et moyennes entreprises où le maître de l’affaire est généralement désigné comme dirigeant. Mais se rapproche-t-on davantage de la réalité lorsque l’on évoque le modèle de démocratie représentative à propos du fonctionnement des sociétés cotées ? Ce modèle où le pouvoir est confié à des mandataires, nommés par les associés, en vue de représenter les intérêts de ces derniers. Et bien dans certaines sociétés devenues des technostructures, des managers professionnels détiennent une part infime du capital mais conduisent la société aussi aisément que le ferait un entrepreneur individuel dans son entreprise. Il y a alors une dissociation de la propriété et du capital. Or comme le soulignait A. Smith, « les directeurs de ces sortes de compagnies étant les régisseurs de l’argent d’autrui plutôt que de leur argent, on ne peut guère s’attendre à ce qu’ils y apportent cette vigilance exacte et soucieuse que des associés apportent souvent dans le maniement de leurs fonds ».

Ces considérations liminaires et générales invitent à s’interroger plus spécialement sur la place des actionnaires dans le jeu sociétaire, ainsi que des parties prenantes de la société à l’instar notamment des salariés ou encore des créanciers, ainsi que sur leur rôle dans la gouvernance des sociétés françaises.

L’actionnaire se définit classiquement comme le titulaire d’une action de société de capitaux. L’action étant le titre négociable émis par la société, qui représente une fraction du capital social et constate le droit de l’associé dans la société. L’actionnaire est donc le propriétaire d’une partie de l’entreprise. C’est celui qui, en contrepartie d’un apport, reçoit des titres sociaux qui lui confèrent des droits politiques et financiers. Par l’acte d’apport, l’actionnaire manifeste sa volonté de participer à la gestion des affaires sociales et à la répartition des résultats de l’exploitation. Autrement dit, il manifeste son affectio societatis, composante inhérente du contrat de société.

Le thème de la gouvernance des sociétés est apparu dans le paysage doctrinal juridique français il y a une quinzaine d’année. Cette problématique a d’abord été l’objet de nombreux travaux réalisés par des économistes. Les juristes vont ensuite se l’approprier car le droit joue un rôle essentiel. Il va être en effet l’instrument au service de l’amélioration de la gouvernance des sociétés. Le droit assure la traduction concrète et pratique des réflexions portées sur le gouvernement d’entreprise. La corporate governance ou le gouvernement d’entreprise a pour objectif de promouvoir l’équilibre et la séparation des pouvoirs. Il s’intéresse à l’organisation des relations entre les organes de direction et les actionnaires propriétaires de l’entreprise. Selon G. Charreaux, il s’agit de « l’ensemble des mécanismes qui ont pour effet de délimiter les pouvoirs et d’influencer les décisions des dirigeants, autrement dit, qui gouvernent leur conduite et définissent leur espace discrétionnaire ». Encore, selon H. Hyafil, le gouvernement d’entreprise vise « l’ensemble des dispositions qui permettent de s’assurer que les objectifs poursuivis par les dirigeants sont légitimes et que les moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs sont adaptés ». Le gouvernement d’entreprise place donc au cœur de sa réflexion la direction de la société ainsi que les moyens offerts aux actionnaires de contrôler que cette direction agit bien dans le sens de leur intérêt, dans le même esprit placer au cœur de la gouvernance les salariés et l’ensemble des parties prenantes de la société. Si le gouvernement d’entreprise intéresse toutes les sociétés, qu’elles soient cotées ou non, cette étude se focalisera sur les premières. C’est en effet dans ces sociétés que les enjeux se cristallisent en raison de la disparité de son actionnariat et des pouvoirs détenus par ses managers professionnels. La dissociation de la propriété et du pouvoir est la plus aboutie. Plus qu’ailleurs, un équilibre des pouvoirs doit donc être institué.

La réflexion sur le gouvernement d’entreprise en France a d’abord porté sur l’amélioration du fonctionnement du conseil d’administration des sociétés anonymes. Or dès 1996, le sénateur Ph. Marini soulignait que le droit de sociétés laissait apparaître un double déséquilibre. « D’une part il assure une suprématie des fonctions de direction sur celles de contrôle, d’autre part, il privilégie les contrôles de type externe (judiciaire) au détriment des contrôles internes exercés par les actionnaires et les commissaires aux comptes ». C’est donc sur le fonctionnement de l’assemblée générale et plus spécialement sur les droits et pouvoirs des actionnaires qui s’est ensuite concentrée et appliquée cette réflexion. Pour enfin concerner l’ensemble des parties prenante de la société avec notamment les salariés.

Depuis une dizaine d’année, la place des actionnaires et des salariés dans la gouvernance des sociétés cotées et au cœur des préoccupations. La nécessité de renforcer les prérogatives d’information et de contrôle des actionnaires est pressante. Les actionnaires ont perdu leur rôle de propriétaire de l’entreprise dans les sociétés cotées depuis une trentaine d’années. Toutes les évolutions législatives visent à réaffirmer leur rôle pour encadrer celui des dirigeants. De même qu’a promouvoir émergence des salariés dans le jeu sociétaire.

L’enjeu ultime est la confiance des investisseurs dans la gestion des sociétés cotées. Les agents à capacité de financement n’acceptent d’apporter leurs fonds que s’ils sont convaincus que la gestion de la société par les dirigeants est placée sous le contrôle effectif des actionnaires et des salariés qui assurent une gestion viable de l’entreprise. C’est donc un enjeu d’attractivité de la place : il convient d’attirer les investisseurs en France dans une économie mondialisée. Enfin, selon l’OCDE, l’adoption de bonnes pratiques de gouvernement d’entreprise « contribue à accroître la confiance des investisseurs nationaux, réduit le coût du capital, concourt au bon fonctionnement des marchés de capitaux, et en définitive confère davantage de stabilité aux sources de financement ».

Ainsi de  quelle manière la gouvernance des sociétés cotées organise-t-elle la promotion des actionnaires et plus spécifiquement des salariés  dans le jeu sociétaire ?

Longtemps exclu du jeu sociétaire et bien les divers méandres et déboires contemporains notamment l’Affaire Enron qui a émaillée la vie du capitalisme dénotent de la nécessité d’une gouvernance viable qui ne réduit pas à une simple léthargie les parties prenantes de la société. Le nouveau modèle de gouvernance a ainsi vocation à institue une confiance nécessaire à la gestion de la société laquelle innerve tout notre système boursier afin d’éviter que la faillite de sociétés cotées n’engendrent un cataclysme systémique, la présente crise économique en est l’exemple éloquent.

En l’état de la chose on peut se demander si le processus d’élaboration du cadre conceptuel  en gouvernance ne traduit pas la nécessite de réviser le fonctionnement du système économique établi. En d’autre termes sous la contrainte des évènements le développement actuel vers une théorie générale de gouvernance des organisations  à la fois « capacitante » et « disciplinante » est susceptible  de révéler une nouvelle fondation du capitalisme  dont le slogan originel considère « qu’agir dans le sens des actionnaires c’est agir dans l’intérêt général » désormais vient se substituer l’émergence d’un nouveau dogme selon lequel « agir dans l’intérêt général revient à agir dans l’intérêt de toutes les parties prenantes de l’entreprise ».

In fine la collusion de l’homme et l’argent constitue le point névralgique de nos sociétés modernes à dominante capitalistiques, où le dogme est celui du toujours plus pour le capital. Ainsi on pourrait voir dans les ruines de l’ancien modèle de gouvernance, connu sous le vocable de la « share older theory » une fracture plus profonde qui se traduit par une crise anthropologique ayant pour corollaire une « négation du primat de l’homme ». En effet ce dernier étant désormais assujetti à un fétichisme de l’argent,  noyé dans une dictature d’une économie sans visage, sans but vraiment humain. La conception de l’homme est bafouée, celui-ci n’étant désormais appréhendé qu’à travers le spectre de la consommation, l’acte d’achat étant  devenu un acte d’autorité, l’homme est denier dans son humanité même. En outre le pléthore de l’avoir amène à l’anémie de l’être. Ce paralogisme patent n’est que le fruit d’idéologies anarchiques laissant libre court à l’autonomie absolue des marchés et à la spéculation financière.

Dans cette brume libérale, se cache en réalité une nouvelle tyrannie invisible laquelle impose ses lois et ses règles. Mais le temps nous a enseigné que « tout pouvoir excessif meurt par son excès même ». En effet comme l’affirmait Montesquieu « c’est une expérience éternelle  que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser; il en va jusqu’à ce qu’il trouve des limites ». D’où l’impérieuse nécessité d’une réforme financière et plus restrictivement du modèle de gouvernance avec donc pour rançon une économie plus salutaire.

Elie Awad

La Gerap+

Thomas Dufourneau PhotographiesEvangile selon Saint Marc - Chapitre 10
Thomas Dufourneau Photographies
Evangile selon Saint Marc – Chapitre 10 +Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu’un. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas !+

« Pendant longtemps, sans doute depuis toujours, en tout cas depuis Adam et Eve, la différence de sexe dans le couple paraissait toute « naturelle »». Fulchiron Hugues met en exergue l’impératif cardinal qu’est l’hétérosexualité dans le mariage. Toutefois dans cet univers en transformation furieuse, ce modèle dogmatique du mariage fondé sur l’hétérosexualité s’effrite au point où il ne constitue désormais qu’un modèle parmi d’autres.

L’ambition législative actuelle est bouillonnante d’interrogations, de passions, de revendications et parfois même de fanatisme. Mais quels sont les véritables rouages qui cimentent ces positions diverses ? Tout d’abord il ne faut pas se méprendre sur la question de l’homophobie, défendre une position, être contre ou pour ne relève pas de l’homophobie, en outre  ce n’est pas parce qu’il est d’une certaine tendance actuelle qu’on doit se résoudre au panurgisme, malgré ce que les lobbys homosexuels tendent à nous faire croire.

Au contraire il convient de scruter les enjeux sous-jacents à cette ouverture au mariage et envisager sur un plan prospectif, technique, les éventuelles plus-values, si elles existent, ou au contraire les effets pervers qui pourraient en découler.

En effet  à la vieille idée selon laquelle le mariage ne s’entend que par l’union de deux personnes de sexes différents et bien ce principe dogmatique s’est effrité au point où il ne constitue désormais qu’un modèle parmi d’autres. De facto, à un ordre conjugual monopolistique fondé sur le mariage s’est substitué un ordre conjugual plural où le mariage est concurrencé par d’autres modèles conjugaux à l’instar du concubinage, du PACS, et pourquoi pas très bientôt d’un « mariage hybride », le mariage homosexuel permettant dès lors une prise en compte de  plus en plus significative de la condition homosexuelle.

Mais quel est le fondement qui a permis de mettre en œuvre une transformation aussi furieuse au sein de notre ordre social ?

Et bien les diverses guerres mondiales agitant l’espace européen ont eu pour effet d’enfanter une nouvelle idéologie se voulant universelle, prônant un certain paradigme de ce que doit être la place de l’individu au sein de nos sociétés comtemporaines. Conséquemment le prosélystisme européen des droits de l’Homme constitue désormais l’expression éloquente de la civilisation européenne qui se caractérise plus que toutes les autres par la prééminence des valeurs individuelles. Dès lors les deux notions cardinales sur lesquelles le legislateur français s’est basé afin de dilligenter une société, et plus restrictivement un ordre social, sont l’égalité et la liberté. En d’autres termes d’un droit de la famille fondé sur l’ordre public, on est passés à un droit de la famille fondé sur les volontés individuelles, chacun se prévalant de construire son modèle famillial à sa guise, faisant émerger la notion de « famille à la carte ». Finalement le législateur n’a eu cesse de promouvoir la possibilité d’offrir la liberté d’effectuer des choix personnels, curieuse manière de légiférer dans un domaine aussi structurant qu’est la cellule de base de notre société, la famille, qui constitue une véritable institution.

Après ce premier postulat il convient de s’intérroger sur les incidences d’une telle  lecture, d’une telle exaltation de l’individu en tant qu’entité autonome au sein de notre civilisation.

Mis à part la question du mariage homosexuel, une digression doit être faite. Par le truchement de l’égalité pour tous, une refonte des rapports conjugaux a bien vu le jour. En effet, d’un mariage fondé sur l’autorité maritale, nous sommes passés à une stricte égalité entre les époux. Primitivement dans notre ordonnancement juridique on retrouvait les termes de « mari » et « femme » désormais en vertu du principe d’égalité et pour gommer cette pseudo « autorité maritale » on parle tout simplement « d’époux ».

On doit s’interroger sur les incidences d’une telle interprétation aussi innofensive puisse-t-elle parraître au première abord. Désormais en vertu de ce principe d’égalité le legislateur n’a eu cesse de promouvoir l’égalité des armes entre les époux notamment s’agissant du divorce. Désormais tout est fait pour mettre en œuvre une protection dans la rupture, or le propre d’une famille n’est-il pas la cohésion, la permanence, la vertu ? Conséquemment les procédures de divorce n’ont eu cesse d’être accelerées, facilitées, la volonté dés epoux n’a eu cesse d’être de plus en plus prise en compte ; on retrouve alors l’impératif de liberté et c’est précisémment en vertu de cette égalité qu’il n’y a plus d’unité au sein du couple. Le législateur n’a eu cesse de faciliter le divorce, ce qui par la même contribue à reduire considérablement la notion de « temps conjugual ». Voyons maintenant les conséquences d’une éxaltation exacerbée du principe d’égalité.

Comme nous l’avons discuté ce principe d’égalité a eu pour écho ne plus parler de mari et de femme mais tout simplement d’époux, le couple est devenu asexué – porte d’entrée terminologique seulement au mariage homosexuel.

En effet le législateur en vertu d’une pseudo discrimination a pour ambition de la gommer en consacrant un droit au mariage aux homosexuels. Or, la discrimination ne s’entend que par la différrence de traitement entre deux personnes qui sont dans la même situation ; Mais, depuis l’origine du Monde, on ne peut renier que c’est de la relation naturelle entre l’homme et la  femme que procède la vie, qui fonde la société et la fait vivre. Dès lors les couples homosexuels et hétérosexuels ne sont pas dans la même situation, eu égard à une différence inhérente à leur condition biologique, la procréation. La différence de traitement est légitime et justifiée ; mais au regard de l’évolution des mœurs, des mentalités et d’une certaine réalité, le mariage n’a visiblement plus pour essence la procréation, c’est ce que le legislateur par cette ouverture au mariage tend à affirmer.

Cette ouverture au mariage des couples homosexuels consisterait en la technique du « jardin d’acclimation » qui consiste à faire rentrer dans les mœurs cette nouvelle entité de l’ordre conjugual et admettre que l’essence du mariage n’est plus la procréation. Ainsi, sous le couvert du vocable du mariage pour tous et du principe d’égalité, le législateur entend promouvoir l’égalité pour tous. Mais, dès lors que le mariage n’a plus pour essence la procréation, mais l’amour, alors les empêchements au mariage n’ont plus vocation à jouer, c’est une porte ouverte au mariage pour tous dans son acception première ; Pas seulement, c’est une porte ouverte à l’inceste, la cosanguinité, la polyandrie, la polygamie qui amène une refonte substantielle de notre droit positif et par la même de notre société.

Le législateur ne mesure pas le pas qu’il va franchir avec la notion de « mariage pour tous », derrière cet amalgame, il y a bien plus que le mariage homosexuel. Le législateur n’a eu cesse de promouvoir une mauvaise lecture du principe d’égalité ce qui amène à la formation d’inepties foudroyantes au sein de notre ordonnancement juridique et par la même de notre ordre social.

En effet, si l’on suit le syllogisme législatif actuel, et bien la consécration du mariage homosexuel a pour objet de gommer l’inégalité qu’il y a entre les couples homosexuels et heterosexuels s’agissant du mariage, mais en verité en consacrant ce mariage le législateur va créer une nouvelle inégalité au sein même du couple homosexuel, entre le couple feminin qui aura un accès aisé à l’enfant et le couple masculin qui lui n’y aura pas accès. Dès lors, pour poursuivre la logique il faudrait une nouvelle fois « exploser une barrière cardinale de notre ordonnancement juridique » et ainsi légaliser les conventions de mères porteuses.  Tout cela démontre bien une mauvaise lecture du principe d’égalité qui, poussé à son paroxysme détruit l’individu. Or, la remise en cause de la prohibition des mères porteuses qui consitue l’expression éloquente du refus du libéralisme et du consumérisme de nos sociétés actuelles dans des domaines aussi fondamentaux que sont la vie, et plus largement la civilisation, a pour écho des conséquences substantielles.  En effet, la mise dans le commerce des facultés procréatrices de la femme, mène inéluctablement à une réification de l’enfant, qui devient un bien mobilier, un élément de richesse de notre patrimoine parmi d’autres. Et après tout, au prix auquel un enfant sera acquis, pourquoi ne pas choisir une mère porteuse brune, blonde, aux yeux bleus, verts, voilà l’avènement des pratiques eugéniques ? En vérité, derrière la possible consécration d’un droit à l’enfant, il y a le risque que cela dégénère en un droit à l’enfant « comme je le veux ».

Or, le rôle du législateur n’est-il pas d’ordonner, et non pas sans cesse d’accorder des concessions pour au final se réduire à une véritable chambre d’enregistrement des volontés individuelles ? Le droit ne doit pas se contenter d’être le relais des désirs, il doit se cantonner à sa fonction normative d’ordonner.

Dès lors, tout l’enjeux est de mettre en balance deux intérêts, le droit à l’enfant, ce qui est innaceptable et l’intérêt de l’enfant. Le Parlement semble opter pour la première solution et s’affranchit de toute réalité biologique allant défier la nature même ; Alors que la volonté de l’homme n’est pas toute puissante, bornée justement par la nature, mais qu’importe un Parlement peut tout.

L’honneur du droit français n’est-il pas d’affirmer contre vents et marées que le respect des droits de l’homme, le respect des droits de l’enfant passent avant tout et tout d’abord par le refus de consacrer un droit à l’enfant ? La complémentarité père / mère n’est-elle pas structurante à la construction identitaire de l’enfant ou est-ce que le désir des adultes est prédominant ?

In fine, par une mauvaise lecture du principe d’égalité, le législateur semble perdu et fait perdre une société derrière lui. À la vieille idée selon laquelle la morale rôde autour du droit, désormais le droit en est totallement nu. Or, quand on construit du droit sur du flou, il y a un loup. Et permettez-moi de vous le dire, le loup est véritablement entré dans la bergerie, en d’autres termes le mariage homosexuel dans la famille.

Le législateur n’a eu cesse d’affaiblir le mariage à coups d’attaques désinstitutionnalisantes en faisant prévaloir la liberté de faire des choix individuels – construire sa « famille à la carte » – se présentant dès lors comme un véritable fossoyeur de cette institution. Le mariage est en train de devenir un simple cerceuil dont les enfant sont les clous…

Elie Awad

La  Gerap

Adlene Mohammedi et Elie Khoury le 17 novembre 2012 sur les révolutions arabes à la Bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon
Crédits photo : Collectif Confluence, Université Jean Moulin Lyon III, Adlene Mohammedi, Elie Khoury

L’intervention

http://suel.univ-lyon3.fr/el-tv-2/74-collectif-confluence-actualite-des-revolutions-arabes-regards-croises-sur-l-egypte-et-la-syrie-17-11-2012

Les questions

http://suel.univ-lyon3.fr/associations-lyon-3/voirvideo/1296/actualite-des-revolutions-arabes-regards-croises-sur-legypte-et-la-syrie/cafe-jeunes-chercheurs-sur-les-revolutions-arabes-17-novembre-2012-questions

Elie Khoury

La Gerap+

Earth Times

La puissance Européenne : Future ersatz hégémonique ?

Appréhendée à travers le prisme de puissance

Au 5e siècle avant notre ère, Thucydide, historien Grec esquisse à travers « Histoire de la guerre du Péloponnèse », dans une lutte pour la prédominance entre Athènes et Sparte, la volonté de puissance comme l’une des principales force motrice du Monde.

La notion de puissance devenant une composante inhérente et contingente à l’analyse des relations internationales en se présentant comme une véritable grille de lecture du rayonnement d’un État. Glorifiée aujourd’hui, rejetée demain, elle est le fruit d’une équation, qui ne cesse de grossir, une équation aux multiples variables, dont le champ ne fait que se redessiner au fil des années, si bien que la notion même de puissance tend à connaître un nouvel élan.

La puissance peut connaître plusieurs déclinaisons :

–       D’une manière classique, c’est la « capacité d’imposer et de détruire », plus précisément selon Raymond Aron c’est « la capacité d’un acteur à imposer sa volonté aux autres ».

–       Cette approche péjorative a été attendrie pour devenir « une capacité appliquée sans contrainte » ; D’où la distinction entre Hard Power et Soft Power faite Joseph S. Nye.

–       Concomitamment la puissance c’est aussi la « capacité d’action et de marge de manœuvre », c’est à dire la possibilité d’un État à agir souverainement ; Sa capacité à s’affranchir de toutes tutelles à l’instar des approches gaulliennes des Relations Internationales.

–       Enfin la puissance est surtout devenue la « capacité à structurer son environnement international » laquelle consiste en l’habileté d’un gouvernement à articuler, maîtriser et mettre en adéquation des acteurs exogènes.

La notion de puissance n’a cessé d’être remise en cause, redessinée, redéfinie, désormais à son accès, les chemins ont été multipliés. Cette même multiplication tant des aspirations que des critères interprétatifs rend l’analyse de cette dernière beaucoup plus complexe qu’auparavant. Preuve en est, la – Puissance – n’est plus proportionnelle aux capacités brutes d’un acteur.

Sur un plan prospectif, ce mode d’expression novateur apparaît davantage l’attrait de l’Union Européenne. Stephen D. Krasner défend dans « International Regimes » que le comportement des États est aussi influencé par des normes internationales, juridiques, politiques ou encore morales ; De facto la puissance d’un État se mesure aussi, à sa capacité à répandre une vision normative de ce que doit être les rapports dans le système international.

Stratégie d’influence exercée par un État ou un groupe d’États pour amener d’autres acteurs  à agir  conformément à ses principes et valeurs, au travers de l’instauration d’une sphère internationale normée. C’est dans ce lieu, convoité, en effervescence, au sein du concert des Nations, que l’Union Européenne entend exciper son leadership.

Son acte fondateur : le 9 mai 1950, par la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), impulsé par la France ceci au nom de la paix et la réconciliation Franco – Allemande – non sans arrières pensées -. En effet, la construction d’une Europe unie, ne serait pour la France qu’un moyen de retrouver une puissance érodée par les deux dernières guerres mondiales ; Au risque, que cette ambition, chemine dans l’ombre de ses partenaires. La France et l’Allemagne sont les rares pays pour lesquels l’Europe représente un vecteur de concurrence à la super-puissance américaine. Ces ambiguïtés et ces méfiances expliquent d’ailleurs grande partie l’échec de l’Europe politique, en dehors des ambiguïtés propres à la triangulaire France – Angleterre – Allemagne.

La construction européenne, d’une part en tant que processus de coopération et d’intégration entre États nations, et d’autre part en tant qu’exercice de la puissance par ces mêmes États pour la  défense de leurs intérêts, principes et valeurs sur la scène internationale, collectivement  ou individuellement, sont en définitif, deux dynamiques difficilement conciliables ; Rendant abstraits la nature et le potentiel de puissance de l’Union Européenne. D’autant plus que sur un plan intra – européen, la méthode d’intégration européenne ne fut qu’un processus de rejet de l’utilisation des rapports et outils de puissance afin d’éluder toutes rivalités ; Sur un plan externe, cette approche est désuète puisqu’il n’y a pas abandon du principe de puissance sur le reste du Monde.

Conformément à la méthode fonctionnaliste imaginée par Jean Monnet « l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d’abord une solidarité de fait » ; Autrement dit : d’abord une Europe économique avant une Europe politique pour un effet d’engrenage, pouvant à terme dégager une puissance parfaite.

L’émergence d’une véritable puissance européenne peut déjà être perçue toutefois dans des domaines où il n’existe qu’un seul et unique acteur – Europe –  agissant et s’exprimant au nom de tous les États membres – additionnant et démultipliant les capacités individuelles -. La puissance de l’Union a bel et bien été assise au sein du volet économique : l’Union économique et monétaire (UEM) devenue priorité de la construction européenne et confère aujourd’hui à ses États membres une grande maîtrise collective de leurs intérêts économiques et financiers.

Toute proportion gardée, cette réussite économique peine à déborder sur les questions éminemment politiques et militaires comme en témoigne l’échec de la Communauté européenne de défense (CED). L’existence d’un parapluie Otanien est d’ailleurs fondamentalement paradoxal et opposé à l’Ambition Européenne.

Les questions du rapport des États membres à leur souveraineté, à l’autonomisation de l’Union sur la scène internationale et à la défense de leur identité sont de puissants déterminants à la construction européenne ; Le volontarisme dont ils vont ou devoir faire preuve sont indissociables de l’ascension européenne.

Une alternative s’esquisse toutefois et porte l’Union vers un statut non moins rayonnant ;  Car consciente de ses lacunes cette dernière n’a eu cesse d’œuvrer à constituer une certaine identité, plaçant l’individu au centre d’une nébuleuse institutionnelle. Le juge communautaire s’est ainsi pratiquement accaparé la protection des droits fondamentaux,  se présentant fossoyeur des juges constitutionnels nationaux, disposant d’un quasi monopole en la matière,  résultante d’un phénomène d’intégration et de coopération toujours plus exacerbé, qui à terme porte l’avènement d’un phénomène de congruence des ordres juridiques.

De telle sorte qu’on assiste à la mise en place d’un contrôle juridictionnel de plus en plus large et efficace constituant le point d’orgue du prosélytisme européen. En effet, cette « décomposition des ordres juridiques nationaux» a favorisé un phénomène de « déterritorialisation » de la puissance publique nationale au profit d’une juridiction sommitale qu’est la Cour de justice de l’Union Européenne, permettant de donner la stature nécessaire à une juridiction  Européenne afin de se positionner en tant que pôle d’influence de ce Monde en matière de droit fondamentaux et exercer un « normative power ».

Le titulaire de cette protection est l’individu considéré en tant que tel et non pas comme membre du corps politique. Car en effet l’espace Européen et la protection des droits de l’Homme ont eu pour échos la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne ou encore la Convention Européenne des Droits de l’Homme lesquelles témoignent d’une Union de droit démocratique, où à coté des exigences économiques, le respect des droits de l’homme est une condition première à l’adhésion. Dorénavant le modèle européen des droits de l’Homme est l’expression éloquente de la civilisation européenne, laquelle se caractérise plus que toutes autres par la prééminence des valeurs individuelles, ainsi, la tradition, l’éducation et la mentalités des Européens sont profondément marquées par ces valeurs, érigées en principe politique fondamental à portée universelle.

In fine, ce  processus  d’éclosion d’une structure supra étatique apporte inévitablement en discussion la conception fédéraliste de l’Union Européenne, ayant en vue l’évolution progressive du système communautaire. À défaut d’un État à proprement parlé, sur un plan matériel, existe déjà une forme de Constitution Européenne. À raison, un grand nombre de normes communautaires possèdent un rang constitutionnel, y compris les droits fondamentaux permettant le rayonnement de la vision européenne, d’où l’émergence d’un impérialisme juridique qui s’affirme et tend à devenir un des enjeux majeurs du XXIe siècle.  C’est ainsi que malgré les différentes barrières rencontrées, l’Union a réussie à éluder les obstacles et à trouver des alternatives stratégiques.

Nonobstant que l’Union ne soit pas une puissance complète, c’est une puissance en devenir qui à travers son influence normative exerce un Soft Power Européen sur le reste du Monde et acclimate les civilisations à ce que doit être les rapports au sein du système international, elle peut ainsi être appréhendée actuellement comme un « peacefull power ». L’Union est bel et bien un acteur incontournable, certes embryon de puissance d’où l’« ersatz de puissance », mais promis à des terres nouvelles sous réserve d’opérer les prises de positions nécessaires, au risque de se voir confinée à un rôle d’influence passif la menant à terme, à son évanouissement.

Elie Awad

La Gerap

VoaNews

Lorsque la population Égyptienne se met à penser le changement, Facebook et Twitter crient à la Révolution – accoutumés à la technologique – et cela facilite. Réellement, sale, car meurtrière, l’armée assassine des bloggeurs à la pelle, (sentence facile : sept années de prison – pauvre Khaled Saïd, 28 ans, lynché et accompagné jusqu’aux portes de la mort dans les rues d’Alexandrie) – Les radicaux se réservent, le gâteau des Coptes Églises, pendant que d’autres, Musulmans et Chrétiens, sont capables d’unions temporaires, en dernier recours, pour faire front, lorsque la police réprime (25 morts + de 500 blessés, attentat du 1er janvier 2011, Alexandrie).  

Les Égyptiens craignaient Moubarak, davantage le vide –

Lorsqu’en 2011, Hosni tombe, les militaires aidant, récupèrent la cause – temporisent – le changement, c’est dans la limite du leur ; les Égyptiens craignant qu’elle leur échappe, font pression et payent le prix – Tarif : Paradi$.

Depuis hier, l’Égypte vote, un président post-Moubarak, un vent de changement vous dites ? On l’entend souffler, dans une pièce vide.

Depuis 1954, le pouvoir est tenu par les militaires – Nasser, Sadate et Moubarak, sont de la famille et en période de transition, devinez ? C’est toujours eux qui régentent la partie. Ouvertement à plusieurs reprises, ils tentent même la récupération publique du pouvoir – testant par l’élasticité-la volonté évolutive des Égyptiens, au travers d’un lance pierre dirigé contre eux.

De Nasser, Sadate et Moubarak les Égyptiens gardent une douleur vive et cela dans la fidélité sans commune mesure d’un peuple amené à éprouver son autorité politique, qu’en dernier recours, lorsqu’il se meurt – « Khallas ! ».

Les anciens Raïs, Nasser, Sadate et récemment Moubarak ont, à leur gré, lorsque l’opposition paraissait forte, manipulé les résultats des élections en leur faveur. Aujourd’hui, exutoire seulement, l’espérance d’un changement, lorsque ceux-là mêmes qui ont projeté les anciens Raïs au pouvoir, sont les mêmes, à un déguisement près, qui assurent la transition démocratique.

Moubarak tombe – C’est méconnaître la réalité politique égyptienne, Moubarak ne tombe pas, Moubarak se couche. Au besoin, les militaires, tenants de l’autorité n’hésitent pas à supprimer les responsables qui dérangent et à donner à la vindicte populaire, ceux qu’elle désigne.

Sacrifier des têtes, dans les habitudes Cairotes,  sous Moubarak, Atef Abreid Premier ministre, Farouk Hosni ministre de la Culture, Hatim al-Gabali à la Santé, ont été violemment décriés par les Égyptiens – lâchés par le pouvoir un temps – puis finalement maintenus dans leurs fonctions. Youssef Wali, ministre de l’Agriculture, accusé de corruption et d’importation de pesticides cancérigènes – échappe aux accusations… au détriment de son conseiller qui écope de quinze années de prison. Wali sera même promu à la vice-présidence du parti de Moubarak (PND) et figurera parmi les quarante personnalités agissantes au sein de l’autorité suprême.

Les militaires, au pire resteront au pouvoir, au pire y mettront dans leur sillage un homme réclamé, Islamiste, Frère Musulman   ou autres, qui vous voulez ; mais les véritables tenants, restent et resteront les véritables tenants.

Élections Égyptiennes  ou le dilemme du changement, perdant.

Elie Khoury

La Gerap 

École Nationale des Arts de la Marionnette

Hamit Bozarslan reprenait à juste titre, concernant les révolutions arabes, ce que Victor Hugo sentit en son temps : « une révolution est d’abord une tempête imprévisible qui ne fait pas seulement bouger toutes les lignes de force présentes sur son passage mais aussi déclenche des dynamiques qui ne lui préexistent pas. » C’est pour H. Bozarslan la raison principale pour laquelle une révolution ne livre son sens heuristique qu’a posteriori, rendant illusoire tout débat sur sa prédictibilité.

À cela nous voudrions rajouter et accorder que vouloir définir l’essence de ces dernières, peut en raison de toutes les causes évoquées, être difficile, voire impossible. Toujours est-il que ces mêmes paroles de Victor Hugo regardant l’incertitude, doivent impérativement résonner comme une mise en garde faite à tout acteur, qui se veut entraîner, avoir la haute main sur ou dévier de son origine une lutte pour la survie que la population Égyptienne mène depuis la domination ottomane.

Cette imprévisibilité doit se faire entendre comme un avertissement, faussant, les meilleurs calculs.

Elie Khoury

La Gerap

White Pers

La sociologie politique se veut être une science analysant l’impact du social sur la façon de penser et d’agir des citoyens, dans leur relation à l’État. Comprendre ce qui amène les individus à faire tel ou tel choix voire même à ne pas le faire, ce qui est également en soit une certaine forme de choix ; nous faisons ici allusion à l’abstention.

Les hautes juridictions nationales de nature très prudentes quant à leur façon de nommer, d’aborder et de discuter de et dans la sphère élective se trouvent être exceptionnellement relâchées, approximatives concernant l’abstention et le vote blanc et oscillent entre jugement de fait et de valeur en témoigne les  annotations dans les documents administratifs dans lesquels les votes blancs sont qualifiés de « perdus », « douteux », voire de « dérisoires ». Indifférence face à une réalité pourtant éclatante : 53% d’abstention aux élections européennes de 1999, 57,2% à celle de 2004, 32,6% aux élections municipales de 2001. Ces chiffres nous poussent à nous interroger sur le bien fondé du flou que certains politiques entretiennent à l’égard du vote blanc et de l’abstention.

Le vote blanc, le vote nul et l’abstention qu’est-ce que c’est ?

  • Le vote blanc, le vote nul et l’abstention, confusions et distinctions
  • La confusion régnant entre le vote blanc et le vote nul

Selon l’article L66 du code électoral français les bulletins blancs seraient « ceux ne contenant pas une désignation suffisante ou dans lesquels les votants se sont fait connaître, les bulletins trouvés dans l’urne sans enveloppe ou dans des enveloppes non réglementaires, les bulletins écrits sur papier de couleur, les bulletins ou enveloppes portant des signes intérieurs ou extérieurs de reconnaissance, les bulletins ou enveloppes portant des mentions injurieuses pour les candidats ou pour des tiers. »

Malheureusement cette définition entretient la confusion entre le vote blanc et le vote nul, la législation française ne différencie pas dans cette définition les deux actes, car en effet une distinction existe. Le vote blanc consiste à ne voter pour aucun des candidats, à mettre dans l’urne un bulletin blanc dépourvu de tout nom. Les bulletins blancs n’étant pas appréciés à la même valeur et n’étant pas présents dans l’isoloir, celui ou celle qui voudrait voter blanc doit apporter son propre bulletin « blanc » avec lui. La législation condamnant également pénalement toute distribution de bulletin blanc lors des élections.

Le bulletin est considéré comme nul quant à lui, lorsqu’il est déchiré, rayé, annoté, ou lorsqu’il y a plusieurs bulletins ou autre chose dans l’enveloppe.

La législation française ne différencie donc pas ces deux actes pourtant de signification très différente. En témoigne la définition du code électoral que l’on vient de citer mais aussi la manière de les comptabiliser lors des élections, cette manière est ainsi définie par le service de la documentation française comme suit « lors du dépouillement les votes blancs et nuls sont comptabilisés et sont annexés au procès verbal dressé par les responsables du bureau de vote. Mais ils n’apparaissent pas dans le résultat officiel où ne sont mentionnés que le nombre d’électeurs inscrits, le nombre de votants et les suffrages exprimés. Les suffrages exprimés étant l’ensemble des bulletins moins les votes blancs et nuls. Aucune distinction officielle n’est faite entre les deux.  De plus, phénomène récent avec l’arrivée des machines électroniques, les votes blancs sont comptabilisés mais les votes nuls supprimés dans certaines communes.

Il existe cependant des exceptions quant à ce traitement et une des rares reconnaissances nous vient du conseil constitutionnel qui affirme « On peut comprendre la revendication, formulée par certaines associations, de décompte officiel des bulletins blancs. En effet, il est désobligeant d’assimiler à l’abstention ou à un vote défectueux, le geste d’un électeur qui a fait l’effort de venir voter. »

Nous verrons plus loin dans notre étude la signification de l’acte et le profil de l’électeur votant ainsi. Voyons maintenant l’acte d’abstention, véritable grand gagnant dans les statistiques électorales, pour fait d’armes, nous avons encore en mémoire le score record de 57,2% d’abstention aux élections européennes de 2004.

  • L’abstention

L’abstention quant à elle a une définition très simple, c’est un non vote. C’est le fait pour des personnes inscrites sur les listes électorales de ne pas se rendre au bureau de vote le jour des élections. C’est le refus d’exercer un droit qui n’est cependant jusqu’à présent non répréhensible en France, à la différence de la Belgique, du Luxembourg ou de la Suède où là, certaines sanctions sont mises en place pour contraindre le citoyen à aller voter. Ce phénomène n’existant qu’en moindre partie en France, lors des élections sénatoriales.

L’abstention occupe d’autant plus une place centrale de par son évolution, en effet, passée pour les élections présidentielles de 1965 de 16,2% à 30,61% pour celles de 2002. Ce phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur a pour enjeu et risque d’entraver la légitimité d’une élection. Nous verrons cela bien plus en détail au fur et à mesure de notre étude.

Le profil sociologique de ces électeurs et la symbolique de leur acte

  • L’électeur qui vote blanc et l’électeur qui vote nul

Celui qui vote blanc veut donner une signification politique à son acte, il refuse l’offre électorale qu’on lui propose tout en remplissant son devoir civique. Par cet acte, l’électeur indique qu’il ne remet pas en doute la légitimité du principe des élections ni leur utilité. Cet acte est qualifié parfois en France « d’abstentionnisme civique ». Il permet également dans les petites communes où tout le monde se connaît de ne pas attirer l’hostilité des autres ; et permet ainsi à l’électeur, dans son isoloir, de redevenir indépendant.

Celui qui vote nul quant à lui veut donner à cet acte politique une radicalité,  en effet il se veut plus provocateur que celui qui vote blanc. Sur ce papier l’électeur s’exprime par quelque chose, un commentaire, une rature ou en rayant le nom d’un des candidats. La radicalité est pratiquement toujours présente. La désignation personnelle prend également toute sa place en témoigne la source suivante retrouvée dans les annales constitutionnelles « S’il s’était présenté un homme raisonnable il aurait eu ma voix, je m’abstiens de voter pour un homme qui a contribué à chasser les honnêtes gens par une porte et faire rentrer les communards par l’autre car il n’est pas plus dans mon estime que ces derniers. Je prie M. ***** de croire que s’il a pu plaire à un petit nombre, qu’il a déplu à un bien plus grand, car je suis persuadé que dans notre chère patrie le nombre des honnêtes gens dépasse encore celui de la canaille. Puissent ces quelques mots lancés par un pauvre paysan être entendu et compris de tous ceux qui devront nous représenter à l’avenir, s’il ne veulent pas encourir davantage notre malédiction. » Mais la plupart du temps les manifestations ne se font pas dans ce type de langage et sont plus simples, preuve en est les annotations suivantes « ils sont tous les mêmes », « ni l’un ni l’autre » ou « je ne vote pour personne. »

  • L’abstentionniste vient de deux types d’univers

Anne Muxel directrice de recherche au centre de recherche politique de SciencePo nous dit qu’il y a deux grands types d’abstentionnistes pouvant être distingués. Le premier grand type est de nature sociologique. Il concerne des individus connaissant des difficultés d’insertion sociale, peu intéressés par la politique, moins disponibles et ayant un niveau d’éducation moindre. Ils se sentent exclus du système et entretiennent un sentiment d’éloignement et de distance par rapport au politique. Ils sont en retrait de toute forme de participation politique raison qui est liée à leurs propres prédispositions sociologiques. Par exemple c’est le type d’électeur qui peut oublier de voter, qui ne veut pas voter, qui refuse de se déplacer, qui pense que son vote n’est pas important ou qui préfère laisser les autres le faire à sa place.

Le deuxième grand type d’abstentionnisme est de nature politique. On y retrouve toutes les catégories socioprofessionnelles dont notamment les plus diplômés et les plus privilégiés. Ils sont souvent intéressés par la politique et peuvent même se sentir proches d’un parti. Ils sont dans le jeu politique, mais ils entendent exprimer une protestation, un refus, un rejet à l’encontre des politiques et à leur offre électorale mais aussi et surtout une sanction à leur égard et au gouvernement. Ils veulent ainsi peser politiquement sur les élections et influer sur les propositions des candidats. Ainsi certains pays ont évoqué la possibilité de changer de constitution en cas d’abstention très grave atteignant des chiffres tels que 70 ou 80% mais ces projets de lois n’ont jamais abouti. Ce dernier type d’abstentionnisme représente la plus grande part et c’est celui qui se développe également le plus. Au-delà parfois de la sanction qu’il entend infliger aux responsables politiques, il peut également ne pas vouloir légitimer un système politique qu’il refuse, ou une élection qu’il juge injuste.

Les abstentionnistes sont de plus, difficiles à évaluer lors des sondages car cela semble être un rôle difficile malgré tout à avouer et à assumer, il y a le sentiment coupable de ne pas accomplir son devoir civique ; mais aussi à cause de la volatilité du choix qui intervient souvent à la veille, voir le jour même des élections.

Face à ces abstentionnistes, à ceux qui votent blanc ou nul, la question du vote obligatoire refait toujours surface. L’interrogation réelle se posant alors est celle de savoir si le vote doit être vu comme un droit ou un devoir, pouvons-nous ou devons-nous voter ? L’État a-t-il le droit de nous l’imposer ?

La question du vote obligatoire

  • Pour ses partisans, il revitaliserait la vie politique

Les partisans du vote obligatoire partent du constat que la démocratie en France se trouve être en crise puisque chaque nouvelle élection marque un nouveau record d’abstention. La question se pose de savoir dans quelle mesure les citoyens participent-ils à la gestion des affaires de la cité ? De plus, la sociologie du vote induit une nouvelle inégalité : ce sont les classes les plus favorisées économiquement et culturellement qui se déplacent pour voter, ainsi, on prend le risque d’avoir une représentation infidèle de la volonté générale ; les élus devenant les représentants de couches précises de la société,  à l’exclusion de certaines autres.

Le vote obligatoire apparaît être alors le meilleur moyen à disposition pouvant améliorer la légitimité démocratique de la représentation, qui serait plus fidèle et proche de la volonté générale. C’est la position et le thème que défend Laurent Fabius dans la proposition de loi visant à rendre obligatoire la participation au vote, enregistrée à la présidence de l’assemblée nationale le 16 janvier 2003. « Le vote constitue l’acte citoyen par excellence permettant à notre système de démocratie représentative d’exister. Sans cette participation au vote, pas de représentation, pas de mandat et pour finir pas de démocratie vivante. » Dans son article premier le vote deviendrait obligatoire, dans son article deux, toute personne qui n’y participerait pas et qui n’aurait pas de raison valable serait sanctionnée d’une amende, dans un troisième volet, qu’il serait mis à disposition des électeurs des bulletins blancs, que les bulletins blancs seront décomptés et séparés des bulletins nuls dans les résultats. Cette proposition faite par Laurent Fabius et présentée par de nombreuses personnalités du parti socialiste n’entend pas museler les abstentionnistes mais au contraire les pousser à s’exprimer à travers le vote.

  • Le constat efficace de son application dans les pays l’ayant rendu obligatoire

En effet il semblerait que le vote obligatoire ait atteint ses objectifs, en Belgique les taux de participation ont atteint 90%, il y aurait également selon les statistiques six fois moins d’abstention en Australie qu’en France. Ce système se trouve être influent, car les sanctions mises en place s’appliquent peu et ont permis d’augmenter la participation aux élections ; sanctions efficaces car modérées. Dans tous les pays où elles s’appliquent il y a des motifs d’abstention reconnus, plus ou moins contraignants. Prenant l’exemple de l’Australie, le simple fait d’être en déplacement professionnel peut servir de motif valable à une abstention ; autre exemple, le cas de ceux qui ne pourraient se déplacer pour des raisons physiques. Pour ces dernières, le gouvernement australien a mis en place un système ultra développé de vote par procuration ou par correspondance.

Les sanctions varient selon le pays, en Belgique les personnes ne s’étant pas présentées pour voter le jour des élections encourent des sanctions administratives, comme l’impossibilité d’être décorée ou promue par l’État et dans tous les pays une amende est également en vigueur dont le montant est variable et augmente en cas de récidive. Au début de notre étude nous vous parlions de l’application de ce système, en partie, en France. En effet pour les élections sénatoriales les grands électeurs qui s’abstiennent de voter sans motif valable se voient infliger une amende symbolique de 4,57 euros, ce qui important à souligner ici c’est la nature de l’application qui revendique que les grands électeurs sont mandatés par la nation pour voter, que leur vote est donc à la fois un droit mais un également un devoir en d’autres termes, une fonction.

  • Le risque : le vote obligatoire favoriserait les protestataires et nul ne peut être forcé de participer à la gestion de la cité, un droit et non un devoir

Cette thèse défend l’idée que les gens qui ne votaient pas jusque là et qui manifestaient jusqu’à présent leur désintérêt à travers l’abstention se sentiraient violentés par une société qui leur impose le vote et en réaction pour la sanctionner voteraient pour des partis radicaux ou extrémistes. Cette thèse peine toutefois à  convaincre, jugée trop douteuse, rappelant un débat à l’époque de l’extension du suffrage universel aux femmes. Durant ce débat les partis de gauche s’opposèrent à cette extension du vote pour la raison que selon eux les femmes étaient trop souvent sous l’influence du curé et risquaient de voter plus à droite que leurs maris. Valeur jugée trop approximative, les opposants au vote obligatoire saisissent alors un autre argument, celui de la démagogie. Si le vote était rendu obligatoire il encouragerait selon eux les politiques à appauvrir le débat et à développer la démagogie pour encourager les gens à voter. Dans ce cas on privilégierait la quantité à la qualité ce qui ne peut être que mauvais pour la bonne santé démocratique, au lieu de privilégier une éducation sur les enjeux réels du vote ou encore une discussion autour des différences de points de vues des différents partis politiques.

Dans tous les cas l’objet de mon étude s’arrête ici,

À vous de voter.

Elie Khoury

La Gerap

L’expression a une valeur supérieure lorsqu’elle vise à mettre à disposition d’une personne, tout autant, que du plus grand nombre, une information de nature « stratégique », c’est à dire fondamentale par la qualité de l’appui qu’elle apporte à la construction de la pensée de celui qui l’observe.

Elie Khoury  

Montage, Elie Khoury, La Gerap

Du Conflit à L’Amour

De L’Individu à La Famille

Lorsque nous nous intéressons à la violence, que nous étudions la guerre, où lorsque nous nous sentons attirés par les rivalités et les oppositions nous prenons part et nous nous rangeons d’une manière ouverte ou détournée, soit, du côté du prédateur, soit, du côté libérateur de celui qui se tient devant l’agressé. Quand ce ne sont pas nos volontés individuelles, c’est tôt ou tard la vie, qui nous oblige inévitablement, à choisir notre camp. Étudier le conflit est nécessaire, ne serait-ce que pour comprendre ce qui anime l’être humain dans l’acte d’agression ; mais pas seulement, car le conflit a également un aspect constructif, dans le sens où il peut également nous permettre de nous protéger en éloignant de nous, ceux que nous identifions comme dangereux.

Cet aspect positif et méconnu du conflit n’a jamais été aussi bien théorisé que par le sociologue et philosophe allemand de la fin du 19e siècle, Georg Simmel.

Du Conflit à l’Amour, de L’Individu à La Famille

Cette progression que nous identifions prend racine dans une théorisation positive et sociale du conflit, offrant des clés de compréhension aux problèmes engendrés par les relations destructrices, tout en proposant à la réflexion un schéma constructif, appelatif de relations véritables.

Regardons dès lors le cheminement d’une rencontre classique qui aboutit à un projet de vie entre deux personnes :

– Ils se rencontrent

Le temps passe

– Ils se plaisent mutuellement

– Définissent le cadre de leur relation et prennent des habitudes en créant des interdépendances intellectuelles, physiques et s’insèrent dans un cercle d’amis et/ou d’une famille en fondant à plusieurs degrés de manière plus ou moins large un corps social.

Les couples qui se sont construits sur des bases véritables et saines, à quelques exceptions, vivent heureux, tandis qu’une autre partie, toute aussi nombreuse selon les époques, connaît des situations problématiques et graduellement catastrophiques.

Voyons là également le cheminement d’une rencontre classique, mais conduisant cette fois à une situation éprouvante, voire dangereuse :

– Ils se rencontrent

Le temps passe

– Ils se plaisent mutuellement

– Définissent le cadre de leur relation et prennent des habitudes en créant des interdépendances intellectuelles, physiques et s’insèrent dans un cercle d’amis et/ou d’une famille en fondant à plusieurs degrés de manière plus ou moins large un corps social.

– Problème n°1

L’un d’eux, la femme ou l’homme voire les deux se rendent compte, après une période d’effervescence qu’au final les choses entre eux ne peuvent aller plus loin.

=

À ce moment là, certains prennent la décision d’en parler mais aussi d’agir et leur vie respective  prend un autre tournant.

– Mais d’autres, plus vulnérables (eux se présentent optimistes) vont ignorer ces réalités. Devenus un au travers du couple, ils vont rejeter intérieurement le conflit et le possible mécanisme de rupture ; Car bien qu’en réalité, ils rejettent l’autre en tant que personne, ils ne veulent pas abandonner le corps social qu’ils représentent. Du corps social ils ne veulent pas être exclus, ils ne veulent pas être séparés, car ils ne veulent pas sacrifier les bienfaits découlant de la vie en société sous le couvert du ménage à deux. D’autres déficiences touchent également ces personnes : la dépendance affective ou sexuelle, mais aussi dans la plupart des cas, la crainte de se retrouver seul(e) avec pour angoisse narcissique, celle de voir l’autre s’établir en dehors de soi.

Dans cette situation précise, le conflit doit intervenir (mais attention, le conflit ne vise pas la destruction de l’autre, mais uniquement le socle de la relation) par la reconnaissance honnête de s’être trompé sur la profondeur de celle-ci et de sa capacité et qualité de subsistance dans l’avenir.

– Problème n°2

Mais là encore, là où certains acceptent cette réalité et mettent fin à la relation par la reconnaissance d’un mauvais choix effectué, d’une mauvaise interprétation ou d’un manque d’instinct, d’autres persistent.

Il apparaît ainsi qu’en évitant le conflit et par la même, la rupture, à une étape où la relation est vouée à l’échec que la rupture qui devait se faire, en ne se faisant pas entre les deux personnes, se fait bien quelque part, sans soupçon et d’une manière invisible mais plus destructrice… à l’intérieur de la personne.

L’esprit rentre alors en contradiction avec lui-même, où réalités et aspirations s’opposent. Par ailleurs et parallèlement à cette écorchure allant en s’aggravant dans l’être déchiré, le temps fait son œuvre en amplifiant les interdépendances qui, se durcissent et, se radicalisent.

– Problème n°3

Pis encore, dans la continuité de cet effondrement, alors que tous les voyants sont au rouge, des projets capitaux sont parallèlement initiés, comme le souhait d’avoir des enfants.

Alors qu’en apparence le couple paraît inébranlable, derrière le rideau, un effritement de l’âme survient, où le conflit évité va se multiplier et se diffuser désormais à toutes les échelles de la relation ; germes d’une radicalité à venir.

À l’instant où le conflit finit par jaillir, on observe des violences d’une rare intensité où les personnes en arrivent par exemple dans un divorce à se disputer le partage du plus insignifiant objet de la maison. Le mal se répand et tous les théâtres deviennent des scènes de discorde où l’on n’hésite plus à s’infliger les épreuves les plus terribles.

Se substitue à la responsabilisation chimérique précédente une prise de considération à sens unique et à retardement schizophrène, comptabilisant par le souvenir et à la volée tous les griefs subis pour un seul et unique but : la vengeance.

De cette façon, la construction/reconstruction ne peut se faire et les problèmes anciennement compartimentés à la relation, ne quittent pas la personne, bien au contraire, ils s’enracinent en elle.

Il ne faut pas tomber dans la mésinterprétation du conflit ni faire l’apologie de la discorde, c’est davantage un appel au discernement. Néanmoins le conflit paraît nécessaire et bénéfique lorsqu’il nous appelle à nous définir, avant tout par une lutte personnelle en interne contre nos mauvais penchants. Cela, bien avant de fonder une famille, incalculable responsabilité, au regard de l’impact sur plusieurs générations, d’un cadre de valeur érigé en système, amené à se reproduire. Goethe disait dans une célèbre maxime qu’on aurait des enfants tous élevés, si les parents étaient élevés eux-mêmes.

Preuve en est, dans les relations négatives, apparaît un manque de discernement frappant. Ainsi, c’est la radicalité de traitement qui est réservée aux questions de moindre importance et le contournement continuel, aux questions névralgiques. C’est ce même aveuglement qui conduit par la suite à une violence démesurée. Il faut ainsi attendre des personnes ne dissociant les questions essentielles de celles secondaires, aucune limite également dans la violence qu’elles peuvent infliger.

À cela une solution 

C’est l’évolution intellectuelle qui peut permettre à la fois d’aimer et de s’abandonner à l’autre tout en gardant une indépendance psychique, de sorte à pouvoir toujours distinguer et faire la part des choses entre ce qui est à discuter de ce qui est à préserver. L’intelligence seule, ne peut sauver, cette dernière doit absolument fonctionner de paire avec la volonté d’agir pour réussir un projet de vie de qualité. Et même, pour les situations les plus chaotiques, existe une résolution, Simmel voit une transcendance à travers une locution latine théâtrale, la « Deus ex machina » qui décrit un moment de grande inquiétude et de misère, un moment de malheur sans issue où dans l’enchantement d’un dénouement final, alors que tout paraissait perdu, Dieu apparaît aux côtés de celui qui l’appelle et lui vient en aide en

renversant celui qui ne pouvait être renversé, en sauvant celui qui ne pouvait être sauvé.

Avant de terminer et vous rendre la parole, j’aimerai vous inviter à regarder le passage suivant

Et, au cas où vous ne l’auriez remarqué, voici un ralenti de l’attitude de la petite fille

1 Elle se jette pour retenir dans sa chute l’argentier, qui tombe sur son père

2 Elle n’hésite aucunement à s’interposer

3 Rivée sur son père, un tiroir heurte sa jambe gauche

4 Son attention et son expression restent focalisées sur son père

5 Ce n’est qu’une fois que la mère accourt, que le père répète ne pas avoir été blessé et uniquement lorsque la situation semble enfin contrôlée que la jeune fille exprime discrètement une douleur à la jambe gauche (photo n°3 – causée par le tiroir).

Un instant de vie, à la portée inestimable, puisqu’il expose un Amour précieux, fruit d’une unité familiale, construite sur des bases véritables. L’attitude du père, attentionné, de la fille, majestueuse dans son dévouement et de la mère accourant, bouleversée, sont les émanations d’un bonheur authentique, d’une expression protectrice mutuelle.

Le véritable Amour est en fin de compte, à la portée de tous, mais avec pour seule exigence pour celle ou celui qui le recherche,

de lui créer les conditions afin qu’il vous trouve.

Elie Khoury

La Gerap

World in conversation

Le raisonnement binaire dont fait l’objet le dossier nucléaire iranien écarte presque toujours une donnée d’importance, moins connue et relevant du leadership.

L’accès à la puissance nucléaire, tant civile que militaire, vulgarisé par une opposition entre Iran et Occident alimentant la théorie du « choc des civilisations » est abrégé autour d’un affrontement entre Téhéran et Washington, au point de faire oublier, que les pressions les plus virulentes et les obstructions les plus fortes sont à mettre au compte des États arabes les